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28.04.2008
Dégénérations
"Mes Aïeux" est un groupe musical québécois créé en 1996.
Ils ont été, bien sûr, longtemps boudés par les medias étant donné leurs chansons, tout en remportant un vif succès auprès du public (en particulier d'adultes jeunes) avec de nombreux spectacles, la plupart à guichets fermés, et une forte diffusion de leurs albums.
Fin 2006 leur 4ème album "Tire-toi une bûche" eut un succès encore plus important : disque d'or (par l'importance des ventes totales effectuées) en moins de 3 semaines. Et les medias et radiodiffuseurs à partir de cette date, ont bien été obligés d'en tenir compte. Non sans "frémir" (le mot est tiré de la presse québécoise) du contenu de leurs chansons, en particulier "Dégénérations" qui figure dans ce 4ème album.
"Dégénérations" est un jeu de mots entre "des générations" et "dégénérescence". En effet cette chanson retrace la situation non seulement des québécois, mais d'à peu près tous les peuples d'origine européenne : insuffisance d'enfants, perte d'identité et de repères.
Paroles de la Chanson :
Ton arrière-arrière-grand-père, il a défriché la terre
Ton arrière-grand-père, il a labouré la terre
Et pis ton grand-père il a rentabilisé la terre
Pis ton père, il l'a vendu pour devenir fonctionnaire
Et pis toi, mon p'tit gars, tu l'sais pus c'que tu vas faire
Dans ton petit 3 et 1/2 bien trop cher, frette en hiver
Il te vient des envies de devenir propriétaire
Et tu rêves la nuit d'avoir ton petit lopin de terre
Ton arrière-arrière-grand-mère, elle a eu 14 enfants
Ton arrière-grand-mère en a eu quasiment autant
Et pis ta grand-mère en voulait 3 c'était suffisant
Pis ta mère en voulait pas; toi t'étais un accident
Et pis toi, ma p'tite fille, tu changes de partenaire tout le temps
Quand tu fais des conneries, tu t'en sors en avortant
Mais y'a des matins, tu te réveilles en pleurant
Quand tu rêves la nuit d'une grande table entourée d'enfants
Ton arrière-arrière-grand-père, il a vécu la grosse misère
Ton arrière-grand-père, il ramassait les cennes noires
Et pis ton grand-père -miracle!- est devenu millionnaire
Et pis ton père en a hérité, il l'a tout mis dans ses RÉERs
Et pis toi, p'tite jeunesse, tu dois ton cul au ministère
Pas moyen d'avoir un prêt dans une institution bancaire
Pour calmer tes envies de hold-uper la caissière
Tu lis des livres qui parlent de simplicité volontaire
Tes arrière-arrière-grands-parents, ils savaient comment fêter
Tes arrière-arrière-grands-parents, ça swingait fort dans les veillées
Et pis tes grands-parents ont connus l'époque yé-yé
Tes parents,c'taient des discos; c'est là qu'ils se sont rencontrés
Et pis toi, mon ami, qu'est-ce que tu fais de ta soirée?
Éteins donc ta tv, faut pas rester encabané
Heureusement que dans'vie certaines choses refusent de changer
Enfile tes plus beaux habits car nous allons ce soir danser ...
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Les nouvelles relations amoureuses

Un des traits les plus étranges, et les plus insupportables, de la psychologie moderne est peut-être la totale confusion entre « avoir de la personnalité » et « exprimer son égoïsme et son égocentrisme ».
En effet, aujourd'hui, tout ce qui peut, de près ou de loin, être assimilé à de l'altruisme, de l'humilité, du don de soi, de l'abnégation discrète, de la reconnaissance silencieuse ou de l'admiration muette est considéré comme de la faiblesse, voir, horresco referens !, de la « soumission ». Et comme chacun sait, toute « soumission » est indigne et infâme, non pas seulement lorsqu'elle est imposée mais même quand elle est choisie… Abjecte par sa nature même qui veut que l'on reconnaisse n'être pas l'individu le plus exceptionnel de l'univers créé, demi-dieu formidable « se suffisant à lui-même », mais un simple héritier doublé d'un serviteur, redevable du passé et débiteur des formes, principes, valeurs, et pourquoi pas personnalités, supérieurs qui entourent ses jours.
