16.05.2008

Les Orthodoxes appellent l'UE à se soucier de la Christianophobie

Le 5 mai, les divers représentants des religions en Europe ont rencontré les représentants des institutions européennes. Henri Védas rapportait alors les drôles d'idées des évêques catholiques de la COMECE (structure représentant les épiscopats européens à Bruxelles), étrangement complaisants à l'égard de ces institutions.

1252616016.gifOn apprend aujourd'hui que lors de cette même rencontre, le représentant orthodoxe a fait part, lui, de certaines préoccupations légitimes. Mgr Hilarion (photo ci-contre) a fait observer :

"La population chrétienne dans différentes parties de la planète a besoin d'une plus grande protection de la part de l'Union Européenne".

Il a appelé à une condamnation officielle des cas de christianophobie et de discrimination des chrétiens. Il a aussi appelé les dirigeants de l’Union européenne à faire plus pour la préservation du patrimoine chrétien notamment au Kosovo, «où les églises sont détruites de façon barbare, où des milliers de chrétiens sont laissés sans toit et sont contraints à l'exil», et à Chypre dont la partie nord «est illégalement occupée par l'armée turque, où les églises sont soumises à la destruction et où la population chrétienne souffre cruellement».

Concernant la Turquie, il a remarqué que si elle souhaite entrer dans l’Union européenne, elle méprise en même temps la population chrétienne.

"En grande partie, la politique antichrétienne actuelle de la Turquie est basée sur le refus de reconnaître les crimes perpétrés par le passé contre la population chrétienne, en particulier le génocide des Arméniens, des Grecs et des Assyriens."

Source: Le Salon Beige 

 

15.05.2008

Du col Mao au Rotary, ou les idiots utiles du capitalisme

ERIC ZEMMOUR
13/05/2008 | Mise à jour : 14:39 |

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La vague hédoniste de Mai 68 a favorisé la société de consommation. Et l'idéal libéral-libertaire a permis à certains soixante-huitards de faire carrière.

Karl Marx nous avait prévenus. Les événements historiques se répètent deux fois, la première en tragédie, la seconde en farce. Les enragés de Mai 68 avaient l'impression d'ajouter une page à celles, déjà glorieuses, des révolutions françaises : 1793, 1848, la Commune. En face, le général de Gaulle les avait précédés : mai 58 fut un Brumaire parfait. Et le voyage à Baden-Baden sera une fuite à Varennes réussie.

Un Mai 68 peut en cacher un autre : le combat décisif se déroule au sein de la gauche entre gauchistes et communistes, pour le contrôle de la classe ouvrière. Tout pousse communistes et gaullistes à une alliance objective : les souvenirs de la guerre ; la prédilection du grand frère soviétique pour la politique d'indépendance du Général ; et, plus profondément, une même conception du monde, qui repose sur le respect des hiérarchies, la famille patriarcale, le patriotisme. En face, les « gauchistes » sont de farouches internationalistes ; les dirigeants étudiants, qu'ils soient libertaires ou révolutionnaires puritains, croient encore pouvoir concilier les revendications sociales et sociétales. Leur rêve est d'entraîner la classe ouvrière derrière eux. Ce que ne tolèrent pas les communistes. La CGT leur ferme les portes de Renault Billancourt. Cette rencontre manquée est une des scènes fondatrices de notre modernité politique. Dépités, les chefs du mouvement étudiant conserveront un ressentiment profond, aggravé lorsque les ouvriers finiront par accepter les généreuses augmentations de salaires octroyées par les accords de Grenelle. Les ouvriers ne seront plus à leurs yeux que des petits-bourgeois. Ils avaient manqué à leur destin révolutionnaire. Il faudrait « dissoudre le peuple ». Les uns tourneront leurs regards (ils avaient commencé lors de la guerre d'Algérie) vers le sud de la Méditerranée, et ces nouveaux « damnés de la terre » ; les autres se tourneront vers les femmes, « l'opprimée de l'opprimé ». Karl Marx - encore lui ! - avait jadis analysé le rôle de « l'armée de réserve du capitalisme », qui accepte un salaire inférieur pour un travail similaire, et permet au patronat de contenir les revendications salariales des ouvriers en place. A partir des années 70, l'entrée massive des femmes et des immigrés sur le marché du travail tiendra ce rôle-là.

Mais les soixante-huitards n'en avaient cure. Ils étaient passés à autre chose. Les plus farouches, sans doute les Saint-Just ou les Baader qu'on n'aurait pas, s'en allèrent quérir auprès de Dieu la quête d'absolu que la politique n'avait pu leur donner. Les plus stratèges se convertirent à la religion des droits de l'homme, et, au nom de la lutte antitotalitaire, passèrent d'un maître à l'autre, d'un empire à l'autre, de l'URSS (avec un intermède chinois) à l'Amérique. Leur seule constante fut l'aversion pour la France, jetée aux poubelles de l'Histoire. Les plus talentueux, les plus soucieux de reconnaissance sociale, réussirent dans la publicité, les médias, la communication.

