01.12.2007
Conférence de l'Abbé de Beukelaer
C'est ce lundi 19 novembre 2007 que le cercle Gustave Thibon a eu l'honneur de recevoir Monsieur l'Abbé Eric de Beukelaer, porte-parole des évêques de Belgique, afin de nous parler du catholicisme face au langage des médias.

Dès le début, le ton était donné: "Non, les médias ne sont pas de vilains cocos! Ils ne sont que le miroir grossissant de ce que nous sommes, du moins de ce que nous sommes tous en partie." En effet, et c'est le premier point qui fut développé: nous aimons tous raconter des histoires. Et on a souvent tendance à exagérer certains traits, tel le poisson du pêcheur marseillais! Ainsi, il est certain qu'il est plus intéressant d'opposer un Mgr Léonard de "droite", ravi de l'élection de Benoît XVI, et un Cardinal Daneels de "gauche", que cette élection n'enthousiasme guère! Savoir que ces deux hommes, dans la réalité, s'entendent à merveille et apprécient mutuellement l'humour de l'autre n'est pas très bon pour raconter une histoire...il faut de la dualité, de l'opposition, du manichéisme!
Le deuxième point, c'est que, qu'on le veuille ou non, les médias, "ben il faut faire avec!" Et quelque part, tant mieux si ils prennent la peine de contacter un responsable de l'Eglise catholique romaine afin d'avoir son avis sur une question de société. Tout le problème étant de choisir les mots justes et, surtout, de parvenir à faire passer un message dans les quelques secondes extraitent d'un entretien de dix minutes! Exercice difficile si il en est, mais qui, selon notre conférencier, en vaut la peine puisqu'il permet de toucher une multitude de personnes qui n'entend nulle part ailleurs parler du catholicisme.
Troisème point: comprendre que l'Eglise et les médias, c'est deux modes différents de fonctionnement, c'est deux
cultures à part entière. Pour les médias, seul le court terme compte: une info donnée un jour trop tard est une info inexistante. L'Eglise fonctionne sur le long terme. D'un côté, une temporalité fondée sur l'éternité, de l'autre, une temporalité fondée sur l'immédiateté. Aussi, l'Eglise met en avant une vérité objective, tandis que les médias proposent une vérité subjective, fondée sur l'apparence, sur l'impression. Le pape Jean-Paul II peut n'avoir jamais dit qu'il ne fallait pas porter de préservatifs (vérité objective), peu importe: seule compte l'impression laissée aux public. Ici, selon l'abbé de Beukelaer, nulle mauvaise volonté des médias, mais bien plutôt le signe que sa culture est une culture quelque peu manichéenne. "Vous êtes pour ou vous êtes contre?", "Pour vous, c'est blanc ou c'est noir?" Le court terme ferme la porte à la subtilité, à la nuance, à la profondeur. L'éternité ne se donne pas en un claquement de doigts. La vérité non plus. Elle demande patience, écoute, effort de toute l'intelligence. Le contraire de l'immédiateté qui n'est qu'impatience, bruit et flemme.
Merci à Nicolas pour ses notes!

14:00 Publié dans Textes - comptes-rendus | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
Commentaires
Une conférence fort sympathique, où le conférencier sut emballer la salle par son récit d'expériences personnelles, et son approche pour le moins imagée de notre société. On se demandera seulement si le discours tenu dans l'auditoire, comme dans les médias, n'est pas un rien trop consensuel. Plusieurs interventions lors du débat abondaient dans ce sens, et si le conférencier esquiva habilement les attaques, les réponses n'en étaient pas moins un peu courtes: se rendre compréhensible "pour mémé Germaine devant sa télé et son poulet", n'est-ce pas s'assurer que mémé Germaine ne continuera à se nourrir que de son poulet, et non de nourritures célestes? Le Christ n'avait pas des paroles aimables, et c'est pour ça qu'on l'a crucifié. Or, ici, je pense que même l'athé le plus acharné n'aurait même pas envie de perdre son temps à la confection d'une croix...
Ecrit par : Jean | 23.11.2007
Très bon orateur, mais je ne suis pas d'accord avec l'idée qu'il répetait incessement "les médias sont le miroir de notre société". Nous sommes dans une société à majorité chrétienne, or cela n'est pas du tout représentatif dans les médias ... L'élite qui tire les fisselles nous impose sa vision des choses, bien souvent sur des bases anti-chrétiennes, bien qu'elle nous montre également ce que nous désirons voir pour faire de l'audience ... même les choses les plus dégoutantes, les gens sont malheureusement trop curieux pour zapper ! ...
Bref, le médium en tant que tel n'est pas un ennemi, mais celui qui tire les ficelles en est très certainement. Je regrette de ne pas avoir intervenu sur ce point ...
Ecrit par : JM | 27.11.2007
Sans verser dans le fantasme du "complot", je suis d'accord avec JM. Les médiateurs ne sont pas de simples photographes de la société. Ils contribuent aussi à orienter cette chose qu'on appelle l'opinion (la part la plus superficielle de nous-mêmes, le "gros animal" dont parlait Platon).L'enjeu de la soirée était de répondre à la question: qui se préoccupe, chez nous, de former des médiateurs chrétiens, sachant ouvrir une porte (la nature des médias a ses limites) sur autre chose, des perspectives authentiques, même pour "mémé Germaine" ?
Ecrit par : Jean-Paul | 30.11.2007
C'est une conférence que je juge comme "amusante". On peut se poser mille questions sur la façon d'agir des médias, je retiens surtout qu'ils consistent en un jeu, un divertissement.
Le Christ n'est certainement pas un clown mais, à mon sens, son message vivant peut apporter une information essentielle (parfois bien cachée) sous une approche ludique. Prenons comme exemple les paraboles, qui sont dans un premier temps faciles à lire, même à des enfants. C'est seulement en y réfléchissant qu'on découvre leur dimension.
Alors oui, je pense que notre Eglise peut jouer le jeu des médias... peut-être au risque de ne faire que divertir, mais avec une petite chance de passer un message décisif à des personnes qui en sont éloignées. Que la touche amusante interpelle, c'est ma foi bien possible.
Ecrit par : Alex | 09.12.2007
Si Jésus-Christ s’incarnait à nouveau à notre époque et se faisait interviewer tel quel à la télévision, il se ferait zapper tout de suite, je crois. Et sa croix il n’en verrait jamais la couleur.
Eric de beukelaer a raison de vouloir faire alliance avec les médias et il a raison de vouloir faire de l’audience en racontant de belles histoires aux gens. Si il commençait à leur faire sentencieusement la morale ou à leur raconter des histoires ennuyeuses et sinistres, le journaliste serait obligé de ne plus l’interviewer par la suite parce que par sa faute il aura perdu de l’audimat.
Si tout le monde adoptait la stratégie proposée par EdB, je ne serais pas étonné que les chrétiens deviennent finalement les gens privilégiés auxquels les médias s’adresseront pour traiter n’importe quel sujet. Ayant une meilleure formation et un meilleur coeur, ils seront toujours a priori les plus intéressants pour faire de l’audience.
Les marchands veulent du relief pour faire de l’audimat. Qui davantage que les chrétiens pourraient leur en donner?
Quand les chrétiens accepteront de traiter les sujets qui intéressent le public, et quand ils accepteront de parler un langage adapté à lui, alors les journalistes y trouveront leur compte, et ils ne seront plus obligés pour gagner leur croûte, de supprimer au montage tout ce qui s’était dit d’intelligent.
Ecrit par : Nicolas | 16.12.2007
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