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20/06/2011

Procession de la Fête Dieu à Liège ce samedi 25 juin

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La Solennité de la Fête-Dieu sera célébrée le samedi 25 juin prochain à 16 heures, en l’église du Saint-Sacrement à Liège (Bd d’Avroy, 132). Cette messe (missel de 1962) sera présidée par le chanoine Jos Vanderbruggen, o.praem., recteur du sanctuaire de Tancrémont (officiant), assisté par les abbés Jean-Pierre Herman, chapelain aux sanctuaires de Beauraing (diacre) et Claude Germeau, directeur du foyer d'accueil des jeunes à Herstal (sous-diacre).

La manifestation bénéficie du concours de la Schola Sainte-Cécile (dir. Henri Adam de Villiers), un excellent ensemble vocal parisien dédié au plain-chant et à la musique baroque. Cette chorale (basée à l’église Saint-Eugène, Paris 9e) interprétera, outre le propre grégorien de la fête, la messe à quatre voix « ad majorem Dei gloriam » d’André Campra (1660-1744) ainsi que des motets du XVIIe siècle français (Michel de Lalande, Jean de Bournonville) et liégeois (Henri Du Mont, Peter Philips, Lambert Pietkin).

Comme l’an dernier, la procession du Saint-Sacrement se déroulera ensuite  dans le quartier d’Avroy, avec le concours de la Schola Sainte-Cécile et de l’Harmonie du Royal Cercle Musical Saint-Georges de Montzen : départ de l’église du Saint-Sacrement vers 17h30. Itinéraire : Boulevard d’Avroy, Rue Sainte-Marie, Rue Louvrex, Rue des Augustins et clôture (18h30) au kiosque du Parc d’Avroy. Les autorités, tant civiles qu' ecclésiastiques, ont marqué leur accord sur cette organisation.

 La fête est ouverte à tous. Ce n’est ni un simple spectacle, ni une parade folklorique mais une marche religieuse qui renoue aussi avec une tradition née au Pays de Liège voici plus de sept siècles, après l'instauration de la fête (1246) sous l'impulsion de  sainte Julienne de Cornillon.

Pour des informations supplémentaires :

http://fetedieualiege.wordpress.com/

http://eglisedusaintsacrementliege.hautetfort.com/

 

 


20/11/2010

Le contrat social selon Chesterton

Une analyse philosophique

des grands faits sociaux chers à G. K. Chesterton

par BG

 

 

 

Cette année fut l'occasion de la première publication en français de deux ouvrages importants de Chesterton.: "L'Utopie de Usuriers" et "Le plaidoyer pour une propriété anticapitaliste". Nous profitons de l'évènement pour fixer notre attention sur cet auteur qui ne manque ni de génie ni de charme. Afin d'appuyer mon affirmation admirative, que certains trouveront exagérée, il me suffit de citer un seul extrait parmi tant d'autres qui font largement mériter à notre auteur son titre de "prince du paradoxe". Cet extrait sera également l'occasion de nous plonger en plein coeur de sa doctrine sociale, qui est l'objet de ce petit travail.

 

« Si nous étions demain matin soudain bloqués par la neige dans la rue où nous habitons, nous accéderions soudain à un monde beaucoup plus vaste et beaucoup plus extravagant que ce que nous avons jamais connu. Tout l'effort de l'individu typiquement moderne consiste à s'échapper de la rue où il vit » (H14)

 

Peut-on dire autant de choses en si peu de mots? Cette citation, qui mérite vraiment analyse, se divise en deux parties. Dans un premier temps, au travers de l'homme bloqué par la neige, c'est la nature de l'homme qui est décrite: un homme bloqué par sa famille, par son village, par sa ville, par son métier, par sa nation, etc, et que ces blocages rendent justement libre et participant d'une histoire qui a un sens. De l'autre côté, tel une sorte de monstre ressortissant par contraste, l'homme « typiquement moderne », nomade émancipé, nomade déboussolé, nomade déconnecté de toutes ses racines, nomade qui se croit libéré mais qui évidemment ne l'est pas. Dans cette citation se trouve donc déjà, d'une certaine manière, en concentré, toute la doctrine sociale de Chesterton, doctrine particulièrement explicite dans des ouvrages comme WW, UU et PPPA. Dans notre époque d'individualisme forcené et généralisé, l'actualité d'une telle pensée n'est pas à démontrer, mais nous pouvons fixer notre attention sur cette pensée pour mieux en saisir les fondements et les implications.

 

Afin de poursuivre ce but, nous avons dû faire quelques choix de méthode. Tout d'abord, il a fallu opérer un choix des sources. Si j'avais à écrire une somme scolastique sur la pensée sociale de Chesterton, je la diviserais en trois volets: le premier volet traiterait de la santé sociale, souvent traitée par notre auteur, le second par opposition traiterait de la maladie, et le troisième par déduction traiterait du remède. De ces trois volets je traiterai ici principalement du premier. C'est en effet le volet « santé » qui est le plus important étant donné que c'est lui qui permet d'éclairer les deux autres. Par conséquent, on ne m'en voudra pas d'avoir si peu parlé du « plaidoyer pour une propriété anticapitaliste » même si il a été traduit récemment pour la première fois en français. Le but de ce petit travail n'est pas de donner une somme scolastique de la pensée sociale de notre auteur, le but de ce petit travail est de donner les clés philosophiques qui permettront de comprendre l'essentiel de ce que notre auteur dit.

 

D'autres choix de méthode sont annoncés par le titre de ce travail. Tout d'abord, nous avons choisi de ne jamais mettre en question les faits mis en avant par Chesterton mais nous les avons acceptés d'emblée comme des faits. Nous lui accorderons une totale confiance en tant qu'historien. A partir de ces faits, comme indiqué aussi par le titre, le travail sera gouverné par la méthode de l'analyse. Par un continuel va et vient à partir du texte de Chesterton, il s'agira de systématiser sa pensée, au moyen de définitions et de classements, afin d'en favoriser la pleine intelligibilité et la critique.

 

Voici les ouvrages cités éventuellement dans ce travail, chacun avec sa date de publication originale et son abréviation. Nous citerons souvent en référence le sigle abréviatif accompagné du numéro de chapitre, par exemple H14 pour désigner le chapitre 14 du livre « Hérétiques ».

 

H « Hérétiques » 1905

O « Orthodoxie » 1907

WW « What's wrong with the world » 1910

UU « L'utopie des usuriers » 1913

HE « L'homme éternel » 1925

PPPA « Plaidoyer pour une propriété anticapitaliste » 1926

 

Commençons maintenant à entrer dans la riche vision de notre auteur, tellement riche qu'il nous faudra veiller à y entrer pas à pas.

 

PARTIE I

PHYSIQUE DU CLAN

 

1. Analyse de la famille (le clan, le clan de nécessité)

 

 

PREMIERES DEFINITIONS

 

Un clan est une petite communauté dans laquelle les membres sont imposés et non pas choisis rationnellement par le membre.

Le type le plus évident de clan est la famille, celle dans laquelle chacun nait sans qu'on lui ait demandé son avis.

Le contraire du clan est le club (ou la clique), petite communauté dans laquelle les membres se choisissent rationnellement.

La physique du clan est la science qui étudie les propriétés des clans, par opposition aux propriétés des cliques.

 

 

PREMIERE PROPRIETE

UNE SERVITUDE GENERATRICE DE CONNAISSANCE

 

Que le clan implique servitude est assez évident puisque les autres membres du clan sont imposés. Il s'agit donc pour le membre de se soumettre, dans une certaine mesure, à la présence des autres et à l'unité du clan.

 

Quant au surcroît de connaissance impliqué par cette servitude, il apparaît clairement quand on compare le clan et la clique sur ce point. Le clan en effet permet de prendre connaissance de la variété de l'humanité, alors que la clique restreint la connaissance de l'humanité à un type d'âme qui a été choisi.

 

« Il n'y a rien de vraiment étroit dans le clan; ce qui est vraiment étroit, c'est la clique. Les hommes d'un même clan vivent ensemble parce qu'ils portent le même kilt ou descendent tous de la même vache sacrée; mais dans leurs âmes, en vertu du hasard divin des choses, il y aura toujours plus de couleurs que dans n'importe quel tissu écossais. Alors que les hommes d'une même clique vivent ensemble parce qu'ils ont le même genre d'âme, et leur étroitesse d'esprit est l'étroitesse d'une cohérence et d'une satisfaction spirituelle, comme il en existe en enfer. » (H14)

 

Le clan force donc le membre à être en contact avec une certaine portion de réalité qui lui serait inaccessible s'il appartenait à un groupe qui serait une clique pure.

 

« Nous pouvons aimer les nègres parce qu'ils sont noirs ou les socialistes allemands parce qu'ils sont pédants. Mais nous devons aimer notre voisin parce qu'il est : une raison beaucoup plus alarmante pour une opération bien plus grave. Il est l'échantillon de l'humanité qui nous est échue. C'est précisément parce qu'il peut être quiconque qu'il est tout le monde. Il est un symbole parce qu'il est un accident. » (H14)

 

 

DEUXIEME PROPRIETE

UNE SERVITUDE GENERATRICE D'AVENTURE

 

Si on définit l'aventure comme quelque chose qui nous arrive de l'extérieur (H14), le clan est toujours générateur d'aventure. Dans une clique parfaite en effet, l'individu dispose des autres qui sont réduits à être des instruments à son service. C'est impossible dans le clan. Dans le clan, il y a toujours quelque chose d'extérieur qui vient troubler la vie du membre. Cette caractéristique est particulièrement évidente dans le cas de la famille.

 

« Le meilleur moyen pour un homme de tester son aptitude à entrer contact avec la variété ordinaire du genre humain serait de descendre par la cheminée d'une maison choisie au hasard et de s'entendre le mieux possible avec les habitants. Et c'est essentiellement ce que chacun fait le jour de sa naissance. (...)  L'aventure suprême est de venir au monde. Alors nous tombons soudain dans un piège ahurissant et merveilleux. Alors nous voyons quelque chose dont nous n'avons pas rêvé auparavant. Notre père et notre mère sont aux aguets et nous tombent dessus comme des brigands sortant d'un buisson. » (H14)

 

 

TROISIEME PROPRIETE

LE CLAN IMPLIQUE DES TRANSACTIONS AMERES

 

Cette troisième propriété est incluse dans les précédentes.

 

La nécessité des transactions amères dans le clan est bien mise en évidence dans l'extrait suivant, qui concerne le mariage mais qu'on peut étendre aux clans en général.

 

« Le principe est le suivant: dans tout ce qui vaut la peine d'être vécu, même dans chaque plaisir, il y a un point de douleur ou d'ennui qui doit être franchi, afin que le plaisir puisse revivre et durer. (...) Dans chaque chose sur cette terre qui vaut la peine d'être vécue, il y a un stade que personne ne franchirait, sauf par nécessité ou par honneur (...) Deux personnes doivent êtres liées ensemble pour se faire justice mutuelle, que ce soit pendant les vingt minutes d'une danse ou les vingt années d'un mariage. Dans les deux cas le point est que, si un des deux s'ennuie après les cinq premières minutes, il doit continuer et se forcer à être heureux. La coercition est une sorte d'encouragement; et l'anarchie (ou ce que certains appellent la liberté) est essentiellement oppressive, parce qu'elle est essentiellement décourageante. » (WW7)

 

Il va ainsi de soi que, par définition, le clan implique des transactions amères, autrement dit, le clan est un encouragement à la mortification.

 

2. Analyse du mariage (le clan d'honneur)

 

 

Nous avons vu au chapitre précédent que le clan familial, dans lequel les membres ne sont pas du tout choisis, est source de variété, de vie, d'aventure.

 

Il est possible d'étendre ce concept au-delà de la famille. Notre auteur le suggère lui-même:

 

« Ce principe s'applique à tous les niveaux du système social de l'humanité. » (H14)

 

Il affirme dans cet article qu'on peut en étendre le principe du clan au village, puis à la ville, à la nation. C'est en effet la même structure fondamentale qu'on retrouve à l'oeuvre dans tous ces clans.

 

Cette manière d'étendre le concept n'est toutefois pas la seule, car il pourrait aussi être étendu à des groupes qui d'une certaine manière sont choisis mais d'une autre manière ne le sont pas. Je pense au mariage chrétien, que nous avons plus haut frôlé en passant. Dans celui-ci, le marié choisit dans un premier temps sa femme, puis dans un deuxième temps ne la choisit plus, étant forcé de vivre avec elle comme si elle appartenait au même clan. On voit donc qu'il y a une analogie entre les deux groupes.

 

Comme le type du clan non choisi (clan de nécessité) était la famille, dans laquelle l'enfant ne choisit aucun des membres, le type du clan choisi (clan d'honneur) sera le mariage chrétien.

 

Ce qui rend possible la création du clan d'honneur, c'est le serment que les contractants se font et qui les lie entre eux de manière irréversible. Je ne vois pas ce qui pourrait fonder autrement un clan d'honneur, sinon un serment au moins implicite.

Il y a des points communs entre un clan non créé (comme la famille dans laquelle je nais) ou un clan créé (comme le couple que j'ai fondé). On peut facilement voir que les trois propriétés vues plus haut sont à nouveau applicables dans le cas d'un clan d'honneur (générateur de connaissance, d'aventure, et impliquant amertume), toutefois une propriété nouvelle et très importante est ajoutée.

 

 

PROPRIETE SURAJOUTEE

LE CLAN D'HONNEUR EST CREATEUR

 

Cette propriété créative du clan d'honneur n'était pas, me semble-t-il, forcément inhérente au clan de nécessité en tant que tel. Outre les aspects de servitude et d'amertume que les deux types de clan ont en commun en tant qu'ils sont clans, le clan d'honneur a en particulier d'ouvrir des possibilités créatrices.

 

La meilleure justification de cette propriété se trouve peut-être en O4, où Chesterton explique longuement que la meilleure manière d'améliorer un lieu c'est de l'aimer sans raison.

 

« L'homme le plus susceptible de ravager le lieu qu'il aime est précisément celui qui a une bonne raison de l'aimer. L'homme qui améliorera ce lieu est celui-là même qui l'aime sans raison. » (O4)


Ce principe est valable pour les lieux auxquels nous nous attachons mais aussi bien entendu aux personnes et autres réalités.

 

Les exemples sont nombreux de clans d'honneur créateurs de nouveautés. Hormis les cas évoqués en O4 on pourrait évoquer la maison et le village.

 

« Pour un homme qui travaille dur, la maison n'est pas le seul endroit apprivoisé dans un monde d'aventure. C'est le seul lieu sauvage (càd de création, NdA) dans un monde de règles et d'ensemble de tâches. (...) Quand un homme passe chaque nuit à tituber de bar en bar ou de music-hall en music-hall, nous disons qu'il vit une vie irrégulière. Mais ce n'est pas le cas; il vit une vie hautement réglée, d'après les lois assommantes et souvent oppressives de tels endroits. » (WW8)

 

La maison représente ici le clan, qui est un lieu sauvage, c'est à dire un lie où la création est possible. La discothèque représente la clique, qui est un lieu d'oppression. L'homme qui croit être libre en titubant de bar en bar est en réalité en train de vivre mécaniquement dans une sorte de comas prolongé. En quoi l'oppression du bar est-elle différente de l'oppression d'aventure? C'est qu'ici, dans le bar, la vie est opprimée tandis que là, dans la maison, c'était la chair qui l'était. Ici, dans le bar, c'est la connaissance, la création et l'aventure qui sont opprimées, là c'étaient l'ignorance, la répétition, et l'enfer de la solitude qui étaient opprimés.

 

Outre les clans familiaux, on peut considérer des clans plus vastes. Chesterton insiste sur la créativité des paysanneries dans PPPA. Citons aussi ce cas de clan communautaire dans l'ancienne Egypte.

 

« Chaque communauté naviguait sous ses propres enseignes, ornées d'un quadrupède ou d'un oiseau symbolique. Or l'héraldique implique deux idées dont la combinaison, d'une importance primordiale, constitue le noble principe de coopération sur lequel repose l'humaine liberté. Comme art, d'une part, elle est signe d'indépendance, du libre choix par lequel l'imagination se créé un emblème; comme science, elle est signe d'interdépendance, de l'accord établi entre divers corps constitués pour régler l'usage de ces images. » (HE3)

 

 

 

3. Synthèse sur la famille et le mariage

 

Nous avons vu deux types de clans. Dans quelle mesure ces deux types se recouvrent-ils?

 

Afin de clarifier les idées je dessine un tableau à double entrée et j'examine les quatre possibilités de combinaisons. Y aurait-il parmi ces combinaisons des cas impossibles? Ou au contraire des cas automatiques? Après réflexion on obtient le tableau suivant.

 

 

Clan de nécessité

Clan non de nécessité

Clan d'honneur

Impossible

Possible sans être automatique

Clan non d'honneur

Possible sans être automatique

Impossible

 

Il semble donc que les deux types de clans concernent des espèces distinctes qui ne se recouvrent pas. La famille dans laquelle je nais peut devenir par la suite un clan d'honneur, mais alors par le fait même elle cesse d'être un clan de nécessité.

 

On ne peut même pas dire que le clan de nécessité est au clan d'honneur ce que la puissance est à l'acte, car un clan d'honneur n'est pas forcément issu d'un clan de nécessité.

 

La meilleure idée que j'ai eue est de voir ces deux types de clans comme des clans limites, l'un constituant la borne inférieure de l'honneur, l'autre la borne supérieure. La raison qui encourage l'homme à se mortifier sera d'ailleurs plus ou moins méritoire en fonction de la volonté investie.

 

Transaction qui mortifie la chair

Limite supérieure

Clan d'honneur pur

Cas intermédiaires

 

Limite inférieure

Clan de nécessité pure

Transaction qui mortifie l'esprit

 

Clique

 

En poussant alors davantage cette logique des bornes, on obtient le tableau suivant.

 

Transaction

Limite supérieure

Mortification de la chair

Limite supérieure

Contrainte extérieure minimale

Possibilité de mérite positif maximal

Clan purement choisi

Je me sacrifie volontairement (par honneur)

 

 

 

 

 

Limite inférieure

Contrainte extérieure maximale

 

Clan de nécessité pure

Je me sacrifie involontairement (par nécessité)

 

 

 

 

 

 

 

Limite inférieure

Mortification de l'esprit

Limite inférieure

Contrainte extérieure maximale

 

Clique de nécessité pure

(n'existe peut-être jamais)

Je sacrifie les autres involontairement

 

 

 

 

 

Limite supérieure

Contrainte extérieure minimale

Possibilité de mérite négatif maximal

Clique purement choisie

Je sacrifie les autres volontairement

 

 

4. Analyse du tableau de Millais (introduction de l'asymétrie dans la transaction)

 

Après avoir dégagé quelques bases dans les chapitres précédents, voyons maintenant des transactions ayant lieu dans des groupes plus complexes que la famille et le couple.

 

Notre attention sera essentiellement fixée sur la période moderne puisque nous citerons beaucoup « L'Utopie des usuriers », livre affreusement prophétique dans lequel Chesterton décrit le « paradis de la ploutocratie » (UU1) qui était déjà à l'époque en train de se construire sous ses yeux.

 

Ce chapitre n'a pas pour but de donner une vision exhaustive et synthétique de cette partie négative de la vision de Chesterton, quoique rien n'empêcherait quelqu'un de s'assigner cette tâche. J'ai simplement choisi quelques citations significatives qui permettent de confronter ces nouveaux phénomènes sociaux avec notre théorie établie préalablement.

 

J'ai choisi de traiter le tableau de Millais car c'est par cela que Chesterton commence son ouvrage, en affirmant que ce tableau est l'allégorie parfaite de ce qu'il essaie d'exprimer (UU1).

 

 

La situation est bien illustrée par la confrontation des deux images, la première représentant le tableau original de Millais et la seconde représentant son utilisation par le fabricant de savonnette.


mil.jpg.jpg

 

Analysons.

 

« (...) toute personne un tant soit peu douée pour le dessin (...) devinera tout de suite que cette savonnette détruit l'unité du tableau en tant que telle, aussi sûrement que si la savonnette avait servi à effacer la peinture. Si petite qu'elle soit de dimension, elle trouble et rompt l'équilibre même des objets qui entrent dans la composition du tableau. (...) Ce que je tiens à relever (...) est que le tableau n'a pas été peint pour la savonnette, mais que celle-ci lui a été ajoutée. » (UU1)

 

Ce qui nous intéresse c'est la transaction opérée.

 

« Michel-Ange était peut-être fier d'avoir travaillé pour un empereur ou pour un pape, mais je présume qu'il était encore plus fier de les avoir eus en quelque sorte à son service. Je ne crois pas, en ce qui me concerne, que Sir John Millais ait été particulièrement fier de travailler pour un fabricant de savonnettes. Je ne dis pas qu'il se le reprochait comme une infamie, je dis simplement qu'il n'en était pas plus fier que cela. » (UU1)

 

Ce qui nous intéresse ici c'est de comprendre la nature exacte de la différence entre ces deux transactions. D'abord, on comprend que Michel-Ange soit au service de l'empereur mais le service inverse est moins évident. En quel sens l'empereur est-il, dans ce cas, au service de l'artiste? On ne peut dire qu'il le sert en lui donnant une rétribution matérielle, car dans l'autre cas, l'artiste est également payé par le fabriquant de savonnettes. La différence entre les deux services ou les deux transactions n'est donc pas une différence de réciprocité à non-réciprocité. Ces catégories sont insuffisantes, la différence doit être cherchée ailleurs. C'est Chesterton qui nous met sur la piste en attirant notre attention sur l'honneur ou la fierté que le peintre a pu investir dans son art, fierté grande dans le cas de Michel-Ange, faible dans le cas de Millais.

 

Pourquoi Michel-Ange était-il fier? Parce que il avait l'empereur à son service. Chesterton n'explicite pas quels étaient les sacrifices de l'empereur mais on peut essayer de les deviner. Par exemple on peut imaginer que l'empereur devait supporter certains caprices de Michel-Ange et que, à partir d'un certain moment d'avancement du travail, il ne pouvait plus se débarrasser de l'artiste parce qu'il avait commencé le tableau et qu'il fallait qu'il le finisse. De son côté, par contre, le fabricant de savonnette a acheté l'oeuvre toute faite et n'a eu à souffrir aucune incommodité de la part de Millais. Je pense qu'on pourrait traduire cela par le fait que l'empereur était lié à Michel-Ange et qu'il devait subir de lui quelques dommages personnels. Si cette explication est exacte, le premier cas correspond à un clan d'honneur et le second à une clique.

 

Continuons de suivre notre auteur afin de préciser nos idées.

 

« Je ne veux pas dire par là que l'art dégénérera nécessairement. (...) Mais l'amélioration de la qualité de la publicité coïncide paradoxalement à la dégradation de l'idée que l'artiste se fait de son art. Et ce pour une bonne et simple raison: c'est que désormais l'artiste travaillera non seulement pour plaire aux riches, mais aussi et surtout pour accroître leurs richesses; ce qui, convenons-en, n'a rien de très louable. » (UU1)

 

On peut observer ici un honneur décroissant de deux transactions. Elles ont toutes deux en commun d'impliquer un sacrifice de la part de l'artiste (qui doit de toute façon plaire au riche) mais leur différence réside dans l'existence ou non du sacrifice inverse de la part du client, car l'empereur a dû se sacrifier mais le fabricant de savonnette n'a opéré aucun sacrifice.

 

Notons que le même phénomène pourrait être exprimé autrement, en fixant notre attention sur la fin des deux transactions. Dans le cas de la clique, la transaction se fait à de pures fins commerciales (le peintre « ...contribuera la plupart du temps à faire vendre des médicaments bidon et à favoriser des placements louches. » (UU1)), tandis que dans le cas du clan, la fin est plus chaleureuse, plus obscure et plus transcendante.

 

Mais ce qui nous intéresse ici n'est pas de connaître la distinction entre une bonne clique et une mauvaise clique, mais de constater que la clique est toujours moins riche spirituellement que le clan, et que, en affirmant que la relation entre Michel-Ange et l'empereur est un clan d'honneur, nous affirmons que cette relation a aussi toutes les caractéristiques du clan telles qu'elles ont été décrites dans les chapitres précédents.


5. Synthèse de la partie physique

 

 

Nous ne rassemblerons pas ici les résultats précédents qui nous semblent suffisamment mis en évidence. Ce chapitre est l'occasion d'un avancement de notre théorie. Dans le cas du tableau de Millais en effet, nous avons pu imaginer en effet une asymétrie entre les membres du groupe, ce qui était nouveau, les sacrifices étant symétriques dans le cas étudié de la famille et celui du mariage. Les catégories clan et clique suffisent-elles à rendre compte du phénomène d'asymétrie? Un groupe de deux personnes peut être vu pour la première personne comme un clan mais pour l'autre personne comme une clique. Afin de clarifier nos idées, dressons le tableau de l'éventail a priori des cas possibles.

 

 

L'acheteur

Clan

Clique

choix

nécessité

nécessité

choix

Le travailleur

Clan

choix

1

 

 

2

nécessité

 

 

 

3

Clique

nécessité

 

 

 

4

choix

 

 

 

5

 

 

Ci-dessous nous explorons la pertinence de ce tableau en analysant diverses transactions thématisées principalement dans UU, choisies pour leur diversité du point de vue travailleur.

 

 

LE JOURNALISME

 

« Mais je déteste ce retour au mécénat, et sous l'égide de tels mécènes (les grands usuriers, NdA), et je déteste encore plus que des poètes s'enrôlent volontairement sous la bannière de rois qui n'ont pas prêté serment et qui n'ont pas conduit leurs troupes à la bataille. » (UU2)

 

Deux transactions sont évoquées, une qui implique mortification charnelle de chacun des membres (le poète qui choisit de faire l'éloge du roi, case 1), l'autre qui n'admet aucune mortification charnelle de la part du maître (le poète qui choisit de faire l'éloge de l'usurier, case 2). On pourrait imaginer aussi que la dimension de nécessité soit plus importante pour le journaliste, ce qui nous situerait dans le cas 3.

 

 

 

UNE DEFINITION DE L'ESCLAVAGE MODERNE

 

« Et si vous pensez que je parle en l'air et sans apporter de preuves, permettez-moi de vous poser une simple question. Quels sont les plaisirs des riches (les grands usuriers, NdA) qui profitent au pauvres? Et quels sont les plaisirs des pauvres dont les riches ne peuvent tirer profit? Réfléchissez à cette question et vous verrez comment s'édifie un esclavage mûrement réfléchi. » (UU5)

 

Dans ce cas, tous les plaisirs de l'esclave profitent au riche, aucun des plaisirs des riches ne profite à l'esclave. L'esclave est dans la nécessité de faire plaisir aux riches, de faire partie de leur clique. C'est le cas 4.

 

Cet exemple souligne aussi le caractère mineur de l'attribut de réciprocité. En effet, ici la relation de maître à esclave est réciproque, ce qui est caractéristique de l'esclavage c'est le caractère maximal et absolument unilatéral du sacrifice charnel.

 

« Je veux bien admettre qu'il y ait au monde des gens rassurés de savoirs que leur gagne-pain dépend du bon vouloir d'un charlatan. Je veux bien admettre qu'il y ait des gens si étrangement constitués qu'il ne leur déplaît pas de voir une grande nation prise en otage par un petit gang plus illégal qu'une bande de brigands, quoique pas aussi brave. Bref, je veux bien admettre qu'il y ait des gens qui ont confiance dans les trusts. Je l'admets bien à contre-coeur et avec des larmes dans les yeux comme ce brave capitaine des Bad Ballads, qui s'écriait: « C'est peut-être la nature humaine; si oui, oh, qu'elle est bien vilaine! » » (PPPA2)

 

Si leur gagne-pain dépend du bon vouloir d'un charlatan, ils n'ont pas le choix, nous sommes donc dans le cas 4. En réalité, il s'agit ici plutôt d'un choix de confiance de la part du travailleur, nous sommes donc dans le cas 5.

 

 

L'ESCLAVE QUI SE FAIT DIEU

 

Le cas 5 mérite une attention spéciale car il constitue, selon notre schéma, le comble de l'horreur sociale. Le travailleur n'a aucune conscience d'infériorité par rapport à l'acheteur, il voit son acheteur comme quelqu'un qui est purement à son service matériel. Selon Chesterton, ce type de transaction est très fréquent, comme le montre la dernière phrase de PPPA.

 

« En attendant je suis assis au milieu de troupeaux d'employés surmenés et d'ouvriers sous-payés dans un tram ou dans un métro, et je me demande quand, au lieu de vouloir singer les dieux, les hommes consentiront une fois pour toutes à être simplement des hommes. » (PPPA6)

 

Le salarié qui se prend pour un dieu est en effet l'esclave parfait car non seulement il agit comme un esclave mais par surcroît il n'a aucune conscience de son état.

 

 

SOMMAIRE-TRANSITION

 

Ce dernier chapitre de la partie physique nous a permis de synthétiser nos résultats et de les mettre en regard. En systématisant et en prolongeant certains concepts de Chesterton, nous sommes maintenant en mesure de mieux comprendre cette citation que nous avions placée en exergue de ce travail, sur la nature de l'homme (bloqué par la neige et accédant ainsi à un monde plus vaste) et la maladie de l'homme moderne (qui cherche à s'échapper de la rue où il vit).

 

Dans la suite, nous cesserons de prendre le clan comme un absolu et nous lui chercherons ses raisons d'être plus profondes. Pour cela nous aurons à nous avancer vers le mystère profond de la personne humaine.

 

PARTIE II

METAPHYSIQUE DU CLAN

 

1. Eléments pour une métaphysique de l'honneur

 

 

Nous avons vu que le clan était spirituellement plus riche que la clique, mais nous n'avons pas encore considéré l'homme en présence de plusieurs clans et ayant à préférer l'un ou l'autre. Autrement dit, nous avons à traiter le problème de la hiérarchie des clans. Pour tenter de le résoudre, nous aurons à remonter dans l'abstraction au-delà du clan lui-même, qui a été jusqu'ici considéré comme un absolu mais que nous aurons ici à questionner dans son existence même.

 

LE PROBLEME DE LA HIERARCHIE DES CLANS

 

Il arrive qu'il y ait des conflits entre les clans auxquels nous appartenons. Nous pouvons nous demander si il existe une hiérarchie ontologique entre ces groupes, nous demander ce qui fait que certains groupes méritent davantage qu'on leur sacrifie nos intérêts plus immédiats et matériels. Nous ne nous plaçons pas du point de vue moral mais du point de vue spéculatif et ontologique.

 

La situation suivante nous présente le cas d'un conflit entre la cité et la famille.

 

« Des récits ressassés, mais héroïques, nous défendent d'oublier que la République (romaine, NdA) se fonda sur le meurtre d'un tyran par un mari outragé, et que le Tribunat fut restauré grâce à un autre tyrannicide commis par un père, vengeur de l'honneur de sa fille; et il nous apprennent que ceux-là seuls qui tiennent la famille pour sacrée auront dans les affaires publiques une conduite inflexible, car, au-dessus des dieux de la cité, ils ont placé les dieux du foyer domestique. » (HE7)

 

Peut-on dire que la famille l'emporte toujours sur la cité? Pourquoi en serait-il ainsi? Ne pourrait-on pas de même inverser la proposition « ceux-là seuls qui tiendront la cité pour sacrée auront dans la famille une conduite inflexible ».

 

priorité de la famille dans tous les cas?

 

Sacré signifie qu'on est prêt à mourir pour cette réalité. L'individualiste qui ramène toutes choses à ses intérêts propres et immédiats.

 

RECHERCHE D'UNE SOLUTION A CE PROBLEME DE LA HIERARCHIE DES CLANS

 

(déjà dit:) Rares sont les textes dans lesquels Chesterton s'exprime de manière synthétique sur la métaphysique sociale. Toutefois, dans le chapitre 5 de « Orthodoxie » nous trouvons résumée sa position par rapport au contrat social.

 

« Les théories du XVIIIème siècle sur le contrat social ont de nos jours prêté le flanc à de nombreuses critiques maladroites: dans la mesure où elles prétendaient qu'il existe, à la base de tous gouvernements historiques, une idée de consentement et de coopération, on pouvait démontrer leur exactitude. Mais elles étaient fausses dans la mesure où elles présupposaient que les hommes avaient toujours aspiré à l'ordre et à la morale parce qu'ils avaient conscience de leurs intérêts réciproques. » (O4)

 

La présence d'intérêts réciproque est affirmée mais non le fait que les hommes en aient conscience. Autrement dit, une sorte de contrat social a lieu mais il n'est pas d'ordre calculatoire, d'ordre rationaliste. Le question se pose alors de savoir quel est ce mystérieux consentement qui pousse les contractants à abdiquer leurs intérêts apparents. Si les contractants n'agissent pas en fonction de les intérêts conscients, comment se peut-il qu'il y ait tout de même consentement? De quel consentement, de quel contrat s'agit-il? Si le contractant n'en est pas le bénéficiaire, qui en est le bénéficiaire?