Le triomphe du narcissisme

Ils furent les fers de lance du nouveau capitalisme, qui reposait sur la consommation, et non plus sur l'épargne, l'hédonisme et non le puritanisme, l'individualisme et non plus la famille. Dès les années 60, l'Américain Christopher Lasch avait bien montré comment le narcissisme individualiste servait les intérêts de la nouvelle aliénation capitaliste. Dès 1978, Régis Debray montrait comment les libertaires soixante-huitards, en détruisant la famille patriarcale, la nation, l'Etat, les frontières, avaient abattu les derniers remparts à la domination du marché.

Avec beaucoup plus d'efficacité que les révolutionnaires soixante-huitards, les patrons du CAC 40 et leurs délocalisations, les technocrates de Bruxelles et de l'OMC, imposeraient partout la mort des frontières et l'affaiblissement des Etats. Et rétabliraient ainsi des taux de profit minés par l'inflation et la hausse des salaires.

C'est ainsi que nos « enragés de mai » jouèrent le rôle finalement peu enviable - mais très profitable à la carrière de ses figures les plus médiatiques - « d'idiots utiles » du capitalisme.

Source: http://www.lefigaro.fr/lefigaromagazine/2008/05/10/01006-... 

13.05.2008

Catéchisme de papier...

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"La presse a succédé au catéchisme dans le gouvernement du monde. Après le pape, le papier."

 



 

 

Victor Hugo (1802-1885),  Tas de pierres

 

 

09.05.2008

Pour comprendre mai 68

" Mais en fait, on ne peut rien comprendre à ce qui s’est passé en Mai 68 si l’on ne réalise pas qu’à l’occasion de ces journées deux types d’aspirations totalement différentes se sont exprimés. A l’origine mouvement de révolte contre l’autoritarisme politique, Mai 68 fut d’abord, indéniablement, une protestation contre la politique-spectacle et le règne de la marchandise, un retour à l’esprit de la Commune, une mise en accusation radicale des valeurs bourgeoises. Cet aspect n’était pas antipathique, même s’il s’y mêlait beaucoup de références obsolètes et de naïveté juvénile.

La grande erreur a été de croire que c’est en s’attaquant aux valeurs traditionnelles qu’on pourrait le mieux lutter contre la logique du capital. C’était ne pas voir que ces valeurs, de même que ce qu’il restait encore de structures sociales organiques, constituaient le dernier obstacle à l’épanouissement planétaire de cette logique. Le sociologue Jacques Julliard a fait à ce propos une observation très juste lorsqu’il a écrit que les militants de Mai 68, quand ils dénonçaient les valeurs traditionnelles, « ne se sont pas avisés que ces valeurs (honneur, solidarité, héroïsme) étaient, aux étiquettes près, les mêmes que celles du socialisme, et qu’en les supprimant, ils ouvraient la voie au triomphe des valeurs bourgeoises : individualisme, calcul rationnel, efficacité ».

Mais il y eut aussi un autre Mai 68, d’inspiration strictement hédoniste et individualiste. Loin d’exalter une discipline révolutionnaire, ses partisans voulaient avant tout « interdire d’interdire » et « jouir sans entraves ». Or, ils ont très vite réalisé que ce n’est pas en faisant la révolution ni en se mettant « au service du peuple » qu’ils allaient satisfaire ces désirs. Ils ont au contraire rapidement compris que ceux-ci seraient plus sûrement satisfaits dans une société libérale permissive. Ils se sont donc tout naturellement rallié au capitalisme libéral, ce qui n’est pas allé, pour nombre d’entre eux, sans avantages matériels et financiers."

A. de Benoist 

 

05.05.2008

Mai 68...autre chose qu'une révolution de l'ego ?

Une initiative réalisée en collaboration avec le Service de Philosophie morale et politique de l'Université de Liège semble indiquer que l'"esprit de mai 68" a encore de beaux jours devant lui. Selon le communiqué de presse du comité organisateur du week-end "Actualités de Mai 68", l'initiative annoncée entend bouleverser les idées reçues  sur le joli mois de mai. Pour notre part, nous pensons que ce communiqué ne fait que confirmer l'analyse réalisée par P. de Plunkett et que nous avons publiée dans le précédent message posté sur ce blog. Nous reproduisons ci-dessous le communiqué de presse en soulignant les passages du texte qui prouvent amplement que, quoi que l'on fasse, on ne peut sortir des clichés de Mai 68. Nous commentons ensuite notre choix sans concessions ni langue de bois afin de susciter le débat d'idées. Libre à nos détracteurs de venir s'exprimer sur ce blog s'ils l'estiment nécessaire.

" Les 30, 31 mai et 1er juin, à l'Université de Liège et à Périple en la Demeure (à Limerlé, près de Gouvy dans les Ardennes), le monde universitaire et le monde associatif se rencontrent pour un week-end autour de Mai 68. Entre conférences-débats, tables rondes, expositions, projections, discussions, concerts, spectacles, le week-end « Actualités de Mai 68 » vise à montrer ce que fut Mai 68 en réalité, au-delà des idées reçues. Il est ouvert à tous, quels que soient l'âge et le diplôme.