Dorénavant, hors de soi, point de salut ! Pour exister et briller socialement il convient de brasser du vent et de faire du bruit afin de s'imposer dans le grand carnaval des relations humaines ! Quel qu'en soit le prix ! Voici venus les temps de l'homme-gyrophare !
Pour capter un peu du regard de cette masse immonde et veule qu'on appelle « les gens », il faut se faire remarquer par tous les moyens possibles, les plus vils étant, bien sûr, privilégiés. Il est ainsi désormais vital de se « distinguer » en crachant à la gueule du monde le petit glaviot de sa « différence » et de son « originalité », évidemment fictives mais que l'on fera exister artificiellement quelques instants par les pitoyables procédés de la « contradiction systématique », du « contre-pied mécanique » ou de la « provocation stérile ».
Cette tendance est notamment abominablement prégnante dans le fonctionnement quotidien d'une foultitude de prétendus couples dont les membres, en apparente concurrence permanente, ne semblent pas avoir d'autre but que d'exhiber aux yeux d'autrui non pas ce qui les rassemble et les unis mais au contraire ce qui les différencie et les sépare, chacun voulant à tout prix prouver que sa formidable (et unique !) personnalité n'a nullement été oblitérée par la vie commune. D'où la grotesque et infinie compétition à laquelle s'adonnent ces paires d'égoïstes incapables de solitude qui ne seront jamais des couples véritables et encore moins des foyers. Rien ne leur tient plus à cœur que de faire la démonstration de leur supposée « indépendance » et de leur position « dominante » dans le « fonctionnement relationnel » auquel se résume leur collage plus ou moins éphémère.
Ainsi les disputes perpétuelles, les désaccords affichés et les sempiternelles contradictions sont-ils peu à peu devenus des preuves de « santé », de « vitalité » et de « caractère passionné » d'une relation conjugale liant « deux fortes personnalités » alors que ce ne sont en réalité que les tristes et piteux prolégomènes de l'échec inéluctable de deux crétins bouffis d'égoïsme et de prétention, incapables se sacrifier la moindre parcelle de leurs egos hypertrophiés pour fonder une entité plus grande et plus digne que la somme de leurs deux médiocrités.
Surtout ne pas simplement « aimer », « servir », « encourager », « aider », « soutenir » ou « suivre » son conjoint mais plutôt le « recadrer », le « remettre à sa place », le « surveiller », le « dénigrer » et le « moquer » (gentiment bien sûr ! la modernité n'est peuplée que de « gentils » !), pour bien montrer « qu'on n'est pas dupe ! » et « qu'on ne se laisse pas faire » ni « avoir ». Les unions désacralisées étant devenues de vulgaires contrats de type néo-libéral, il est normal, au fond, que les relations qui les sous-tendent soient réduites aux pathétiques gesticulations d'un acheteur d'occasion qui, apeuré à l'idée de passer pour un naïf ou un gogo, expose lui-même, pour s'en gausser avant les autres, les défauts et dysfonctionnements de l'objet de son choix.
Source : Zentropa

10:41 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Les anciens combattants de l'amour conjugal
Chaque jour, ils arrivent à la même heure. Très exactement. Ils avancent dans l'allée du parc de cette démarche lente et hésitante que les rhumatismes ont rendu douloureuse, lui appuyé sur sa canne, presque plié en deux, elle tenant son bras, le soutenant tout en lui permettant de croire qu'elle s'appuie sur lui. Leurs pas infimes et la maigreur étique de leurs jambes hésitantes les font ressembler à deux grands oiseaux aux ailes fatiguées avançant avec prudence sur un lac gelé.