 

Afin de mieux comprendre la nature de ce contrat inconscient, nous étudierons spécialement une situation pour laquelle les intérêts apparents du contractant sont par excellence niés, le cas de l'auto-sacrifice du patriote qui donne sa vie pour son drapeau.

 

Dans le même chapitre d'Orthodoxie dont le thème central est justement le patriotisme, il y a des passages qui pourraient servir à résoudre notre question. Néanmoins, comme beaucoup de chapitres de Chesterton, ce chapitre est tellement fluide qu'il est difficile d'en découper des citations et de les expliquer hors contexte. Pour cette raison, je choisis de piocher dans un autre ouvrage de forme plus paisible.

 

Dans l'Homme Eternel, en effet, Chesterton évoque simplement les motivations profondes des soldats romains qui risquaient leurs vies entraînés derrière des bannières représentant des félins. Il s'agit de notre problème. Après avoir nié que les explications de type géopolitique puissent fournir des explications suffisantes aux sacrifices des patriotes, Chesterton donne le genre d'explication qui pourrait le satisfaire.

 

« Il ne me suffit nullement, je crois l'avoir déjà dit, d'apprendre qu'on appelait un chat « totem », surtout quand on l'appelait tout autrement; j'aurais besoin de me représenter quel ordre d'émotions susciterait ce vocable. Dois-je m'imaginer la momie du chat sacré, le chat de la sorcière, le Chat botté, ou le Chat Noir? Voilà ce qu'on ne nous dit pas, et voilà précisément ce qu'il faudrait savoir pour nous faire une idée de la puissance exacte du lien social qui unissait efficacement des foules de gens aussi sensés et égoïstes que nous. » (HE7)

 

Rappelons qu'il ne s'agit pas ici de prouver que ces faits existent. Il s'agit de savoir, une fois posés, ce que ces faits impliquent au niveau métaphysique.

 

On y retrouve cette même apparente contradiction, cette juxtaposition brutale de l'idée de consentement (« des gens aussi sensés et égoïstes que nous ») et l'idée d'abdication de leurs intérêts apparents (car une « union efficace » à la guerre signifie l'acceptation de la mort physique, qui ne semble pas du tout dans l'intérêt du contractant).

 

Comment concilier philosophiquement les deux propositions? Les religieux parleront peut-être de vie éternelle et de jugement dernier, mais ces doctrines n'ont rien à faire dans le domaine philosophique qui est le nôtre. Il y a bien aussi des doctrines qui font du soldat une partie du tout. Ces doctrines collectivistes ont l'avantage de rendre l'auto-sacrifice possible, mais elles heurtent le bon sens égoïste de chacun et, dissolvant l'individu qui se retrouve méprisé et englouti dans une sorte d'extase bien peu fondée, elles ne peuvent non plus satisfaire l'intelligence.

 

Si on veut absolument que l'auto-sacrifice soit justifié de manière personnelle et égoïste (c'est notre grande hypothèse), il faut imaginer celui-ci comme le résultat d'une transaction dans laquelle le héros échange une chose contre une autre pour son plus grand profit. Ce qui fait difficulté c'est que la chose donnée, la vie physique, semble le tout contre lequel il n'est pas possible d'échanger quoi que ce soit, mais il est pourtant forcé qu'elle ne soit pas le tout, sinon il ne serait pas possible que l'auto-sacrifice soit justifié de manière égoïste.

 

Il faut donc que quelque chose de plus précieux que ma vie-même me soit donné en échange de celle-ci, ou plutôt, qu'une certaine vie soit sacrifiée dans cet acte, pour permettre l'existence d'une autre vie, qu'un certain ego soit sacrifié pour permettre la vie d'un autre ego.

 

Si on cherche à préciser encore les termes de la transaction, on peut demander ce qui est perdu dans la transaction du héros patriote et ce qui est gagné. Pour mettre en évidence cela, on peut inverser la situation, et imaginer que le héros décide de ne pas se sacrifier. Dans ce cas, qu'aura t-il perdu, qu'aura t-il gagné? Il aura gagné des avantages matériels, il aura gagné de vivre plus longtemps, mais il aura perdu son rôle historique et son identité dans le groupe. Il aura renié la partie patriote de lui-même, celle qui le relie à sa patrie.

 

Au moment de risquer sa vie, le choix du patriote consiste donc à choisir entre la vie biologique et le lien concret au groupe. C'est ici que l'hypothèse de l'égoïsme fondamental de la morale est précieux car il permet de trancher sur la définition de la personne. En effet, si l'on accepte avec Chesterton d'affirmer que le patriote a comme tout le monde un « bon sens égoïste », et que donc sa transaction sacrificielle lui est profitable, il me semble que nous devons affirmer qu'il y a certains liens qui sont, dans l'intérêt de ma personne, plus importants pour moi que ma vie biologique elle-même. C'est donc que ma personne est avant tout constituée de ces liens, qu'on peut dire sacrés car je suis prêt à perdre la vie biologique pour les conserver. C'est donc que nous pouvons affirmer le primat de la relation sur la vie biologique, et que la personne humaine ne doit pas être définie avant tout par son existence biologique mais par ses relations. Ainsi, on comprend comment un sacrifice patriote peut à la fois exister et être de nature égoïste, car le héros en se sacrifiant renonce à une partie secondaire de lui-même (sa vie biologique) pour acquérir ou pour conserver une partie première et fondamentale de sa personnalité (ses relations au groupe).

 

En analysant des citations de Chesterton, si l'analyse est juste, nous retombons sur la définition relationnelle de la personne, définition qu'on trouve développée dans les écrits de Fessard et de Nantes. En outre, même si l'analyse passe trop rapidement sur tel ou tel point, il semble permis de penser qu'une meilleure analyse pourrait aboutir au même résultat, parce que la doctrine relationnelle de la personne permet de résoudre la contradiction apparente que nous avions remarqué au départ. En effet, si la personne est avant tout constituée de liens sacrés, il devient tout à fait intelligible que celle-ci renonce à sa vie biologique pour sauvegarder les liens sacrés qui la constituent. C'est aussi intelligible que le fait qu'un lapin se ronge la patte pour se dégager d'un piège et ainsi échapper à un incendie mortel, il s'agit dans les deux cas de perdre quelque chose de peu important pour obtenir en échange quelque chose d'important. L'énigme de départ serait ainsi résolue.

 

2. Synopse des grands systèmes

 

 

 

Pour ceux qui comme moi aiment les schémas, voici une manière graphique de faire voir les pôles en présence dans cette question, et des indications sur la manière dont ces pôles sont intégrés dans la doctrine relationnelle.

 

De manière analogique j'ai aussi associé aux trois positions métaphysiques les trois systèmes politiques correspondants (distributisme, etc).

 


SYNTHESE FORMELLE

 


 

 

L'individu et la cité peuvent être liés de manière ontologique et concrète. La personne est constituée avant tout par des liens sacrés.

 

 

Chaque personne doit chercher son bien individuel, en opérant des transactions utiles.

 

Mais le bien de l'individu n'est pas le bien de l'individu considéré comme une substance fermée sur elle-même.

 

 

DISTRIBUTISME

 

 

 

 

Excès individualiste

EQUILIBRE MATERIEL

Excès collectiviste

Indépendance de l'individu. Primat de l'individu sur la cité qui doit lui être sacrifiée.

 

LIBERALISME,

GRAND CAPITALISME

ARISTOTE

SAINT THOMAS D'AQUIN

Dépendance de l'individu. Primat de la cité sur l'individu qui doit lui être sacrifié.

 

ETATISME,

COMMUNISME

Le contrat social selon Chesterton

 

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18/10/2010

Face au prêt-à-penser politico-médiatique contre notre archevêque : une bouffée d'air frais

Le Cercle Gustave Thibon  a le plaisir de vous proposer en souscription le dernier livre de Mutien-Omer Houziaux.

 

Utile contrepoids à la déferlante actuelle de critiques, aussi spectaculaires que dénuées d'intelligence, contre Mgr Léonard, le livre de Mutien-Omer-Houziaux préfacé par Mgr Michel Dangoisse (ancien doyen du Chapitre cathédral de Namur, décédé un mois avant la parution du livre) vient à point nommé ! L'auteur y affiche haut et fort  le caractère radicalement incompatible de la raison chrétienne avec le "prêt-à-penser" moderne. Nous espérons que la lecture de ce livre résonnera dans le coeur de beaucoup comme un vibrant appel à la résistance contre la dictature de la Panurgie contemporaine.

Pratiquement, afin de souscrire à la présente offre, il vous suffit d'effectuer le virement de 19,90 € (frais de port compris) - au lieu de 22,50 € - au compte des Editions Mols 271-0087002-25 et de mentionner en communication l'adresse de destination à laquelle le livre doit être expédié dès parution.

  

 

page de garde.jpgÀ CONTRETEMPS
REGARDS POLITIQUEMENT INCORRECTS
Bioéthique, spiritualité, scientisme

Mutien-Omer Houziaux
Préface de Michel Dangoisse

Collection : Autres Regards

GENRE : Actualité

PARUTION : Octobre 2010
FORMAT : 150 x 205 mm - rabats
NOMBRE DE PAGES : 288.
PRIX : 22,5 € ttc 
ISBN / EAN : 978-2-87402-123-7

 

Familles recomposées, homoparentalité, mort dans la dignité : la parole est au politiquement correct. Né en 1980, au pays de l'American way of life, le politiquement correct n'a pas tardé à franchir l'Atlantique. Son discours, qui se réclame de la démocratie, est, en réalité, l'arme principale d'une pensée dominante, voire unique. Arme redoutable, la parole, notait déjà Talleyrand, a été donnée à l'homme pour déguiser sa pensée. Sous prétexte de promouvoir le « vivre ensemble », la société, qui prône le libre arbitre individuel, devient en réalité liberticide. Pis encore, de contrainte sociétale, le politiquement correct se mue parfois, sournoisement, en contrainte légale : toute opinion politiquement incorrecte est alors bâillonnée par un pouvoir civil  « démocratique ».

Avec un humour parfois corrosif, le présent essai dénonce, sans détour, quelques-uns des effets délétères d'une dictature qui s’avance sous le masque du dialogue et de la tolérance. Interdiction au citoyen-électeur de contester la moindre parcelle de la modernité, cette matrice évidente d'un prétendu progrès. Toute remise en question des « avancées » dans les domaines de la bioéthique, de la spiritualité, de l'intelligence artificielle est taxée de rétrograde, réactionnaire, totalitaire, voire néo-fasciste. Examinant ici à contretemps les arguties du « prêt-à-penser » politiquement correct, l'auteur montre comment, tels les moutons de Panurge ou les aveugles de Bruegel, bien des contemporains « progressent » sur la voie du précipice et de la décadence.

 

DiapoMutien.jpgMutien-Omer HOUZIAUX, romaniste, a connu un parcours universitaire marqué par l'interdisciplinarité. Chercheur et enseignant en plusieurs Facultés. Pionnier dans les domaines de l'enseignement et de l'anamnèse assistés par ordinateur à Liège, en Belgique, ainsi qu'au Canada et en Argentine. Nombreuses publications, dont plusieurs essais touchant à la linguistique, à l’informatique appliquée, à la pédagogie et à la musicologie. L'auteur a été organiste titulaire de la cathédrale de Liège durant 25 ans.

  

Dangoisse.JPGLe préfacier, Mgr Michel DANGOISSE, est décédé le 22 août 2010, un mois avant la parution de ce livre.  Il était doyen du Chapitre cathédral de Namur. Diplômé de l’Université de Louvain, il avait enseigné les langues anciennes, le français, l’histoire et les sciences religieuses. Directeur de la revue Pâque nouvelle (fondée par Mgr  André-Joseph Léonard), il était l’auteur de diverses publications, dont une étude critique sur la traduction française du missel romain de 1970.

 

Diffusion en France : Sofédis/Desclée de Brouwer

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29/09/2010

Benoît XVI, par Iborra

P1012484 recadrée.JPGSamedi dernier fût l'occasion, pour l'Union des Etudiants Catholiques de Liège, en collaboration avec l'asbl Sursum Corda, de recevoir Monsieur l'abbé Iborra pour une conférence de rentrée sur la pensée théologique de Benoît XVI. Magnifique intervention, dont le texte se trouve ci-dessous.

La conférence fût suivie de la "Messe du Saint-Esprit", célébrée dans la forme extraordi,aire du rite romain, magnifiquement chantée par l'ensemble vocal "Praeludium". Le texte de l'homélie est publié dans le post précédent.

Nous remercions encore chaleureusement Monsieur l'abbé Iborra pour la qualité de son intervention.

  

 

LA  THEOLOGIE  DE  BENOIT  XVI 

            Je vais m'efforcer de répondre aux questions posées à cette conférence en deux étapes : d'abord en étudiant la pensée du théologien Joseph Ratzinger, puis celle du pape Benoît XVI. Cela nous permettra de repérer quelques points d'inflexion. Un temps d'échange pourra, je l'espère, compléter cet exposé.

            Mais tout d'abord une brève présentation de celui dont la pensée nous réunit ce soir. Né en 1927, Joseph Ratzinger est ordonné au lendemain de la guerre, en 1951, pour être précis. Il commence sa carrière en enseignant au séminaire diocésain avant d'être nommé professeur à l'Université de Bonn en 1959. Remarqué par le cardinal Frings, archevêque de Cologne, la grande cité voisine, il l'accompagne à Rome pour participer aux travaux du 2e Concile du Vatican en qualité d'expert. Il enseignera par la suite la théologie dogmatique dans différentes universités allemandes jusqu'en 1977, date à laquelle il accepte la charge d'archevêque de Munich que lui confie Paul VI qui l'élève presque aussitôt au cardinalat. En 1981, le pape Jean-Paul II l'appelle à ses côtés pour présider la Congrégation de la doctrine de la Foi et ses organes annexes, la Commission théologique internationale et la Commission pontificale biblique. Le 19 avril 2005, âgé de 78 ans, il est lui-même élu pape et prend le nom de Benoît XVI.

            L'étudiant qui pour la première fois se plonge dans la bibliographie de Joseph Ratzinger est sans aucun doute déconcerté, voire désemparé, par son volume des dizaines de livres, des centaines d'articles – et par sa diversité – une multitude de thèmes relevant de tous les secteurs philosophiques, théologiques et politiques qui sont connexes à la vie chrétienne dans l'Église. Ce qui frappe aussi, c'est l'absence de ces grandes dogmatiques qui font le renom des professeurs d'Outre-Rhin. Rien de tout cela chez Joseph Ratzinger, mais bien plutôt une approche impressionniste faite d'une multitude de touches. On peine à trouver un écrit dont on puisse dire qu'il renferme le cœur de sa pensée. Certains, au titre trompeur (Principes de la théologie catholique par exemple), sont des compilations d'articles et de conférences, d'autres – aux dires de l'auteur les plus achevés qu'il ait produit (Foi chrétienne hier et aujourd'hui, La mort et l'au-delà) – nous donnent aussitôt à désirer suite et approfondissement. L'œuvre de Joseph Ratzinger apparaît ainsi morcelée, d'un côté inachevée, étroitement liée aux aléas de l'enseignement de la dogmatique dans différentes universités, et en même temps, de l'autre, prolongée par les fulgurances qui émaillent ses nombreux discours et conférences. Mais ce qu'elle aborde, elle le fait avec maîtrise, clarté et sagesse.

 

I – Les caractéristiques d'une pensée

 

            Est-il cependant possible de ressaisir toute cette diversité dans l'unité ? Un fil rouge, un Leitfaden, relie-t-il ces écrits brillants, mais disparates, qui traitent aussi bien de théologie fondamentale que de spiritualité, de théologie politique que de musique sacrée, de réflexions œcuméniques que d'analyses de la crise que traverse l'Église ?

            Il me semble que l'on puisse dégager trois axes principaux, trois angles qui reviennent à travers la diversité des thèmes abordés. Trois points d'attention qui finalement laissent apparaître une forme théologique. La théologie de Joseph Ratzinger m'apparaît comme une théologie pratique du Verbe, du Logos divin, c'est-à-dire comme une christologie du vrai et du beau dans sa dimension ecclésiale. Voyons cela de plus près.

 

1 – La raison dans le monde postmoderne

 

            La première caractéristique de la pensée de Ratzinger, c'est son recours constant à la raison. Un recours qui n'aboutit cependant pas à ce rationalisme qui a tant marqué, dans un sens ou dans l'autre, la pensée catholique du siècle dernier. Car la raison, pour Ratzinger, ne se situe pas que du côté du sujet, héritier des Lumières. Elle ne se confond pas avec la faculté, nécessairement limitée et même obscurcie à cause du péché originel, par laquelle l'homme cherche à connaître. Renouant en cela avec la grande tradition antique et médiévale, Ratzinger pense que la raison dépasse le sujet par ses deux extrémités, si l'on peut dire : elle lui est extérieure, présente dans le cosmos, parce qu'en fait elle lui est antérieure, présente au plus profond de son être, constituant même le fondement transcendantal de celui-ci. Cette raison, c'est le Logos divin qui habite l'âme produite à son image. C'est le même Logos divin dont tous les objets, dans l'univers, sont comme les foisonnantes effigies à travers la diversité de leurs essences et de leurs individualités. La théologie de Ratzinger, on l'aura compris, est donc avant tout une théologie de la Création, création dont le Verbe est le médiateur et dont nous, nous sommes des éléments privilégiés, à cause de la raison qui nous est donnée en partage. L'intelligence du sujet connaissant, autant que l'intelligibilité qui gît dans l'objet connu, sont deux instances créées, participées, du Logos divin.

            Il en résulte une conséquence importante pour notre époque. Ratzinger ne cesse de déplorer le mauvais usage de la raison par nos contemporains. Fascinés par les progrès techniques de la modernité, ils ont restreint le champ d'application de la raison au domaine des sciences de la nature, abandonnant, entre autres choses, le champ de la métaphysique, et donc aussi celui de l'anthropologie, à l'irrationnel, au subjectivisme, ce qui conduit à l'anomie du relativisme éthique qui caractérise nos malheureuses sociétés modernes et les ronge de l'intérieur avec la complicité de l'esprit démocratique. C'est le constat qu'il faisait encore samedi dernier devant les parlementaires britanniques réunis au Westminster Hall de Londres. Ratzinger déplore cette frilosité de l'esprit moderne pour la capacité qu'a la raison de connaître au-delà de ce qui est purement quantifiable. En exaltant la raison et en la cantonnant dans le domaine où elle a réalisé ses exploits les plus visibles, les modernes l'ont finalement dépréciée en lui interdisant l'exploration des domaines les plus graves, les plus riches de sens, qui sont évidemment aussi les moins quantifiables.

            Cette exploration est possible, mais à condition de l'entendre d'une raison constitutivement ouverte sur l'être en totalité, dont l'objet produit par la technique n'occupe qu'une fraction du spectre. Elle est possible parce que la raison humaine participe du Logos divin. Ce qui laisse aussi entendre que la science telle qu'elle est comprise aujourd'hui n'est qu'une dimension du savoir total, une dimension qui doit se soumettre à une sagesse supérieure, tout aussi rationnelle et peut-être même davantage, qui s'exprime par la loi morale naturelle.

            Et à cet égard, la pensée de Ratzinger se fait incisive. Le théologien marqué par la pensée historique de saint Augustin et de saint Bonaventure sait que l'homme ne peut s'accomplir par lui-même, qu'en outre sa nature est loin d'être indemne. A l'optimisme anthropologique qui avait pu saisir les théologiens néothomistes du Concile, il opposait déjà, celui-ci à peine clos, les considérations réservées de l'augustinien qu'il n'avait jamais cessé d'être. Non, sans Dieu, sans la religion, et une religion inscrite organiquement dans la société, l'homme ne peut parvenir au bonheur, pas même terrestre. Le monde qu'il cherche à édifier s'effondre irrémédiablement, et cela dans un grand fracas, celui des totalitarismes ouverts – celui qu'il a connu dans sa jeunesse – ou sournois – celui que nous connaissons à présent dans nos sociétés démocratiques.



            Ce qui semblait alors une marque de manque d'enthousiasme à une époque de modernité triomphante retentit aujourd'hui comme le cri de Cassandre : l'homme postmoderne, désabusé, revenu de toutes les utopies et de toutes les chimères, « déconstruit » de tous côtés, s'il ne veut pas se « divertir » dans le consumérisme a besoin d'une conception rénovée de la raison. La pensée de Ratzinger, nettement antimoderne, peut constituer l'antidote théologique au poison qui ronge le monde actuel. Joseph Ratzinger apparaît ainsi comme le penseur chrétien dont le monde postmoderne a besoin, car il l'interpelle en lui montrant l'issue de secours : sans Dieu, l'homme ne peut subsister. C'est ce qu'il a encore rappelé aux parlementaires britanniques en parlant du « rôle correctif de la religion à l'égard de la raison » et en appelant au moins à un dialogue constructif entre ces deux mondes : « Je voudrais suggérer, disait-il, que le monde de la raison et de la foi, le monde de la rationalité séculière et le monde de la croyance religieuse reconnaissent qu'ils ont besoin l'un de l'autre, qu'ils ne doivent pas craindre d'entrer dans un profond dialogue permanent, et cela pour le bien de notre civilisation ». Soulignons au passage qu'il s'agit d'une aide mutuelle, ce qui suppose que sans la raison la religion s'égare. Ce qui, vous vous en doutez, permet de comprendre que toutes les religions, et même tous les denominations chrétiennes, ne sont pas à mettre sur le même plan. Ce qui m'amène au point suivant : l'Église.

 

2 – Un milieu ecclésial

 

            Théologie du Verbe divin, la pensée de Ratzinger est une théologie du Verbe total, c'est-à-dire prolongé dans ses membres qui tous ensemble forment l'Église. A la différence d'Augustin, Ratzinger n'a pas eu à découvrir l'Église puisqu'il a toujours baigné dans ses eaux depuis son enfance bavaroise, mais il a su en saisir l'importance justement à travers la découverte qu'en fit le philosophe d'Afrique du Nord, chercheur solitaire de Dieu, qui finit théologien, pasteur d'âmes, docteur de l'Église dans tous les sens du terme.

            Ratzinger a mis sa pensée et son énergie au service de l'Église, au point de renoncer à l'élaboration d'une théologie originale lorsqu'il finit par accepter, après bien des atermoiements, les lourdes charges ecclésiales que Paul VI puis Jean-Paul II lui confièrent. Ce sacrifice, pour un intellectuel de sa trempe, en dit long sur l'attachement de l'actuel Pape à l'Église et à son peuple.

            Cette dimension ecclésiale de sa pensée est apparue dans le souci constant qu'il a eu, au long de sa mission à la Congrégation pour la doctrine de la foi, de permettre aux « plus petits » d'avoir accès à l'intégralité de la foi authentique de l'Église par delà les recherches – largement médiatisées – de quelques théologiens en mal de renom et aux doctrines aventureuses. Ce souci des faibles, là aussi très augustinien – pensons à la controverse donatiste –, qui s'est centré à un moment sur la question de la « théologie de la libération », trouve son cœur dans la question liturgique. Loin d'être un aspect anecdotique de la vie de l'Église, la liturgie – comme l'a d'ailleurs proclamé le dernier Concile – en est bien plutôt le centre. La liturgie est en effet le lieu où le Verbe est accessible par-delà l'épaisseur de l'histoire : par la liturgie s'actualise la présence de Celui qui est le médiateur et le contenu de la Révélation, l'interlocuteur divin par excellence. C'est ce qui a vivement impressionné des convertis du protestantisme aussi profonds que J.H. Newman ou R.H. Benson. Par la liturgie nous pouvons être rendus participants du dialogue intratrinitaire entre le Père et le Fils, trouver notre véritable « demeure » en tant que chrétiens.

            C'est la communauté liturgique aussi qui permet d'avoir une vision plus juste de la Révélation et de son support, l'Ecriture. Il n'y a en effet pas de compréhension possible des Ecritures en dehors de la communauté qui les a produites et qui, dès lors, est seule apte à les interpréter. C'est ce que Benoît XVI rappelait lors de son discours sur le monachisme bénédictin dans l'enceinte du Collège des Bernardins en septembre 2008. Dans l'acte liturgique les verba multa des livres bibliques deviennent le Verbum unum, à la fois parole et nourriture dans l'eucharistie. La liturgie est ainsi un lieu théologique, sinon le lieu théologique par excellence. Elle est ce qui fait que la doctrine chrétienne ne dégénère pas en idéologie mais fructifie en confession. C'est cette alliance vitale nouée entre l'intelligence et l'agir que Benoît XVI a louée dans la personnalité du bienheureux John Henry Newman, et ce par-delà toutes ses qualités intellectuelles.

 

3 – Une théologie du culte chrétien

 

            L'existence chrétienne est cultuelle : elle consiste à rendre à Dieu un culte raisonnable, une logikè latreia, un culte selon le Logos, terme que Ratzinger emprunte à S. Paul (Rm 12, 1). Rendre un culte à Dieu, c'est vivre selon le Logos fait chair, selon le Christ qui s'offre au Père dans l'acte central de sa vie, le sacrifice de la croix. Le culte de l'eucharistie est ainsi au centre de la vie chrétienne. La beauté du geste de Dieu qui offre son Fils et la beauté du geste du Christ qui s'offre – avec nous tous – à son Père doit transparaître dans la beauté du culte. Pour Ratzinger, la beauté n'est pas de l'ordre du subjectif ou de l'accidentel. Elle a un fondement dans l'être, elle est rationnelle, elle est « selon le Logos ». Ses écrits sur la liturgie occupent une place importante dans son œuvre, et par leur volume, et par leur diversité, et par leur qualité. Par l'attachement aussi qu'il leur porte : il a voulu que le premier tome de ses Gesamtliche Werke les contienne. Comme il l'a dit un jour à V. Messori ou à P. Seewald, au centre de la crise actuelle de l'Église, il y a la désintégration de la liturgie.

            Toucher en effet à la liturgie, c'est toucher à la relation vitale entre le chrétien et Dieu. C'est pourquoi il a très rapidement déploré le tour pris par l'application de la constitution conciliaire sur la liturgie. Il voit dans la « créativité liturgique » – terme qu'il exècre – l'expression d'une mainmise qui hypertrophie la dimension subjective de l'anthropologie en la déséquilibrant au détriment de ses dimensions cosmologique (dans laquelle elle doit s'insérer) et théologale (qui en est le fondement et le terme). La communauté finit par s'autocélébrer, reproduisant « la danse des Hébreux autour du veau d'or », cherchant ainsi à mettre la main sur Dieu, le ravalant du coup à l'état d'idole. Elle pâtit d'un néocléricalisme qu'autorisent trop souvent les multiples possibilités laissées au choix du célébrant par les livres réformés, néocléricalisme qui touche tant le clergé que les laïcs qui cherchent, avec la complicité de celui-ci parfois, à s'y substituer.

            Ratzinger milite aussi pour une redécouverte de l'orientation. La liturgie eucharistique se célèbre face à l'Orient, face au Christ ressuscité symbolisé cosmiquement par le soleil levant qui dissipe les ténèbres du péché et de la mort. A la rigueur, faute de mieux, par la croix posée sur l'autel. La « participation active des fidèles », voulue par le Mouvement liturgique de l'entre deux guerres, se réalise avant tout par l'union des fidèles à l'action qu'accomplit le Christ représenté sacramentellement par le prêtre et non par des tâches à accomplir pendant les cérémonies. Cette participation requiert une certaine séparation d'avec l'agitation et les habitudes du monde, elle suppose un silence intérieur et extérieur propice à l'union et à la conversion. Elle a besoin du chant, dans ce qu'il a de meilleur, c'est-à-dire de plus contemplatif, pour sublimer la parole – toujours prompte au verbiage – et retrouver le chant secret qui gît au fond des choses – de la mer dirait Tolkien –, la louange muette du cosmos dans laquelle elle a à s'insérer pour la récapituler et l'offrir. La liturgie devient ainsi le lieu de ce colloque spirituel avec le Seigneur. C'est le lieu de rappeler la devise cardinalice de Newman : cor ad cor loquitur.

            C'est ainsi que la pensée théologique de Ratzinger est éminemment christocentrique et ecclésiale en même temps que pratique, c'est-à-dire visant la sanctification des chrétiens. Elle se méfie de l'esprit du temps qui  cherche soit à séculariser la transcendance du salut dans des réalisations utopiques et souvent destructrices (du joachimisme au marxisme ou à l'écologisme), soit à étouffer toute vie intérieure par le matérialisme pratique du consumérisme et de l'hédonisme érigé en unique norme de vie qui aboutit au relativisme éthique, destructeur de toute société humaine véritable.

 

 

II – Les inflexions d'un pontificat

 

            L'élection du doyen du Sacré Collège à la charge de Pontife Romain a inquiété les uns, réjoui les autres. Chacun s'attendait à voir le Préfet de la doctrine de la foi occuper le siège de Pierre. Ce ne fut donc pas sans une certaine surprise que l'on vit Benoît XVI se dégager du rôle que le cardinal Ratzinger avait accepté d'endosser en 1981. Le Panzerkardinal faisait place à « l'humble travailleur dans la vigne du Seigneur ». Bonté et fragilité semblaient se substituer à l'autoritarisme supposé  du Préfet. Au thème de la vérité, si fermement défendu au palais du Saint-Office, succédait, sur la place Saint-Pierre, celui de la charité, de la bonté de Dieu. La défense de la rectitude du dogme semblait faire place à la promotion de ses aspects sociaux, avec une insistance particulière sur la question écologique. Ce qui ne manqua pas de surprendre... un observateur superficiel. Car Benoît XVI pratique pour lui-même « l'herméneutique de la continuité ». C'est pourquoi je parlerais volontiers de persistance et de renouvellement des thèmes centraux de sa théologie.

 

1 – Persistance des thèmes anciens

 

            Le thème de la raison affrontée à la modernité, et confrontée à la crise postmoderne qui réintroduit la question de la foi dans un monde d'abord désenchanté puis dévasté, constitue la ligne directrice de ses adresses universitaires. Dans le discours de Ratisbonne (12 septembre 2006), relevant l'élément platonicien à l'œuvre dans la raison moderne, il montre que celle-ci ne peut s'exonérer de la question du sens, qui transcende la technique et l'utilitarisme qui en découle, pour renouer avec les réponses que la foi procure à l'interrogation philosophique. A Rome (17 janvier 2008), il rappelait que l'essor de cette même raison a été conditionné par la foi et que, aujourd'hui, « détachée des racines qui lui ont donné vie, elle ne devient pas plus raisonnable et plus pure, mais qu'elle se décompose et se brise ». A Paris (12 septembre 2008), il montrait comment les arts et les techniques, dont la modernité a pu s'enorgueillir, sont en fait les sous-produits de la quête médiévale de Dieu poursuivie dans les monastères.

            Autre thème qui transparaît, la restitution de l'homme dans son environnement, le cosmos. Autrement dit, la théologie de la Création qui resitue la dimension anthropologique dans la dimension cosmologique et qui met ainsi en lumière l'organicité du projet divin. Cela se traduit par son insistance – inédite jusqu'à présent dans l'enseignement pontifical – sur la question écologique, une écologie qui, là aussi, n'en reste pas qu'à la dimension environnementale – au grand dam des modernes –, mais qui s'élève jusqu'à cette écologie humaine qui n'est autre qu'une manière nouvelle d'aborder la loi morale naturelle, fondement de la morale tant individuelle que collective.

            Mentionnons aussi la permanence du thème eschatologique, particulièrement bien mis en valeur dans l'étonnante encyclique Spe salvi, où le disciple de saint Bonaventure traite des formes modernes du millénarisme. Mentionnons encore la persistance de la méthode scripturaire, héritée des Pères, qui lui est familière, jamais réduite à l'historico-critique, et qui se déploie dans Jésus de Nazareth. Son intelligence de l'Ecriture est toujours ecclésiale, conforme à l'analogie de la foi, en vue d'édifier.