Présentation :

Le week-end « Actualités de Mai 68 » veut être avant tout une entreprise de démystification de deux clichés qui circulent actuellement sur les pratiques et les pensées issues de Mai 68. Mai 68 aurait été une destruction des règles, une suppression de l’ordre, une abolition des institutions conduites par une glorification du désir délié de toute norme, en vue d'une pure et simple libération de l'individu. On tiendrait là le ferment du néo-libéralisme consumériste qui nous est contemporain. D'autre part, Mai 68 serait réductible, in fine, à une révolte minime de la bourgeoisie étudiante parisienne, révolte qui aurait donné un peu d'air à une société trop ordonnée, hiérarchisée, renfermée.

À rebours de ces clichés, nous soutenons au contraire que les mouvements de Mai 68 ont fait l'expérience de formes de vie qui, si elles voulaient en finir avec les rapports hiérarchisés d'autorité et de domination, n'en proposaient pas moins la création de rapports sociaux et inter-individuels dont la règle est l'égalité. Nous affirmons d'autre part que Mai 68 ne saurait être réduit à une révolte étudiante parisienne et que, comme tout événement social et politique, il s'inscrit dans une histoire, et surtout dans un contexte international (guerre du Vietnam, révolution culturelle chinoise, émeutes raciales aux Etats-Unis, etc.) qui en détermine les significations et qu'il contribue en retour à transformer. En ce sens, loin de rompre avec les idéaux d’émancipation cosmopolite et de marquer la naissance du relativisme et de l’individualisme, Mai 68 en serait à l'inverse une réactivation originale, à la fois pratique et théorique.

C'est à partir de là que Mai 68 cesse d'être le simple souvenir d'une révolution idéale, donnant lieu à de grand-messes commémoratives. Comprendre ce qui s'est passé et ce qui s'est pensé en Mai 68 est la condition pour que, aujourd'hui, Mai 68 vive encore et se renouvelle : pour que Mai 68 continue de transformer notre monde. Voilà pourquoi nous tenons à ce que le week-end organisé à l'ULg et à Périple en la Demeure soit ouvert à tous ceux qui, dans leurs luttes et leurs pratiques d'aujourd'hui, maintiennent vivants et actualisent l'esprit et la force critiques des mouvements de Mai.

Programme résumé :

Vendredi à l'Université de Liège, de 10h00 à 17h00 : Les pensées 68 ou l'universalité en question

Vendredi soir à Périple en la Demeure, dès 20h00 : Autour du Front Populaire

Samedi matin à Périple en la Demeure, de 10h00 à 12h30 : Etudiants et intellectuels – entre 68 et 2008

Samedi après-midi à Périple en la Demeure, de 14h00 à 19h30 : Le 68 ouvrier

Samedi soir à Périple en la Demeure, dès 20h00 : Musique et littérature

Dimanche à Périple en la Demeure, de 9h00 à 19h00 : 68-2008 : un mouvement international "

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Nos commentaires personnels : 

Le terme "formes de vie" est admirablement bien choisi. En effet, voilà bien l'expression la plus aboutie du relativisme de l'idéologie soixante-huitarde : considérer que la vie n'a pas d'essence, de règles et de caractères permanents. Les "formes de vie" sont à réinventer continuellement et perpétuellement. Malgré les déclarations de bonnes intentions de l'initiative universitaire désirant dépasser le cliché "relativiste", plusieurs passages du communiqué indiquent clairement que ce relativisme est toujours revendiqué avec force par les néo soixante-huitards liégeois. Il faut que l'énergie de Mai 68 continue de "transformer le monde" dans les "luttes" et les "pratiques" d'aujourd'hui. La révolution doit être permanente sur le plan politique comme sur le plan individuel et l'égalité est un combat de tous les instants disait Trotsky, une des figures de référence de nombreux leaders étudiants de l'époque.