Arrivés à leur banc, ils s'y installent en silence et passent plusieurs minutes, sans dire un mot, à observer le passage des chalands. Et celui qui, chaque samedi depuis des années, vient lire sur le banc vert à la peinture écaillée en face du leur a pu faire l'amer constat du changement de coloration du regard porté par ces deux vétérans d'une civilisation subclaquante sur la jeunesse défilant devant eux. D'abord emplis de cette tendresse couronnée d'une pointe de jalousie qui est l'instinct naturel des têtes chenues se penchant sur leurs successeurs, leurs yeux se sont peu à peu voilés d'incompréhension puis d'inquiétude et enfin de lourde tristesse. Les couples du même sexe se tenant par la main, les crachats par terre, les furies hurlant dans leurs téléphones portables, les strings apparents, les hurlements insanes et les vociférations insultantes remplaçant toute communication entre adolescents ont peu à peu eu raison du timide sourire de bonté qui soutenait jadis leur regard.
Après ces quelques minutes de scrutation résignée, le vieil homme sort un journal de la poche intérieure de son lourd manteau sombre, le déploie et en entame la lecture à voix basse à l'attention de son épouse. Celle-ci ferme légèrement les paupières et hoche la tête au rythme des mots lus. Parfois, elle laisse échapper un petit rire saccadé ou un long soupir de réprobation selon la nature des commentaires, toujours véhéments, de son homme.
Une fois la lecture achevée, la vieille dame pose un long baiser sur la joue de son mari qui feint d'en être embarrassé mais pose discrètement sa longue main osseuse d'où jaillissent d'impressionnantes veines mauves sur celle, toute petite et incroyabelement ridée, de sa compagne.
Il y a tant de douceur et de simple félicité dans cet instant qu'on ne peut l'observer sans sentir sa gorge se nouer étrangement, surtout lorsqu'on est un enfant de la génération Meetic, du couple jetable, de la fidélité relative, de la fornication sordide conçue comme un loisir parmi d'autres et des serments sacrifiés sur l'autel de l'égoïsme hédoniste.
Eux sont les anciens combattants de l'amour conjugal, de cet amour humble et apaisé qui affronte le temps soutenu par la force incroyable et la puissante sérénité d'une certitude, celle de leurs valeurs partagées et de leur devoir sanctifié par l'église. Ils sont l'un de ces couples qui ne sont pas terrorisés lorsque la passion se mue en habitude et en tendresse, lorsque les lendemains chantent moins qu'il est conté dans les romans à l'eau de rose et lorsque, face aux difficultés, il faut trouver, pour maintenir l'union, autre chose que l'attraction des corps et des circonstances favorables. Ils sont de ces couples qui savent qu'ils s'inscrivent dans l'héritage et la transmission, qui savent qu'ils ne sont pas deux individus accolés mais une nouvelle entité porteuse d'un destin, celui d'être un foyer, et d'une responsabilité, celle de le consolider et de le défendre.
Bien sûr, on peut lire au cœur de la multitude de crevasses qui irrigue leurs visages antiques toutes les douleurs, tous les drames et toutes les embûches de cette si longue marche conjointe. Ici la mort d'un nourrisson, là la maladie, l'ennui dans ce coin, la tentation dans cet autre … Au cours de ces années devenues innombrables, ils ont bien sûr douté, hésité, trébuché même, mais la main de l'autre était toujours là pour relever et consoler. S'ils se sont parfois penchés au dessus de l'abîme, jamais ils ne s'y sont laissé choir.
Et aujourd'hui ils sont là, main dans la main, profitant de leurs ultimes jours pour chérir l'autre et le remercier de sa présence à l'heure où les corps craquent et souffrent, où les enfants s'éloignent, où le vin n'enivre plus et où la musique fait doucement couler les larmes de la nostalgie.
Source : Zentropa.
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25.04.2008
Quand l'intelligence s'exprime...