            Le patient travail de raccommodage de la tunique déchirée du Christ qu'il a entrepris comme Pontife Romain, tant envers les chrétiens séparés que les catholiques dissidents, s'inscrit lui aussi dans la ligne augustinienne qui n'a jamais cessé de l'habiter. Benoît XVI apparaît comme tout le contraire d'un doctrinaire, mais bien plutôt comme cherchant pragmatiquement le moyen de réconcilier ce qui était divisé, sans pour autant rien renier de la vérité reçue d'en haut. Son travail est celui d'un restaurateur, d'un humble artisan qui cherche à rendre sa splendeur première à une œuvre d'art abimée. Ce souci apparaît dans la manière, là aussi patiente, par laquelle il cherche à réformer la liturgie pour la rendre plus conforme aux vœux des pères conciliaires, dépassés par la tourmente de ce qu'il faudra bien un jour appeler « les années folles » de l'histoire de l'Église. En ce sens, on pourrait dire que toute l'œuvre de Joseph Ratzinger, de ses débuts à Bonn jusqu'à ses prises de position pontificales à Rome, est placée sous le signe de la réception vraie et plénière du dernier Concile.

 

2 – Le renouvellement des thèmes

 

            Tous les observateurs ont noté un glissement de perspective. C'est que bien souvent ils avaient sous les yeux les travaux du Préfet de la doctrine de la foi. Ce glissement est cependant réel par delà la persistance des thèmes centraux. Tout le monde attendait en effet une encyclique programmatique sur la foi et donc sur la question connexe de la vérité, à tonalité doctrinale. Or la première encyclique fut consacrée à la charité, avec une partie spéculative, certes, mais suivie d'une partie pastorale consacrée précisément à la pratique de la charité dans l'Église. Thème repris et prolongé dans le cadre plus large de la société postmoderne dans la troisième encyclique, Caritas in veritate. Benoît XVI n'abandonne pas le thème de la vérité, mais il le ressitue dans son cadre théologal, dont la source est la parole johannique : « Dieu est Amour ». La vérité, en Dieu, est une instance de l'amour : « Définir la vérité, la proposer avec humilité et conviction et en témoigner dans la vie sont par conséquent des formes exigeantes et irremplaçables de la charité. En effet, celle-ci 'trouve sa joie dans ce qui est vrai' (1 Cor 13,6) ».

            Benoît XVI propose ici une foi intégrale et cohérente, qui part de la confession trinitaire du Dieu révélé et qui descend jusqu'aux détails de l'éthique chrétienne, non seulement dans sa dimension individuelle mais aussi communautaire et sociale, en vue de l'institution de cette « civilisation de l'amour » qui constitue la seule alternative possible dans un monde qui a fait l'expérience des ravages d'une raison livrée à elle-même, aussi bien dans les domaines politiques, économiques que culturels. Pour Benoît XVI, le véritable enjeu est celui du cœur, champ de bataille (ou de décombres) où cherchent à s'édifier deux cités antagonistes, celle du ciel et celle de la terre.

 

            Et comme je l'écrivais dans un périodique catholique il y a quelques mois, avec persévérance et un mépris complet du qu'en dira-t-on, le Pontife ami des chats et de Mozart continue de nous dispenser sa petite musique. Puisse-t-elle encore longtemps nous enchanter, elle qui, à l'instar de la liturgie, « capte l'harmonie cachée de la Création, nous révélant le chant qui sommeille au fond des choses ».

 

 

 

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28/09/2010

Messe du Saint-Esprit: homélie de l'abbé Iborra

Messe du Saint-Esprit

Liège, 25 septembre 2010

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            Célébrer la messe du Saint-Esprit, au commencement d'une nouvelle année académique par exemple, comme nous aujourd'hui, ce n'est pas d'abord implorer Dieu de bien vouloir nous accorder son Esprit. Car nous accorder son Esprit, c'est précisément le vœu le plus cher du Seigneur. C'est bien plutôt prendre la résolution de vouloir recevoir le don de Dieu, de vouloir se laisser transformer par ce même Esprit, dans toutes les dimensions de sa vie, c'est-à-dire bien sûr dans le domaine intellectuel, mais aussi dans les domaines si divers et parfois si rebelles que sont ceux des affections, des goûts et des choix moraux de l'existence. C'est accepter que le Saint-Esprit devienne l'âme de notre âme, qu'il fasse de chacun de nous une anima ecclesiastica, quelqu'un qui vive toutes les dimensions de sa vie en tant que membre de l'Église, soumis en tout à Dieu, désireux d'étendre le règne du Christ  : à l'extérieur, en témoignant du sens que la foi procure à sa vie, et en profondeur, en laissant évangéliser toutes les strates de son existence, pour parvenir à l'unité intérieure, condition de la véracité du témoignage. Les interventions de Benoît XVI en Grande Bretagne pourront guider notre méditation de ce soir.

 

            Dieu veut avant tout notre bonheur. C'est ce que Benoît XVI rappelait aux étudiants réunis autour de lui à Londres. Et qui dit bonheur dit aussi sainteté : « Quand je vous invite à devenir des saints, je vous demande de ne pas vous contenter de la seconde place. Je vous demande de ne pas poursuivre un but limité en ignorant tous les autres. L’argent permet d’être généreux et de faire du bien dans le monde, mais à lui seul, il ne suffit pas à nous rendre heureux. La haute qualification dans l’activité professionnelle est une bonne chose, mais elle ne nous satisfait pas si nous n’avons pas en vue quelque chose de bien plus grand. Elle peut nous rendre célèbre, mais elle ne nous rendra pas heureux. Le bonheur est quelque chose que nous voulons tous, mais un des grands drames de ce monde est que tant de personnes ne le trouvent jamais, parce qu’elles le cherchent là où il n’est pas. La clef du bonheur est très simple – le vrai bonheur se trouve en Dieu. Nous devons avoir le courage de mettre nos espérances les plus profondes en Dieu seul, non pas dans l’argent, dans la carrière, dans les succès de ce monde, ou dans nos relations avec d’autres personnes, mais en Dieu. Lui seul peut satisfaire les exigences profondes de nos cœurs ». Cette quête du bonheur, John Henry Newman l'a illustrée par l'itinéraire de sa vie : une vive expérience de conversion dans sa jeunesse à laquelle il a été fidèle toute sa vie en appliquant inlassablement sa raison à scruter les profondeurs de Dieu à travers le donné révélé tel qu'il lui avait été transmis pour, le moment venu, par fidélité à sa conscience, caisse de résonance de la vérité de Dieu, opter pour l'Église romaine, quitte à en subir les conséquences. « La vie de Newman nous enseigne aussi, commentait le Pape, que la passion pour la vérité, l'honnêteté intellectuelle et la conversion authentique ont un prix élevé ».

            L'expérience intérieure de la vérité a pour conséquence logique le témoignage extérieur. Ce témoignage, aujourd'hui, nous expose souvent à l'ironie, voire à l'hostilité. Il heurte notre désir inné de paix. «  À notre époque, le prix à payer pour la fidélité à l’Évangile n’est plus la condamnation à mort par pendaison ou par écartèlement, mais cela entraîne souvent d’être exclus, ridiculisés ou caricaturés. Et cependant, l’Église ne peut renoncer à sa tâche : proclamer le Christ et son Évangile comme vérité salvifique, source de notre bonheur individuel ultime et fondement d’une société juste et humaine ». Et ce témoignage est d'autant plus nécessaire que sans la Vérité révélée que véhicule la religion, la raison laissée à ses seules forces se retourne contre l'homme et le conduit au malheur. C'est une des constantes de l'enseignement de Benoît XVI au sujet de la société postmoderne. C'est l'appel qu'il lançait aux Ecossais à Glasgow : « L’évangélisation de la culture est d’autant plus importante de nos jours, alors qu’une “dictature du relativisme” menace d’obscurcir l’immuable vérité sur la nature humaine, sa destinée et son bien suprême. Certains cherchent aujourd’hui à exclure la croyance religieuse du discours public, à la limiter à la sphère privée ou même à la dépeindre comme une menace pour l’égalité et pour la liberté. Pourtant, la religion est en fait une garantie de liberté et de respect authentiques, car elle nous conduit à considérer chaque personne comme un frère ou une sœur. Pour cette raison, je lance un appel particulier à vous les fidèles laïcs, en accord avec votre vocation et votre mission baptismales, à être non seulement des exemples de foi dans la vie publique, mais aussi à introduire et à promouvoir dans le débat public l’argument d’une sagesse et d’une vision de foi. La société d’aujourd’hui a besoin de voix claires qui prônent notre droit de vivre, non pas dans une jungle de libertés autodestructrices et arbitraires, mais dans une société qui travaille pour le vrai bien-être de ses citoyens et qui, face à leurs fragilités et leurs faiblesses, leur offre conseils et protection ». C'est ce qu'il répètera devant les parlementaires britanniques au palais de Westminster. Si la loi naturelle, de soi, suffit à régir droitement les sociétés, concrètement, nos contemporains sont devenus incapables d'en découvrir et d'en observer les exigences. Ils ont besoin du « correctif » de la religion, qui les aide à purifier leur raison et à fortifier leur volonté. Et après avoir mentionnées les déviations qui menacent également la religion, il concluait par ces mots : « La religion, en d’autres termes, n’est pas un problème que les législateurs doivent résoudre, mais elle est une contribution vitale au dialogue national ».

            Cette contribution que les chrétiens sont les seuls à apporter en plénitude à la société doit être humble, c'est-à-dire émaner non de perroquets qui récitent une leçon, mais de gens ayant fait l'expérience intérieure de la vérité, dans un cœur à cœur avec le Seigneur, cor ad cor loquitur. La collecte de la messe nous invitait à « goûter dans l'Esprit ce qui est bien ». « Finalement, disait le Pape aux fidèles réunis à Hyde Park, Newman nous enseigne que, si nous avons accepté la vérité du Christ et lui avons donné notre vie, il ne peut y avoir de différence entre ce que nous croyons et notre manière de vivre. Toutes nos pensées, nos paroles et nos actions doivent être pour la gloire de Dieu et pour l’avènement de son Royaume. Newman a compris cela et il a été le grand défenseur de la mission prophétique des laïcs chrétiens. Il a vu clairement qu’il ne s’agissait pas tant d’accepter la vérité par un acte purement intellectuel que de l’embrasser dans une dynamique spirituelle qui pénètre jusqu’au cœur de notre être. La vérité est transmise non seulement par un enseignement en bonne et due forme, aussi important soit-il, mais aussi par le témoignage de vies vécues dans l’intégrité, la fidélité et la sainteté. Ceux qui vivent dans et par la vérité reconnaissent instinctivement ce qui est faux et, précisément parce que faux, hostile à la beauté et à la bonté qui sont inhérentes à la splendeur de la vérité, Veritatis splendor ».

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            Notre engagement, dès lors, n'est pas un engagement de militants. C'est un engagement spirituel, un engagement de martyrs, c'est-à-dire de témoins de cette splendeur de la vérité. C'est un engagement qui, parce qu'il provient des profondeurs de l'âme, du tréfonds de la conscience, est propre à chacun et, en un sens, unique. « Dieu m’a créé pour un service précis. Il m’a confié un travail qu’il n’a confié à personne d’autre » écrivait-il. Cet engagement, aujourd'hui, se fait pressant : « Pour qui regarde avec réalisme notre monde d’aujourd’hui, continuait le Pape à Hyde Park, il est manifeste que les chrétiens ne peuvent plus se permettre de mener leurs affaires comme avant. Ils ne peuvent ignorer la profonde crise de la foi qui a ébranlé notre société, ni même être sûrs que le patrimoine des valeurs transmises par des siècles de chrétienté, va continuer d’inspirer et de modeler l’avenir de notre société. Nous savons qu’en des temps de crise et de bouleversement, Dieu a suscité de grands saints et prophètes pour le renouveau de l’Église et de la société chrétienne ». Ces saints, ce sont les chrétiens qui prennent au sérieux l'appel de l'Esprit Saint en eux, lui qui utilise aussi bien leurs forces que leurs faiblesses, leurs richesses que leur pauvretés, pour apporter une réponse appropriée aux défis de notre temps. A Birmingham, le Pape citait cet appel de Newman : « Je désire un laïcat qui ne soit pas arrogant, ni âpre dans son langage, ni prompt à la dispute, mais des personnes qui connaissent leur religion, qui pénètrent en ses profondeurs, qui savent précisément où ils sont, qui savent ce qu’ils ont et ce qu’ils n’ont pas, qui connaissent si bien leur foi qu’ils peuvent en rendre compte, qui connaissent assez leur histoire pour pouvoir la défendre ». Et à Hyde Park, il concluait : « À ce point, je désire m’adresser spécialement aux nombreux jeunes ici présents. Chers jeunes amis : seul Jésus sait quel « service précis » il a pensé pour vous. Soyez ouverts à sa voix qui résonne au fond de votre cœur : maintenant encore son cœur parle à votre cœur. Le Christ a besoin de familles qui rappellent au monde la dignité de l’amour humain et la beauté de la vie de famille. Il a besoin d’hommes et de femmes qui consacrent leur vie à la noble tâche de l’éducation, veillant sur les jeunes et les entraînant sur les chemins de l’Évangile. Il a besoin de personnes qui consacrent leur vie à s’efforcer de vivre la charité parfaite, en le suivant dans la chasteté, la pauvreté et l’obéissance, et en le servant dans le plus petit de nos frères et sœurs. Il a besoin de la force de l’amour des religieux contemplatifs qui soutiennent le témoignage et l’activité de l’Église par leur prière constante. Et il a besoin de prêtres, de bons et saints prêtres, d’hommes prêts à offrir leur vie pour leurs brebis. Demandez au Seigneur ce qu’il a désiré pour vous ! Demandez-lui la générosité pour dire oui ! N’ayez pas peur de vous donner totalement à Jésus. Il vous donnera la grâce dont vous avez besoin pour réaliser votre vocation. Je termine ces quelques mots en vous invitant chaleureusement à vous joindre à moi l’année prochaine à Madrid pour la Journée Mondiale de la Jeunesse ». Ce que je vous invite moi aussi à faire en rejoignant les rangs de l'association internationale Juventutem !

 

            Mais maintenant répondons – cor ad cor loquitur – à la parole que Dieu nous adresse par les paroles qu'à travers la liturgie il met sur nos lèvres.

05/09/2010

Benoît XVI: Une pensée théologique pour notre temps

Conférence et messe de rentrée

Recto flyer conférence Iborra 1001.jpgComme chaque année, le Cercle Gustave Thibon s'associe à l'Union des Etudiants Catholiques de Liège pour te présenter, en collaboration avec l'église du Saint-Sacrement, une conférence de qualité sur un thème religieux.

L'année dernière, le Père Diaz nous avait régalé par sa conférence sur la liturgie face à la modernité. Cette année, c'est au tour de l'abbé Iborra, professeur au Collège des Bernardins (Paris), de nous enthousiasmer sur un sujet riche en promesse: la pensée théologique de Benoît XVI.

Si tu penses que Benoît XVI est un vieux facho qui n'a rien à nous apprendre, alors cette conférence est pour toi! Oui, car au lieu de penser comme les médias te demandent de penser, fais-toi ta

propre opinion sur ce théologien hors-pair. Un universitaire pense par lui-même, pas via la pensée dominante!

 

 

Rendez-vous le samedi 25 septembre 2010, à 16 heures, à l'église du Saint-Sacrement (132, Bld d'Avroy, face à la statue de Charlemagne)

Et si tu aimes la beauté (l'autre nom de Dieu), une messe du Saint-Esprit sera célébrée après la conférence. Celle-ci sera célébrée dans sa forme grégorienne.

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SeGEC: honteux d'être catholique?

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Le Secrétariat Général de l'Enseignement Catholique (SeGEC) est une grosse boîte qui a pour mission, nous citons, "d’aider les Pouvoirs organisateurs (PO) et les établissements scolaires qu'il fédère à remplir leur mission de service public fonctionnel en matière d’éducation et d’enseignement; ceci dans le respect du projet éducatif de l’enseignement catholique tel que défini dans le document "Mission de l'école chrétienne."

C'est donc clair, cet organisme est catholique, bien que le document parle de l'école échrétienne", ce qui dissout déjà un peu sa spécificité. Mais il y a plus surprenant.

En effet, lorsque vous vous rendez sur leur page Internet de présentation des congés scolaires pour l'année 2010-2011, surprise: on ne parle plus de "vacances de Noël" ou de "vacances de Pâques", mais bien de "vacances d'hiver et de printemps". Quant à la Toussaint, elle devenue le congé d'automne... La preuve ci-dessous:

 

Année scolaire scolaire 2010-2011

La rentrée scolaire est fixée au mercredi 1er septembre 2010 et les vacances d’été débuteront le vendredi 1er juillet 2011.

Les autres vacances et congés sont fixés comme suit :

 

Fête de la Communauté française: lundi 27 septembre 2010

Congé d’automne: du lundi 1er novembre 2010 au vendredi 5 novembre 2010

Armistice: jeudi 11 novembre 2010

Congé: vendredi 12 novembre 2010

Vacances d'hiver: du lundi 27 décembre 2010 au vendredi 7 janvier 2011

Congé de carnaval: du lundi 7 mars 2011 au vendredi 11 mars 2011

Vacances de printemps: du lundi 11 avril 2011 au lundi 25 avril 2011

Ascension: jeudi 2 juin 2011

Pentecôte: lundi 13 juin 2011 

 Source: http://enseignement.catholique.be/segec/index.php?id=763   

 

Ceci est d'autant plus étonnant que cette façon de procéder dans le changement d'appellation des vacances est propre à la laïcité, laquelle est toujours à l'affût de la moindre trace suspecte de catholicisme dans notre culture afin de l'éradiquer. Pourquoi cette acceptation de la manière de procéder de nos meilleurs ennemis? Ne perd-t-on pas là une chance de faire découvrir la foi catholique à des jeunes de plus en plus perdus dans le nihilisme contemporain?

En 2006-2007, l'enseignement catholique scolarisait près de 60% des élèves du secondaire en Communauté Française, soit plus de 400.000 élèves. Evidemment, tous ne sont pas catholiques, loin de là. Il y a des athées, des agnostiques, des "rien du tout" (le riendutouisme se répand encore plus que le Pentecôtisme!), des musulmans, des protestants, etc. Nous ne donnons pas cinq ans au SeGEC avant de suprimer le "C" de "Catholique" car, devant une telle diversité, quel sens peut-il encore avoir? Bref, le même coup que le PSC, ou la FSC (Fédération des Scouts Catholiques), lesquels ont supprimés leur "C" par respect pour l'Autre.

De façon caricaturale, on pourrait dire "Mon voisin est bouddhiste, je suis catholique, je vais me suicider, par respect pour sa différence."

03/09/2010

Résister spirituellement et intellectuellement

Au cours de la messe chrismale du diocèse de Toulon, qui a rassemblé près de 250 prêtres, diacres, 60 séminaristes et près de 700 fidèles, Mgr Dominique Rey est revenu sur le déchaînement médiatique contre le pape et l’Église. Nous publions cette homélie en intégralité avec l’aimable autorisation du diocèse de Toulon.

Dominique-Rey.jpgChers frères,

La célébration de ce jour ne peut s’abstraire des tourmentes médiatiques qui touchent encore notre Eglise, en particulier la personne du St Père.

Les attaques contre Benoît XVI se sont répétées depuis le début de son pontificat : On le traite dès son arrivée de « Panzer Kardinal » et on le soupçonne, dans son passé, d’avoir entretenu des connivences politiques avec les jeunesses hitlériennes. Ensuite, on le taxe d’islamophobe après son discours à Ratisbonne, lorsqu’il dénonça l’intégrisme religieux d’une foi qui oublie la raison.

Il y a un an à peine, la curée médiatique se déchaîne à l’occasion de la levée des excommunications prononcées à l’égard des évêques attachés à Mgr Lefèvre, et suite aux propos négationnistes de Mgr Williamson.

On met en cause son pseudo conservatisme moral au moment où éclate la polémique au sujet de la fillette brésilienne, qui avait subi un avortement. Quelques jours plus tard, les déclarations détournées de leur contexte, pour ne pas dire falsifiées, attribuées à Benoît XVJ au sujet du SIDA en Afrique et l’usage des moyens prophylactiques, sont brocardés par les nouveaux censeurs.

Récemment encore, le procès de béatification de Pie XII fournit l’occasion aux détracteurs de se mobiliser à l’encontre d’un pape qu’on juge complice, par son silence, du drame de la Shoah. Là encore, en relisant l’histoire à la sauce d’interprétations sélectives et bardée de préventions, on se livre à un procès en règle. On témoigne à charge contre l’entreprise de restauration idéologique à laquelle s’adonnerait Benoît XVI.

Aujourd’hui, le déchaînement médiatique monte d’un cran : le pape aurait essayé d’étouffer des abus sexuels commis par des membres du clergé. Il se serait tu. Il aurait feint d’ignorer le scandale. Par un renversement d’argument, voici qu’on retourne désormais contre le successeur de Pierre, les déclarations lucides, fermes et exigeantes qu’il avait adressées aux chrétiens d’Irlande, aux victimes de ces gestes honteux, et à ceux qui les auraient commis. On met en exergue les imprudences et les défaillances dans la prévention et le traitement judiciaire de certains responsables de l’Eglise pour mieux incriminer celle-ci de tenir un double discours, de demeurer inerte, de céder à l’hypocrisie, en s’accrochant au célibat des prêtres. En effet, on induit un lien supposé entre la discipline du célibat et les conduites perverses, en occultant au passage le fait que près des 3/4 des actes de pédophilie se produisent à l’intérieur des familles.

En additionnant ainsi des cas particuliers exhumés du passé, en accréditant des rumeurs, en caricaturant les positions de l’Eglise, en pratiquant l’effet de loupe sur des déviances pathologiques et avérées de tel ou tel prêtre ou religieux, en valorisant la théâtralisation émotionnelle de ces actes (qui sont en eux-mêmes infâmes), mais aussi en amplifiant des statistiques, reprises ensuite en boucle sur les radios, TV, internet... (comme si les chiffres avancés étaient paroles d’Evangile)... on organise peu ou prou, ce que les spécialistes de la stratégie d’influence appellent un scénario de « panique morale » (cf Jenkins). La ficelle est bien connue : elle a très bien fonctionné pour la légalisation de l’avortement, l’officialisation des unions homosexuelles et de l’homoparentalité dans certains pays, la recherche biomédicale sur l’embryon... Le gonflement et l’exagération des chiffres est un plat que l’on sert régulièrement pour organiser une anesthésie des consciences et un lynchage d’opinions. On exploite le filon des drames individuels pour justifier puis légaliser des transgressions éthiques.

Oui, chaque acte de pédophilie est de trop. Le scandale touche les victimes traumatisées par ces actes abominables. Mais le scandale atteint aussi pour l’Eglise puisqu’il s’agit d’un déni de sa mission. Ces actes jettent un désaveu global sur tant de prêtres et de religieux dévoués qui assument avec honnêteté et droiture les exigences de leur ministère et de leur état, en particulier le célibat. Il ne s’agit pas de dissimuler les faits, ni de disculper les coupables. Le pape l’a souligné avec conviction : « il faut extirper la plaie des abus ». Mais ne nous laissons pas enfermer dans des amalgames, échappons aux conditionnements médiatiques, distançons-nous des incantations proférées dans l’intention de porter un soupçon généralisé sur l’Eglise et sur le clergé. Pourquoi ces tornades médiatiques à répétition, à raison d’une par jour ou d’une par mois ? Pourquoi ce harcèlement ? Comme si la préoccupation de certains était de saper par avance et systématiquement l’autorité de l’Eglise au moment où des choix décisifs dans l’ordre éthique et anthropologique sont en jeu dans le monde, au moment où l’Eglise constitue la seule autorité morale capable de rappeler à l’homme ses principes d’humanité.

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Sans sombrer dans la paranoïa victimale du complot, le traitement orchestré qu’on inflige à l’Eglise nous conduit à la lucidité, au courage, à la résistance spirituelle et intellectuelle et à adopter une posture du dissentiment par rapport au prêt à penser totalitaire. On ne peut se laisser abuser ou intimider par le tintamarre qui vise à préparer l’opinion publique. « il est quelquefois bon de paraître laid, quand le miroir est bosselé ! ». Il ne s’agit ni de se résigner comme si l’effacement culturel du christianisme était inéluctable, ni de ressusciter de manière nostalgique le passé.

« Les médias sont souvent comme le verglas, il faut faire avec... » me disait un confrère évêque à Lourdes. Nous devons exister ni contre eux, ni à cause d’eux ! Nous n’existons pas du fait qu’on parle de nous, en vertu de notre image ! Dans une société du spectacle et de la représentation, notre parti pris doit être celui de l’intégrité (morale et intellectuelle) et celui de l’annonce de l’Evangile.

C’est à l’audace du témoignage que nous devons rendre au monde que le pape Benoît XVI convie tous les chrétiens et en particulier les prêtres et les consacrés.

  1) Il les invite d’abord à donner le témoignage de l’exemplarité Si Jésus Christ est à la fois le messager de la Bonne Nouvelle et le message de la Bonne Nouvelle adressée à notre monde, notre vie chrétienne doit tendre à coïncider avec ce qu’elle annonce. Cette cohérence a pour nom la sainteté (c’est-à-dire l’union à Dieu). La sainteté ne consiste pas à tenir la place du héros à l’avant scène, sous les feux de la rampe, mais à se laisser traverser par une lumière intérieure qui nous excède et nous brûle au passage. Va-t-on vers la lumière pour mieux voir ou pour mieux y briller ?

L’exemplarité du prêtre doit être celle de la rectitude morale et de la probité par l’humble pratique des vertus chrétiennes, la discipline de vie, l’accompagnement régulier, la correction fraternelle, l’enracinement personnel et communautaire dans la prière et dans les sacrements. Qu’on ne puisse jamais nous appliquer à nous-mêmes les paroles prononcées par Jésus à l’adresse des Pharisiens : « Ils disent et ne font pas », et pire, « ils font le contraire. »

  2) Notre témoignage doit être également celui de la bonté. Madeleine Delbrel écrivait : « Pour un homme, rencontrer la bonté du Christ dans le prêtre, c’est être rencontré soi-même pour ce qu’on est ! Une rencontre qui nous affirme que nous existons, qui nous rend présent à nous-mêmes, qui marche avec nous-mêmes. »

Pour le prêtre, le témoignage de la bonté est celui de sa charité pastorale. A travers lui, c’est l’humanité du Christ que nous découvrons. Son écoute. Son amitié. Sa proximité. Son attention. Sa considération.

curedars2.jpgLa bonté du curé d’Ars, icône de la miséricorde divine, attirait dans son confessionnal des foules de pécheurs. Si le Christ a dit à chacun de ses prêtres « va », notre monde blessé s’adresse à la bonté des prêtres pour lui dire « viens ». Seule la bonté peut percer le mur de l’indifférence dans laquelle s’enferment tant de nos contemporains. Elle les convainc qu’ils valent plus que leurs actes, qu’ils ne sont pas l’otage de leur passé (aussi difficile qu’il ait été), que la miséricorde de Dieu précède toujours notre retour à Lui.

   3) Notre témoignage sera aussi celui de la Croix. Dans les Ecritures, le pastorat de Jésus s’enracine toujours dans la Passion (Jn 10 et Heb 13, 20). Jésus berger ne relève pas d’abord d’un style bucolique mais d’une dramaturgie sacrificielle. Autrement dit, ce qui rend sacerdotal le ministère du prêtre, c’est la référence indépassable à la Passion de Jésus, au don de soi pour la vie du monde.

Cette Croix, chaque prêtre l’embrasse au jour de son ordination. Elle fait corps avec sa vie et avec son ministère. Il la célèbre à chaque messe. Les échecs, les incompréhensions, les aridités, les résistances jalonnent la route du Golgotha que nous devons tous parcourir. « La croix est l’échelle du ciel », disait saint Jean-Marie Vianney. Elle éprouve notre fidélité quotidienne. « Il faut avoir un cœur de longue haleine : les grands desseins ne se font qu’à force de patience. Les choses qui croissent en un jour se perdent en un autre » disait François de Sales. L’échelle du temps de la fécondité du ministère du prêtre dépasse la durée de sa vie. Dans un monde crispé sur l’efficacité de tout, tout de suite, notre témoignage sera celui de la persévérance, de la germination secrète pour servir l’œuvre de l’Esprit. Nous marchons de nuit.

Fidélité dans le temps. Fidélité dans le compagnonnage de nos communautés. Fidélité dans nos amitiés. Fidélité où tout homme, quelque soit sa trajectoire de vie, doit pouvoir trouver en nous la vigilance des vierges sages, ou de Marie-Madeleine rejoignant tôt matin, le tombeau vide.

  4) Notre témoignage sera enfin celui du service. Dans sa lettre aux Corinthiens, l’apôtre Paul écrit : « Non ce n’est pas nous-mêmes, mais Jésus-Christ, que nous proclamons. Quant à nous-mêmes, nous nous proclamons comme vos serviteurs, à cause de Jésus » (2 Cor 4, 5)

Quiconque exerce une autorité dans l’Eglise doit se comporter à l’inverse de ce qui se passe ordinairement dans les sociétés humaines, où les chefs font sentir leur pouvoir. « Si quelqu’un veut être le premier parmi vous, il sera le dernier de tous et le serviteur de tous », enseigne Jésus aux siens. (Mc 9,35)

Le pape Benoît XVI, depuis le début de son pontificat, a développé prophétiquement les thèmes de cette diaconie :
- « diaconie de la vérité » (cf Jean-Paul II). A l’heure du subjectivisme, du relativisme, du primat donné à l’émotif, Benoît XVI nous a rappelé que la foi couronne la raison. Elle l’anoblit. Elle sauve la raison tout à la fois du rationalisme et du fondamentalisme. Grâce à la raison, la foi est en même temps attestation de la vérité et « conversation avec le monde » (Paul VI) Elle est catéchèse.
- « diaconie du pauvre », dans sa première encyclique (Deus Caritas est), et dans sa dernière (Caritas in veritate), le pape souligne que, non seulement l’homme mais le pauvre doit être au centre de l’économie, pour que celle-ci soit humanisante. La charité est un impératif constitutif de notre foi.
- « diaconie de la vie et de l’amour humain ». Menacés par l’instrumentalisation de la vie et la prétention de l’homme de se définir par lui-même, le Souverain Pontife nous rappelle sans cesse (à la suite de Jean-Paul II), que la vie est un don de Dieu, que la dignité de la personne humaine doit être respectée depuis la conception jusqu’à la fin naturelle, que le corps n’est pas un simple matériau de laboratoire, que l’homme ne peut décider par lui-même qui doit vivre et qui doit mourir, que l’amour humain se fonde sur l’altérité et la différence sexuelle.
- Benoît XVI a abondamment parlé du service de la liturgie, qui doit refléter l’unique prière du peuple sacerdotal. La liturgie a été blessée quand on l’a réduite à l’auto-célébration de la communauté, à l’animation conviviale de groupe, au bavardage ou à la compilation de bons sentiments. Certains l’ont aussi récupérée pour légitimer leurs dissidences théologiques. La liturgie, nous a rappelé le Saint-Père, doit manifester l’unité de notre foi, son orthodoxie et sa catholicité.

Paul VI donnait une belle définition de l’expérience chrétienne : « Les chrétiens doivent habiter le monde en venant de son avenir ». Benoît XVI a reçu la mission, et donc la grâce qui y est attachée, de dessiner pour l’Eglise aujourd’hui les contours de l’espérance qui nous unit. C’est en cultivant le sens de la liturgie, du service de la vérité, de la charité et de la vie... que l’Eglise répond aux attentes spirituelles de notre temps et qu’elle l’évangélise.

 

En cette messe chrismale, redisons ensemble notre volonté filiale de prier pour le ministère pétrinien de Benoît XVI, d’inscrire résolument notre engagement sacerdotal et missionnaire à sa suite, et de tracer sous sa houlette le sillon de l’Evangile.

+ Dominique Rey, messe chrismale - cathédrale Notre-Dame de la Seds, Toulon, 29 mars 2010.

Source : Diocèse de Toulon, repris sur http://news.catholique.org/analyses/29959-resister-spirit... 

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21/05/2010

ELLE REVIENT

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ELLE REVIENT



Mais qui donc ? Elle, celle qui durant des siècles rassembla les Liégeois dans une même ferveur, dans une même joie, dans une même foi ! Elle, qui était comme une image de notre passage sur terre, dans l’espérance de notre vie au ciel. Elle, enfin, qui ne demandait qu’une chose au Bon Diu : qu’il jette un regard bienveillant sur notre ardente cité. Eh bien, elle revient !