Les rapports sociaux "hiérarchisés" sont associés aux rapports de "domination". Effectivement, selon l'idéologie soixante-huitarde, notamment dans le domaine de la pédagogie, la transmission du savoir du "maître" vers le "disciple" n'est pas considérée comme une pratique éducative fondamentalement sage et naturelle. Que du contraire, le maître, malgré toute son expérience, n'a aucune prééminence sur son disciple, qui a autant de "richesses" à apporter à son instructeur que lui-même peut lui en apporter. Et si le Professeur, du haut de sa chaire, continue à considérer l'étudiant comme un individu à élever progressivement au rang de ses pairs professeurs, cela signifie indubitablement, aux yeux des héritiers de mai 68, que le maître exerce alors envers son disciple un rapport insupportable de domination. Ce rapport de domination doit donc être transformé en un rapport "inter-individuel dont la règle est l'égalité". Cette analyse est typique de l'utopie qui caractérise l'idéologie de 68, utopie allant jusqu'à nier le réel le plus basique. De par cette négation du réel, la concrétisation de l'idéologie soixante-huitarde ne peut d'ailleurs s'accompagner que d'une hypocrise gigantesque puisque le Professeur, acquis à cette néo-pédagogie, tentera de faire croire à son étudiant qu'il est son égal tandis que la réalité viendra continuellement démentir ce présupposé posé de façon purement arbitraire. La collaboration réciproque censée exister entre le Professeur et l'étudiant ne sera en défintive qu'une forme de manipulation déguisée, ce que les étudiants intelligents sont d'ailleurs loin d'ignorer dans les écoles. Cette lutte de Don Quichotte contre le réel, par essence "créateur d'inégalité", permet finalement d'expliquer assez bien ce besoin consubstantiel à l'idéologie néo-soixante-huitarde de vouloir continuellement  transformer le monde imparfait : nous assistons tout simplement aujourd'hui encore aux circonvolutions effrénées d'aventuriers à la recherche de la Sainte Egalité qui n'existe pas et à laquelle le bon peuple lui-même ne croit pas.

Nous pensons pour notre part avec Nietzche que l'égalité n'est rien d'autre qu'un concept abstrait revendiqué par ceux qui désirent que leur ego et leur soif d'exister socialement soient érigés en dogmes absolus. Plutôt que de chercher à se dépasser perpétuellement pour acquérir un degré supérieur d'être ("Le Surhomme"), le "dernier homme" préfère contourner l'obstacle et poser dès le départ que tout est égal à tout. Nous ne voyons sincèrement pas en quoi nous sortons ici des clichés relativistes et individualistes de la mythologie soixante-huitarde. Au contraire, l'égalité érigée en tant que nouveau principe dirigeant la société vient pour ainsi dire consacrer le triomphe de l'individualisme. Selon cette idéologie, chaque individu en vaut un autre et la pierre que chacun apporte à l'édifice sociétal est strictement identique en valeur absolue. Le problème étant que, s'il n'existe que des ouvriers égaux pour construire l'onirique édifice de la société à venir, le futur bâtiment risque bien de s'écrouler un jour ou l'autre faute d'architecte et de chef de chantier. Mais sans doute l'asbl "Périple en la demeure" a-t-elle prévu de faire précéder ici le travail des ouvriers d'UTOPIA par l'activité neuronale de l'avant-garde du Prolétariat qui se réunira lors des rencontres intellectuelles annoncées à Liège et à Limerlé pour fin mai ?

Enfin nous ne voyons décidemment pas en quoi le fait de ne pas rompre avec les idéaux "d'émancipation cosmopolite" serait un élément se démarquant de l'imagerie fantasmée de mai 68. Les luttes des années 60 et 70 contre les effets désastreux de l'ultralibéralisme ou de l'impérialisme américain permettaient effectivement de rompre avec certaines habitudes de la société bourgeoise et nous ne remettons pas en cause le caractère juste de certaines de ces luttes, au-delà des récupérations politiques qu'elles ont pu susciter. Mais en l'occurence, l'utilisation dans le communiqué des termes "émancipation cosmopolite" indique clairement ici que cette lutte ne se résume pas seulement au combat contre les dérives de la société marchande, société que le Cercle Gustave Thibon dénonce pour sa part avec virulence lors de ses conférences. A nouveau, l'idéal trotskyste d'une révolution mondiale destructrice des frontières et des identités traditionnelles semble ici clairement envisagé. A cela, il suffira d'opposer le témoignage d'un habitant de Katmandou interrogé récemment à la télévision sur les effets de l'"émancipation cosmopolite" tant prônée à l'époque par les Hippies auprès des jeunes Népalais : "Ce fut une catastrophe, nos jeunes ont été contaminés par leur comportement, ils ne respectaient plus les coutumes ancestrales, ne voulaient plus travailler et passaient leur temps à palabrer dans les rues, à se droguer ou à courir les filles sans songer à fonder une famille stable et durable. Beaucoup de jeunes Népalais rêvaient aussi de partir en Occident pour découvrir la société européenne. Nous en avons beaucoup souffert." Et le journaliste de demander benoitement : "Comment avez-vous réagi alors ?" Réponse : "Nous avons chassé les Hippies et tout est plus ou moins rentré dans l'ordre"...Gageons qu'il sera plus difficile de faire de même en Europe puisque ce sont les mêmes Hippies revenus de Katmandou qui sont désormais aux commandes tandis que leurs fils spirituels peuplent désormais nos universités.

 

 

04.05.2008

Liquider Mai 68?

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Comme vous avez pu le constater, nous sommes quarante ans après Mai 68. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que les médias nous bombardent d'articles, d'images anciennes, de récits d'époque, de débats plus ou moins animés, d'interviews des meneurs du mouvement, etc. De même, les librairies ne sont pas en reste, et on oserait à peine tenter un décompte des ouvrages lié de près ou de loin à ce sujet. Assez étonnamment, il est un ouvrage qui semble bien peu présent dans les librairies, ouvrage pourtant au titre bien plus accrocheur que les autres.