Voici une vidéo très intéressante pour plusieurs raisons:
- Tout d'abord, parce qu'elle traite, en partie, d'un sujet que nous avions abordés l'année dernière, à savoir la désormais fameuse "Leçon de Ratisbonne", du pape Benoît XVI, et donc du dialogue entre Islam et Christianisme. Pour rappel, c'est l'Abbé Claude Barthe, de la Société des prêtres auxiliaires de Paris, qui était venu nous entretenir, à partir de cette leçon, du dialogue inter-religieux. Un régal pour l'intelligence! (Texte de la conférence en ligne, voir notre post du 15-04-2007)
- Ensuite, parce qu'il s'agit là de la démonstration flagrante de l'incompétence d'un philosophe bien (voir trop) connu confronté à l'intelligence et la compétence d'un autre philosophe, lui totalement inconnu (que celui d'entre vous qui connaît Remi Brague laisse un commentaire!). Ca se déguste jusqu'au bout...
- Enfin, parce que outre cette correction, le sujet traité porte sur la raison, la foi et la vérité. Vérité qui, comme vous le savez, était au centre de notre dernière conférence.
01:01 Publié dans Réflexions | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
Le dard et le miel, ou...
« La Justice et la Miséricorde sont identiques et consubstantielles dans leur absolu. Voilà ce que ne veulent entendre ni les sentimentaux ni les fanatiques. Une doctrine qui propose l’amour de Dieu pour fin suprême a surtout besoin d’être virile, sous peine de sanctionner toutes les illusions de l’amour-propre ou de l’amour charnel. Il est trop facile d’émasculer les âmes en ne leur enseignant que le précepte de chérir ses frères, au mépris de tous les autres préceptes qu’on leur cacherait. On obtient de la sorte, une religion molasse et poisseuse, plus redoutable par ses effets que le nihilisme même.
Or, l’Evangile a des menaces et des conclusions terribles. Jésus, en vingt endroits, lance l’anathème, non sur des choses, mais sur des hommes qu’il désigne avec une effrayante précision. Il n’en donne pas moins sa vie pour tous, mais après nous avoir laissé la consigne de parler « sur les toits », comme il a parlé lui-même. C’est l’unique modèle et les chrétiens n’ont pas mieux à faire que de pratiquer ses exemples. Que penseriez-vous de la charité d’un homme qui laisserait empoisonner ses frères, de peur de ruiner, en les avertissant, la considération de l’empoisonneur ? Moi, je dis qu’à ce point de vue la charité consiste à vociférer et que le véritable amour doit être implacable. Mais cela suppose une virilité, si défunte aujourd’hui, qu’on ne peut même plus prononcer son nom sans attenter à la pudeur…
Je n’ai pas qualité pour juger, dit-on, ni pour punir. Dois-je inférer de ce bas sophisme, dont je connais la perfidie, que je n’ai pas même qualité pour voir, et qu’il m’est interdit de lever le bras sur cet incendiaire qui, plein de confiance en ma fraternelle inertie, va, sous mes yeux, allumer la mine qui détruira toute une cité ? Si les chrétiens n’avaient pas tant écouté les leçons de leurs ennemis mortels, ils sauraient que rien n’est plus juste que la miséricorde parce que rien n’est plus miséricordieux que la justice, et leurs pensées s’ajusteraient à ces notions élémentaires.
Le Christ a déclaré « bienheureux » ceux qui sont affamés et assoiffés de justice, et le monde, qui veut s’amuser, mais qui déteste la Béatitude, a rejeté cette affirmation. Qui donc parlera pour les muets, pour les opprimés et les faibles, si ceux-là se taisent, qui furent investis de la Parole ? ».
Léon BLOY, Le désespéré, (1887), Paris, Club des libraires de France, 1955, p. 278-279.

Par son miel et par son dard, l'abeille est considérée comme l'emblème du Christ : d'un côté sa douceur et sa miséricorde, de l'autre l'exercice de sa justice en tant que Christ-juge.
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Vérité suprême
" Les vérités suprêmes manquent d'arguments. Elles savent se donner, elles ne savent pas plaider leur cause. Nos certitudes les plus intimes, les plus nourricières sont aussi les plus vulnérables sur le terrain dialectique. Les défendre, c'est déjà les trahir. Leur innocence, leur fraîcheur, leur magnétisme divins étouffent sous la cuirasse des arguments. "
(L'Échelle de Jacob, p.109, Boréal Express, 1984)
En attendant la mise à disposition du texte de la conférence de Frère Marie-Jacques, donnée en l'auditoire Grand-Physique le mercredi 16 avril, méditons cette citation de Thibon. Précisons que Frère Marie-Jacques a su percer une part de cette cuirasse!