Elle ? C’est la procession de la Fête-Dieu. Cette grande et belle fête, née sur nos terres en l’an 1246, grâce à une petite sœur toute entièrement dévouée à soigner les lépreux liégeois. Sainte Julienne de Cornillon, c’est d’elle qu’il s’agit, comprit les visions qu’elle eut pendant des années : il manque une fête à l’Eglise ! Cette fête, elle célébrera cette folie qui lie tous les chrétiens : la présence de Jésus-Christ dans du pain ! C’est autour de cette folie qu’est née la procession de la Fête-Dieu, appelée également « du Saint-Sacrement». On processionne en le montrant, Lui, notre Voie, notre Vérité et notre Vie (évangile de Jean, 14-6).

Alors, si vous aussi souhaitez venir vous unir autour de cette belle et grande fête en une procession joyeuse et recueillie et obtenir des grâces multiples, rejoignez-nous le samedi 05 juin, sur le boulevard d’Avroy, au niveau du n°132, à 15h30, au pied de la statue équestre de Charlemagne.

Pour des infos complémentaires :

http://fetedieualiege.wordpress.com 

GSM : 0498/51. 88. 77. Le tract de la procession de la Fête-Dieu est téléchargeable en cliquant sur le lien ci-dessous. N'hésitez pas à le télécharger, à l'imprimer et à en faire profiter un maximum de monde : parents, grands-parents, voisins, amis. Vous pouvez aussi l'afficher sur la fenêtre de votre maison. A très bientôt.

tract fête-dieu 2 (2).pdf

17/03/2010

Mgr Schooyans, Rocco Buttiglione, Herman Van Rompuy et la pensée sociale de Benoit XVI

Le 19 octobre 2009, à la salle académique de l'Université de Liège, l'ancien Premier ministre belge et actuel Président du Conseil Européen Herman Van Rompuy, s'est exprimé aux côtés de Rocco Buttiglione, Vice-Président de la Chambre des députés d'Italie, sur la pensée sociale de Benoit XVI exposée dans la dernière encyclique papale CARITAS IN VERITATE. Mgr Michel Schooyans, professeur émérite à l'U.C.L. et membre de l'académie pontificale des sciences sociales, introduisait la conférence.

 

Les interventions des trois conférenciers viennent d'être éditées aux éditions Fidélité sous le titre : "Un développement humain intégral. La pensée sociale de Benoît XVI dans l'Encyclique Caritas in Veritate."

 

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La vidéo de l'ensemble de la conférence est disponible sur le compte dailymotion du Cercle Gustave Thibon, organisateur de la conférence.

 

http://www.dailymotion.com/playlist/x19jvt_cerclegustavet...

 

Ci-dessous l'introduction de Monsieur François Ronday, administrateur de l'Université de Liège

 


Mot d'accueil de Monsieur l'administrateur François Ronday
envoyé par cerclegustavethibon. - L'info internationale vidéo.

 

 

17:00 Publié dans Vidéos | Lien permanent | Commentaires (0)

08/03/2010

Utopie médicale, eugénisme et Lumières : Grande conférence du docteur Xavier Martin à l'Université de Liège

La pensée politique du siècle des Lumières est tributaire, en profondeur, de deux principes : elle se veut fondée
sur une connaissance de l’individu homme ; et celui-ci est réductible à l’organique. D’où l’idée diffuse, bientôt
précisée, d’une compétence privilégiée de la médecine en politique fondamentale. Sur cette lancée, la logique
révolutionnaire, d’intention notoirement régénératrice, s’exprimera volontiers sur un mode médical, et plus encore
chirurgical. La fibre eugéniste n’est pas absente. Le tout connaît, autour de 1800, un remarquable épanouissement
dans un grand traité de théorie médicale.

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24/02/2010

Communion dans la main ?

Cette courte vidéo que diffuse l’agence de presse américaine Catholic News Agency se suffit à elle-même (elle a été tournée au Costa Rica – mais elle aurait pu l’être en France ou en Belgique… La dame en question est la maîtresse d’un certain Otto Guevara, ancien candidat à l’élection présidentielle au Costa Rica. Visiblement, l’hostie n’est pas à son goût et ce qu’elle n’a pas fini de consommer, elle le met dans la poche de la chemisette de son amant.(Source Americatho).

 

Cette vidéo permettra nous l'espérons de faire comprendre à de nombreux croyants pourquoi de plus en plus de catholiques et de prêtres privilégient la communion dans la bouche et non dans la main. Bien entendu, pour être choqué par cette vidéo, il faut encore croire en la présence réelle du Christ dans le pain consacré...

 


 


05/02/2010

Avortement : le Grand Silence

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Semaine pour la vie

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20/01/2010

Dieu va libérer son peuple!

Décidément, on ne sait plus où donner de la tête depuis la nomination de Mgr Léonard !

 

En effet, depuis l'annonce officieuse de vendredi dernier, on voit apparaître une volée de braves gens qui, se disant catholiques, expriment leur crainte devant l'arrivée de l'obscurantiste nouveau primat, Mgr A-J Léonard. Mon ami Christophe vous a fait découvrir le très comique Monsieur Meurice, permettez-moi de vous présenter le Vicaire Poncin.

Vidéo ici (colonne de droite, rubrique Voir, vidéo: "Une impulsion contraire à ce que Danneels voulait")

Belga et Le Soir, pas du tout armé de mauvaises intentions (le journalisme, c'est objectif...) nous gratifie de cette vidéo d'anthologie où ce vicaire, visiblement peu amène envers son nouvel archevêque, débite diverses énormités que nous allons essayer de comprendre.

 

Les deux églises

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Il commence fort, notre vicaire. D'abord, il estime qu'il y a deux églises. La première est hiérarchique, elle fait « sa petite popote », déploie ses efforts uniquement aux fins de « perpétuer le système ». La deuxième, c'est l'église de la base (ah, la base...à croire que Mgr Léonard est capitaine d'une équipe de baseball !), dont il fait partie. Fort bien.

 

On regrette qu'il ne déploie pas ce qu'il entend par « église de la base ». On ne doutera cependant pas qu'il veuille parler de nous, catholiques du peuple, du peuple de Dieu. Vous. Moi. Le vicaire Poncin appartient, comme il le dit, à cette église. Super.

 

L'autre église, qu'il regarde depuis sa « base » est affreuse : elle est hiérarchique ! Et non seulement elle est hiérarchique, mais en plus, elle essaie de perpétuer le système. Bien. Mais moi, qui suis également de la base, je la regarde, et sa hiérarchie m'inspire plutôt que de m'effrayer. Suis-je anormal ? C'est grave docteur ? Parce que moi, je croyais que le Christ avait fondé son Eglise sur les Apôtres, avec Pierre pour chef (même que c'est noté dans l'évangile de Mathieu, chapitre 18, verset 18...mais bon, c'est que l'évangile !). Je croyais que le pape était son successeur, ainsi que les évêques vis-à-vis des apôtres. Que tous, vivifiés par l'Esprit Saint, ils forment avec les fidèles un seul corps,  le corps mystique du Christ. On nous aurait trompé alors ? Dites... ?

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« Si quelqu'un dit qu'il n'y a pas dans l'Eglise catholique de hiérarchie instituée par une disposition divine et qui se compose des évêques, des prêtres et d'autres ministres, qu'il soit anathème. » CONCILE DE TRENTE, 23è session, can.3

 

 

Ouf, c'est pas vrai ce que dit ce monsieur. Mais quand même, pauvre vicaire Poncin, on est à peine à 20 secondes et le voilà déjà anathème selon le Concile dogmatique de Trente, pas cool ça ! Prions pour lui, parce qu'on ne sait pas ce qu'il pourra encore dire dans les prochaines secondes...

 

Le râtelier

 

Justement, que dit-il ? Mgr Léonard a dit que l'Eglise est un grand râtelier, et qu'il y a du foin à la hauteur de tous les museaux. Notre vicaire d'enchaîner que, après Vatican II qui a dit que l'Eglise était le peuple de Dieu (la base), il trouve cette citation un peu étrange. Soit. Mais si la constitution dogmatique Lumen Gentium parle 39 fois de cette réalité, elle ne dit pas pour autant que la hiérarchie n'existe plus !

 

Le sacerdoce commun des fidèles et le sacerdoce ministériel ou hiérarchique, qui ont entre eux une différence essentielle et non seulement de degré, sont cependant ordonnés l'un à l'autre : l'un et l'autre, en effet, chacun selon son mode propre, participent de l'unique sacerdoce du Christ. Celui qui a reçu le sacerdoce ministériel jouit d'un pouvoir sacré pour former et conduire le peuple sacerdotal, pour faire, dans le rôle du Christ, le sacrifice eucharistique et l'offrir à Dieu au nom du peuple tout entier ; les fidèles eux, de par le sacerdoce royal qui est le leur, concourent à l'offrande de l'Eucharistie et exercent leur sacerdoce par la réception des sacrements, la prière et l'action de grâces, le témoignage d'une vie sainte, leur renoncement et leur charité effective.

Constitution dogmatique sur l'Eglise Lumen Gentium, chap. II, §3

 

Elle dit même mieux que une simple différence de degré, il y a une différence d'essence (essentielle) : le sacerdoce du prêtre est sacré, pas celui des fidèles. C'est pourquoi lui seul peut donner les sacrements de confession, de baptême, etc. Sans doute Mgr Léonard faisait-il allusion à Saint Pie X, lequel disait : « L'Eglise est  une société par essence inégale, c'est-à-dire une société comprenant deux catégories de personnes, les pasteurs et les troupeaux, ceux qui occupent un rang dans les différents degrés de la hiérarchie et la multitude des fidèles. » (Encyclique Vehementer nos)

 

Quant à cette image du troupeau recevant le foin, elle est tout simplement vraie : l'Eglise a été instituée pour proposer ce foin qu'est la foi de Jésus-Christ à hauteur des museaux de tous les hommes, juifs, païens, esclaves, etc., sans discrimination aucune (ce qui n'est pas le cas d'autres religions !). Et en mange qui veut !

 

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Zillis, Nativité, fin XIIè

 

Dieu a libéré son peuple

Le vicaire se marre, car tel sera le chant d'entrée lors de la liturgie de dimanche consacrant Mgr Léonard archevêque de Belgique. Il se marre car, enfin, le diocèse de Namur est libéré de son bourreau, cet odieux pasteur qui nous prend pour des museaux.

 

Je retournerai, avec le même humour, la pareille à notre vicaire : que Dieu nous libère de Monsieur Poncin ! Car, désormais que « le dernier vicaire ou le dernier aumônier d'action catholique, tout comme le plus ignare des journalistes, tranche de tout avec une certitude infaillible, se scandalise quand le pape (ne parlons pas des autres évêques !) se permet d'être d'un autre avis que le sien, et juge intolérable que d'autres prêtres ou fidèles puissent ne pas penser comme lui, alors l'Eglise catholique est en souffrance, car le Christ n'est plus loué, la Tradition est bafouée, l'Esprit Saint évacué. Certes, on veut la liberté, mais chacun pour soi, et c'est d'abord la liberté de ne pas tenir compte de l'avis des autres (L. Bouyer, La décomposition du catholicisme, Aubier, 1968, p.46).

 

Monsieur Poncin, si vous preniez votre liberté, nous entonnerons d'une seule voix :

 

DIEU A LIBERE SON PEUPLE !


Mais non, nous ne sommes pas à ce point vilains. Que du contraire. Vos propos mettent en évidence les tensions qui existent au sein de l'Eglise de Belgique, et plus largement au sein de l'Eglise catholique. Mais l'honnêteté nous oblige à vous dire ceci : voilà quarante ans passés que le Concile de Vatican II a eu lieu, mais où en sont les fruits ? On nous dira qu'une forêt qui pousse ne fait pas de bruit. Soit. Mais  qu'il s'agisse d'une forêt de sapins ou d'une forêt de chêne, quarante ans, ça donne de vieux sapins et de magnifiques chênes. Où sont-ils ?

 

Enfin, visiblement trop heureux que des médias viennent vous interviewer, vous en oublier toute humilité. Alors prenez cet article comme une correction fraternelle, et priez pour notre conversion, tout comme nous prions pour la vôtre.

 

Amitiés dans le Christ,

 

Jean.

 

18:04 Publié dans Réflexions | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : léonard;

19/01/2010

Les catholiques se mobilisent autour de Mgr Léonard contre la presse anticatholique

 

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Christian Laporte, le "quasi unique et "courageux chroniqueur" du journal ex-catholique La Libre Belgique

 

Esneux, le 18 janvier 2010.

Lettre ouverte à  Monsieur Jean-Paul Duchâteau,

Rédacteur en chef de La Libre Belgique



Monsieur le Rédacteur en chef,

La Libre Belgique, un journal  d’opinion : ainsi vos aînés se plaisaient-ils à présenter leur quotidien, par opposition, notamment, avec « le neutre de la capitale » (Le Soir). Il y a belle lurette que LLB a renié ses origines et qu’elle pratique des… « liaisons autrement dangereuses » (voir ici).  Ainsi, de reniement en reniement, la Rédaction de LLB a négocié d’audacieux virages. Cela ne date pas d’hier, mais ledit quotidien est en train, sous votre « règne », d’exécuter un magistral  tête-à-queue. Votre édito assassin sur « Le choix du Pape » (16-01-10) est une véritable déclaration de guerre à l’Église de Belgique en tant qu'Institution. Étrange hommage rendu à vos prédécesseurs d’il y a quelques décennies ! Que cela vous plaise ou non, c’est bien le Pape qui nomme les évêques, archevêques, primats et cardinaux ; « la base » (selon la terminologie en usage chez les progressistes autoproclamés) serait bien avisée de prendre, en ces matières, un profil bas. Las ! l’arrogance du discours politiquement correct est amplifiée par votre (quasi) unique et « courageux » chroniqueur, l’incontournable chouchou de « la base », qui, dans sa rage de mauvais perdant, finit par en oublier l’évangélique « Tu es Petrus ».

En lisant le point 2) de votre éditorial 1, on pense à ces pompiers pyromanes qui, profitant de leur statut, boutent le feu aux biens qu’ils feignent de protéger. Comme pour mieux vous assurer de l’ardeur d’un brasier qu’en fait vous appelez de vos vœux, vous prophétisez : l’arrivée de Mgr Léonard à l’archiépiscopat  « divisera la communauté des chrétiens en Belgique ». On peut difficilement imaginer plus exécrable  vilenie. Avec une odieuse délectation, vous jouez les cassandres, comme si votre qualité de journaliste vous octroyait tous les droits, y compris celui de torpiller toute entreprise qui n’a pas l’heur de recueillir votre assentiment, un assentiment qu’en l’occurrence, le Pape n’a pas à solliciter de « la base ». Si vous êtes thuriféraire de Mgr Danneels, c’est moins pour gratifier le Cardinal d’un encens qu’il mérite assurément que pour flétrir la figure de son successeur. Cela rappelle le scénario concocté lors de la nomination de l’abbé Léonard à la tête du diocèse de Namur : le journal Vers l’Avenir avait récolté des dizaines et des dizaines de signatures pour remercier les « sortants », histoire de promettre la vie dure au nouvel arrivant. Mal leur en prit, car Mgr Léonard, toujours facétieux, avait glissé sa signature parmi celle des rebelles.  À malin, malin et demi. Méfiez-vous !

Pour votre gouverne, Mgr Danneels N’est PAS plus partisan de la libéralisation de l’avortement et de l’euthanasie que Mgr Léonard, et je doute fort que les manipulations effectuées à Leuven – Louvain-la-Neuve sur des embryons réifiés, honteusement qualifiés de « surnuméraires », soient davantage du goût de l’un que de l’autre. Vous voulez ratisser (encore) plus large ? Les actionnaires vous intiment de vendre davantage de papier ? Comme les cartes de Carmen annoncent « La Mort, toujours La Mort »,  votre « daimôn » vous serine-t-il  « La base , toujours la base  » ?  Alors, ne perdez pas de temps ! Pour les futurs éditos de LLB, engagez sans plus tergiverser une certaine Vice-Première socialiste : son anticléricalisme atavique fera merveille dans un boulot par ailleurs indigne de vous. Mais c’est une « liaison » qui pourrait se révéler dangereuse…

Agréez, je vous prie, Monsieur le Rédacteur en chef, mes salutations attristées.     

Mutien-Omer Houziaux,

Ancien embryon, chrétien librement soumis à la Vox Romana.



P.S. Je ne doute pas que vous publierez cette lettre ouverte dans La Libre Belgique 2. Toutefois, comme deux précautions valent mieux qu’une, je ne manquerai pas de vous accorder dans cette tâche, grâce à mon (copieux) carnet d’adresses, une aide que vous ne manquerez pas d’apprécier.

1. " En choisissant Mgr Léonard, le Vatican ne pouvait ignorer que ce dernier divisera la communauté des chrétiens en Belgique. Il a donc fait un choix entre le consensus qui a présidé avec Mgr Danneels à la conduite de l'Eglise durant trente ans, et une nouvelle direction avec une personnalité qui n'a jamais mis son drapeau en poche. Cette attitude de Rome ne peut en fait surprendre personne, Benoît XVI n'ayant pas hésité, depuis son élection, à prendre des positions fortes et controversées." LLB du samedi 16 janvier 2010

2. De fait, cette lettre ouverte a été publiée ce jour, en page 10 de La Libre (Belgique)


Lu dans La Libre: le prêtre Jacques Meurice n'est plus catholique

Toute cette confusion autour de la nomination de Monseigneur Léonard aura au moins ce mérite de révéler au grand jour les graves errements doctrinaux tapis au fond de l'âme de certains prêtres révolutionnaires. Tout le monde a assisté hier avec stupeur au journal de la RTBF à ces interviews d'anthologie de prêtres rebelles ne dissimulant même pas leur mépris pour le nouvel archevêque. L'agonie de leur mouvance pseudo-catholique engluée dans une idéologie idolâtrant le progrès leur fait dépasser littéralement toute mesure.

 

Nous avons lu aujourd'hui dans La Libre Belgique l'opinion du prêtre [l'est-il toujours ?] Jacques Meurice sur l'avenir de l'Eglise. Cela se passe de commentaires, il s'agit réellement du cri d'agonie d'un prêtre désorienté. Nous devons prier sincèrement pour son âme qui en a bien besoin. Nous sélectionnons ci-dessous les extraits les plus effarants et nous soulignons les passages qui témoignent d'une hérésie très grave. Oui l'Eglise est malade, depuis que de pareilles idées y ont fait leur lit et ont porté pierre. Nous citons les propos de Jacques Meurice :

"L’Eglise catholique est malade, gravement, elle va mourir. On la croyait éternelle ? Ce n’est pas vrai. Elle est humaine, spatio-temporelle comme les êtres humains. Ernest Renan avait raison de dire : le Christ avait promis le Royaume et c’est l’Eglise qui est arrivée. C’est pourquoi il est de plus en plus nécessaire et urgent de faire des distinctions importantes. Christianisme et Eglise catholique ce n’est pas la même chose. Quand on aura retiré des évangiles tout ce qui y a été rajouté durant les trois premiers siècles, on s’apercevra que Jésus n’a jamais voulu créer une organisation religieuse, sacrée et hiérarchisée, copiée sur celle du temple juif, mais qu’il a plutôt voulu une conversion du cœur et de l’esprit des hommes et des femmes en vue de transformer le monde." (...)

"Il y a donc du travail pour quelques générations de théologiens, car le ménage à faire est immense et radical. Mais ne nous faisons pas d’illusions, c’est un travail impossible pour eux, car révision et réforme exigent des acteurs entièrement libres, et depuis toujours il est interdit dans l’Eglise de toucher aux dogmes, ne fût-ce que pour les habiller autrement. C’est le caractère dogmatique de l’Eglise qui, profondément, empêche son évolution et son adaptation au monde moderne. Ce sont finalement ses dogmes qui tueront cette religion, par étouffement.

Il est grand temps que tous ceux qui un jour ont été touchés par les valeurs de l’Evangile prennent conscience du tournant qui est à effectuer. Pour ne pas perdre ce précieux héritage il faudra d’une façon ou d’une autre le libérer des structures qui l’entourent et le faire vivre au-dehors. On avait oublié que l’Evangile est un message de grand air, à vivre hors les murs. Exit Godfried, on regrettera sincèrement sa simplicité, sa bonhomie, sa recherche permanente du consensus, imprégnée de bonté, mais pas sa soumission souvent aveugle au système clérical. Exit Godfried, mais qu’ils sortent donc aussi de leurs églises, les chrétiens ! Tout est encore à faire."

 

Au risque de choquer, nous n'avons qu'une seule chose à dire. Le diable finit toujours par révéler son vrai visage ! Depuis quand a-t-il obscurci à ce point le coeur de Jacques Meurice ? Jacques Meurice n'est plus un serviteur du Christ et de son Eglise depuis longtemps. L'a-t-il jamais été ? L'article est à lire dans son entièreté sur le site de La Libre Belgique. Ne manquez pas les commentaires des internautes qui critiquent tous l'opinion de l'auteur et prouvent que la vitalité n'est pas l'apanage d'une certaine frange de l'Eglise qui se dit progressite.

 

 

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Nous n'avons pas besoin de prêtres révolutionnaires ayant perdu tout respect et tout espoir pour l'avenir de l'Eglise, nous avons besoin d'un berger courageux pour guider le troupeau à bon port

 

18/01/2010

Quand les « Politburos » du Soir et de la Libre Belgique rappellent les catholiques à l’ordre

 

Leonard Mgr 2.jpgC’est donc aujourd’hui que Monseigneur Léonard accède à sa fonction de primat de Belgique. La nouvelle étonne, stupéfie, désarçonne. Pour sûr, elle ne laisse pas indifférent. Bien entendu, notre presse, vendue depuis longtemps aux sirènes de l’anticléricalisme primaire a soigneusement fait son travail de sape. En analysant depuis samedi les articles parus sur l’Eglise dans nos deux grands quotidiens nationaux, Le Soir et La Libre Belgique, nous avons directement compris que quelques journalistes s’étaient donné le mot pour faire une ovation fraîche et joyeuse à notre nouvel archevêque. Petit rappel des faits.

Samedi : Selon Le Soir, Herman Van Rompuy a « des liaisons dangereuses » avec des catholiques qui considèrent que l’homosexualité est un péché [ndlr : pléonasme] ; Dimanche : Le Soir souligne avec délice les mots de Benoît XVI en visite à la synagogue de Rome : « Le Vatican a aidé les Juifs »… oui mais « de façon discrète et cachée »…[ndlr : sous-entendu Pie XII reste coupable car il aurait dû faire beaucoup plus ! Il est vrai que les résistants de la dernière heure du Soir crient toujours mieux et plus fort que les autres]. Le même jour, sur le plateau de la RTBF, Madame Onkelinx, dont on connaît les grandes compétences en matière de philosophie morale, juge que la position conservatrice [ndlr : c’est-à-dire simplement catholique] de Monseigneur Léonard sur des sujets comme l’avortement ou l’euthanasie risque de remettre en cause le « compromis belge » [ndlr : entendez celui où les catholiques belges ont juste le droit de se taire face à une société qui stigmatise de plus en plus leurs convictions ] ; aujourd’hui, lundi 18 janvier 2010, Monseigneur Léonard est nommé archevêque de Malines : victoire crie Le Soir pour exorciser cette mauvaise nouvelle : L’Université ex-catholique de Louvain s’affranchit bientôt de la tutelle obscurantiste de l’Eglise. Le quotidien sort également sa meilleure carte, usée jusqu’à la corde, à savoir l’avis du grand philosophe belge ex-catholique Gabriel Ringlet qui estime, avec l’arrivée de Monseigneur Léonard à Malines, que « l’opinion du peuple chrétien compte pour du beurre ». Tandis que lâchement, La Libre Belgique de ce jour se retranche derrière les avis  autorisés des éditorialistes du Soir, du Standaard ou de Vers l’Avenir. Tous ces éditorialistes éclairés « insistent sur le fossé qui pourrait se creuser avec les chrétiens à la base ». Et La Libre Belgique d’exprimer de façon à peine voilée ses fantasmes sur la faillite programmée de l’ « Eglise de purs » qu’est censée incarner Monseigneur Léonard. Vive l’impureté ! Vive la révolution dans l’Eglise ! Elle en a tellement besoin si l'on en croit La Libre

 

 

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"L'Eglise des purs", bientôt en faillite si l'on en croit La Libre Belgique.

 


Catholiques belges, vous voilà bien servis ! Et les jours qui viennent s’annoncent tout aussi palpitants. A défaut d’être informé correctement, notre petit parcours dans la presse « objective » de Belgique nous aura cependant permis de tirer quelques enseignements sur la manière dont les journalistes du Soir et de La Libre entendent dicter au bon peuple belge l’opinion juste, politiquement correcte. Sous couvert de citations bien choisies d’experts auto-patentés, il s’agit toujours de faire passer le même message manichéen : la hiérarchie vaticane est nécessairement réactionnaire et le fossé se creuse inexorablement avec la société civile naturellement progressiste, « en phase avec son temps ». Sauf que ceux qui contribuent le plus à creuser ce fossé sont justement les journalistes eux-mêmes, qui ne manquent jamais une occasion de saisir le manche de la pelle pour élargir la tranchée. Et on est bien obligé d’admettre que les journalistes du Soir et de La Libre Belgique, lorsqu’ils s’expriment sur Benoit XVI et le Vatican, ne sont plus des « baromètres » de l’opinion belge, ils sont plutôt des « faiseurs d’opinion ». Vous voulez des preuves de ce que nous avançons. Qu’il nous suffise de reprendre quelques-uns des articles consultés et de commenter les procédés et les extraits les plus hypocrites de leurs auteurs, sans concession ni langue de bois.  

L’article du 16 janvier sur Herman Van Rompuy écrit par Pascal Martin a déjà été magistralement commenté sur un mode ironique par notre ami Jean (voir l’article précédent sur notre blog). Le procédé en est fort simple. Il est aujourd’hui interdit, sous peine de sanction médiatique immédiate, d’avoir des « liaisons dangereuses » avec des catholiques convaincus comme Monsieur Buttiglione. Pensez-donc, une conférence sur la doctrine sociale de l’Eglise à l’Université de Liège, quelle horreur ! Bouh bouh le vilain Van Rompuy ! Remarquons que Monsieur Martin n’est d’ailleurs pas très au fait de la sémantique lorsqu’il parle d’homophobie et qu’il s’aventure lui-même en terrain « dangereux ». Monsieur Buttilgione pourrait aisément lui intenter un procès pour diffamation. En effet, le fait que Monsieur Buttiglione ait qualifié l’homosexualité de « péché » au Parlement Européen en 2004 ne fait pas de lui un « homophobe ». Nous pouvons très bien considérer personnellement, en tant que catholique, un comportement sexuel comme antinaturel, sans pour autant stigmatiser ou rejeter la personne qui le pratique. Le danger d’articles comme ceux pondus par Monsieur Martin est qu’ils restreignent gravement le champ de la liberté d’expression et de pensée. Si l’on suit le raisonnement de Monsieur Martin, il est aujourd’hui des façons de raisonner et de penser qui n’ont plus le droit d’exister ; demain toute la Bible devra être mise à l’index parce qu'incompatible avec l'esprit du siècle. Comment ne pas voir en vérité dans l’article de Monsieur Martin autre chose que l’avertissement agressif d’un policier de la pensée bruxellois qui fait le gros doigt à l’actuel Président du Conseil européen en lui disant : « vos opinions catholiques sont aujourd’hui interdites pour cause de progrès de la société… défense de s’exprimer sur le sujet en public ». Nous voilà donc plongés dans des pratiques orwelliennes bien réelles sous le masque hypocrite d’une pseudo-neutralité. Est neutre celui qui ne croit pas en Dieu.

 

 

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Les "liaisons dangereuses" de Herman Van Rompuy entouré de Mgr Schooyans et Rocco Buttiglione. Bouh le vilain !

 


Le procédé utilisé par La Libre Belgique d’aujourd’hui est somme toute identique, mais comme le journal est encore lu par un grand nombre de catholiques qui pourraient s’offusquer des attaques contre Monseigneur Léonard, il est plus pervers encore. Sur deux pages, le quotidien ex-catholique cite essentiellement des avis d’experts sur Monseigneur Léonard. Et devinez quoi… tous les avis cités sont hostiles. Même pas une petite ligne favorable sur l’action passée de Monseigneur Léonard. On y rappelle par exemple dans la colonne de gauche les propos d’hier de Laurette Onkelinx et surtout les paroles de la ministre qui menaçait le nouvel archevêque de représailles s'il s’avisait de critiquer certaines lois anticatholiques : « Cela dépend de lui ». Belle illustration de la liberté d’expression dans notre pays démocratique.  Le même avertissement sentencieux est utilisé dans les articles du commissaire Laporte qui cite goulument en fin d’un premier article l’ancienne parlementaire CDV et religieuse Monica Van Kerrebroeck : « …elle a donc émis l’espoir qu’il mettra tout en œuvre pour être l’archevêque de tous les chrétiens et aussi qu’il entrera en dialogue avec la société belge, désormais multiculturelle et multireligieuse car sinon ce sera la crise ». Dans un second article, le triste sire Laporte renchérit avec gourmandise en citant Frédéric Antoine du mensuel catholique L’Appel : « Le choix de Monseigneur Léonard ce n’est pas une nouvelle ; il n’y a rien d’inattendu. Mais cela ne nous empêche pas d’exprimer de réelles craintes que cela ne renforce le divorce entre la hiérarchie et le peuple de Dieu ». Bref, tout le gratin catholique en col mao est de sortie dans La Libre Belgique pour commenter l’événement.

 

 

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Christian Laporte. Journaliste "catholique" de la Libre Belgique. Les vieilles barbes ne sont pas toujours celles qu'on croit...

 


L’objectif, vous l’aurez compris, est de construire artificiellement le tableau d’une société civile belge entièrement hostile à Monseigneur Léonard. Il s’agit aussi de faire croire que les catholiques belges eux-mêmes sont largement réfractaires à cette nomination. Jamais il n’est venu à l’idée du commissaire Laporte et de son politburo bruxellois que si Monseigneur Léonard a été choisi, c’est peut-être aussi parce qu’il s’agit de l’Evêque qui affiche en Belgique le bilan le plus positif. Le séminaire Notre-Dame de Namur est celui qui compte en Belgique le plus grand nombre de séminaristes. Les autres diocèses francophones ont par exemple été obligés de délocaliser leur séminaire au sein d’un même organisme « Bruxelles-Louvain-la-Neuve ». Un choix stratégique qui cache mal leur manque de vocations. Et la situation n’est guère plus reluisante au nord du pays. Quant au caractère sclérosé de la foi en Belgique, il est évident aux yeux des analystes honnêtes que c’est dans le diocèse de Namur que la pratique y est la plus vivante. Tous ces éléments ne sont pas passés inaperçus au Vatican. Mais à leur évocation, La Libre est tout d’un coup frappée de cécité aggravée et préfère parler de collusion idéologique entre le pape et l’évêque de Namur pour expliquer sa nomination. Le commissaire Laporte et son politburo entretiennent ainsi l’illusion d’un évêque rétrograde entouré de quelques vieilles barbes réactionnaires qui plaisent à Benoit XVI. C’est à se demander si ces journalistes soi-disant progressistes sont vraiment les hommes de terrain qu’ils prétendent être ! Les vieilles barbes ne sont pas toujours celles qu’on croit !

 

 

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Le séminaire de Namur, un succès de Monseigneur Léonard "malencontreusement" occulté par les journalistes.

 


L’erreur la plus funeste est faite aujourd’hui par Gabriel Ringlet dans Le Soir. Cet apôtre infatigable de la « foi en mouvement » commet des erreurs théologiques très graves pour quelqu’un censé être, selon les termes mêmes du Soir, « une figure qui compte au sein de la communauté catholique » : « Nous nous trouvons face à un très grand décalage entre l’évolution de la société globale – qui par bien des côtés est beaucoup plus mûre, jusque dans la plus petite paroisse (sic !) – et des responsables lointains, qui continuent à entretenir l’héritage, comme si l’héritage n’était pas constamment à réinterroger, afin qu’il vive, qu’il ait un avenir. (…) La doctrine catholique doit pouvoir être interrogée de fond en comble ! » Ainsi, si l’on suit bien l’absolutisme progressiste de Gabriel Ringlet, la foi est quelque-chose d’éminemment relatif, qui dépend toujours du monde extérieur où elle évolue. La foi catholique doit être soumise en permanence aux caprices sans fin des interrogations du moment. Toute personne un minimum sensée est bien obligée d’admettre que construire l’Eglise sur de pareils sables mouvants est une aberration philosophique. Car si tout est relatif à l’évolution de la société, à quoi bon continuer à croire puisque demain nos convictions seront déjà dépassées. A dire vrai, l’on se demande sincèrement si l’objectif de Monsieur Ringlet depuis tant et tant d’années n’est pas plutôt celui de la Tabula Rasa ! Une Eglise vidée de toute son histoire où il sera vraisemblablement élu pape par « l’opinion du peuple chrétien » acquis à sa cause. A force de « réinterroger » de « fond en comble » des pans entiers de la foi catholique, Monsieur Ringlet est sans nul doute à classer parmi ceux qui ont le plus contribué en Belgique à vider les églises au cours de ces dernières années.