Sous la direction de M. Grimpret ("Dieu est dans l'isoloir", PR, 2007) et C. Delsol ("Eloge de la singularité", La Table Ronde, 2007), "Liquider Mai 68?", paru aux Presses de la Renaissance, sort effectivement du lot puisqu'il ne paraît pas vouloir, à l'instar de bien d'autres, encenser le mouvement que fut "Mai 68", mais bien plutôt poser la question de ce qu'il fut d'abord, et de ce qu'il a apporté ensuite. Il s'agit ici de ne point jeter le bébé avec l'eau du bain, mais il ne s'agit point non plus d'idéaliser ce moment, devenu pour certains un véritable mythe fondateur d'une nouvelle civilisation.

Nous vous proposons à la lecture l'introduction de cet ouvrage, rédigée par le journaliste Patrice de Plunkett.    

 

 

LA REPENTANCE N'EST PAS DANS L'AIR

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Liquider Mai 1968 : vaste programme, eût dit de Gaulle.  Il faut voir où l’on met les pieds.

Peut-on regarder 68 comme un drame politique dont on pourrait dresser le bilan, à la façon des Livres noirs du communisme et du colonialisme ? 

Ce serait une erreur.

J’en témoigne. J’avais vingt ans cette année-là et j’étais sur le terrain. Etudiants « réacs » [1]  de Nanterre et du Quartier latin, nous nous sommes bien amusés –  mais sans y croire une seconde ! Nous ne sommes pas allés sur les Champs-Elysées le 30 mai. Pas un instant nous n’avons gobé que « les rouges » voulaient « prendre le pouvoir ». Ni que la « révolte étudiante » était « dirigée et exploitée par des meneurs au service d’une puissance sans visage qui agit partout à la fois dans le monde », comme l’écrivait alors Mauriac dans son bloc-notes... La panique bourgeoise nous faisait rire. La droite jouait à la contre-révolution, mais il n’y avait pas de révolution ; les cris de guerre des gauchistes sonnaient faux, leurs slogans avaient l’air d’un décor. La société qu’ils dénonçaient n’existait pas. Le danger qu’ils proclamaient (la « fascisation du capitalisme ») était imaginaire et absurde.

Mais nous qui étions dans le bain, contrairement à la droite, nous sentions qu’il y avait tout de même un esprit du mouvement de Mai : et que cet esprit était autre chose que son apparence.

On devinait un volcan qui n’était pas politique [2].

Sous les gesticulations pseudo-marxistes courait en réalité une fièvre irrésistible d’individualisme, vouée à brûler tout ce qui paraissait freiner encore un peu  le règne de l’ego.

Mai 68 allait aider – sans le vouloir –  à installer une société consumériste, fondée sur l’exploitation commerciale des pulsions du Moi les plus déshumanisantes : une société où le travail allait devenir aussi flexible que la morale,  comme  dans  le  film  de  Ken  Loach It’s a free world [3]. Cette société allait fusionner la gauche et la droite comme des gérantes du même hypermarché. Pierre Legendre l’écrira en 2001 : « Notre société prétend réduire la demande humaine aux paramètres du développement, et notamment à la consommation »[4] .

Pour que la société puisse devenir ce terrain vague, il fallait raser les ultimes valeurs supérieures à l’individu, les dernières « haies », les vestiges d’un art de vivre plus ancien que la bourgeoisie moderne.

Cette destruction fut l’œuvre de l’esprit de 68.  Il a agi comme un incendie. Ce n’était pas difficile : les « haies » étaient desséchées par le néant moral des Trente Glorieuses...  « Notre mode de vie focalisé sur le confort et l’utilitaire ne satisfait pas la jeune génération », affirmait en 1967 le journaliste italien Giorgio Bocca. Son diagnostic surestimait le mobile des jeunes, mais il était presque exact sur un point : la faillite éthique des vieux.

 

La prophétie de Boutang

 

Quelqu’un avait vu cette faillite plus nettement, en France, deux ans avant 1968. C’était le philosophe Pierre Boutang, et sa vision [5] a l’air d’une prophétie lorsqu’on la relit en 2008 :

« Une part de la réalité de l’homme est en train de s’évanouir, ou changer de sens ; subissant à la fois les techniques de massification (perdant de plus en plus son visage, la ressemblance avec Dieu) et la rhétorique de l’humanisme le plus vague et dégoulinant, le citoyen des démocraties modernes et développées a laissé tomber […] sa réalité d’homme, vivante et en acte. Il a cessé d’agir comme père, d’exercer comme un père une autorité familiale (or nul n’est homme s’il n’est père, dit Proudhon). […] Pour cela, les fils s’éloignent (même en restant là) et haïssent ou méprisent  à la fois le fils que fut leur père, et le père qu’il n’est pas. Leur ‘‘protéïsme’’, leur capacité de désir de prendre toutes les formes animales, jusqu’au refus du visage humain et de la détermination sexuelle, n’est que le constat d’absence, mais d’absence molle et pesante, d’un être de l’homme, à l’image de Dieu, chez l’adulte. »

Ce texte de 1966 était une prémonition du processus de Mai 68 :

- d’abord la nullité morale des pères, bourgeoisie « traditionnelle » déboussolée qui s’attirait le mépris des enfants ;

- puis la dislocation psychologique des enfants, « jusqu’au refus du visage humain et de la détermination sexuelle ».