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07.04.2008
Euthanasie et information
Après les mensonges de l’affaire Sébire, sortir la France du marasme palliatif
Pierre-Olivier Arduin*
La vérité sur l’affaire Sébire, qui a tenu en haleine la France entière jusqu’à l’épilogue dramatique du suicide aux barbituriques, émerge progressivement. Chaque jour, de nouvelles informations percent sur la maladie de Chantal Sébire, et la prise en charge thérapeutique dont elle aurait dû bénéficier. Après le battage hors normes entretenu subtilement par l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD) et soutenu avantageusement par les médias audiovisuels, c’est une tout autre histoire qui se dessine aujourd’hui.
Le docteur Emmanuel Debost, médecin traitant de la défunte, n’avait-il pas déclaré dans les colonnes de La Croix que « tout ce que la médecine pouvait faire au niveau curatif a été fait » et que « toutes les solutions ont été étudiées » pour calmer sa douleur ? Sans accuser directement le généraliste, certainement dépassé par l’ampleur de l’affaire, et dont lui-même a pu être abusé par sa patiente ou les responsables de l’ADMD aux aguets, force est de constater que le mensonge, sur un plan strictement médical, est double.
Stupéfaction des spécialistes
La tumeur dont souffrait Chantal Sébire n’aurait pas dû entraîner la déformation majeure du visage dont l’image, à l’instar de Méduse, a pétrifié la pensée. Le chroniqueur médial du Monde, Jean-Yves Nau, était le premier à relater, dès le 19 mars, jour du décès de Chantal Sébire, la stupéfaction des spécialistes devant « l’absence, durant six ans, de prise en charge médicale adaptée de la malade [indiquant] que la maladie de Mme Sébire ne peut être qualifiée d’incurable, notamment si elle est traitée de façon précoce ». Le journaliste citait également les réponses déconcertantes de la malade suite au diagnostic de la tumeur des sinus posé en 2002 par un chirurgien ORL lyonnais : « Il m’a expliqué l’intervention prévue, mais n’a pas réuni l’équipe adéquate », Chantal Sébire ajoutant : « Je n’ai pas accepté les interventions qu’on me proposait car le risque vital était engagé ».
Jean-Yves Nau ne s’est pas arrêté en si bon chemin et s’est rendu sur le site Orphanet spécialisé dans les affections orphelines :
« L’esthésioneuroblastome ou neuroblastome olfactif est une tumeur très rare qui se développe aux dépens du nerf olfactif dans la cavité nasale. Moins de 1000 cas ont été publiés dans les vingt dernières années. Cette tumeur se développe lentement et surtout localement même si elle peut métastaser. L’intervalle entre le premier signe et le diagnostic est en général de 6 mois […]. Le traitement repose sur une chirurgie maximale suivie d’une radiothérapie […]. La plupart des séries récentes rapportent des survies à 5 ans de l’ordre de 60 à 70 %. Les récidives locales peuvent être rattrapées par un traitement de deuxième ligne. Dès la phase de diagnostic et de la chirurgie initiale, le traitement doit être confié à des équipes pluridisciplinaires » (Orphanet, Docteur J. Grill, février 2005.