 

 

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Gabriel Ringlet déçu par le choix de Monseigneur Léonard : "La foi catholique doit pouvoir être interrogée de fond en comble"


Ces paroles convenues de Gabriel Ringlet sont d’ailleurs symptomatiques de l’erreur la plus fréquente commise par tous les journalistes lorsqu’ils s’expriment sur l’Eglise et subsidiairement sur le choix de Monseigneur Léonard : celle de faire croire à leurs lecteurs que le dogme catholique peut changer ; que ce dogme est juste une question de personne. Bref, que si un jour un pape progressiste arrive au Vatican, il pourra faire dire aux textes du Nouveau Testament ce qu’il veut et les « adapter » à l’évolution de la société, quitte à démentir ses prédécesseurs. Selon ces apôtres de la « religion en perpétuel devenir », ce qui a été affirmé jadis, en se basant sur les Ecritures elles-mêmes, concernant le mariage, la sexualité, la morale, sont des objets qui peuvent être soumis à un débat permanent. Ce faisant, ils confondent l’Eglise avec leur propre profession de « faiseurs d’opinion » et de polémistes. Or, il n’est jamais inutile de leur rappeler que les hommes d’Eglise comme Benoit XVI ou Monseigneur Léonard ne possèdent aucun copywright qui leur permettrait de disposer à leur guise des principes fondamentaux de la foi. Leur mission de pape ou d’évêque est de transmettre un message révélé il y a deux mille ans, en l’approfondissant certes au fil des siècles, mais en veillant surtout à ne jamais le travestir. On ne peut pas faire dire au Christ et à ses disciples ce qu’ils n’ont jamais dit ! Encore moins leur faire dire ce qu’ils ont explicitement condamnés !

 

 

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Le rôle de Benoit XVI n'est pas d'"adapter" le message du Christ à la société mais de le transmettre sans travestissement ni trahison. L'erreur la plus fréquente des "faiseurs d'opinion" est de croire que le dogme évolue alors qu'il peut juste être approfondi.

 

 

Christophe

16/01/2010

C'est trop beau...

Oh oui, c'est trop beau pour être vrai! Il faut que je vous raconte...

 

Ce matin, je suis allé prier à la cathédrale Saint-Paul. Chapelet en main (mais bien caché dans ma poche, parce que bon, quand même, je suis encore un peu tiède dans l'expression de ma foi...pardonnez-moi, Seigneur), je parcours les rues de Liège au rythme des Ave Maria et des Pater Noster tandis que les grains s'égrènent entre mes doigts. Je contourne Saint-Pholien, me dirigeant vers le pont des Arches. A la fenêtre d'une modeste maison, une dame âgée jette quelques miettes aux pigeons. Par la fenêtre entr'ouverte, j'apercois une belle statue de la Vierge. Cette dame d'apparence si simple récite sans doute l'Ave Maria tous les jours...Je la salue de coeur.

J'arrive place Cathédrale. Il faut lever les yeux au dessus de ces affreuses terrasses chauffées qui ont envahi l'espace pour admirer cet édifice. Oh, ce n'est pas le plus beau de Liège, mais quand même, il a de l'allure. Arrivé devant l'entrée, je jette un oeil à cette inscription sur le linteau: "Sancta Legia, Ecclesiae Romanae Filia". Sainte Liège, Fille de l'Eglise Romaine. "Ca a quand même de la cogne, cette inscription!", me dis-je au fond de moi-même. Seulement, Liège n'a plus grand'chose de saint! Si seulement les liégeois savaient le don de Dieu! Ce sera l'objet de ma prière.

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Je reste une heure à prier. Saint-Lambert d'abord, longuement. Forcément, c'est grâce à lui que Liège existe, ou plutôt, c'est grâce au Christ en qui il avait foi que Liège est devenue, de village marécageux, cette fille de l'Eglise romaine. Il ne tient qu'à notre volonté de faire de notre cité ardente une flamme ardente de foi pour Notre Seigneur. Ce sera d'ailleurs Lui que je prierai en second (ordre peu protocolaire, je le concède!), devant le tabernacle ou se trouve le Saint-Sacrement. Ah! le Saint-Sacrement, quel mystère, quelle grandeur que cette présence de Notre Seigneur dans l'hostie! Et puis, quelle fête que celle qui célèbre cette présence! La Fête du Saint-Sacrement, ou Fête-Dieu, initiée par une liégeoise, Sainte-Julienne de Cornillon. On peut en être fier, car Saint Thomas d'Aquin (notre patron des étudiants) a lui-même composé la liturgie de cette fête! Mais je m'égare.

Je passe à la librairie, et là, que vois-je? La "une" du Soir où apparaissait ce titre: "Les liaisons dangereuses d'un président", avec la tête de Herman Van Rompuy. Je frémis. Notre président du cercle nous avait bien parlé d'un journaliste qui lui avait téléphoné pour se renseigner sur cette conférence. Etrange intérêt, trois mois après les faits. Si c'est pour une recension de l'évènement, les journalistes du Soir sont pire que des tortues! Parce que des communiqués de presse, on en a envoyé! Alors?

 

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J'achète l'exemplaire, je fonce me coincer devant un bon café, le sourire aux lèvres à l'idée de ce que j'allais lire. Oui, le sourire, parce que je ne pouvais pas imaginer quoi que ce soit de bienveillant de la part de journalistes. Je lis donc...et je fus déçu. Non pas qu'ils étaient bienveillants, oh non. Il était méchant, comme peuvent l'être des journalistes aux ordres. Ils avaient eu vent que les interventions des trois invités allaient paraître aux éditions Fidélité, et ils s'étonnaient de ce que le nom de Van Rompuy soit associé à celui de Buttiglione. Pourquoi? Parce que Buttiglione, en 2004, a dit de vilaines choses sur les homosexuels. Quoi? Que l'homosexualité est un péché. C'est grave. Extrêmement grave. Médiatiquement, il s'est fait fusiller. Médiatiquement, il est mort. Alors comment expliquer sa présence à Liège, le 19 octobre dernier? Comment expliquer la parution d'un ouvrage sur lequel son nom apparaît? Et qui plus est, aux côtés de Van Rompuy? Incompréhensible. Oui, pour un capo de la bien-pensance, il y a là un mystère, qui l'agace de surcroit.

Je fus déçu. Pourquoi? Parce que je m'attendais à "du lourd", à des révélations croustillantes, à des attaques au lance-flammes, un déluge de napalm, bref, une mise à mort en bonne et due forme: Van Rompuy blessé, Buttiglione enterré, le cercle bombardé! Or, rien de tout ça! Une pitchnette, un petit pipi, aussi mou que celui du Manneken Pis! A peine un crachat dans l'oeil, et encore, un postillon! Non mais quoi? Buttiglione l'intégriste, ca aurait été super! Le cercle des réactionnaires, un titre du tonnerre! Van Rompuy, salaud de catho! Et pour terminer, Léonard, y'en a marre! Je sais pas moi, quelque chose qui sentait un peu la testostérone bon sang... Non, au lieu de ça, un mou "Bouh, c'est pas bien ça! Vilains...". Impressionnant.

Le plus comique dans l'histoire, c'est le côté "France-Dimanche" de l'annonce: les liaisons dangereuses. OUFTI!

Attention, sais-tu, ami lecteur! Nous allons te révéler des choses iiiiiiiiinnnnnnnnnnnncroyables, que même qu'on est les premiers à le dire! semble nous dire Le Soir. Van Rompuy avec un catholique, c'est dingue, non?

Bref, je suis rentré hilare, en remerciant le Seigneur de ce bon moment. Surtout, je prie pour la conversion de ces journalistes, englué dans l'esprit de ce siècle, dont le joug est bien plus lourd à porter que le joug de la foi en Notre Seigneur!

 

Jean

 

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25/12/2009

JOYEUX NOEL A TOUS!

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« Voici que nous venons d'entendre une nouvelle pleine de grâce, et faite pour être acceptée avec transport : Jésus-Christ, Fils de Dieu, naît en Bethléhem de Judée. Mon âme s'est fondue à cette parole ; mon esprit bouillonne en moi, pressé que je suis de vous annoncer un tel bonheur. Jésus veut dire Sauveur. Quoi de plus nécessaire qu'un Sauveur à ceux qui étaient perdus, de plus désirable à des infortunés, de plus avantageux à ceux que le désespoir accablait ? Où était le salut, où était même l'espérance du salut, si légère qu'elle fût, sous cette loi de péché, dans ce corps de mort, au milieu de cette perversité, dans ce séjour d'affliction, si ce salut n'était né tout à coup, et contre toute espérance ? O homme, tu désires, il est vrai, ta guérison ; mais, ayant la conscience de ta faiblesse et de ton infirmité, tu redoutes la rigueur du traitement. Ne crains pas: le Christ est suave et doux ; sa miséricorde est immense ; comme Christ, il a reçu l'huile en partage, mais c'est pour la répandre sur tes plaies. Et si je te dis qu'il est doux, ne va pas craindre que ton Sauveur manque de puissance ; car on ajoute qu'il est Fils de Dieu. Tressaillons donc, ruminant en nous-mêmes, et faisant éclater au dehors cette douce sentence, cette suave parole: Jésus-Christ, Fils de Dieu, naît en Bethléhem de Judée ! »

Saint-Bernard de Clairvaux (1090-1153), Sermon VI pour la Vigile de Noël,

extrait de Dom Prosper Guéranger, L’année liturgique.

15:14 Publié dans Prière | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : noël

15/12/2009

Les schtroumpfs de l'apocalypse

P1010012.JPGC'est avec un immense plaisir que le Cercle Gustave Thibon a reçu, le lundi 07 décembre dernier, Monsieur Jean-Marie Salamito, afin de nous parler de son ouvrage "Les chevaliers de l'Apocalypse. Réponse à Mrs Prieur et Mordillat", chez DDB/Lethielleux.

Monsieur Salamito était, jusque là, un tranquille professeur d'histoire du christianisme antique à l'université de Paris IV Sorbonne. Un beau matin, le rédacteur du magazine "Le monde de la Bible" lui demande un article sur la série exégétique "L'Apocalypse", série réalisée par Prieur et Mordillat, article critique si possible. Monsieur Salamito hésite: sa modestie lui fait dire qu'une critique, même bien sentie, pourrait passer pour une aigreur de ne pas apparaître dans la liste (impressionnante) des experts appelés à la barre de cette série sur les premiers siècles du christianisme. Face aux arguments du rédac'chef, il accepte. La guerre est déclarée!

En effet, dès la parution de l'article (nous sommes en novembre 2008), une première discussion, très vive, naît entre les trois protagonistes de cette lutte. Notre historien ne s'attendait en rien à une telle férocité de lapart de l'adversaire. Il n'avait pourtant fait qu'une chose: les prendre au sérieux. Mais, telle une révélation, il comprit qu'il n'avait pas à faire avec des honnêtes exégètes, fussent-ils même en herbe! Leurs erreurs étaient si grossières, leur mauvaise foi si patente que, décidément, il se cachait derrière de tels moyens, derrière une telle médiatisation, quelque chose de ce que l'on nomme de l'antichristianisme.

Et de la haine contre le christiansime, ils en ont à revendre, nos deux chevaliers! Ne fondent-ils pas toute leur réthorique sur cette phrase du célèbre exégète moderniste Alfred Loisy: "Jésus annoncait le Royaume, et c'est l'Eglise qui est venue". Phrase terrible, qui tendrait à démontrer que l'Eglise est une imposture, une institution non voulue par le Christ, mais que c'est pourtant bien elle qui fagocite le message du Christ... Les salauds! Prieur et Mordillat semblent avoir du mal avec la lecture. De fait, Loisy, loin de présenter cette réalité comme anormale, comme une usurpation, la présente au contraire comme l'évidence même! Mais bon, cela est un détail aux yeux de nos preux chevaliers.

Il faut écouter notre David contre le Goliath médiatique que sont non seulement Prieur et Mordillat, mais également Arte (qui, paraît-il, à un service documentaire très anti...chrétien!). En effet, la chaîne n'a jamais diffusé que sur le net le débat entre nos protagonistes. Aucune télévision n'a invité Mr Salamito, là où nos deux schtroumpfs de l'apocalypse circulait librement. Seules quelques radios ont relayés le débat.

In fine, ce qui paraît sidérant, c'est que nos deux chevaliers sur canassons harassés sont des êtres tellement malhonnêtes qu'ils refusent de reconnaître la vérité historique. Pire, ils sont tellement imbus d'eux-mêmes qu'ils ont déjà, par deux fois, demandés le titre de docteur en histoire, avec pour équivalent de thèse...leur série! Même le schtroumpf à lunettes n'aurait pas osé...

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Bref, vous qui lisez ces lignes, arrêtez de regarder, lire, écouter ces cuistres, ces pseudo-historiens, soi-disant exégètes. Lisez de vrais livres d'histoire, de ceux qui ne bafouent pas cette science si délicate. Quant à vous, messieurs Prieur et Mordillat, sachez qu'en terre liégeoise, vous ne serez jamais les bienvenus!

Merci Monsieur Salamito pour votre intervention! Que Dieu vous bénisse!

 

 

 

 

25/11/2009

CONFERENCE: "L'apocalypse de Prieur et Mordillat, une série anti-chrétienne? Réponse d'un historien.

Le lundi 7 décembre 2009 à 20h00, à la salle Grand Physique de l'Université de Liège, l'historien français Jean-Marie Salamito démontera les mécanismes de la série "l'Apocalypse" produite sur Arte par MM. Prieur et Mordillat. Entrée gratuite.
Parcours fléché à partir de l'entrée principale.

23/11/2009

VIDEO : Herman Van Rompuy et la pensée sociale de Benoit XVI

Chers amis, sympathisants ou visiteurs du site, voici comme promise la vidéo de l'intervention de l'actuel Président du Conseil Européen relative à la pensée sociale de Benoit XVI contenue dans l'Encyclique Caritas in Veritate. Nous travaillons en ce moment au montage des autres parties de notre conférence du 19 octobre 2009 [Mise à jour : Toutes les vidéos de la conférence sont désormais disponibles sur le compte dailymotion du cercle : http://www.dailymotion.com/cerclegustavethibon]. Nous en profitons pour vous inviter à notre prochaine conférence qui aura lieu à l'Université de Liège le lundi 7 décembre 2009 à 20h00 à la salle Grand Physique, Place du XX août. Thème du jour : "L'apocalypse de Prieur et Mordillat, une série antichrétienne ?" L'affiche et les tracts sont disponibles sur ce site. Herman Van Rompuy et la pensée sociale de Benoit XVI (1)
envoyé par cerclegustavethibon. - L'info internationale vidéo.



14/11/2009

"Le Cri du Kot" de novembre!

Lors de la conférence précédente, nous avons eu la grâce de rencontrer quelques jeunes que le Seigneur a visiblement pris sous son aile! Il s'agit de jeunes étudiants namurois qui ont l'audace, que dis-je, l'outrecuidance!, de s'afficher non seulement catholique (arghh...l'affreux mot) mais en plus, ils osent distribuer un journal, mensuel de surcroît, où ils se permettent de dire la Vérité! Un vrai scandale! C'est au point qu'on arrache leurs affiches (tiens, nous aussi on a connu ça...), qu'on se moque d'eux, pire, qu'on les décause, notamment via Facebook, où un groupe Anti Cri du Kot a vu le jour (avec des réflexions d'un niveau affligeant...mais bon, c'est ça aussi l'université maintenant!)

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Bref, le Christ dérange toujours autant, depuis deux mille ans, et c'est pas prêt de s'arrêter! Surtout, ce que nos ennemis (pour lesquels, sans doute à leur grand étonnement, nous prions tous les soirs!) ne parviennent pas à comprendre, c'est que notre patrie est dans le Ciel, et non ici bas. Si bien que les moqueries, les intimidations, voire les coups (oui, les coups, nous savons qu'un jour nous serons frappés pour notre foi) ne nous font rien, au contraire. Tout cela nous remplis de toujours plus d'Amour envers eux, envers ceux qui errent dans cette vallée de larmes bien camouflée sous les spotlights, les pubs, les plaisirs en tous genre, etc. Seul le Christ donne la Vie, pas le Mp3, et vous le savez quand, certains soirs, même après une bonne guindaille entre potes, la morosité vous rattrappe...

Allez, bonne lecture!

 

22/10/2009

Devant plus de 500 personnes...

LA PENSEE SOCIALE DE BENOÎT XVI

FAIT SALLE COMBLE A L'UNIVERSITE DE LIEGE

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le Premier Ministre Herman Van Rompuy à la tribune

La salle académique de l'Ulg (350 places) n'a pas suffit à accueillir le public réuni par l'Union des Etudiants Catholiques de Liège (Cercle interfacultaire Gustave Thibon) et le Groupe "Ethique sociale". Il a fallu aussi ouvrir une seconde salle, avec liaison vidéo, pour accueillir la foule qui se pressait lundi soir 19 octobre autour du Premier Ministre belge Herman Van Rompuy, du Vice-Président de la Chambre des Députés italiens Rocco Buttiglione et de Monseigneur Michel Schooyans, professeur ém. à L'Université Catholique de Louvain (U.C.L.)Van Rompuy Fr J.jpg

"Succès de foule pour la conférence-débat portant sur “Caritas in veritate” titre la "Libre Belgique-Gazette de Liège" du 22 octobre 2009, avant de poursuivre:

 

"On se pressait, lundi soir, dans la salle académique de l’Université de Liège (place du 20-Août). Raison de l’effervescence : une conférence-débat sur l’encyclique de Benoît XVI "Caritas in veritate" (L’amour dans la vérité) qui actualise la pensée sociale de l’Église catholique. Dans le public, on trouvait notamment l’Évêque de Liège, Mgr Aloys Jousten, le nouveau nonce apostolique en Belgique, Giacinto Berloco, ou encore plusieurs personnalités politiques CDH (les Wathelet père et fils, Michel Firket, échevin liégeois de l’Urbanisme, Dominique Drion, le président d’arrondissement, etc.).

Sans doute, les titres et mérites des orateurs conviés à s’exprimer sur l’encyclique par le Cercle royal des étudiants catholiques de l’ULg ont contribué à ce succès de foule. En effet, le Premier Ministre belge, Herman Van Rompuy (CD&V), et Rocco Buttiglione, vice-président de la Chambre des députés d’Italie (Union des démocrates chrétiens et du centre) ont confié leur vision de la récente encyclique sociale, après que Mgr Michel Schooyans, professeur émérite à l’UCL, en eut présenté les grandes lignes. Paul Vaute, chef d’édition de la Gazette de Liége, modérait le débat.

Le texte papal apporte quelques éclairages nouveaux sur la doctrine de l’Eglise à l’égard de thèmes tels que la globalisation de l’économie, la liberté religieuse ou encore la bioéthique. Selon Mgr Schooyans, "Caritas in veritate " a également le mérite de s’attaquer aux "nouveaux problèmes". Par exemple, le Pape insiste fortement sur les bienfaits que le microcrédit apporte aux entreprises des pays en développement. Benoît XVI insiste par ailleurs sur la "sociabilité naturelle" de l’homme, qui incline à être bienveillant vis-à-vis de ses semblables.

Rocco Buttiglione, fort de son expérience politique, a insisté notamment sur les limites de la technique, "qui peut tout faire, mais ne sait pas ce qu’elle doit faire". Pour lui, l’encyclique de Benoît XVI rappelle que cette technique doit être mise au service de l’homme. L’Église a donc vocation à guider ces progrès matériels en "parlant au cœur de l’homme".

Enfin, Herman Van Rompuy, très applaudi par l’assemblée, a livré sa vision profonde et intime de chrétien engagé en politique. "Je m’exprime ici comme chrétien et non comme Premier Ministre. Je n’ai pas eu le temps de soumettre mon texte au reste du gouvernement ", a-t-il d’emblée précisé, provoquant les rires de l’assemblée.

À ses yeux, l’encyclique sociale a le mérite de mettre à l’honneur le principe de subsidiarité (reconnaître à chaque niveau de pouvoir toutes les compétences qu’il peut exercer) dans le contexte de la mondialisation. Toutefois, pour le Premier, "le ton théologique très engagé de l’encyclique fera que le texte risque d’avoir un impact politique moindre." Enfin, à l’égard de l’avortement et de l’euthanasie, Herman Van Rompuy a affirmé que les règles légales doivent être respectées mais, qu’un jour ou l’autre, "les mœurs peuvent aussi changer les lois "

F.C. in "La Libre Belgique-Gazette de Liége" du 22 octobre 2009

 

LA COMMUNICATION DE MONSEIGNEUR MICHEL SCHOOYANS

Voici le texte intégral de l'allocution de Mgr Michel Schooyans, ouvrant la conférence aux côtés du Premier Ministre belge et du Vice Président de la Chambre des Députés d'Italie, pour présenter les enjeux de la première encyclique sociale de Benoît XVI au public liégeois:

"L’encyclique Caritas in veritate [L’amour dans la vérité] (2009) est le troisième volet du tryptique que Benoît XVI nous a offert en publiant successivement, en 2005, Deus caritas est [Dieu est amour] puis, en 2007, Spe salvi [Sauvés dans l’espérance]. Dans ces trois textes majeurs, Benoît XVI reprend, sans jamais se répéter, un thème central qui apparaît déjà dans les travaux précédant son pontificat. Ce noyau peut se résumer en quelques mots : L’homme ne se réalise pleinement que s’il s’ouvre à Dieu. Cela vaut pour l’activité personnelle ainsi que pour toutes les formes d’activité sociale. Sans Dieu, l’homme tombe dans le relativisme ; il perd les balises indispensables à son action. L’amour, qui a son origine en Dieu, est le principe des micro-relations aussi bien que des macro-relations. Pour resplendir, l’amour doit être enraciné dans la vérité : celle dont la flamme fragile brille toujours au cœur de l’homme, celle que Dieu offre aux hommes en se révélant à eux, en leur parlant, en venant partager leur existence. Dans une culture sans vérité, l’amour affronte un péril mortifère : il risque de devenir une coquille vide exposée à être remplie par n’importe quoi. L’amour sans la vérité conduit au sentimentalisme ; la vérité sans amour conduit à une technique sans âme. Voilà pour l’essentiel.

Qu’est-ce qu’une encyclique ?

Une encyclique est une lettre circulaire que le Pape envoie à tous les fidèles et qui est en outre souvent destinée à tous les hommes de bonne volonté. Dans leurs lettres, les papes contemporains ont abordé des questions d’actualité telles que l’éducation, le mariage, la liturgie, les idéologies contemporaines, etc. Depuis le Pape Léon XIII (1810-1903), une bonne vingtaine d’encycliques ont abordé des problèmes sociaux. Mention spéciale doit être faite de la Constitution Pastorale Gaudium et spes, intitulée L’Église dans le monde de ce temps, promulguée par le Concile Vatican II en 1965.
Dans la préparation d’une encyclique, les papes font toujours appel à des conseillers de leur choix. Sous l’impulsion du Concile Vatican II (1963-1965), deux dicastères (correspondant à des commissions permanentes) sont les conseillers privilégiés du Saint-Père dans la préparation des encycliques sociales. Il faut mentionner d’abord le Conseil Pontifical Justice et Paix, dont la structure actuelle a été redéfinie en 1988, ensuite l’Académie Pontificale des Sciences Sociales, fondée en 1994 et présidée par Mary Ann Glendon, professeur à la Faculté de Droit de Harvard. Le Pape fait en outre appel à des experts. La préparation d’une encyclique s’étend toujours sur plusieurs années.

Continuité

Comme toutes les encycliques sociales, Caritas in veritate est un document historiquement situé. Benoît XVI prend soin de montrer ce que l’Église doit à la célèbre encyclique de Paul VI Populorum progressio [Le développement des peuples], datant de 1967. Benoît XVI entend par là souligner  la continuité de l’enseignement social de l’Église. Il faut constamment reprendre cet enseignement, car, en quelques années, les sociétés humaines ont évolué, le panorama international s’est modifié, les instruments d’analyse deviennent plus performants, la réflexion théologique progresse.
Cette continuité n’est donc en aucun cas répétitive. Benoît XVI réactive l’intention profonde de ses successeurs. Il ne répète pas, par exemple, ce que ses prédécesseurs ont pu écrire sur la rémunération du travail, mais il s’interroge sur la façon dont le problème se pose aujourd’hui.

Un éclairage nouveau

Les problèmes déjà touchés par des papes précédents appellent un éclairage nouveau. Quelques exemples suffiront à mettre en relief l’approche originale que développe Caritas in veritate à propos de questions déjà traitées dans des encycliques antérieures.

1. Depuis 1968, les hommes ont tant bien que mal progressé dans la conscience qu’ils ont de constituer une grande communauté. L’interdépendance des hommes et des sociétés s’est resserrée ; elle est mieux comprise ; surtout, elle est plus étroite qu’elle ne l’a jamais été. Des guerres, des calamités naturelles, la récente crise financière – pour ne citer que ces exemples— ont amené une mise à jour de l’analyse de la globalisation.

2. Il s’ensuit, explique le Pape, que les relations entre États sont en pleine mutation. Le rôle des États nationaux est en train de se transformer ad extra, c’est-à-dire sur la scène internationale, et ad intra, c’est-à-dire dans les rapports entre l’État et la société civile.

3. L’encyclique fait aussi observer l’évolution du rôle joué par les centres de décision économique dans la vie internationale et dans la vie des nations. Ce nouveau rôle n’est pas sans influence sur la vie politique.

4. Depuis la célèbre encyclique de Paul VI, la liberté religieuse a souvent été écornée, voire bafouée. Benoît XVI réaffirme que, par l’acte de foi, l’homme s’épanouit du fait que la relation interpersonnelle la plus intime que nous puissions nouer librement est celle qui nous unit à Dieu. Là où cette liberté est bafouée, l’homme risque d’être atrophié dans son humanité.

5. Le Pape réserve encore une nouvelle approche au droit à la vie, thème si souvent traité par Jean-Paul II. Avec les questions regroupées sous le label de la bioéthique, le droit à la vie est traité comme problème de morale sociale. Là où le droit à la vie est mis en question, l’institution familiale risque d’être ébranlée. Et la mise en question de la famille risque à son tour de priver la société de son fondement naturel. D’où la nécessité d’approfondir la réflexion sur les limites du droit d’intervention de l’État, des organisations internationales, des ONG dans ces matières. D’où aussi la nécessité d’œuvrer à de nouvelles mesures assurant une meilleure protection de la vie, de sa conception à la mort naturelle.

Des problèmes inédits

L’encyclique Caritas in veritate identifie aussi de nouveaux problèmes et leur consacre une attention soutenue.

1. Benoît XVI prend d’abord acte du déclin des idéologies qui ont dominé au cours du XXème siècle. Ce déclin donne cependant souvent lieu à l’essor d’une nouvelle forme d’idéologie dont les racines remontent au scientisme positiviste. De même que pour celui-ci la Science allait répondre à toutes les questions concernant l’homme et sa destinée, de même aujourd’hui beaucoup estiment que les progrès de la technique en général et des techniques particulières vont permettre à l’homme de résoudre tous les problèmes qui se posent à lui. On pense ici, d’abord, à la maîtrise de la vie, à l’eugénisme, à la gestion de la mort, etc.

2. On pense également aux nouvelles relations de l’homme à la nature, c’est-à-dire au milieu ambiant. On sait que dans ses premières manifestations, le courant écologique en appelait à la responsabilité de tous pour éviter le gaspillage des matières premières, l’émission de gaz toxiques, l’extinction des espèces menacées, etc. Dans certaines de ses expressions actuelles, le courant écologiste se diffracte en deux tendances préoccupantes. D’une part, on observe un courant tendant à reconnaître aux chercheurs biomédicaux le droit d’intervenir sur l’être humain sans trop se soucier des conséquences que ces interventions pourraient comporter à court et à long terme. D’autre part, un autre courant considère que l’homme devrait se soumettre à la Terre-Mère, Gaïa, au motif qu’il ne serait qu’un produit parmi d’autres d’une évolution purement matérielle.

3. Parmi les nouveaux problèmes apparaît également celui du respect de l’identité culturelle des sociétés humaines. Dans beaucoup de pays, cette identité est fréquemment menacée par certains effets pervers de la globalisation, dans les dimensions politique et économique de celle-ci. Ce nivellement culturel est encore favorisé par un usage parfois abusif des techniques nouvelles de communication.

4. L’encyclique aborde encore un problème sur lequel peu de moralistes et de bioéthiciens se sont penchés jusqu’à présent. Il s’agit de la question du vieillissement de la population. Un problème qui affecte tous les pays d’Europe, mais qui commence à affecter aussi les autres pays du monde. Dans un tiers de ces pays, la fécondité a tellement baissé que la population ne s’y renouvelle plus.

5. Un autre point fort de l’encyclique souligne que, dans une entreprise, la recherche du bien-être social est conciliable avec la recherche du profit. Les échanges et le profit, pour légitimes qu’ils soient, ne suffisent pas à honorer les justes exigences de la morale sociale. D’où la place à faire, dans les rapports sociaux, à la logique du don, sur laquelle le Pape insiste longuement.

6. Très remarquée également est l’insistance du Pape sur les petites entreprises bénéficiant de micro-crédits. Le Saint-Père encourage par là de nombreux projets réalisés dans les pays en développement, confirmés par l’expérience, et encouragées par des économistes de réputation mondiale.

7. Outre les problèmes que nous avons mentionnés, de nombreux autres sont touchés dans l’encyclique. La misère, l’ignorance, la corruption, les injustices, le mépris ou la perversion du droit, la violence : rien de tout cela n’est fatal, à condition que les hommes prennent au sérieux leurs responsabilités morales.

Le choix de l’étoile

Pour que les hommes puissent faire face aux multiples problèmes sociaux qui se posent aujourd’hui, Benoît XVI leur propose un message plein d’espérance. Ce message peut se détailler en quelques points fondamentaux, dont plusieurs ont déjà été abordés dans d’autres textes du Pape. Ce qui est nouveau, c’est que, dans Caritas in veritate, Benoît XVI recourt à ces points pour donner une impulsion tout à fait originale à l’enseignement social de l’Église. Le Pape réactive la sociabilité naturelle de l’homme. L’homme incline naturellement à être bienveillant vis-à-vis de ses semblables. La société humaine n’a point d’avenir si le principe de fraternité est ignoré ou mal compris.

Mais Benoît XVI donne à l’enseignement social de l’Église un statut et une dimension qui n’avaient jusqu’à présent pas été dévoilés. Avant de terminer, je voudrais expliquer brièvement ce point essentiel, qui fera entrevoir quelques-uns des développements que l’encyclique ne manquera pas d’inspirer.

Reprenons la réflexion déjà initiée au début de cette communication. L’homme, disions-nous à la suite de Benoît XVI, ne se réalise pleinement que s’il s’ouvre à Dieu. Mais comment cette ouverture est-elle vécue ?

Comme l’a brillamment montré Avital Wohlman, Professeur à l’Université hébraïque de Jérusalem, pour les juifs, les hommes se sauvent par leurs efforts à respecter la Loi. Pour Jésus, comme l’enseigne Saint Paul dans l’épître aux Romains et dans celle aux Galates, c’est Dieu qui fait de nous des hommes justes, c’est-à-dire saints. Dieu nous justifie, nous sanctifie, en s’approchant de nous par grâce, et Dieu attend de nous que nous correspondions librement, par la foi, à sa visitation dans notre histoire. C’est aussi ce qu’écrit Saint Jean dans le Prologue de son Évangile.