En mai 2008 ces enfants ont la soixantaine. Leur refus de naguère est devenu l’esprit d’une néo-bourgeoisie : l’âme d’un monde sans âme, où la droite et la gauche desservent par roulement  – à des heures différentes – le rayon des « nouvelles mœurs » à l’enseigne du Grand N’importe Quoi.  Le philosophe Bernard Stiegler conclut [6] à leurs torts partagés : 

« On a souligné un paradoxe à propos de Mai 68 : on a pensé que le capitalisme était porté par la droite, qui défend les ‘‘valeurs traditionnelles’’, et que c’est un mouvement de gauche (Mai 68) qui a voulu symboliquement détruire ces valeurs. Mais en réalité, ce qui a réellement organisé cette destruction des valeurs, c’est le capitalisme… Le capitalisme est contradictoire avec le maintien d’un surmoi… Une société sans surmoi s’autodétruit. Le surmoi, c’est ce qui donne la loi comme civilité. Un récent rapport du préfet de la Seine-Saint-Denis expliquait la violence dans les cités par cette absence de surmoi, qui se traduit alors par le passage à l’acte… »

Selon la formule d’un autre philosophe de 2008, Jean-Claude Michéa, il est « impossible de dépasser le capitalisme sur sa gauche ». Ainsi les postures dominantes aujourd’hui sont libérales-libertaires : elles cultivent les transgressions « qui servent à la bonne marche des affaires » ; « elles rompent les solidarités effectives, en isolant plus encore l’individu dans une monade où se perd ‘‘le goût des autres’’, où il n’est plus qu’un rouage. [7] »

En détruisant le français et l’histoire à l’école, par exemple, les pédagogues post-68 ont fait table rase au profit de l’idéologie marchande  – qui exploite l’amnésie et parle en basic english.

 

Mai 68, portier du matérialisme mercantile

 

Mai 68 n’est donc pas l’antithèse de 2008.

Il n’est pas l’inverse de notre société libérale-libertaire (ou ultralibérale, c’est la même chose).

Il n’est pas l’opposé de « notre monde postmoderne avec sa politique cacophonique et vide, et sa contre-culture devenue marché de masse » [8] 

Au contraire : 68 en fut le point de départ ! Fausse révolution, vraie pulvérisation. Transformation de la société en une dissociété : le tout-à-l’ego. Mutation de l’homme « familial enraciné » en « individu dans la foule », sans attaches ni foyer stable... Mai 68 a lancé l’idée que toute stabilité était « fasciste », et cette diabolisation du durable [9] a fleuri en tous domaines. L’économique y a vu son intérêt.  Le capitalisme s’y est reconnu.  Ayant  succédé  aux pères  bourgeois, les fils bourgeois ont séparé la bourgeoisie et les « valeurs traditionnelles ». Ils ont transposé 68 dans le business, comme le pubard ex-trotskiste incarné par Maurice Bénichou dans une merveille de film passée inaperçue en 1997 :  La Petite Apocalypse de Costa Gavras.  Ce fut l’époque où l’ex-mao François Ewald devenait le philosophe du Medef, sous la houlette d’un autre soixante-huitard passé au néocapitalisme : Denis Kessler.

Ainsi a surgi  ce que Luc Boltanski et Ève Chiapello, dans leur enquête parue à la fin de la dernière année du XXe siècle, ont appelé Le nouvel esprit du capitalisme [10]:

« Nous avons voulu comprendre plus en détail […] pourquoi la critique […] s’éteignit brutalement vers la fin des années 70, laissant le champ libre à la réorganisation du capitalisme pendant presque deux décennies […], et pour finir, pourquoi de nombreux soixante-huitards se sentirent à l’aise dans la nouvelle société qui advenait, au point de s’en faire les porte-parole et de pousser à cette transformation. »

Quelle physionomie a cette nouvelle société ? Stiegler l’indique : « Puisque le désir est le moteur qui nous fait vivre et nous meut (ce qui détermine en profondeur notre comportement), le capitalisme de consommation cherche par tous les moyens à en prendre le contrôle pour l’exploiter comme il exploite les gisements pétrolifères : jusqu’à épuisement de la ressource… » 

Mais d’abord, cette forme de capitalisme devait « détourner la libido des individus de ses objets socialement construits par une tradition, par les structures prémodernes comme l’amour de Dieu, de la patrie, de la famille. »

