12.02.2008
Manifeste pour un christianisme engagé (I)
Comme promis, nous commençons aujourd'hui le compte-rendu de l'ouvrage de Thibaut Dary: "Manifeste pour un christianisme engagé", paru en décembre 2007 aux Éditions Salvator. (En italique, les extraits tirés du livre)
C'est à partir du refrain de la chanson "On ira tous au paradis" de Michel Polnareff (1972) que Thibaut Dary nous introduit dans son manifeste. Aller tous au paradis...question centrale si il en est, et à propos de laquelle on pourra demander à Polnareff, et à son parolier J-L Dabadie, si ils disent vrai? "Qu'on soit béni ou qu'on soit maudit", irons-nous tous au paradis? Mais qui "on"? Vraiment tous? Voilà la question. Voilà l'inquiétude. Voilà l'enjeu. (p.6) Tous, cela semble peu sûr. A moins de remplir une condition.
Cette condition,pour l'auteur, est de répondre présent, rien de plus. Nous avons appris, et parfois même compris, que ce ne sont ni nos mérites ni nos efforts qui nous ont obtenu ce destin, mais la miséricorde du Très-Haut en son fils Jésus-Christ. Enflammés par l'amour de Dieu, nous attendons le jour de le voir enfin face-à-face. (p.6) Malgré la profonde sincérité de l'auteur, ainsi que le souffle de son propos, et quitte à paraître rabat-joie, il nous semble peu évident que tous aient accès au paradis pour avoir simplement accepter l'invitation. Il n'y aurait donc aucun autre effort à fournir que celui-là? Apparemment oui, puisque l'auteur de préciser: Et notre destin en ce monde, en somme, n'est pas de mériter ce qui nous a déjà été donné gratuitement, mais d'accepter cette faveur.(p.6) Et une fois accepté cette faveur? Il n'y aurait rien à faire d'autre? Est-ce uniquement parce que je suis chrétien que j'obtiens la garantie absolue de salut, et donc mon entrée dans le Royaume des Cieux? On nous permettra d'espérer que l'auteur précise sa pensée dans les pages à venir.
"On ira tous au paradis": mais est-ce que tous sont d'accord? Est-ce que tous sont intéressés par cette histoire d'amour entre Dieu et les hommes? Pas sûr. Sûr que non, même.(p.7) En effet, si ils en est qui soutiennent l'idée que tous nous serons sauvés, encore faut-il que tous soient intéressés. Mieux: il est des catholiques, théologiens, prêtres, laïcs ou autres, pour qui, intéressés ou pas, tous ils seront sauvés, sans avoir rien demandé, sans avoir manifesté, même au fond de leur coeur, la moindre once de volonté de croire en Jésus-Christ. Mais n'est-ce pas leur infliger un réel supplice que de les forcer à voir Dieu face-à-face? Ils n'ont pourtant rien demandés! On voudra bien noter que cette théologie du salut, marquée par un excès d'optimisme, le théologien Louis Bouyer en dénoncait déjà la fausseté en 1968. Extrait roboratif:
"On veut maintenant tirer de la révélation chrétienne elle-même une théologie du salut qui l'étende à tous les hommes, sans qu'ils aient plus besoin d'avoir foi en cette révélation, ni donc évidemment de la connaître. Les innombrables systèmes élaborés dans ce but depuis le début de ce siècle n'ont pas à être exposés ici. Disons seulement qu'ils se distinguent tous par le même byzantinisme, les mêmes manipulations arbitraires de toutes les notions traditionnelles, et finalement le même verbalisme qui caractérisait le seul type de théologie jugé pleinement orthodoxe à cette époque. Le sens ésotérique qu'on y arrive à donner à des expressions aussi transparentes que "désir du baptême" ou "appartenance à l'Eglise catholique" est tellement éloigné du sens naturel des mots que seul des gens longuement ployés à ce dernier genre de gymnastique intellectuelle pouvaient s'en accomoder. A tout autre, la lecture de ces spéculations fait un effet irrésistible de non-sens confinant à la pure bouffonnerie. Mais quand on s'est habitué à appeler le noir blanc et le blanc noir, tout cela paraît parfaitement naturel, et on s'étonne que les autres s'étonnent! [...] L'erreur fondamentale de ces théories du salut est qu'elles n'ont rien à faire avec le salut, au seul sens chrétien du mot. Elles supposent, au point de départ, un homme non chrétien déjà sauvé, et le considèrent comme l'homme normal. Mais s'il l'était, il n'y aurait jamais eu besoin du christianisme. 'Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pêcheurs', dit le Christ."
22:55 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Dary, manifeste, engagé, christianisme
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