Quels qu’ils soient, juifs ou païens, les hommes ne sont justifiés que par Dieu. Même les juifs ont besoin de Dieu pour être vraiment justes, pour s’ouvrir à la justice parfaite, à la sainteté. Quant aux païens, -- et nous sommes presque tous d’une certaine façon des païens-- leur situation est différente de celle des juifs sur un point fondamental : Dieu ne s’est révélé à eux qu’après s’être manifesté aux juifs. Il est cependant présent dans leur conscience et certains d’entre eux ont reconnu sa trace dans la nature ou en autrui. Mais, quelque louable qu’elle soit, cette quête de l’homme livré à ses seules forces, débouche, pour beaucoup, sur un échec. Alors que la Loi a été donnée par Dieu aux juifs, et que cette loi a contenu, chez eux, l’idolâtrie et l’immoralité, les païens, auxquels la Loi et la Parole divine n’ont été offertes que bien plus tard, ont été livrés à l’idolâtrie des éléments du monde et à leurs passions charnelles, que leur raison n’a pu endiguer. Les païens ont pu arriver à une certaine connaissance de Dieu, mais cela n’a pas suffi à les empêcher de pécher.

A plus forte raison, quand les hommes rejettent la lumière qui, brillant dans leur cœur, donnerait à Dieu, pour ainsi dire, une chance de pouvoir se révéler, alors, ayant décidé de se priver de Dieu, ils sont livrés, comme l’explique Saint Paul (Rm 1), à toutes sortes d’erreurs sur eux-mêmes, sur autrui, sur la société, sur la nature.

Dans les encycliques antérieures, les Papes ont mentionné cette doctrine, centrale chez Saint Paul, en montrant les méfaits de la méconnaissance de Dieu dans la vie des hommes. Caritas in veritate va plus loin encore en montrant les méfaits de la méconnaissance de Dieu dans la vie des sociétés. De tout temps il y a toujours eu des hommes qui n’attendaient rien de Dieu. Aujourd’hui il y a des sociétés entières qui n’attendent rien de Dieu et qui alors se livrent à toutes sortes de comportements honteux en raison même de leur rejet méthodique de Dieu. Ces païens d’hier et d’aujourd’hui sont exposés, comme dit Saint Paul, à la colère de Dieu car par leur impiété et leurs impudicités, ils retiennent la Vérité captive de l’injustice et subjuguent la capacité d’aimer.

Dans Caritas in veritate, comme dans la célèbre conférence de Ratisbonne et comme dans d’autres documents, Benoît XVI veut sauver la raison humaine et la réconcilier avec la Parole révélée. Le Pape reconnaît, avec le Concile Vatican I (1869-1870), que Dieu est connaissable par la raison humaine et décelable dans la création. Il invite tous les hommes d’aujourd’hui -juifs, païens, chrétiens- à ne pas sombrer dans les idolâtries déraisonnables contemporaines : celle, par exemple, où le monde ambiant n’est plus reconnu comme don offert par Dieu à la connaissance et à l’action responsable des hommes; celle -autre exemple- où l’être humain est sacrifié parce qu’il n’est plus reconnu comme frère ni comme image de Dieu. Pour Benoît, une société qui avorte ses enfants est une société qui avorte son avenir.

Benoît XVI invite les juifs à se souvenir que la Loi n’a été donnée à Moïse que pour qu’ils se convertissent et qu’ils accueillent, dans un cœur purifié, le Verbe fait chair annoncé par les Prophètes et désigné par Saint Jean Baptiste. Le Pape invite les païens à constater qu’en étant jaloux de Dieu, ou en l’ignorant théoriquement ou pratiquement, ils sont happés par les idoles de la modernité et du plaisir, et se laissent éblouir par la mort. Le Pape invite l’Église à proclamer, dans un monde en pleine convulsion, que les hommes ont reçu une intelligence capable de comprendre l’empreinte de Dieu, et capable d’aimer en vérité.

L’encyclique de Benoît XVI apporte ainsi à tout homme -juif, païen, chrétien- un immense message d’espérance. Tous les problèmes sociaux auxquels nous sommes confrontés sont solubles à condition que les hommes cessent de mutiler leur raison. Pour beaucoup, ce salut de la raison commence par le réveil de la flamme vacillant au fond du cœur. Pour tous, à un certain moment, ce salut de la raison dépend d’un choix décisif : le choix d’Hérode ou le choix des Mages d’Orient. Chers amis, puissions-nous, comme ces savants antiques, faire le bon choix et suivre l’étoile qui conduit à Bethléem !"

 

MgrSchooyans.jpgMichel Schooyans est prêtre de l’archi-diocèse de Malines-Bruxelles. Après avoir obtenu son doctorat en philosophie et en théologie, il a enseigné à l’Université catholique de São Paulo au Brésil, où il fut aussi aumônier de la J.O.C.(Jeunesse Ouvrière Chrétienne). A partir de 1964, il devint professeur et chercheur à l’U.C.L. (Université catholique de Louvain), très engagé dans les questions d’éthique des relations internationales. Il y enseigna la philosophie politique, les idéologies contemporaines, la morale sociale et les problèmes démographiques. Il effectue aussi des missions diverses dans le Tiers-Monde. Mgr Schooyans est  prélat d'honneur de S.S. le pape, membre fondateur de l’Académie pontificale des sciences sociales, membre de l'Académie pontificale pour la Vie, consulteur du Conseil pontifical pour la Famille, membre de l’Institut royal des relations internationales (Bruxelles), de l’Institut de démographie politique (Paris) et du Population Research Institute (Washington). Il est l’auteur de nombreux ouvrages, dont les deux plus récents ont été publiés chez François-Xavier de Guibert : Le terrorisme à visage humain (2006) et La prophétie de Paul VI : l’encyclique Humanae Vitae (2008).

LA COMMUNICATION DE MONSIEUR ROCCO BUTTIGLIONE

Nous présentons ci-dessous le texte intégral de la communication faite par le Professeur Rocco Buttiglione, Vice-Président de la Chambre des Députés d'Italie:

 

Je souhaite tout d’abord vous remercier pour l’honneur que vous m’avez accordé en m’invitant à présenter l’encyclique de Benoît XVI Caritas in Veritate dans votre pays. La Belgique a été l’un des pays où le mouvement catholique s’est le plus fortement engagé pour remédier aux souffrances humaines causées par l’industrialisation et pour bâtir de nouvelles formes de vie plus dignes de l’homme. L’encyclique Rerum Novarum également, par laquelle habituellement l’on commence l’histoire de la doctrine sociale chrétienne, naît en large mesure des sollicitations provenant, à l’époque, des expériences de vive solidarité menées dans votre pays et de la réflexion sur ces expériences.

L’amour vrai

L’encyclique dont nous nous occupons a pour titre : Caritas in Veritate, l’Amour dans la Vérité. Arrêtons-nous un instant pour réfléchir sur ce titre qui anticipe, en quelque sorte, le contenu tout entier de l’encyclique. Il s’agit là de l’essence de l’amour. Qu’est-ce que l’amour ? Combien de choses différentes sont passées et passent chaque jour sous le titre d’« amour ». Sigmund Freud nous a enseigné que tous les sentiments humains sont ambigus, même les plus purs ; et Oscar Wilde, dans la Ballade de la Geôle de Reading, a écrit que « chacun tue ce qu’il aime ». L’amour de l’assassin est-ce de l’amour ? Est-ce l’amour de l’autre qui est assassiné ou est-ce l’amour de soi-même et de l’image que l’on s’était bâtie de l’autre, à tel point de ne pas supporter l’échec de l’illusion que l’on s’était faite de lui ? Il y a l’amour vrai et le faux amour, et il n’y a pas d’amour vrai sans vérité. L’amour vrai connaît la vérité de l’autre, la véritable vocation de l’autre et engage sa propre vie afin que cette vocation se réalise. Ce n’est pas de l’amour que d’être complice des illusions que l’autre se fait sur soi, ce n’est pas de l’amour que de feindre de croire à une image de l’autre qui ne correspond pas à la vérité. La mentalité dominante de notre époque requiert souvent un amour sans vérité, un acquiescement utile à éviter les conflits. Mais un père à qui un fils demande : «donne-moi de l’argent pour acheter de la drogue» peut-il répondre simplement : « voici l’argent, va te droguer » ? L’amour vrai ne serait-il pas plutôt celui du père qui refuse de collaborer à l’autodestruction de son fils et qui essaie, en revanche, de le pousser à se soigner et à vivre ? Il n’y a pas d’amour vrai sans une capacité de dire non. L’amour vrai dit oui quand c’est oui et non quand c’est non. Dans l’introduction, Benoît XVI nous avertit que sa leçon sera une leçon sur l’amour vrai dans le cadre des relations sociales et économiques, sur l’amour vrai dans l’histoire contemporaine qui se déroule aujourd’hui sous nos yeux, sur l’amour pour le bien commun des nations et de l’humanité tout entière. J’ai dit que l’histoire contemporaine se déroule sous nos yeux. Il conviendra d’ajouter que cette histoire qui se déroule sous nos yeux est en même temps l’ouvrage de nos mains. Nous ne sommes pas simplement des spectateurs mais des acteurs de cette histoire et responsables du bien et du mal qui s’y accomplit. Trop souvent nous pensons que les maux du monde sont toujours et seulement la responsabilité d’autrui. Par contre, nous sommes nous aussi responsables par nos actions et par nos omissions, par ce que nous faisons et par ce que nous nous refusons de faire. Nous sommes l’histoire. Et alors il n’y a pas de salut isolé pour chacun d’entre nous qui ne soit pas aussi un salut pour les autres, qui ne contienne en soi également l’effort de bâtir le salut et le bien des autres.

Science et conscience

Le premier chapitre de l’encyclique est consacré au message de la Populorum Progressio de Paul VI. Essayons d’évoquer à nouveau le climat d’espoir et d’attente dans le cadre duquel Paul VI écrit la Populorum Progressio. Ce sont les années au cours desquelles l’homme devient conscient pour la première fois du développement extraordinaire de la science et de la technologie modernes. En même temps se développe également la conscience de la situation d’abrutissement et de désespoir dans laquelle vit la plupart de l’humanité, condamnée au sous-développement, à la faim, aux maladies, à une mort précoce. Il est certes vrai que de vastes continents avaient toujours vécu dans ces conditions et l’Europe aussi ne s’en était affranchie que depuis peu. Auparavant, cependant, ces conditions étaient perçues comme une nécessité inéluctable à laquelle il fallait se résigner. Maintenant, en revanche, nous disposons des moyens techniques pour nourrir tous les affamés de la terre. Nous pourrions le faire et cependant nous ne le faisons pas. C’est là que surgit une responsabilité morale. La question sociale est devenue mondiale. Ceux qui croient au pouvoir de la technique s’attendaient (et s’attendent) à ce que la technique résolve tous les problèmes et avaient tendance à traiterégalement le problème du développement comme un problème éminemment technique.Quelqu’un a appelé le XXe siècle le siècle de la technique : d’aucuns en ont fait une divinité, d’autres une sorte de monstre qui détruit et consume toutes les valeurs. Le jugement de l’Église a toujours été différent. La technique est un outil au service de l’homme. Si la technique devient dominante et consume le monde des valeurs, c’est parce que la philosophie et la théologie se sont suicidées et dans le vide qui s’est créé la technique a hérité leurs fonctions qu’elle n’est pas, par ailleurs, en mesure d’exercer. Dans cet esprit Paul VI nous dit que le problème de la faim n’est pas avant tout un problème technique mais un problème moral. La technique peut tout faire, mais elle ne sait pas ce qu’elle doit faire. C’est le coeur de l’homme qui doit le lui dire. C’est pour cela que Paul VI dit que l’Église n’a pas de solutions techniques à proposer mais qu’elle est « experte en humanité », elle parle du coeur de l’homme et au coeur de l’homme. Un coeur renouvelé utilisera différemment toutes les choses et renouvellera toutes les choses.

Tout au marché ?

En 1989, il y a vingt ans, le communisme s’est écroulé, le gigantesque système idéologique qui prétendait avoir résolu par sa science de la société le problème de l’homme. Dans cette chute a été décisif le grand témoignage de foi et de culture de la nation polonaise idéalement guidée par Jean-Paul II et par l’Église Catholique. Cependant, nombreux furent ceux qui estimèrent que le communisme ne cédait pas face à la contestation désarmée des témoins de la vérité mais face à la force irrépressible du système capitaliste. Dans les années qui ont suivi nous avons vu un développement davantage culturel que social, où la réponse à toute question semblait être : le marché, davantage de marché. La grande crise nous a tous éveillés de cet enivrement et aujourd’hui nous sommes face à l’échec également de ce modèle. Quelles sont les raisons profondes qui ont précipité la crise ? Je crois que la réponse la plus véritable est : un manque de vérité. L’économie a besoin de vérité tout comme la morale en a besoin. Nous avons par contre créé une économie virtuelle qui s’est de plus en plus éloignée de l’économie réelle. Dans l’économie virtuelle les sous – l’argent – sont comme les lapins : ils se reproduisent vertigineusement entre eux. Des produits financiers de plus en plus sophistiqués, dont le contenu réel est de moins en moins transparent, sont échangés à des prix croissants jusqu’à ce que quelqu’un ne pose la question : « mais combien vaut réellement tel ou tel autre titre ? ». Les sous ne sont pas des lapins. Pour produire d’autres sous, c’est-à-dire des profits, ils doivent être prêtés à un entrepreneur qui les emploie pour embaucher des travailleurs, acheter des équipements et des matières premières, produire des biens et des services et réussir ensuite à vendre ces biens et ces services à un prix plus élevé que les coûts de production. La finance doit être au service de l’entreprise et de l’économie réelle. Lorsqu’elle oublie cette vérité l’économie devient comme une stella nova, elle brille vertigineusement un certain temps et puis elle s’éteint.

Un autre modèle est-il possible ?

 

À présent nous essayons tous de remettre en mouvement l’économie et il semble même que, en quelque sorte, nous sommes en train d’y réussir. Il me semble toutefois que nous essayons de remettre en oeuvre l’ancien modèle qui a échoué. L’encyclique nous invite à nous poser la question suivante : un autre modèle est-il possible ? Avant de répondre à cette question précisons un malentendu possible. L’encyclique n’est pas contre le marché. Elle en fait l’éloge, en revanche, comme une forme précieuse de la liberté humaine. Au centre de l’économie de marché, en effet, il y a la rencontre de deux volontés libres qui disposent d’un bien et de leurs rapports. Le marché cependant ressemble aux instincts animaux (Milton Friedman a parlé des animal spirits du capitalisme) ; ils sont positifs en soi mais négatifs par accidens. En effet, ils peuvent se soustraire au contrôle de la raison et être la proie des vices, de la violence ou de la paresse. De même les énergies libérées par le marché peuvent se retourner contre l’homme et il revient à la politique de contenir ces énergies. Le marché doit être contenu (dans le double sens de limité et soutenu) par de fortes institutions éthiques, culturelles, politiques et religieuses.Toute société, en outre, vit d’échange des équivalents (marché) mais aussi d’échange gratuit. C’est une erreur que d’opposer la gratuité au marché et non seulement parce que toute société humaine a besoin des deux. L’entreprise n’est pas seulement une société de capitaux mais également une communauté de personnes qui ne peuvent pas être uniquement liées par la crainte et par l’appât du gain. Plus on crée dans l’entreprise des rapports humains authentiques et solidaires plus l’entreprise sera aussi économiquement performante et souple pour se conformer aux nécessités changeantes de la concurrence. Là s’ouvre à nouveau le discours sur la participation des travailleurs à la direction et à la responsabilité envers l’entreprise. Le nouveau modèle dont nous avons besoin n’est pas un modèle sans marché, encore moins un modèle contre le marché. Il s’agit d’un modèle qui sache intégrer le marché dans une perspective plus vaste de construction d’une communauté humaine. Revenons à la question que nous avons provisoirement mise de côté. Un modèle différent de celui qui a si dramatiquement débouché sur une crise est-il possible ? Dans l’ancien modèle l’élément moteur du développement était la surconsommation des pays riches (surtout les U.S.A.) financée par les pays pauvres qui prêtaient aux riches l’argent pour continuer à consommer au-delà de leurs moyens. Les pays pauvres aussi, à la fin, tiraient quelques avantages du système, en produisant les marchandises que les riches auraient achetées par leur surconsommation. Le développement, cependant, était déformé et inégal et il engendrait de nouvelles inégalités. Nous sommes habitués, par exemple, à parler avec admiration du développement de la Chine, mais probablement il existe deux Chines, un pays de quelques centaines de millions d’habitants qui s’est beaucoup rapproché des niveaux occidentaux de production et de consommation et une autre Chine, avec peut-être un milliard d’habitants, qui est restée totalement exclue de ce développement. Est-il possible que le nouveau développement ait comme élément moteur l’investissement dans les pays pauvres pour améliorer leurs conditions de vie et libérer leurs potentialités ? Les pauvres devraient être encouragés à investir leurs réserves dans leur propre développement et les grands flux de capital international devraient être canalisés dans le même but. Les pays développés en bénéficieraient-ils également ? Bien sûr, les pauvres achèteraient aux riches les biens et les services pour mieux vivre. Un tel projet nécessite un autre système de la finance globale qui comprenne, comme nous l’avons déjà vu, deux points : ramener la finance au service de l’économie réelle, orienter les grands flux financiers prioritairement vers le développement des pays pauvres. Une coordination de l’économie mondiale est nécessaire. L’encyclique ne fait pas confiance à un super-État mondial mais elle semble convaincue du fait que nous avons besoin de nouveaux et plus compréhensifs organes de gouvernance globale ainsi que d’une amélioration du fonctionnement des organes existants. La mondialisation a libéré des énergies extraordinaires pour le développement économique mais elle a affaibli la capacité de les contrôler et de les orienter. Les capitaux se déplacent librement en abandonnant parfois les pays dans lesquels ils sont soumis à des règles plus contraignantes pour la protection des travailleurs, de l’environnement ou en général du public. Nous avons besoin de rendre mondiaux également les systèmes de gouvernement de la finance, de défense du travail, de protection du droit à la santé, de protection de l’environnement, etc. Sortir de la crise de manière différente cela est possible, mais pour ce faire nous avons besoin d’hommes nouveaux, renouvelés dans l’esprit et renouvelés par l’Esprit.

rocco1.jpgRocco BUTTIGLIONE a étudié le droit aux universités de Turin et de Rome, en se concentrant sur l’histoire des doctrines politiques, sous le tutorat de l’éminent professeur Augusto Del Noce. Remarquable polyglotte, il a poursuivi une brillante carrière universitaire internationale comme professeur de philosophie politique. Il fut ainsi conduit à enseigner non seulement en Italie mais aussi aux Etats-Unis, au Liechtenstein et en Pologne. Il est actuellement titulaire d’une chaire de sciences politiques à l’Université Saint-Pie V à Rome. Élu à la Chambre des Députés d’Italie pour la première fois en 1994, il est actuellement le président du parti Unione dei Democratici Cristiani e di Centro (UDC) et vice-président de la Chambre des Députés. Entre-temps, il fut député européen et ministre de la politique communautaire. Éditorialiste et chroniqueur dans la presse italienne et internationale, le professeur Buttiglione a par ailleurs publié de nombreux ouvrages de philosophie économique et sociale. Il est aussi l’auteur d’un essai sur « La pensée de Karol Wojtyla », traduit en français aux éditions Fayard.

 

LA COMMUNICATION DE MONSIEUR HERMAN VAN ROMPUY

Nous reproduisons dans les lignes qui suivent le texte intégral du discours de M. Herman Van Rompuy, Premier Ministre de Belgique (*)

Je m’exprime en tant que chrétien à titre personnel. Je ne ferai pas toujours le distinction entre l’encyclique et mes propres opinions. La ‘doctrine’ n’est pas un dogme.

Quelle vision de l'homme ? (**)

 

La nouvelle encyclique du pape Benoît XVI s’inscrit dans une longue tradition, commencée avec Léon XIII en 1891. L’originalité de Caritas in veritate est que le pape déploie une réflexion qui lui tient à cœur en insistant sur la nécessité pour la foi et la raison de s’éclaire mutuellement sur le point de la question sociale dans un contexte de mondialisation. Cette recherche donne à l’ensemble de l’encyclique une vigueur anthropologique originale. Elle rappelle combien la question sociale aujourd’hui – celle du développement et de la mondialisation, celle du bouleversement des anciennes solidarités et des effets de crises – ne touche pas seulement la surface des procédures et des règles mais engage aussi une vision de l’homme. Là se situe la raison pourquoi l’Eglise s’intéresse aux questions économico-sociales.

Pourquoi l’Eglise s’intéresse-t-elle aux questions économiques ? Parce qu'elle s’intéresse à l’homme, à l’homme dans son intégralité, et ne sépare donc pas le matériel de l’immatériel. Contrairement à ce que l’on pense souvent, la vision du christianisme n’est pas dualiste : le dualisme qui sépare le corps de l’âme, cette dernière étant la seule qui compte, n’apparaît pas dans la Bible mais émane de la philosophie grecque. Dans la Doctrine sociale de l’Eglise, l’homme dans sa totalité, corps et âme, cœur et conscience, ainsi que sa place dans la société et la nature constituent l’axe de la pensée. Dans sa dernière encyclique, Caritas in veritate, Benoît XVI écrit : « Le développement authentique de l’homme concerne unitairement la totalité de la personne dans chacune de ses dimensions. »

Cela implique que la Doctrine sociale s’occupe de tout ce qui est en rapport avec l’homme, la société et la création : justice, travail, émancipation, pauvreté, santé, logement, relations sociales, paix, droits de l’homme, économie et écologie… Cette approche trouve son fondement dans la constitution pastorale Gaudium et Spes (23 § 5), selon laquelle « La Révélation chrétienne nous conduit à une intelligence plus pénétrante des lois de la vie sociale ».

 

L'homme n'est pas sa propre référence

 

Mais, avec Benoît XVI, l’Eglise affiche une qualification supplémentaire: elle se dit non seulement compétente pour une contribution à une meilleure compréhension et à l’amélioration de la condition humaine, mais détenant le seule bonne clé de lecture pour cela : la « ‘Vérité ». L’homme n’est pas sa propre référence. Sa vie a un sens profond qui lui dépasse, qui est révélé par la Vérité (pas le vérité du comment mais la vérité du pourquoi). La Vérité c’est l’Amour incarné dans le Christ et dans la Trinité. L’homme est voulu par Dieu et créé par amour. Il doit rendre l’amour à Dieu en ses prochains. L’homme n’est donc pas le produit du hasard ou de la nécessité. Il est le fruit de l’amour.

L’homme est responsable (pas de fatalité envers la technologie ou la globalisation), mais l’homme est aussi dépendant. Il obéit à cette loi de l’amour. L’homme responsable mais faible est un pécheur : il doit s’efforcer pour être bon. L’amour (et donc la vérité) est une découverte, un effort constant. L’amour n’est pas un laisser-aller. Parce que l’homme est faible, la perfection ne sera jamais de ce monde. Le monde est donc perfectible. La recherche de l’ultime organisation sociale est même dangereuse. Elle veut contraindre l’homme à devenir ce qu’il n’est pas ou ne pourra jamais devenir. « L’homme n’est ni ange ni bête, et qui veut faire l’ange fait la bête » (Blaise Pascal). L’amour est un commandement.

En d’autres termes, en portant un regard éthique, la foi chrétienne rappelle ses présupposés et perçoit les erreurs d’une pensée purement économique et confronte la conformité aux lois communément acceptée de la vie économique à l’objectif ultime de l’économie : le bonheur de l’homme et le bien-être de la société. Pour le chrétien, l’économie ne peut donc jamais être une fin en soi et le profit ne peut jamais être le bien suprême. C’est l’économie qui est au service de l’homme et non l’inverse. Le Pape tient à le rappeler par ces mots : « l’homme, la personne, dans son intégrité, est le premier capital à sauvegarder et à valoriser. En effet, c’est l’homme qui est l’auteur, le centre et la fin de toute la vie économico-sociale. »

Toutes les constructions humaines sont passagères ; elles ne peuvent donc avoir des revendications à l’égard de l’homme. Aucun régime politique, aucune organisation sociale et aucun système économique ne peut revendiquer la réalisation du salut ultime. Dans sa lettre encyclique Centesimus annus (1991), Jean-Paul II dénonce le danger de cette revendication : «  Quand les hommes croient posséder le secret d'une organisation sociale parfaite qui rend le mal impossible, ils pensent aussi pouvoir utiliser tous les moyens, même la violence ou le mensonge, pour la réaliser. La politique devient alors une religion séculière qui croit bâtir le paradis en ce monde. »

Dans sa nouvelle encyclique, le pape actuel complète ces propos : « Sans la perspective d’une vie éternelle, le progrès humain demeure en ce monde privé de souffle. Enfermé à l’intérieur de l’histoire, il risque de se réduire à la seule croissance de l’avoir. L’humanité perd ainsi le courage d’être disponible pour les biens plus élevés, pour les grandes initiatives désintéressées qui exigent la charité universelle. L’homme ne se développe pas seulement par ses propres forces, et le développement ne peut pas lui être simplement offert. »

« Les messianismes prometteurs, qui sont des bâtisseurs d’illusions », selon les termes de Benoît XVI, privent, en outre, l’homme de ses responsabilités (et ce faisant de sa dignité). « Le développement humain intégral suppose la liberté responsable de la personne en des peuples : aucune structure ne peut garantir ce développement en dehors et au-dessus de la responsabilité humaine. »

L'évaluation religieuse de l'économie

 

C’est selon sa fonction de service que l’économie est évaluée. Les critères de mesure de cette évaluation religieuse sont la dignité humaine, la vocation de l’homme à la fraternité et les exigences de justice et de paix. Partant de ces mesures, l’Eglise formule un jugement moral dans les matières économiques et sociales. Et elle s’y résout « quand les droits fondamentaux de la personne ou le salut des âmes l'exigent », d’après la constitution pastorale Gaudium et Spes (76 § 5). Telle est la raison d’être de la succession d’encycliques.

L’Eglise perçoit la Doctrine sociale comme partie intégrante de sa mission d’évangélisation. « Sa doctrine sociale est un aspect particulier de la mission de vérité de l’Eglise », écrit Benoît XVI. A la lumière du message « humaniste » de l’Evangile, l’Eglise s’estime compétente en la matière. Toutefois, cette compétence se borne au plan moral. L’Eglise n’intervient pas dans les problèmes techniques pas plus qu’elle ne se prononce sur des modèles d’organisation sociale. En témoignent les propos de Benoît XVI : « L’église n’a pas de solutions techniques à offrir et ne prétend aucunement s’immiscer dans la politique des Etats ». En effet, la Doctrine sociale n’a rien d’une idéologie mais relève davantage de la théologie (la théologie morale plus particulièrement).

Si Benoît XVI porte l’attention sur un certain nombre de points concrets, il les inscrit dans une perspective théologique qui nous interroge sur le sens de l’homme et sur nos solidarités. Conformément à ses habitudes, le pape se place en réalité au-dessus de la mêlée. Benoît XVI traite de l’économie comme un théologien, son encyclique est comparable à un texte de morale économique.

En revanche, la Doctrine sociale de l’Eglise entretient bel et bien un dialogue avec la philosophie et les sciences sociales. La Doctrine sociale est née – ou, pour être plus précis, a entamé le début de son développement – à la fin du 19e siècle, en confrontation d’une part avec la réalité économique et surtout, les conséquences sociales désastreuses de l’industrialisation et, d’autre part, avec les réponses radicales données en la matière par le marxisme. Fondée sur le respect de la dignité humaine, laquelle sous-entend un même degré de liberté et de justice, et sur la nécessité de solidarité et de réconciliation sociale, la Doctrine sociale de l’Eglise rejeta tant la vision « libérale » du marché libre que l’option « socialiste » pour la lutte des classes. La première néglige la justice sociale, la seconde bouleverse les relations sociales. Ces deux « excès » constituent, par ailleurs, une atteinte à la dignité humaine : le motif du profit à l’état pur réduit l’homme (en l’espèce, l’ouvrier) à un moyen de production, la théorie des classes ôte à l’homme son caractère individuel (sa personnalité).

L’évolution de la Doctrine sociale de l’Eglise durant les 118 dernières années peut être considérée comme une actualisation permanente des postulats de départ, lesquels ont été adaptés aux « circonstances sans cesse nouvelles » de la réalité économique, sociale et politique.

Le titre Rerum novarum de la première encyclique sociale datant de 1891 s’inscrit, aujourd’hui encore et plus que toute autre encyclique sociale, dans la droite ligne de cette signification : en effet, il s’agit toujours de « choses nouvelles » : l’industrialisation en 1891, la mondialisation en 2009. A l’instar de Léon XIII qui, dans Rerum novarum, ne rejette pas l’industrialisation comme telle, Benoît XVI ne rejette pas, dans Caritas in veritate, la mondialisation : « La mondialisation, a priori, n’est ni bonne ni mauvaise. Elle sera ce que les personnes en feront. »

Chaque nouvelle encyclique sociale est, en quelque sorte, une lecture des signes du temps. Chaque encyclique sociale actualise les concepts de la réflexion religieuse à la lumière des nouvelles circonstances dans lesquelles évoluent la société et le monde. Aussi assistons-nous à la résurgence systématique des mêmes concepts : solidarité, personnalisme, subsidiarité, justice sociale …

 

Subsidiarité et solidarité

 

Benoît XVI se réfère, lui aussi, à ces principes, en particulier à celui de la subsidiarité. Ce n’est pas un hasard puisque la subsidiarité a fait sa première apparition après la grande crise financière de 1929, le krach de Wall Street, dans l’encyclique sociale Quadragesimo anno (1931). Avec comme toile de fond la crise financière actuelle, Benoît XVI écrit : « Le principe de subsidiarité doit être étroitement relié au principe de solidarité et vice-versa, car si la subsidiarité sans la solidarité tombe dans le particularisme, il est également vrai que la solidarité sans la subsidiarité tombe dans l’assistanat qui humilie celui qui est dans le besoin. »

Le principe de subsidiarité est contraignant, chaque homme devant avoir la chance d’apporter sa contribution à la construction du bien-être et de la prospérité. La question difficile est cependant de savoir comment nous pouvons, aujourd’hui, réaliser ce principe au sein d’une Europe unifiée et dans un monde globalisé, où de plus en plus de décisions sont prises à un haut niveau inaccessible pour l’homme concret, sachant que, pourtant, elles sont déterminantes pour le bien-être et la prospérité de son environnement, de son travail et de sa responsabilité.

Le pape n’a pas de réponse mais il affirme que « la gouvernance de la mondialisation doit être de nature subsidiaire, articulée à de multiples niveaux et sur divers plans qui collaborent entre eux. La mondialisation réclame certainement une autorité, puisque est en jeu le problème du bien commun qu’il faut poursuivre ensemble ; cependant cette autorité devra être exercée de manière subsidiaire et polyarchique pour, d’une part, ne pas porter atteinte à la liberté et, d’autre part, pour être concrètement efficace ».

L’objectif à atteindre est un humanisme qui satisfait aux préceptes du dessein d’amour de Dieu, un humanisme intégral et solidaire, capable de créer un nouvel ordre social, économique et politique, lequel doit se fonder sur la dignité et la liberté de l’être humain et se réaliser dans la paix, la justice et la solidarité.

Benoît XVI écrit : « L’augmentation massive de la pauvreté au sens relatif, non seulement tend à saper la cohésion sociale et met ainsi en danger la démocratie, mais a aussi un impact négatif sur le plan économique à travers l’érosion progressive du capital social, c’est-à-dire de cet ensemble de relations de confiance, de fiabilité, de respect des règles, indispensables à toute coexistence civile. »

Dans cette optique, la Doctrine sociale voit en la Déclaration universelle des Droits de l’Homme « un jalon sur la voie du progrès moral » (Jean-Paul II). En outre, les Droits de l’Homme trouvent leurs fondements dans la dignité humaine en tant que personne unique dotée de responsabilités, une dignité qui revient à tous les hommes, de manière universelle et dans une même mesure. Cela implique que ces droits soient également assortis de devoirs.

C’est pourquoi Benoît XVI a dénoncé, le 4 mai 2009, lors de sa rencontre avec l’Académie Pontificale des Sciences sociales, le contraste scandaleux « entre l'attribution égale (théorique) des droits et l'accès inégal aux moyens de jouir de ces droits. », sachant qu’un cinquième de l’humanité souffre aujourd’hui de la faim.

Ces devoirs peuvent être résumés en un seul mot : la solidarité. Un devoir qui trouve sa source dans le droit à l’égale dignité de tous les êtres humains, une dignité partagée donc. Outre la liberté, emblème du principe individuel, la solidarité représente le principe social de notre organisation sociale. La Doctrine sociale de l’Eglise place la solidarité au cœur de sa pensée, cette solidarité qui est une expression de la nature sociale de l’homme et doit être transformée en une structure de solidarité.