Concernant l’analgésie dont on a déjà eu l’occasion de rappeler qu’elle ne s’improvise pas et requiert des compétences sanctionnées par des diplômes universitaires spécifiques, la tromperie passe toute mesure alors même qu’on nous parlait de souffrances insupportables, réfractaires ou encore d’allergie à la morphine. Le docteur Jean-Louis Béal, chef de l’unité des soins palliatifs du CHU de Dijon, livre un témoignage accablant dans Le Parisien dont le travail d’investigation mérite d’être salué : « Révélation surprenante, le médecin affirme que l’ex-enseignante “ne voulait à la fin qu’être soignée par homéopathie”. »
« Elle nous disait vouloir contrôler sa vie et n’accepter que les médecines douces. Je lui ai suggéré de rentrer dans mon unité de soins palliatifs, mais elle ne l’a pas souhaité. C’est son droit, mais que l’on ne vienne pas nous dire aujourd’hui que l’on n’a rien proposé ! […] On n’a jamais douté de l’intensité de sa douleur, mais elle a opposé un non catégorique à nos protocoles. Je lui ai proposé différents antidouleurs, y compris la morphine. Mais cela ne lui convenait pas, car elle l’assimilait à de la chimie, donc du poison » (Le Parisien, 26 mars).
Il évoque également la mise à l’écart de l’équipe laissant le champ libre selon lui à « l’Association pour le droit de mourir dans la dignité de s’emparer de ce cas emblématique pour faire avancer sa cause ». Quant au docteur Bernard Devalois, ancien président de la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs et actuel directeur de l’unité de soins palliatifs à l’hôpital de Puteaux, fort de son expérience, il déclare sans ambages que « dans le cas du cancer, il n’y a pas de situations pour lesquelles nous ne puissions pas apporter de réponses. L’allergie à la morphine, cela n’existe pas. Il y a des effets secondaires, mais on peut les soigner. Et nous avons à notre disposition quatre ou cinq autres molécules efficaces » ( La Vie , 22 mars).
La demande à corps perdu de suicide médicalement assisté de la part de Chantal Sébire, relayée habilement par l’ADMD et ses épigones, n’apparaît-elle pas aujourd’hui comme la requête désespérée d’une euthanasie de rattrapage, les ressources de la médecine ayant été obstinément repoussées ? Sachant cela, les médias, et en premier lieu la télévision, auraient-ils participé aussi complaisamment au montage de cette affaire pour relancer le débat sur l’euthanasie ? Le premier ministre se serait-il cru obligé de confier à Jean Léonetti une mission d’évaluation sur la loi qui porte son nom ?
Le rapport Hennezel
Il est encore possible de se ressaisir, au moins en partie, et de tourner à l’avantage du mouvement des soins palliatifs la précipitation de la décision de Matignon. Voilà en effet qu’on apprend l’existence d’un rapport remis par Marie de Hennezel, spécialiste reconnue de l’accompagnement des personnes en fin de vie, à Roselyne Bachelot fin 2007 concluant au manque criant de lits de soins palliatifs et à l’absence de formation sérieuse aux enjeux de la loi Léonetti. Intitulé La France palliative, il était ignoré de tous ou presque jusqu’à ce qu’il fût exhumé des tiroirs du ministère de la Santé par la polémique. Jean-Yves Nau, encore lui, nous apprend, après enquête minutieuse, qu’aucune suite ne lui fut donnée, pas même un accusé de réception, alors qu’il devait être un « message fort » en direction du chef de l’État, selon l’auteur du document (Le Monde, 25 mars). Comment expliquer la chape de plomb qui l’a recouvert quand on sait que font défaut en France au minimum 2400 lits de soins palliatifs et que le gouvernement s’était fixé le chiffre de 3000 avant le début de l’année 2008 ?
L’omission politique frôle la faute si l’on ajoute que la loi relative à la fin de vie elle-même avait présenté le renforcement de la médecine palliative comme une véritable alternative à l’euthanasie. La loi du 22 avril 2005 affirme en effet que « les professionnels de santé mettent en œuvre tous les moyens à leur disposition pour assurer à chacun une vie digne jusqu’à la mort » (article L. 1110-5 al. 5 CSP). Respect de la dignité qui passe par les soins palliatifs selon leur définition même inscrite dans le marbre de la loi : « Ce sont des soins actifs et continus pratiqués par une équipe pluridisciplinaire en institution ou à domicile. Ils visent à soulager la douleur, à apaiser la souffrance psychologique, à sauvegarder la dignité de la personne malade et à soutenir son entourage » (article L. 1110-10 du Code de la santé publique). Le législateur en a fait ni plus ni moins qu’un droit : « Toute personne malade dont l’état le requiert a le droit d’accéder à des soins palliatifs et à un accompagnement » (article L. 1110-9 CSP).