Boltanski et Chiapello (1999) confirmeront ainsi la vision de Boutang  (1966)  sur  l’absence inéluctable du « père » et du familial  – matrice de toute société –  dans la société nouvelle :

« La famille est devenue une institution beaucoup plus mouvante et fragile, ajoutant une précarité supplémentaire à celle de l’emploi et au sentiment d’insécurité. Cette évolution est sans doute en partie indépendante de celle du capitalisme, bien que la recherche d’une flexibilité maximale dans les entreprises soit en harmonie avec une dévalorisation de la famille en tant que facteur de rigidité temporelle et géographique, en sorte que […] des schèmes similaires sont mobilisés pour justifier l’adaptabilité dans les relations de travail et la mobilité dans la vie affective… [11] » 

 

Alors que son idéologie prétendait « contester la société de consommation », 68 a préparé le terrain au triomphe absolu de cette société. Car le centre nerveux de l’esprit de 68 n’était pas idéologique, mais psychologique, sous la forme d’un double rejet :

- le rejet du familial  (avec une virulence dont se souviennent les lecteurs du Charlie Hebdo  des grandes années) ;

- le rejet du spirituel (avec la même virulence, n’en déplaise à feu Maurice Clavel qui fut seul à voir le Saint-Esprit sur les barricades du 3 mai).

Rejeter le familial et le spirituel, c’était rejeter l’essentiel de la condition humaine et nous soumettre à un sort injuste : « nous forcer à passer nous-mêmes à côté de notre propre vie, et ainsi laisser la promesse de vie s’enfuir dans la banalité  pour finir dans le vide [12] ».   Une telle mutilation révoltait Patrick Giros, qui allait mourir à la tâche au service des SDF : « Rendez-vous compte, cette logique soixante-huitarde, que je connais parce que je suis un des fils de 68, eh bien les premières victimes qu’elle fait ce sont les petits, les jeunes, les fragiles, ceux qui ont une famille explosée, ou des fragilités psychologiques… [13] »

Or ce rejet soixante-huitard du spirituel et du familial, est aussi le centre nerveux de la société consumériste. Celle-ci réduit le monde humain à la consommation matérielle individualiste  (une fuite en avant égocentrique : une vie réduite à l’insatisfaction acheteuse). Elle ampute l’existence de dimensions qui sont les clés de la condition humaine.

Là est l’imposture de Mai 1968 : s’être présenté comme l’ennemi de la société de consommation, alors qu’il anéantissait tout ce qui freinait le triomphe de celle-ci.

L’esprit de 68 a vomi tout ce qui n’était pas le caprice individuel (d’où le célèbre slogan : « il est interdit d’interdire »). Il ouvrait ainsi la voie au matérialisme mercantile. Celui-ci allait se substituer à tout, en  installant :  1. le caprice individuel comme ressort du marketing ; 2. le marketing comme seul lien du vivre-ensemble...  Ainsi les slogans de 68 furent récupérés en bloc par le marketing, et ce fut la naissance de la sous-culture des années 1980-2000 : plus besoin de chercher le sens de la vie, il suffisait d’être « soi-même », de « penser avec son corps », de se contenter d’exister, de « bouger »  – et finalement, d’acheter.  Le marketing ne demandait rien de mieux aux consommateurs : ne plus se poser de questions, devenir dociles et ductiles. 

Ces noces de Mai et du Marché auraient horrifié, dix ans plus tôt, les soixante-huitards extrêmes : ceux qui rêvaient d’abolir l’argent, d’en revenir au troc et de proclamer « l’An 01 » avec le dessinateur Gébé. Pourtant c’est ce qui est advenu... Cela n’aurait pas étonné le vieux Marx, qui félicitait le capitalisme (cent trente ans plus  tôt) de son pouvoir de destruction-innovation :   

« La bourgeoisie ne peut exister sans révolutionner constamment les instruments de production, ce qui veut dire les rapports de production, c'est-à-dire l'ensemble des rapports sociaux. […] Ce bouleversement continuel de la production, ce constant ébranlement de tout le système social, cette agitation et cette insécurité perpétuelles distinguent l'époque bourgeoise de toutes les précédentes. Tous les rapports sociaux […] se dissolvent […] Tout ce qui avait solidité et permanence s'en va en fumée. [14] »

 

Les sociaux et les mondains

 

Alors, critiquer Mai ?  Oui. Mais n’en faisons pas un prétexte.  Ne disons pas que tout va bien aujourd’hui ; ou qu’il suffirait, pour que tout aille mieux, de liquider l’esprit de 68.

Je préfère être avec Benoît XVI, lorsqu’il demande que l’on change le modèle économique  global [15].

Et avec les évêques de la planète catholique, lorsqu’ils appellent à lutter contre « des injustices qui crient vers le ciel » [16].