 

La raison d'être du pouvoir politique

 

C’est ici que le monde politique, qu’il relève de l’échelon national ou international, a un rôle important à jouer. En effet, il existe un lien intense entre la solidarité et le bien-être général, entre la solidarité et la destination universelle des biens, entre la solidarité et la paix.

Par conséquent, le bien-être général, la raison et le but qui justifient le fait que l’homme dispose non seulement de droits mais aussi de devoirs, représente pour la Doctrine sociale de l’Eglise plus que la somme de tous les bien-être particuliers. « C’est le bien de nous tous », avance le pape. Le bien-être général ne se concrétise pas spontanément si chacun poursuit son propre bien-être (la Main invisible n’existe pas). Ce qui veut dire que la responsabilité du bien-être général incombe à la fois aux individus et à l’Etat.

L’Eglise considère d’ailleurs le bien-être général comme la raison d’être du pouvoir politique. C’est pourquoi l’Etat a la mission et le devoir de créer un cadre juridique adéquat pour régler les relations économiques dans la perspective du bien-être général. Et ce bien-être général n’est, lui non plus, pas une fin en soi : il est fonction de la dignité humaine et de la préservation de la création.

Le pouvoir politique doit garantir une vie en communauté structurée et honnête, dans le respect de l’indépendance de l’individu et l’optique du bien-être général. Plus que son prédécesseur Jean-Paul II qui comme Polonais a connu l’impact massif et destructif de l’État dans la vie économique et était assez restreint envers un plus grand rôle de l’État, Benoît XVI plaide en faveur d’un état qui intervient dans le marché.

Il reconnaît néanmoins que, de nos jours, les possibilités de l’Etat sont limitées : « A notre époque, l’État (national) se trouve dans la situation de devoir faire face aux limites que pose à sa souveraineté le nouveau contexte commercial et financier international, marqué par une mobilité croissante des capitaux financiers et des moyens de productions matériels et immatériels. Ce nouveau contexte a modifié le pouvoir politique des États. »

La participation et la coresponsabilité sont essentielles. L’encyclique sociétale Centesimus annus (1991) abordait explicitement le concept de démocratie : « Une démocratie authentique n'est possible que dans un Etat de droit et sur la base d'une conception correcte de la personne humaine ». L’Eglise considère comme l’une des plus grandes menaces des démocraties modernes le relativisme éthique lequel suppose que n’existent ni critères objectifs ni critères universels s’agissant de la hiérarchie des valeurs.

Selon la Doctrine sociale, la communauté politique est au service de la société civile dont elle est née. Cette société civile représente l’ensemble des relations et des biens, culturels ou associatifs, qui sont relativement indépendants de la politique et de l’économie. L’Etat – la communauté politique – doit veiller à un cadre juridique permettant aux acteurs sociaux (sociétés, associations, organisations, etc.) d’exercer leurs activités en toute liberté ; il doit être prêt à intervenir, en cas de besoin et conformément au principe de subsidiarité, afin que l’interaction entre la liberté d’association et la vie démocratique puisse prendre la direction du bien-être général.

Dans l’intérêt de ce bien-être général, l’Eglise parle de la destination universelle des biens (ce qui ne veut pas dire que la propriété privée serait interdite mais bien qu’elle est subordonnée et qu’elle doit contribuer au bien-être général). Dieu a, en effet, légué la Terre à l’ensemble du genre humain, à savoir aux générations actuelles et à celles de demain. En découle le principe de l’intendance : la Terre ne nous appartient pas, nous avons reçu la création à titre de prêt.

Cette destination universelle invite à l’élaboration d’une vision économique qui garde à l’esprit justice et solidarité et offre à chaque être humain la possibilité d’un développement intégral. En ce sens, chaque homme a le droit à la propriété privée puisqu’elle lui apporte la liberté et l’autonomie nécessaires pour s’émanciper et se réaliser. Ce droit à la propriété privée est également assorti d’un devoir, la propriété privée étant subordonnée à la destination universelle des biens.

Celui qui possède ne doit pas seulement prêter attention à ceux qui ne possèdent pas (les pauvres, les nécessiteux). Il convient, en outre, que la propriété privée revête une fonction économique (investir dans l’économie). « Les richesses remplissent leur fonction de service à l'être humain quand elles sont destinées à prodiguer des bienfaits aux autres et à la société », d’après le Compendium de la doctrine sociale de l'Église.

La liberté et l’initiative constituent des valeurs fondamentales et des droits inaliénables qu’il y a lieu de promouvoir, précisément pour parvenir à dispenser ses bienfaits aux autres. Or, cela signifie également que pour l’Eglise catholique, la propriété n’est pas une fin en soi mais un moyen, un moyen d’autonomie et un moyen de solidarité.

Le profit est l’objectif légitime de toute entreprise économique. S’il démontre la bonne santé de l’entreprise, pris isolément, il ne fournit cependant pas la preuve que l’entreprise sert correctement la société. Le profit doit être en équilibre avec la protection de la dignité des hommes qui sont au service de l’entreprise. Le marché libre, l’instrument le plus efficace pour la production et la distribution de biens et de services, ne peut être dissocié des objectifs sociaux.

La sphère économique n'est pas éthiquement neutre

 

Telles sont les limites de la pensée économique de marché. Dans la dernière encyclique Caritas in veritate, l’on peut lire : « L’activité économique ne peut résoudre tous les problèmes sociaux par la simple extension de la logique marchande. Celle-là doit viser la recherche du bien commun, que la communauté politique d’abord doit aussi prendre en charge. (…) L’Église a toujours estimé que l’agir économique ne doit pas être considéré comme antisocial. Le marché n’est pas de soi, et ne doit donc pas devenir, le lieu de la domination du fort sur le faible. (…) La sphère économique n’est, par nature, ni éthiquement neutre ni inhumaine et antisociale. Elle appartient à l’activité de l’homme et, justement parce qu’humaine, elle doit être structurée et organisée institutionnellement de façon éthique. Le grand défi qui se présente à nous, qui ressort des problématiques du développement en cette période de mondialisation et qui est rendu encore plus pressant par la crise économique et financière, est celui de montrer, au niveau de la pensée comme des comportements, que non seulement les principes traditionnels de l’éthique sociale, tels que la transparence, l’honnêteté et la responsabilité ne peuvent être négligées ou sous-évaluées, mais aussi que dans les relations marchandes, le principe de gratuité et la logique du don, comme expression de la fraternité, peuvent et doivent trouver leur place à l’intérieur de l’activité économique normale. C’est une exigence de l’homme de ce temps, mais aussi une exigence de la raison économique elle-même. C’est une exigence conjointe de la charité et de la vérité. »

Ce postulat chrétien est, par conséquent, une critique acerbe, voire une condamnation, de l’économie virtuelle du marché financier de ces dernières années qui ne voyait plus en l’argent un moyen mais purement et simplement une fin et qui nous a plongé dans la crise que nous connaissons. Par ces mots, l’Eglise ne condamne pas le marché financier international en tant que tel, car sans système adéquat, nous n’aurions connu ni cette croissance économique, ni les investissements massifs des dernières décennies. La mondialisation de l’économie contraint, par ailleurs, les pays à une collaboration internationale.

La critique de l’Eglise a pour cible l’économie financière qui est devenue une fin en soi, sans prestation de services et sans production. Née comme un moyen, elle a évolué en une fin et c’est en cela qu’elle va mener à la crise (ce qui s’est d’ailleurs passé).

Dans Sollicitudo rei socialis (1987), le précédent pape annonçait cette crise : « Une économie financière qui est une fin en soi est destinée à contredire ses finalités, car elle se prive de ses propres racines et de sa propre raison constitutive, et par là de son rôle originel et essentiel de service de l'économie réelle et, en définitive, de développement des personnes et des communautés humaines. »

C’est pour cette raison que Jean-Paul II estimait que la communauté internationale devait jouer un rôle déterminant sur le terrain financier afin de réguler les processus en fonction de cette fin et du bien-être général. Il plaidait pour « une dimension politique, opérationnelle et mondiale visant à permettre d'orienter les processus en cours à la lumière de paramètres moraux.

Sur fond de crise, Benoît XVI va encore plus loin : il plaide en faveur d’un nouveau gouvernement politique mondial. A la fin de son encyclique, il réitère à cet effet l’appel autrefois lancé par Jean XXIII (Pacem in terris, 1963) pour une révision urgente du fonctionnement des Nations Unies : « Pour le gouvernement de l’économie mondiale, pour assainir les économies frappées par la crise, pour prévenir son aggravation et de plus grands déséquilibres, pour procéder à un souhaitable désarmement intégral, pour arriver à la sécurité alimentaire et à la paix, pour assurer la protection de l’environnement et pour réguler les flux migratoires, il est urgent que soit mise en place une véritable Autorité politique mondiale telle qu’elle a déjà été esquissée par mon Prédécesseur, le bienheureux Jean XXIII.

 

Le devoir biblique de cultiver et conserver la terre

 

Toute la vie économique moderne est une actualisation du devoir biblique "de  cultiver et de conserver la terre ". La première signification de ce message est que le travail n’est ni une punition, ni une malédiction mais qu’il est source de conditions de vie dignes, la seconde est que le travail a une priorité par rapport au capital. Le travail est un devoir, ce faisant, nous développons l’humanité et le travail affermit l’identité de l’homme, afin qu’il puisse devenir maître de la Terre.

Le devoir de travailler appelle, en conséquence, le devoir pour l’employeur de veiller à un juste salaire et à des conditions de travail dignes pour que chaque homme puisse exercer sa maîtrise sur les choses et mener une vie agréable. Le pape demande, plus particulièrement, que l’accent soit mis sur la famille, thème déjà prioritaire dans la première encyclique Rerum novarum (1891).

La vie de famille ne peut être sacrifiée sur l’autel de l’économie, économie qui doit demeurer au service des familles. Cette exigence de l’Eglise d’atteindre l’équilibre entre travail et famille constituait déjà la trame de la première encyclique sociale Rerum novarum (1891) et doit, aujourd’hui, être actualisée dans le contexte de l’économie mondiale (délocalisation, immigration, mécanisation, informatisation, flexibilité…). Dans cet ordre d’idées, l’Etat a le devoir et la responsabilité de mener une politique active en matière d’emploi.

Dans un monde globalisé également, il convient de placer à l’avant-plan le fait que l’homme est sujet de travail (la personne est la mesure du travail) et que le travail ne peut à aucun moment être considéré comme une marchandise ou un élément impersonnel de l’organisation productive. Aujourd’hui plus encore qu’hier, le travail revêt une dimension sociale : le travail est plus que jamais une question de collaboration, le travail pour les autres (la plupart du temps, l’on ne travaille pas directement pour sa subsistance propre).

La principale ressource aux mains de l'homme, c'est l'homme lui-même

 

De par son caractère subjectif et personnel, le travail est supérieur à tout autre facteur de l’économie et de la productivité, en particulier au capital. Précisément en ces temps de flexibilisation et de mondialisation, il faut retenir que la principale ressource aux mains de l’homme, c’est l’homme lui-même.

Cette nouvelle situation de l’économie mondialisée a posé de nouveaux défis à la solidarité et à la question sociale (l’actuelle « res novae ») : de nouvelles formes de production, la flexibilité, la requalification, une autre organisation du travail, qui sont la conséquence d’une économie qui passe du stade d’économie industrielle à celui d’économie de services et de la connaissance.

Le risque est grand qu’une large part du travail classique ne trouve plus sa place dans la nouvelle économie et que la dimension subjective du travail soit abandonnée, sous la pression notamment de l’évolution technologique qui menace d’évincer le travail mais aussi, ce faisant, de considérer le travail avec moins d’égards et donc, de subordonner l’homme à la technique.

Benoît XVI écrit : « La technique permet de dominer la matière, de réduire les risques, d’économiser ses forces et d’améliorer les conditions de vie. Elle répond à la vocation même du travail humain: par la technique, œuvre de son génie, l’homme reconnaît ce qu’il est et accomplit son humanité. (…) La technique n’est jamais purement technique. Elle manifeste l’homme et ses aspirations au développement, elle exprime la tendance de l’esprit humain au dépassement progressif de certains conditionnements matériels. Le développement technologique peut amener à penser que la technique se suffit à elle-même, quand l’homme, en s’interrogeant uniquement sur le comment, omet de considérer tous les pourquoi qui le poussent à agir. C’est pour cela que la technique prend des traits ambigus. Née de la créativité humaine comme instrument de la liberté de la personne, elle peut être comprise comme un élément de liberté absolue, liberté qui veut s’affranchir des limites que les choses portent en elles-mêmes. Le processus de mondialisation pourrait substituer la technologie aux idéologies, devenue à son tour un pouvoir idéologique qui expose l’humanité au risque de se trouver enfermée dans un a priorid’où elle ne pourrait sortir pour rencontrer l’être et la
vérité. »

Dans le contexte de la mondialisation également, nous devons veiller à une juste hiérarchie des valeurs tout en nous assurant que l’activité économique et le progrès matériel restent au service de l’homme et de la société, guidés par un humanisme intégral et solidaire. Le pape actuel s’oppose au fatalisme « à l’égard de la mondialisation, comme si les dynamiques en acte étaient produites par des forces impersonnelles anonymes et par des structures indépendantes de la volonté humaine. Derrière le processus le plus visible se trouve la réalité d’une humanité qui devient de plus en plus interconnectée. Celle-ci est constituée de personnes et de peuples auxquels ce processus doit être utile et dont il doit servir le développement, en vertu des responsabilités respectives prises aussi bien par des individus que par la collectivité. Le dépassement des frontières n’est pas seulement un fait matériel, mais il est aussi culturel dans ses causes et dans ses effets. Si on regarde la mondialisation de façon déterministe, les critères pour l’évaluer et l’orienter se perdent. C’est une réalité humaine et elle peut avoir en amont diverses orientations culturelles sur lesquelles il faut exercer un discernement.

Et cela s’accompagne du respect de la nature. Si l’homme est maître de la nature, il ne peut en disposer arbitrairement. La nature ne peut faire l’objet d’une réduction utilitariste, mais pas question non plus de la faire prévaloir sur la personne humaine et de l’absolutiser. Benoît XVI n’hésite pas en particulier en jeter une pierre dans le jardin des écologistes, quand il juge que « considérer la nature comme plus importante que la personne humaine elle-même est contraire au véritable développement ».

La protection de l’environnement est un défi posé à toute l’humanité car il s’agit d’un bien collectif pour les générations d’aujourd’hui et de demain. L’avenir de notre planète et de l’humanité dépend de ce que nous faisons aujourd’hui. L’écrivain suisse Denis de Rougement notait dans son livre L’avenir est notre affaire (1977) : « Hier nous pouvions encore partir du passé pour juger le présent en même l’avenir… Aujourd’hui, nous devons partir de l’avenir. »

 

Protéger la vie humaine est une dimension fondamentale de l'écologie.

 

L’ensemble de la Doctrine sociale de l’Eglise s’inscrit dans le droit fil de la protection de la vie, autrement dit de la création dans son ensemble et de l’homme. Pour le pape, l’attention accordée à l’homme (en ce compris le respect de la vie et l’opposition à la manipulation génétique) est indissociable de la protection de l’environnement et de la préservation de la création. L’homme en est lui-même responsable. Dans ce sens Benoît XVI prolonge l’enseignement de Jean-Paul II dans Centesimus annus qui rappelait: « Quand l’écologie humaine est respectée dans la société, l’écologie proprement dite en tire aussi avantage. » Finalement, tout dépend de l’homme et de ses actes.

Le but ultime de la Doctrine sociale de l’Eglise est la promotion d’une « civilisation de l’amour ».

La nouvelle encyclique Caritas in veritate se rallie en cela à la pensée du « développement intégral et authentique de l’homme » (une notion qui doit beaucoup au philosophe Jacques Maritain, défenseur d'une philosophie chrétienne fondée sur l'expérience et la raison, et au dominicain Louis-Joseph Lebret, pionnier du développement). Le pape Paul VI l’a développée dans son encyclique Populorum progressio (1967), laquelle, selon le pape actuel, « mérite d’être considérée comme l’encyclique Rerum novarum de l’époque contemporaine ». Benoît XVI fait de nombreuses références à l’encyclique de 1967 ainsi qu’à d’autres textes de Paul VI pour étudier, à la lumière de sa pensée, les « nouvelles questions » de la mondialisation, de la protection de l’environnement, du développement durable, du système financier et des conséquences économiques et sociales de la mondialisation. « Il faut évaluer les multiple termes dans lesquels se pose aujourd’hui, à la différence d’alors, le problème de développement », dit Benoît XVI.

L’être humain (le principe personnaliste) est au cœur de cette réflexion mais dans la pleine conscience que l’homme est un « pécheur » qui a droit au salut. Plutôt que de se fonder sur la ‘faisabilité’, la Doctrine sociale de l’Eglise se réfère au caractère ‘perfectible’. La différence résidant dans le fait que, dans le cas de la faisabilité, une élite ou une autorité peut déterminer ce qu’on attend de l’homme, tandis que, dans le cas de la perfectibilité, c’est la conscience humaine qui est sollicitée.

Au fond, rien n’est mauvais en soi. Ni la finance, ni le marché, ni la mondialisation. Seules sont perverses les passions qui nous poussent à ‘absolutiser’ tel ou tel mécanisme, dans une logique de pur profit. Inversement, seul est authentiquement bon ce qui conduit au ‘développement humain intégral’.

Avec plus de vigueur encore que ses prédécesseurs, le pape actuel fait appel à la conscience personnelle et à la révolution personnelle. A ses yeux, aucune justice sociale et économique n’est possible sans moralité individuelle. Sans équilibre intérieur, pas d’équilibre dans la société, telle est sa thèse. En découle le concept de « caritas », la charité, qu’il place au centre de sa pensée. Ce qui, de prime abord, peut paraître étrange puisque nous sommes bien plus habitués, s’agissant de problèmes sociaux, d’utiliser le concept de « justice ».

La charité qui a surtout trait à la vie personnelle et aux relations personnelles, Benoît XVI la relie également aux macro-relations des mondes politique et économique. Il est convaincu que c’est précisément le manque de charité qui nous a menés à l’actuelle crise économique et financière : l’égoïsme a isolé la réalisation de bénéfices des autres fins de l’économie, anéantissant la prospérité et créant la pauvreté.

Illusion de l'autodétermination et prétention de la faisabilité

 

Cette « attitude égocentrique », le pape la retrouve non seulement dans l’absence de charité mais aussi dans l’illusion de l’autodétermination et la prétention de la faisabilité. Il écrit que l’homme moderne se fourvoie lorsqu’il pense qu’il peut, à lui seul, orchestrer sa vie et la société. Quiconque doit ou veut gagner absolument tout seul perd de vue l’intérêt général (de la société, du monde, de la nature et de la famille humaine). Lorsque les systèmes économiques, sociaux ou politiques reposent sur les idées de faisabilité et d’autodétermination, ils mettent à mal la véritable liberté des hommes.

 

Le pape écrit : « La vérité qui, à l’égal de la charité, est un don, est plus grande que nous (…) Parce qu’elle est un don que tous reçoivent, la charité dans la vérité est une force qui constitue la communauté, unifie les hommes de telle manière qu’il n’y ait plus de barrières ni de limites. Nous pouvons par nous-mêmes constituer la communauté des hommes, mais celle-ci ne pourra jamais être, par ses seules forces, une communauté pleinement fraternelle ni excéder ses propres limites, c’est-à-dire devenir une communauté vraiment universelle : l’unité du genre humain, communion fraternelle dépassant toutes divisions… »

Benoît XVI, qui pour ce faire s’est inspiré de Saint-Augustin, se présente dans cette encyclique davantage comme un théologien que ses prédécesseurs. En adoptant ce ton théologique très marqué, très spirituel de temps à autre, la nouvelle encyclique sociale risque d’avoir un poids politique moindre. Peut-être est-ce précisément de ce ton spirituel dont le monde d’aujourd’hui a besoin.»

Il faut le reconnaître, la seule option qui s’impose est une nouvelle synthèse humaniste qui sera capable de remédier à la complexité et à la gravité dont la planète prend enfin conscience pour le moment.

Cette encyclique est une contribution pour parvenir à cette nouvelle synthèse. J’ai essayé de faire la synthèse de cette tentative de synthèse.

 

(* seule la parole fait foi)

(** les intertitres sont de notre fait)

225px-herman_van_rompuy_portrait.jpgHerman Van Rompuy est bachelier en philosophie thomiste et licencié-doctorandus en sciences économiques et sociales de la K.U.L. (Katholieke Universiteit Leuven). Sur le plan professionnel, il fut attaché à la Banque Nationale de Belgique, conseiller dans plusieurs cabinets ministériels, directeur du CEPESS (Centre d’études politiques, économiques et sociales). De sa carrière politique, on retiendra qu’il fut sénateur, secrétaire d’état aux finances et aux P.M.E. (petites et moyennes entreprises), président national du C.V.P. (Christelijke Volkspartij), vice-premier ministre et ministre du budget, député fédéral, président de la Chambre des Représentants (2007-2008) et successivement explorateur royal (septembre 2008), conciliateur royal (octobre 2008) puis Premier Ministre de Belgique (depuis décembre 2008). M. Herman Van Rompuy a publié plusieurs ouvrages, notamment aux éditions du Davidfonds Het Christendom. Een moderne gedacht,(1990) : Le Christianisme. Une pensée moderne et, plus récemment, Op zoek naar wijsheid,(2000) : A la recherche de la sagesse.

Prochainement sur ce blog: l'enregistrement vidéo intégral de la conférence

 

22/09/2009

GRANDE CONFERENCE : LA PENSEE SOCIALE DE BENOIT XVI

Van Rompuyprojet 1.jpg

 

Le lundi 19 octobre

à 20 heures à la salle académique de l’Université de Liège (Place du XX août, 7)

le Premier Ministre belge, M. Herman VAN ROMPUY

et le Vice-Pésident de la Chambre des Députés italiens, M. Rocco BUTTIGLIONE

animeront une conférence sur la récente encyclique sociale « Caritas in Veritate » (la Charité dans la Vérité) publiée par le pape Benoît XVI. Les valeurs chrétiennes ont-elles leur place dans la vie publique ? Peut-on soustraire les questions économiques et financières de la sphère morale ? Un humanisme sans Dieu est-il possible ? Peut-on dissocier l’éthique sociale de celle de la vie ou l’écologie humaine du respect de la création ? Les Chrétiens et l’Eglise doivent-ils favoriser la mondialisation ? Les lignes de force de l’encyclique seront présentées par Monseigneur Michel SCHOOYANS, professeur ém. à l’Université Catholique de Louvain (U.C.L.) et membre de l’Académie pontificale des sciences sociales. Le Premier Ministre belge et le Vice-Président de la Chambre des Députés italiens exposeront ensuite leurs points de vue et ouvriront le débat qui sera modéré par M. Paul VAUTE, Chef d’édition de la Libre Belgique-Gazette de Liège.

Cette manifestation est ouverte à tous. Elle est organisée par l’Union des étudiants catholiques de Liège (Cercle interfacultaire Gustave Thibon) et le Groupe de réflexion sur l’éthique sociale avec le concours du centre diocésain de formation de Liège. 

Renseignements : Tél. portable 0498.5... ou fixe 04.344.10.89

Le Groupe de réflexion sur l'éthique sociale est né en 1998 sur l'initiative d'un groupe de personnes intéressées aux questions sociales dans un contexte européen. Avec le temps ce groupe s’est élargi et les invitations aux réunions ont été étendues à tous ceux qui le désirent et qui nous le demandent par e-mail. L'objectif du Groupe est d’approfondir l'aspect éthique de certains problèmes politiques, économiques et sociaux qui soustendent le développement actuel de l'Europe. Il s’agit de recueillir les inspirations qui viennent de l’enseignement social de l’Église pour trouver des chemins sur lesquels orienter les débats sociopolitiques vers des solutions qui mettent la personne en valeur et développent la solidarité des groupes sociaux.

L’Union Royale des Étudiants Catholiques de Liège fondée en 1873, est aujourd’hui une association sans but lucratif dont les statuts révisés ont été publiés au Moniteur belge le 7 avril 2006 et dont le siège social est établi Rue Vinâve d’île, 20 bte 64 à 4000 Liège.. L’Asbl reconnaît et soutient actuellement deux cercles interfacultaire de l’Ulg, dont l’un, le Cercle Gustave Thibon, organise au sein de l’Alma Mater liégeoise des formations sous forme de conférences, projections de films et débats confrontant la pensée chrétienne et la modernité à la lumière de la pensée de ce philosophe. La manifestation est organisée avec le concours du Centre Diocésain de Formation de Liège.

 Affiche Van Rompuy Buttiglione.pdf

 

15/09/2009

Messe de rentrée

Le Père Dìaz nous a fait l'honneur d'être présent parmi nous durant tout ce week-end, afin non seulement de célébrer notre messe de rentrée, mais également d'éclairer nos lumières sur les rapports entre la liturgie et la modernité. Le texte de sa conférence, ci-dessous, vous montrera à quel point il est des invités qui brillent par leur honnêteté intellectuelle, dans un monde où malheureusement, ce jusque dans l'Eglise, il est difficile de faire entendre sa voix.

De voix, la vidéo ci-dessous vous montrera que le Père Dìaz n'en manque pas! Célébrant habituellement dans le rite byzantin (il est prêtre d'une paroisse catholique russe), il a accepté de célébrer selon la forme extra-ordinaire du rite, c'est-à-dire en latin, orienté vers l'Orient, là où le soelil se lève, symbole de la résurrection du Christ. Une illustration parfaite et pratique du contenu de sa conférence en somme, le tout soutenu par le magnifique Ensemble vocal des Jeunes du Brabant Wallon, dirigée par madame Charlotte Messiaen.

Merci au Père Dìaz, aux jeunes chanteurs, ainsi qu'aux nombreux liégeois présents ce jour-là (environ 150 personnes), lesquels découvrent ou redécouvrent avec émerveillement combien une belle liturgie peut être le reflet de la liturgie céleste!  

  

Pater Noster/Notre Père

 

 

 

LITURGIE ET MODERNITÉ

Conférence donnée à l’église du Saint-Sacrement à Liège le 12 septembre 2009

Par le Père Gabriel DÍAZ PATRI

Directeur de recherches liturgiques à l’Université nationale de Cuyo à Mendoza (Argentine)

 

Le sujet proposé pour cette conférence présente un intérêt de la plus grande importance au regard des dérives historico-sociales de la liturgie. Notre approche, cependant, ne saurait être la même aujourd’hui que si nous avions traité du même sujet voici cinquante ans, ou même seulement trois. Des faits notoires ont modifié les données mêmes du  problème: le concept même de modernité est dévalorisé, comme d’ailleurs la conception de la liturgia, et surtout les relations entre l'une et l'autre.

 

La pensée moderne: “sapere aude!”

Commençons par préciser quelque peu certains aspects du phénomène multiforme et parfois changeant que nous nommons modernité. Arrêtons-nous d’abord sur la définition qu'Emmanuel Kant donne de l'Illustration dans son opuscule Beantwortung der Frage : Was ist Aufklärung? (Réponse à la question : “qu'est ce que les Lumières ?”) :Les Lumières se définissent comme la sortie de l'homme hors de son état de minorité auto-provoquée”. Et il développe: “La minorité est l'incapacité de se servir de son entendement sans être dirigé par un autre. Elle est due à notre propre faute quand elle résulte non pas d'un manque d'entendement, mais d'un manque de résolution et de courage pour s'en servir sans être dirigé par un autre. “Sapere aude ! ” Aie le courage de te servir de ton propre entendement ! Voilà la devise des Lumières” [[1]]. Kant écrit ce texte en expliquant combien il est bénéfique à l'Homme de penser par lui-même, sans préjugé. Pour ce faire, il reprend ainsi la maxime empruntée par l'Aufklärung au poète latin Horace: « Sapere aude! » (Aie le courage de savoir ! Ose savoir !). Cette conception de l’homme comme étant arrivé à l’âge de raison, à l’âge “adulte”, représente probablement la synthèse d’un processus commencé à la Renaissance et a marqué - avec des variantes très diverses, même opposées - la culture des derniers siècles, la mentalité dans un état enfantin étant alors sans doute représentée d’une façon archétypique par la liturgie telle que conçue au moyen âge.

 

L’esprit médiéval et le sens de la liturgie

Essayons de nous rapprocher un peu de cette conception: un regard approfondi sur l’homme et la culture du moyen âge ne peut laisser de côté l’élément qui a été la clef de voûte de cette culture, à savoir sa tension théocentrique. C'est cela qui constitue un premier contraste avec la pensée moderne, caractérisée par une tendance marquée à l’anthropocentrisme et qui se cristallise sur l’immanentisme et le naturalisme. Pour l’homme médiéval, la religion est une « vertu annexe » de la justice (en tant que partie potentielle de celle-ci), au moyen de laquelle il rend à Dieu l’honneur qui lui est dû[2]. L’homme religieux est celui qui fréquente assidûment les choses du culte divin[3]. Même s’il consiste surtout en des actes intérieurs, ce culte demande, la nature humaine étant ce qu’elle est, des actes extérieurs capables de conduire les hommes aux réalités supérieures, suivant le mot de saint Paul « Invisibilia Dei per ea quae facta sunt, intellecta conspiciuntur »[4]: les perfections invisibles de Dieu sont accessibles à l’intelligence par les oeuvres de la création.

Ces actes extérieurs du culte, auxquels nous pouvons donner dans leur ensemble le nom de « liturgie », devaient réunir, pour pouvoir refléter dûment ces réalités supérieures, les éléments les plus élevés que l’homme pouvait produire, lesquels ils étaient ainsi consacrés à Dieu. De cette manière, la liturgie était, pour l’homme médiéval, « l’œuvre d’art » par excellence ; elle rassemblait en elle-même le plus parfait de la culture humaine mis au service du culte. Véritable « Gesamtkunstwerk », où se combinaient la philosophie, la théologie, la littérature, la musique, les arts plastiques et l’architecture. Mais l'homme médiéval avait une conception holistique du culte et de la culture, selon laquelle ces divers éléments prenaient vie en s’intégrant à la réalité vivante de la liturgie. C'est pourquoi il est nécessaire de faire attention à ne pas atomiser ni isoler ces divers éléments. Dans le cas contraire, ils resteraient sans aucun doute admirables mais irrémédiablement exempts de vie, dispersés dans des musées (les cathédrales elles-mêmes sont réduites dans une certaine mesure à être de magnifiques musées), salles de concert, disques ou bibliothèques.

 

Sur la terre comme au Ciel

Par ailleurs, d’après la conception de l’épître aux Hébreux (Chap. 9, 24), le temple terrestre de Jérusalem et son autel ne sont que l’image du sanctuaire qui se trouve dans les cieux et dans lequel, le Christ, Prêtre souverain et éternel, est entré. Les liturgies céleste et terrestre ne font donc qu’une.

Ayant sous les yeux la vision du huitième chapitre de l’Apocalypse (Ap. VIII, 3), si chère à l’homme médiéval, où l’on trouve un ange debout devant l’autel d’or du ciel qui tient entre ses mains un encensoir (également en or), pour offrir les prières des fidèles devant la face de Dieu et les “cent quarante quatre mille” qui chantent le cantique nouveau, nous pourrions dire que la liturgie terrestre est la « concélébration » mystique avec ce culte céleste devant l’autel de « l’Agneau ».

 La liturgie est ainsi, d’une part, l’icône de la liturgie céleste eschatologique, et d’autre part elle renouvelle dans son symbolisme l’histoire du salut. C’est pourquoi, dans la pensée médiévale, l’interprétation la plus profonde de la liturgie et de ses éléments était  « spirituelle » ou « allégorique », en étroite analogie avec les quatre sens de l’Écriture propre à l’exégèse de cette époque-là (Cf. S. Th. I, Q I, art. X). « Toutes ces choses pleines de symboles et de mystères divins que sont les offices, les objets liturgiques et les ornements de l’Église, débordent d’une douceur céleste pour ceux qui, les scrutant avec amour, savent extraire le miel de la pierre et l’huile du plus dur rocher », écrivait Guillaume Durand dans son Rationale,  synthèse somme de la pensée médiévale sur le sujet.