En corollaire de ce droit, qui sait que la loi Léonetti a fait de la mise en place d’une médecine palliative de qualité une obligation pour les établissements de santé ? Ceux-ci, dans le cadre des contrats pluriannuels conclus avec les agences régionales de l’hospitalisation (ARH), devaient identifier les services dispensant des soins palliatifs et faire connaître pour chacun d’eux le nombre de soignants référents qu’il convenait de former (article L. 6114-2 CSP). La loi Léonetti demandait dans le nouvel article L. 6143-2-2 du CSP que le projet médical d’établissement comprenne un volet « activité palliative des services ».
Diffuser une culture palliative
Autre aspect très novateur de la loi du 22 avril 2005 : sortir les soins palliatifs de structures spécialisées tout en renforçant ces dernières. L’idée promue par la législation votée à l’unanimité par le Parlement était que tout patient, quelque soit son lieu d’hospitalisation, devait bénéficier d’un accès à ces soins. Il y a la volonté de les organiser en dehors des modes classiques d’hospitalisation si bien que la loi du 22 avril 2005 stipule, en modifiant le Code de l’action sociale et des familles, que les services sociaux ou médico-sociaux doivent prévoir cette activité (articles L. 313-12). C’est en fait à un effort sans précédent en faveur de la diffusion d’une culture palliative sur tout le territoire et au sein de tous les établissements de santé que consentait la loi relative à la fin de vie, en prévoyant un redéploiement ambitieux de l’organisation de cette spécialité. Il n’a manqué en définitive qu’une chose : l’impulsion politique pourtant promise lors de la campagne présidentielle.
Le député Jean Léonetti doit « faire des propositions pour remédier à la méconnaissance ou à la mauvaise application des textes et éventuellement à l’insuffisance de la législation », selon l’ordre de mission de François Fillon. Oublions la dernière expression qui n’a aucun sens : un corpus législatif inconnu des Français et particulièrement des soignants auquel il s’adresse en priorité ne peut être qualifié d’insuffisant. Une loi qui n’est que peu ou pas appliquée ne peut être jugée comme défaillante.
Pour autant, la nouvelle mission sur l’accompagnement de la fin de vie dont est chargé le député-maire d’Antibes doit tirer d’un mal plusieurs biens.
- En premier lieu formuler des propositions concrètes pour sortir la France du marasme palliatif. L’intelligence pratique ne manque pas dans ce domaine, il faut la mettre à l’honneur et écouter enfin ceux qui ont donné leur vie professionnelle à cet idéal. Le rapport Hennezel doit faire l’objet d’une lecture minutieuse et attentive.
- Ensuite rappeler sans cesse l’impératif de formation des professionnels de la santé aux contenus éthiques, déontologiques et juridiques de la loi. Pour avoir personnellement dispensé cet enseignement à des cadres de santé au sein d’un module de deux journées de sept heures, la satisfaction des soignants qui ne demandent qu’à approfondir leur réflexion sur les problématiques de fin de vie est inestimable. Ils deviennent rapidement des personnes ressources dans leurs services en entraînant leurs collègues à suivre leur démarche. La diffusion résolue et capillaire de cours spécifiques pendant les cursus universitaires et lors de sessions de formation continue, toutes catégories soignantes confondues, alliant l’aspect magistral à des staffs d’éthique, ne pourra que favoriser une culture médicale faisant échec aux revendications d’un autre âge du lobby pro-euthanasie. C’est ce que les Français attendent. Ils comptent sur le gouvernement pour que les moyens suivent. Jean Léonetti, unanimement apprécié par ses pairs pour ses qualités morales et humaines, se doit de le lui rappeler.
*Pierre-Olivier Arduin est responsable de la commission bioéthique du diocèse de Fréjus-Toulon.
(Source : http://www.libertepolitique.com/public/decryptage/article...)
09:25 Publié dans Réflexions | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : euthanasie, chantal sebire, bioéthique