 

Théologie et liturgie: l’Eglise prie comme elle croit

 Mais la liturgie, même en ayant un coté “poétique”, n’est pas seulement de la poésie.  Selon le principe classique "legem credendi statuat lex supplicandi"  ("la loi de la prière établit la loi de la foi") la liturgie est l'un des "loci theologici", c'est-à-dire l'une des sources à partir de laquelle on peut argumenter en théologie pour la démonstration d'une thèse dogmatique. A proprement parler, les lieux théologiques se réduisent à l'Ecriture et à la Tradition. Néanmoins, la liturgie est une expression privilégiée de la Tradition; elle est donc un témoin fidèle de ce que l'Eglise croit parce que l'Eglise prie de la même manière qu'elle croit. Ainsi, de sa façon de prier on peut inférer la norme de sa foi. Et ceci est raisonnable, car la liturgie n'aurait pu formuler les prières qui sont les siennes et célébrer ses mystères en accord avec ces contenus précis ("lex supplicandi"), si la foi en ces vérités et ces mystères ("lex credendi") ne l'avait pas précédé dans l'Eglise universelle. C'est bien le dogme qui prévaut sur la liturgie, et non le contraire. "La liturgie de l'Eglise n'engendre pas la foi catholique, mais en est plutôt une conséquence, et les rites sacrés du culte émanent de la foi, comme un fruit vient de l'arbre", affirme Pie XII - en utilisant précisément des arguments liturgiques-  pour témoigner de la foi de l'Eglise, lors de la proclamation solennelle du dogme de l'Assomption de la Très Sainte Vierge[5].

Pour toutes ces raisons, lorsqu'une vérité dogmatique est définie, la liturgie doit seulement s'efforcer de l'exprimer clairement: "La liturgie, par conséquent, ne détermine, ni même ne constitue dans un sens absolu et par sa vertu propre la foi catholique. Etant au contraire une profession des vérités divines, profession sujette au Magistère suprême de l'Eglise, elle est à même de fournir des arguments et des témoignages d'une rare valeur, pour jetter une lumière sur un point particulier de la doctrine chrétienne. Il en résulte que, si nous voulons distinguer et déterminer de façon générale et absolue les relations qui existent entre la foi et la liturgie, nous pouvons à juste titre affirmer que la loi de la foi doit établir la loi de la prière"[6].

 

 Vatican II rappelle quelques concepts fondamentaux

Pour saisir toute la portée de cette doctrine, j’aimerais relire quelques concepts fondamentaux sur la liturgie que nous emprunterons à la Constitution liturgique du Concile Vatican II, Sacrosanctum Concilium (SC): “C’est à juste titre que la liturgie est considérée comme […] culte public intégral exercé par le Corps mystique de Jésus-Christ, c'est-à-dire par le Chef et par ses membres (SC7, cf. 26). C’est “l'exercice de la fonction sacerdotale de Jésus-Christ” (SC7). En effet, dans la liturgie  “s'exerce l'oeuvre de notre rédemption” (SC2) car “dans le Christ est apparue la parfaite rançon de notre réconciliation, et la plénitude du culte divin est entrée chez nous" (SC5) mais “pour l'accomplissement de cette grande oeuvre par laquelle Dieu est parfaitement glorifié et les hommes sanctifiés, le Christ s'associe toujours l'Eglise, son Epouse bien-aimée, qui l'invoque comme son Seigneur et qui passe par lui pour rendre son culte au Père éternel” (SC7). En effet, “lui-même envoya ses aportes” non seulement pour prêcher “mais aussi afin qu'ils exercent cette oeuvre de salut qu'ils annonçaient, par le sacrifice et les sacrements autour desquels gravite toute la vie liturgique” (SC6).

Donc, la fin de la liturgie et de toutes les autres œuvres de l'Eglise ne peut être autre que la fin de la Rédemption, c'est à dire: “la rédemption des hommes et la parfaite glorification de Dieu” (SC 5; cf. 7 et 10), accomplies par “le Christ Seigneur […], principalement par le mystère pascal de sa bienheureuse passion, de sa résurrection du séjour des morts et de sa glorieuse ascension” (SC 5) , lesquelles sont renouvelées dans l'action sacramentelle de l'Eglise, son Corps Mystique. “Par suite, toute célébration liturgique, en tant qu'oeuvre du Christ prêtre et de son Corps qui est l'Eglise, est l'action sacrée par excellence dont nulle autre action de l'Eglise ne peut atteindre l'efficacité au même titre et au même degré” (SC7) et c’est pour cette raison qu’elle est “le sommet auquel tend l'action de l'Eglise, et en même temps la source d'où découle toute sa vertu” (SC10).

En tant qu’action humaine, la liturgie est spécifique par rapport à sa fin. Sa fin principale, comme nous venons de voir, est la gloire de Dieu à laquelle s'ajoute une fin secondaire qui lui est subordonnée, selon les paroles encore du Concile: “Bien que la liturgie soit principalement le culte de la divine majesté, elle comporte aussi une grande valeur pédagogique pour le peuple fidèle” (SC33; cf. 133) et aussi, “Les sacrements ont pour fin de sanctifier les hommes, d'édifier le Corps du Christ, enfin de rendre le culte à Dieu; mais, à titre de signes, ils ont aussi un rôle d'enseignement. Non seulement ils supposent la foi, mais encore, par les paroles et les choses, ils la nourrissent, ils la fortifient, ils l'expriment” (SC59).

La liturgie est donc pédagogie du dogme; et si telle n'est pas sa fin première, elle est cependant une fin véritable. A travers des actions, des paroles, des chants et des gestes, les fidèles voient quotidiennement signifiées les vérités de la foi.

La fréquence de l'assistance aux fonctions liturgiques aide donc les fidèles à incorporer graduellement et fermement la doctrine de la foi qui, même si elle a dû être apprise au catéchisme, n'est pas revue fréquemment.

Enfin, la liturgie est l'ensemble des actes (récitation de formules, actions, gestes) par lesquels la créature rationnelle rend gloire au Créateur et chacun de ces actes signifie à sa façon la "lex credendi".

Les textes liturgiques expriment conceptuellement la doctrine dogmatique de l'Eglise et sont des instruments de la grâce. Les gestes liturgiques sont des symboles de la "lex credendi", car "de même que la raison et la volonté de l'homme se manifestent par la parole dans ce qui doit être fait, ainsi, elles se manifestent également par l'action"[7]. Par ailleurs, ces symboles peuvent être naturels (universels ou communs selon la culture) ou bien coutumiers, d'après une signification établie par l'Eglise.

Si tout ce qui a été dit sur la "lex orandi" est valide pour celui qui se voue à la théologie et à l'étude du dogme, cela est d'autant plus valide pour le peuple fidèle, car la liturgie est “la source première et indispensable à laquelle les fidèles doivent puiser un esprit un esprit vraiment chrétien” (SC14).

Pour cette raison, la défiguration de la "lex supplicandi" peut aller jusqu'à semer des doutes, des confusions et même des erreurs parmi les fidèles. C'est pour cela que Paul VI s'adressait en ces termes aux membres du Consilium en charge de la réforme: “Mais ce qui est pour Nous une cause encore plus grave d'affliction, c'est la diffusion de la tendance à « désacraliser », comme on ose le dire, la liturgie (si encore elle mérite de conserver ce nom) et avec elle, fatalement, le christianisme. Cette nouvelle mentalité, dont il ne serait pas difficile de retracer les origines troubles, et sur laquelle cette démolition du culte catholique authentique essaye de se fonder, implique de tels bouleversements doctrinaux, disciplinaires et pastoraux, que Nous n'hésitons pas à la considérer comme aberrante. Nous avons le regret de devoir dire cela, non seulement à cause de l'esprit anticanonique et radical qu'elle professe gratuitement, mais bien davantage à cause de la désintégration qu'elle comporte fatalement”[8].

 

 Tradition et développement organique

La tradition a une tendance naturelle à se maintenir intacte, mais elle suppose en même temps un certain développement. Voilà qui nous paraît à première vue contradictoire, mais qui ne l'est pas en réalité, si on ne perd pas de vue qu'il faut distinguer d'une part le dépôt divin de la Tradition révélée et de l'autre la tradition ecclésiastique humaine.

La première, puisque révélée par Dieu, est immuable et commune à l'Eglise de tous les temps, de tous les lieux, et n'admet de progrès que pour ce qui est de la "compréhension, la connaissance et la sagesse de la foi, sur le plan individuel et communautaire, en chacun des chrétiens et dans l'Eglise toute entière: cette croissance de la foi doit se réaliser en respectant toujours sa propre nature, c'est à dire dans le cadre du dogme, ayant le même sens et la même formulation: in eo dumtaxat genere, in eodem scilicet dogmate, eodem sensu eademque sententia"[9].

La tradition ecclésiastique humaine suit les lois de la tradition culturelle et exige un certain progrès: celui qui reçoit une tradition peut et doit l'enrichir dans la mesure de ses possibilités, souvent en laissant de côté quelques-uns des éléments reçus, pour les remplacer par d'autres, plus parfaits. Cela découle de la façon naturelle de procéder de la raison humaine, qui passe de l'imparfait au parfait[10].

Il est évident que la sélection d'éléments d'une tradition ne peut être arbitraire, mais doit suivre un développement homogène dans les parties qui la composent; c'est ainsi qu'elle se garde inviolée. Toute modification de la tradition doit obéir à ces lois de la croissance organique. Dans le cas contraire, elle courrait le risque de devenir une création artificielle; or une tradition ne se "fabrique" point.

Par conséquent, un usage reçu ne peut être changé par caprice, ni même être dédaigné sous prétexte qu'il provient d'un développement humain. Même la tradition humaine simplement culturelle ne peut être abandonnée sans conséquences graves. Rappelons ici les paroles de Paul VI: "Nous mettons en garde au sujet du danger et des dégâts qui résultent du rejet aveugle de l'héritage que le passé a légué aux nouvelles générations à travers une tradition sage et sélective. Si nous n'avions pas à l'égard de ce processus de transmission toute la considération méritée, nous pourrions alors perdre le trésor accumulé par la civilisation"[11]. La tradition prise dans ce sens est proprement l'expérience sociale et historique de l'humanité.

C'est à la lumière de tout cela que l'on comprend, en profondeur, les normes du Concile Vatican II, en matière de réforme liturgique: “Afin que soit maintenue la saine tradition, et que pourtant la voie soit ouverte à un progrès légitime, […] on ne fera des innovations que si l'utilité de l'Eglise les exige vraiment et certainement, et après s'être bien assuré que les formes nouvelles sortent des formes déjà existantes par un développement en quelque sorte organique” (SC23).

Un autre aspect, qu’il est aussi très important de noter, est la conception « analogique » du culte : la multiplicité rituelle était une caractéristique importante de l’Occident médiéval, de sorte que, soutenue par une profonde unité de foi mais aussi fortement enracinée dans des traditions vénérables, on trouvait une énorme variété de rites, usages et coutumes liturgiques. Cette variété était, justement, le fondement de l’analogie de l’interprétation allégorique, au point de permettre plusieurs explications différentes d’un même geste liturgique.

 Encore une fois, Guillaume Durand nous éclaire sur ce point: « Nous devons prendre soigneusement en considération la variété des rites employés dans le service divin. Chaque Église, pour ainsi dire, a ses propres observances, auxquelles elle donne un sens particulier. Personne ne devrait reprocher cette diversité dans la manière de louer Dieu, de chanter les psaumes et cantiques, de pratiquer différentes cérémonies, puisque l’Église triomphante elle-même, d’après les mots du prophète, ‘ manifeste une mystérieuse diversité’ et que l’Église admet  jusque dans l’administration même des sacrements, une grande variété de formules ».

Une étude comparative des différents rites de la liturgie catholique réalisée en profondeur devrait inclure tous les aspects qu’ils comportent ou qui, d’une quelconque manière, sont en rapport avec eux, c’est-à-dire, non seulement les cérémonies de la Messe, mais aussi l’office, la célébration des sacrements et jusqu'à la spiritualité elle-même. De fait, dans le sens plein du terme, un rite n’est pas uniquement un rituel liturgique, mais “une tradition catholique complète, le mode singulier par lequel une communauté particulière de fidèles perçoit, exprime et vit sa vie catholique au sein de l’unique corps mystique du Christ…” [[12]] Dans ce même sens, Pie XII, dans son encyclique Orientalis ecclesia, inclut dans le rite “tout ce qui concerne la liturgie sacrée et les ordres hiérarchiques, ainsi que les autres états de la vie chrétienne...”. Ceci englobe tous les aspects de la culture catholique: écoles théologiques avec leurs Pères et Docteurs, discipline canonique, écoles de spiritualité, dévotions, traditions monastiques, art, architecture, hymnes, musique, etc.[13]

D’un autre côté, on a souvent recours aux textes les plus anciens, en prétendant y trouver ce qui est le plus “traditionnel”, ce à quoi on ne parvient qu’après un patient travail archéologique, dont les résultats par sont d'ailleurs généralement incertains. Ici, nous tâcherons de faire le contraire, c’est-à-dire d’étudier et d’analyser le “traditum”, ce qui a été transmis: à savoir, ce qui est arrivé jusqu'à nous et tel qu’il est parvenu jusqu'à nous, car la tradition est par définition quelque chose que l’on reçoit et non quelque chose que l’on déterre. Il n’y a pas de similitude entre le "grain de sénevé" et l'arbre pleinement développé. Pour ceux qui assistent au développement de sa frondaison, c'est bien de l'arbre qu'il est question, puisque l'histoire d'un être vivant fait partie de sa vie, et l'histoire d'une chose divine est sacrée. Les savants peuvent savoir que l’arbre est né d’un simple grain, mais il est vain de vouloir creuser pour le déterrer, car il n'existe déjà plus : la vertu et les puissances qu'il contenait se trouvent maintenant dans l'arbre. Pour ce qui est de la culture, les autorités qui ont charge de l'arbre doivent s'en occuper conformément à la sagesse dont elles disposent : le tailler, le guérir de ses chancres, lui retirer ses parasites etc. (et ce non sans scrupules, sachant bien que leur connaissance du développement est, somme toute, bien peu étendue). Il est certain, en tout cas, que s’obstiner dans le désir de revenir à la semence ou même à la prime jeunesse de l’arbre – beau et sans défaut comme on se l’imagine – serait lui occasionner un dommage ».

 

L’objet fondamental de l’acte liturgique

Toute célébration des saints mystères est avant tout action de louange à la souveraine majesté de Dieu, Un et Trine, et l’expression voulue par Dieu lui-même... “Toute célébration liturgique est un acte de la vertu de religion qui, en cohérence avec sa nature, doit se caractériser par un sens profond du sacré. En elle, l'homme et la communauté doivent être conscients de se trouver devant Celui qui est trois fois saint et transcendant. En conséquence, l’attitude requise ne peut qu’être pénétrée de respect  et du sens de la stupéfaction qui provient du fait de se savoir en présence de la majesté de Dieu. Ne voulait-elle pas exprimer ce Dieu en commandant à Moïse de retirer ses sandales devant le buisson ardent, ne naissait pas de cette conscience, l’attitude de Moïse et d’Elie qui n’osèrent pas regarder Dieu face à face ? [...] Le Peuple de Dieu a besoin de voir dans les prêtres et les diacres un comportement plein de révérence et de dignité, capable de l’aider à pénétrer les choses invisibles, même sans beaucoup de paroles et d’explications. Dans le Missel Romain dit de Saint Pie V, comme dans diverses liturgies orientales, on trouve de très belles prières par lesquelles le prêtre exprime le plus profond sens d’humilité et de respect face aux saints mystères : celles-ci révèlent la substance même de la Liturgie, quelle qu’elle soit. La célébration liturgique présidée par le prêtre est une assemblée priante, rassemblée dans la foi et l’attente de la Parole de Dieu.  Celle-ci a comme but premier celui de présenter à la divine Majesté le Sacrifice vivant, pur et saint, offert sur le Calvaire autrefois et pour toujours par le Seigneur Jésus, qui se rend présent chaque fois que l’Eglise célèbre la Sainte Messe pour exprimer le culte dû à Dieu en esprit et vérité. ”[14]



[1]          Aufklärung ist der Ausgang des Menschen aus seiner selbst verschuldeten Unmündigkeit. Unmündigkeit ist das Unvermögen, sich seines Verstandes ohne Leitung eines anderen zu bedienen. Selbstverschuldet ist diese Unmündigkeit, wenn die Ursache derselben nicht am Mangel des Verstandes, sondern der Entschließung und des Muthes liegt, sich seiner ohne Leitung eines andern zu bedienen. “Sapere aude! Habe Muth dich deines eigenen Verstandes zu bedienen! “ ist also der Wahlspruch der Aufklärung.”

 

[2]           Thomas d’Aquin, S. Th. II- IIae Q LXXXI

[3]          Isidore de Séville, Étym. X

[4]              S. Th. II, IIae Q LXXXI, art. VII

[5]             Bulle Munificentissimus Deus, Acta Apostolicae Sedis 1950, p. 760

[6]           Idem

[7]          St Thomas, I, IIae, q. 97 a. 3

[8]           Allocution au Consilium chargé de la réforme liturgique, le 19 avril 1967 (original latin dans l'Osservatore Romano du 20 avril 1967).

[9]           Saint Vincent de Lerins, Commonitorium

[10]          Aristote, Logique

[11]          Paul VI, 29 octobre 1972

[12]          R. Taft, S.J., Catolicismo de rito oriental, Sal Terrae, Santander, 1967, p. 6

[13]          Cette définition n’a pas lieu d’une manière univoque; elle ne se vérifie totalement que dans les rites orientaux, en Occident les différences entre les rites étant limitées à la Messe, l’office et, seulement dans certains cas, aux autres sacrements.

[14]          Jean-Paul II, lettre à la plenaria de la Sacrée Congrégation du Culte divin, 21 septembre 2001 (traduction légèrement retouchée par nos soins).

27/08/2009

Conférence et Messe de rentrée: Liturgie et Modernité

 

 

Père Gabriel Diaz bis.jpg
Le Père Gabriel DÍAZ PATRI

directeur de recherches liturgiques à l’université de Mendoza (Argentine),

curé de la paroisse catholique russe de la Sainte-Trinité à Paris

 donnera

 LE SAMEDI 12 septembre 2009 à 16H00

A L'EGLISE DU SAINT-SACREMENT A LIEGE 

(Boulevard d'Avroy n° 132, en face de la statue de Charlemagne)

une conférence sur le thème « Liturgie et Modernité »

Entrée libre

   A 17H00, la messe du Saint-Esprit

(célébrée selon le missel de 1962), à l’occasion de la rentrée académique et scolaire

La messe sera chantée en grégorien et en polyphonie classique, avec le concours de l'Ensemble vocal des Jeunes du Brabant wallon (dir. Charlotte MESSIAEN). Au programme: le propre de la "missa votiva de Spiritu Sancto ", le kyriale de la "missa brevis " pour voix d'enfants et orgue de L. Delibes (1836-1891) ainsi que trois motets: "Jesu, Meine Freude " de J.S. Bach (1685-1750), "Panis Angelicus" de César Franck (1822-1890) et "Ave Maria "d'Otto Fischer (1911-1985). Les orgues du Saint-Sacrement seront tenues par leur titulaire, Patrick WILWERTH, professeur au conservatoire de Verviers.

 

 

 

09/06/2009

Le quatrième pouvoir

Et après, on nous dira que de telles manipulations sont "rêvées" par des paranoïaques complotistes, et que c'est ainsi qu'on en reviendrait à des périodes sombres de l'Histoire que l'on aimeraient croire révolues...blablabla

Celui qui a fait 16,2%

C Celui qui a fait 16,28% a déclaré cette ignominie en 1982. Comme l'a indiqué Jean-Yves Le Gallou ce soir sur Radio Courtoisie, l'UMP a utilisé Daniel Cohn-Bendit pour affaiblir le PS :

Sa campagne a été complaisamment relayée par les médias.

La dénonciation de François Bayrou a été condamnée (avant même la diffusion du débat), tant par Arlette Chabot que par Xavier Bertrand. C'est Bayrou qui a officiellement dérapé...

La diffusion du film écolo-catastrophe, salué par le ministre de la culture, vendredi soir n'est pas anodin.

Source: http://lesalonbeige.blogs.com/my_weblog/ 

Quand Bayrou dit qu'ils sont amis, il faut le croire. Pourquoi? Parce que l'idéologie de Mr Cohn-Bendit est strictement néo-libérales. La preuve par l'intéressé lui-même!

Derrière le masque médiatique
Le vrai visage de Daniel Cohn-Bendit

Article paru dans La Décroissance n°56-février 2009 (reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteur)

Sous des dehors de garçon rebelle à la mèche folle, les options politiques de Daniel Cohn-Bendit, telles qu’il les a exposées dans un livre paru en 1998, sont dans la droite ligne du néo-libéralisme financier. L’ex-leader de Mai 68 milite au Parlement européen pour l’entrée des entreprises dans les écoles, la privatisation des services publics et le travail le dimanche. Cohn-Bendit dans le texte.

Alors que Daniel Cohn-Bendit lance avec José Bové la liste Europe Écologie, que la tête de liste des Vert en Ile-de-France se pique d’employer de temps en temps le terme de « décroissance », il est bon de se replonger dans les écrits de l’ex-leader de Mai 68, et plus particulièrement dans un livre paru en 1998 : Une envie de politique (La Découverte). Ce livre d’entretiens servira de profession de foi pour le candidat lors de sa campagne pour les élections européennes de 1999. À l’époque, il était déjà élu au Parlement à Bruxelles par le biais des Grünen (Verts) allemands.

Une envie de politique (1998) est le cri de ralliement de l’enfant de Mai 68 à l’économie de croissance néo-libérale. « Je suis pour le capitalisme et l’économie de marché », confesse Daniel Cohn-Bendit. La société est à ses yeux « inévitablement de marché ».

 

Privatiser la Poste

Ce credo économique se décline dans tous les domaines. Daniel Cohn-Bendit défend la course au moins-disant social : « Si Renault peut produire moins cher en Espagne, ce n’est pas scandaleux que Renault choisisse de créer des emplois plutôt en Espagne, où, ne l’oublions pas, il y a plus de 20 % de chômage. » Sur la culture, Daniel Cohn-Bendit défend la vision selon laquelle « l’artiste doit trouver lui-même son propre marché », sans subventions. « Eurodisney, avoue-t-il, je m’en fiche. Cela relève de la politique des loisirs. Je suis allé à Eurodisney avec mon fils, je ne vais pas en faire une maladie. Eurodisney, c’est un faux problème. »
L’ex-étudiant de Nanterre n’a rien contre le fait que les jeunes soient payés moins que le SMIC « si en échange d’un salaire réduit pendant trois ou quatre ans, on leur donne la garantie d’accéder ensuite à un emploi ordinaire ». Daniel Cohn-Bendit se déclare pour l’autonomie des établissements scolaires, pour qu’ils fassent sans l’État leurs propres choix de professeurs et d’enseignements. Il n’est pas opposé à l’appel aux fonds privés pour ces établissements afin de créer de « véritables joint-ventures avec les entreprises » et ajoute que « naturellement, l’industrie participerait aussi à la définition des contenus de l’enseignement, contrairement à ce que nous disions en 1968 ». « Mieux qu’Allègre !, résume l’hebdomadaire Le Nouvel Observateur (26-11-1998). Avec Cohn-Bendit le mammouth  n’aurait plus que la peau sur les os. »

Daniel Cohn-Bendit ne conçoit pas l’économie autrement que l’économie des multinationales, de la pub, de la globalisation et des TGV. Il le dit lui-même avec franchise : « Je suis persuadé que si on dit non à l’économie planifiée socialiste, on dit oui à l’économie de marché. Il n’y a rien entre les deux » (Libération, 6-1-1999). Il reprend à son compte la litanie des ultra-libéraux contre la dépense publique : « Je suis très ferme sur le déficit public. Par principe, tout écologiste conséquent doit être pour une limitation des dépenses publiques. » Les marchés publics doivent être ouverts à la concurrence. « Des services comme le téléphone, la poste, l’électricité n’ont pas de raison de rester dans les mains de l’État. » Il insiste : « Il n’y a pas de raison qu’il existe un service public de télévision. »

Travail le dimanche

Alors que Sarkozy a dû lui-même reculer sur cette question fin 2008, dix ans plus tôt, Daniel Cohn-Bendit se déclare pour le travail le dimanche. « Il faut admettre que les machines travaillent sept jours sur sept, donc admettre le travail du week-end. » La légalisation du travail le dimanche est avant tout profitable aux multinationales contre les entreprises de type familial. Mais l’eurodéputé met sur le même plan ces deux économies différentes, argument connu et honteux pour faire avaler cette destruction du droit au repos : « J’ai toujours été hostile aux horaires obligatoires d’ouverture des magasins (…) Tout le monde est scandalisé par le travail le dimanche, mais un Français serait aussi scandalisé de ne pouvoir faire son marché ou acheter son pain le dimanche. » Au travers de son argumentation sur le travail le dimanche, on comprend mieux la logique « libérale-libertaire » de Cohn-Bendit et l’immense danger qu’elle comporte sous couvert de modernité et de rébellion. Dans l’extrait suivant, le côté « libertaire » prend appui sur la critique de la famille traditionnelle et le désir du « jeune » de s’amuser pour mieux avancer ses pions ultra-libéraux : « Les parents ont besoin d’être avec leurs enfants, mais il ne faut pas réduire les besoins des gens à ceux de la famille traditionnelle, parents avec enfants (…). Bien des jeunes, qui n’ont pas de contraintes ou de besoins familiaux sont prêts à travailler en VSD (vendredi-samedi-dimanche) comme on dit, pour être libres à un autre moment, voire travailler sept jours d’affilée s’ils ont ensuite une semaine de congés pour aller faire de la marche, de l’escalade ou toute autre chose dont ils ont envie. »

Le moderne contre l'archaïque

Daniel Cohn-Bendit reprend la rhétorique connue du modernisme contre l’archaïsme : la protection sociale doit « évoluer », la gauche défend « une vision bloquée de la société », l’extrême-gauche est « une forme de réaction conservatrice »
Concernant l’Europe, il faut savoir que Daniel Cohn-Bendit a été un grand défenseur de l’euro et de l’indépendance de la Banque centrale européenne, qui empêche tout contrôle des États membres sur leur politique monétaire. En 1998, avec Olivier Duhamel, professeur à Sciences-Po Paris, il publie un Petit Dictionnaire de l’euro (Le Seuil). On peut y lire : « Chacun demeure libre de rêver d’un monde sans marchés financiers internationaux, sans libéralisation des échanges, sans globalisation de l’économie. Mais que gagnerait l’Europe, et chacun de ses peuples, à s’inscrire dans cette nostalgie ? »

Les contempteurs de l’Union européenne seraient des nostalgiques. Dans une tribune publiée dans Le Monde du 26 novembre 1998 « Pour une révolution démocratique », Daniel Cohn-Bendit s’en prend aux « antieuropéens » : « Selon eux, l’Europe organiserait le démantèlement des États-providence et servirait de marchepied à la mondialisation sauvage, caractérisée par la libre circulation des marchandises, des capitaux et par le pouvoir absolu des marchés financiers. Face à une Europe qui ne serait qu’un facteur de régression sociale, le cadre national resterait le plus approprié pour défendre les droits des salariés menacés par le capitalisme. »  L’ex-rebelle choisit son camp : « Les pro-européens (…), pour qui l’Europe rend possible le progrès social dans le cadre d’un espace d’intégration supranational. Pour nous, elle agit comme un bouclier face au libre-échangisme, prend progressivement la place des États-nations traditionnels dans le domaine social et, à leurs faiblesses, substitue une nouvelle capacité d’action économique et financière. » Ici encore, le côté libertaire – l’attaque de l’État-nation – sert avant tout à permettre de déposséder les peuples de leur destin politique.

BHL a tout compris

En somme, si l’on me permet cette comparaison publicitaire, Daniel Cohn-Bendit, c’est le Canada Dry de la politique : ça a la couleur de la rébellion, l’odeur de la rébellion, le goût de la rébellion, mais ce n’est pas de la rébellion ; c’est juste l’idéologie capitaliste classique sous une face souriante et décoiffée. Un produit marketing redoutable.

L’éditorialiste Bernard Guetta ne se trompe pas quand il voit en lui l’image d’une génération « radicale dans le ton mais consensuelle et modérée dans ses solutions »(Le Nouvel Observateur, 26-11-1998). Bernard-Henri Lévy, lui, résume le phénomène Cohn-Bendit de manière lumineuse : « Il tient à peu de chose près le discours des gentils centristes, mais de façon tellement plus séduisante et convaincante. Il dit ce que les centristes disent depuis des années. Il tient sur l’euro des propos qu’eux-mêmes hésitent parfois à tenir. Et, miracle de la musique politique : les mêmes mots qui, dans leur bouche sonnaient économiste, marchand... apparaissent dans la sienne ludiques, sympathiques, généreux » (Le Point, 21-11-1998).

Sur la scène politique française, Daniel Cohn-Bendit servira de fait à affaiblir les alliés de la gauche traditionnelle dans le gouvernement de Lionel Jospin : les communistes et les chevènementistes. Georges-Marc Benamou l’explique le 26 novembre 1998 : « [Cohn-Bendit] est-il à même de gagner son second pari : dépasser le Parti communiste, son rival de trente ans ? Ce serait un véritable séisme pour la gauche qui gouverne (…) En introduisant son libéral-libertarisme, son anti-étatisme, son réformisme économique, Cohn-Bendit fendille le bloc des certitudes de la gauche social-démocrate frileuse. »
Les éditorialistes parisiens oublient un détail : les Verts avaient déjà devancé les communistes en 1989, lors de la candidature d’Antoine Waechter aux élections européennes. Les écologistes avaient obtenu 10,5 % contre 7,7 % pour le PCF. Mais Robert Hue était repassé à nouveau devant les Verts à la présidentielle de 1995 (8 % contre 3 % pour Dominique Voynet). Le 13 juin 1999, Daniel Cohn-Bendit change une deuxième fois le rapport de force entre les Verts et le PCF, en obtenant 9,7 % des voix, contre 6,7 % pour Hue. L’ex-leader de 68, avec tout son arsenal médiatique, fera moins qu’Antoine Waechter. Un détail que les journalistes ne mentionnent pas.

Au vu des options politiques de Daniel Cohn-Bendit, il faut inscrire sa victoire dans la lutte interne du parti socialiste entre les tenants d’une politique sociale véritable et les défenseurs du « socialisme moderne ». Alain Madelin, président de Démocratie libérale, résume très bien cette perspective politique : « Il est clair que sur certains sujets, comme les privatisations d’EDF ou des chemins de fer, la retraite par capitalisation, la concurrence et la sélection dans les universités, l’autonomie des établissements scolaires, Daniel Cohn-Bendit développe une approche libérale en contradiction avec le PS et les Verts. Puisse cette évolution permettre l’arrivée d’un libéralisme de gauche dans ce pays » (Le Figaro, 1-12-1998). Lionel Jospin, et Ségolène Royal après lui, choisira la voie du social-libéralisme en 2002. Avec le succès que l’on sait.

 

Enrichissez-vous !

« Centriste » revendiqué, Cohn-Bendit signe avec François Bayrou (UDF) dans Le Monde du 14 juin 2000 un texte intitulé « Pour que l’Europe devienne une démocratie ».  La lune de miel entre le centriste béarnais et le vert allemand continue en 2005, lorsque les deux hommes feront des meetings communs pour défendre le traité constitutionnel européen (TCE). Cohn-Bendit ne nous étonnera pas sur ce point : il avait déjà été favorable au traité de Maastricht treize ans plus tôt.

Mais le couronnement de Dany-le-Jaune se fera, avec tribunes, journalistes et petits fours, lors de la deuxième université du Medef, alors dirigé par Ernest-Antoine Seillière. Les 1er et 2 septembre 2000, les patrons se réunissent sur le thème très chabaniste « Nouvelle économie, nouvelle société » et invitent l’eurodéputé à débattre. L’ex-rebelle accourt. Je vous livre des extraits du compte rendu du Figaro du même jour : « Ils étaient tout contents, les trois mille patrons en chemisettes réunis hier sur le campus HEC de Jouy-en-Josas, de s’être offert pour leur université d’été du Medef l’insaisissable Dany qui, quelques jours plus tôt, boudait ses amis les Verts (…) “Votre question, commence Dany, le capitalisme est-il moral ?, ne m’intéresse pas. Arrêtez ! laissez ça aux curés ! Le souci des capitalistes, c’est de gagner et ils ont raison.” »

 

Sophie Divry