Et avec les anciens soixante-huitards qui ont lancé en France l’économie solidaire… Ceux-là ont su ne pas suivre l’esprit de 68 dans son transfert ultralibéral.  En se faisant entrepreneurs sociaux, ils ont à la fois pris le contrepied du matérialisme mercantile et de 1968 (la « déconstruction » ravageuse).

La fusion de 1968 et du consumérisme ne légitime pas le consumérisme ; le triomphe actuel du consumérisme ne nous dispense pas de chercher des solutions pour en sortir.

À gauche de la gauche, quelques-uns  commencent à voir le rôle de l’esprit de 1968 dans l’hypermarché qu’est la société présente. Ainsi le journal La Décroissance  [17] donnant la parole au maire de Grigny (Rhône), René Balme, qui accuse le slogan « interdit d’interdire » d’avoir ouvert un boulevard à la marchandisation de tout : en effet, dit-il, la libre concurrence « ne doit être bridée par rien »… Le psychiatre Jean-Pierre Lebrun ajoute : « Beaucoup de gens sont aujourd’hui dans une grande confusion, car ils croient être débarrassés des interdits. Si plus rien n’est interdit, plus rien ne veut rien dire. » Selon Lebrun, spécialiste des comportements,  la « stratégie néolibérale » disloque la condition humaine en niant que les limites soient « utiles et fondatrices » ; elle fait ainsi « sauter les verrous les uns après les autres » : « Le néolibéralisme […] dans son versant consumériste donne l’illusion que l’on peut avoir accès facilement à la satisfaction de  nos prétendus besoins, et cela sans aucun renoncement. Mais la vie humaine ne se résume ni à cette satisfaction, ni à ces prétendus besoins. »

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Beaucoup de gens trouvent que la société de consommation ne pose aucun problème. Ce n’est pas mon avis, mais ce que vous venez de lire n’est qu’un regard personnel.

Il y a d’autres regards...

Leur diversité et leur confrontation sont un service que rend ce livre. Car l’heure vient de réparer l’un des pires dégâts collatéraux de Mai : avoir pollué l’exercice du débat dans ce pays.  L’esprit de 68 ajoute en effet à ses caractéristiques celle d’être futile et manichéen en même temps. Il brandit la dérision, mais il voit le monde en noir et blanc. Camp du Bien contre camp du Mal ! Dans ce climat, les nuances disparaissent et l’échange d’idées devient impossible : il n’y a que des imprécations, des anathèmes contre les horreurs ultimes et les abominables relents dont on affuble l’adversaire. Personne n’est plus en mesure d’analyser les données, de faire la part des choses. Quarante ans après 68 on est toujours dans cette ornière : quand le professeur Alain Badiou proclame, en chaire, que  « Sarkozy est le nouveau nom du pétainisme » [18], c’est 1968 qui continue ; toujours la manie de l’exorcisme (« CRS - SS ») substitué au raisonnement...   Et quand Jean-François Kahn fait rire tout le monde en 2007 avec cette entrée de son Abécédaire mal pensant [19]: 

«  – ‘‘Abject’’ : équivalent à ‘‘contestable’’ dans les livres de Bernard-Henri Lévy »…

…les lecteurs songent-ils que la démesure dans l’invective est un legs de Mai 68 ? 

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En 2006, je dînais dans une grande ville française avec le patron d’un quotidien régional et sa femme. Lui et moi avions presque le même âge. L’épouse était plus jeune.  Après nous avoir écoutés évoquer le joli mois de mai, elle nous a coupé la parole :

  Au fond, la génération de 1968, vous emmerdez tout le monde depuis quarante ans ?

Nous lui avons répondu :

– C’est assez vrai. 

En une époque de repentances, celle de notre génération n’a pas eu lieu et ne semble pas près de se faire.

Un psychanalyste télégénique déclare en octobre 2007 : « Je suis resté fidèle aux idéaux de 1968 ». Il explique : «J’avais 16 ans et j’ai vécu cette période comme une déflagration. La vie intime, qui jusque là était forclose, a jailli d’un coup dans la société… » Ce soixante-huitard impénitent a réussi dans l’existence (souligne  Libération) : « Parisien aisé, entre un appartement dans le 3e arrondissement et des voyages en Inde avec ses enfants, il devient assez logiquement un pur bobo : ‘‘Au test du  Nouvel Observateur, j’ai toutes les réponses positives, de la marque de café au lieu de vacances’’. » 

Quelques jours après, Le Monde consacre une page entière à raconter le plus grand mariage de la saison. L’article s’intitule : « Carnet mondain de la nostalgie »… En effet le marié fut un héros de Mai, il est eurodéputé aujourd’hui et il a convié huit cents personnes à la noce : toute l’élite parisienne, tous anciens de 68 ! Entre autres un psychanalyste médiatique (un de plus), qui jubile et déclare à ses voisins de table : «  Si on n’est pas invité ce soir, on n’existe pas socialement. » 

Deux mois plus tard, un joaillier de la rue de la Paix annonce une « nouvelle collection seventies ». Sur sa pleine page de pub, on voit une top-model qui lève le poing avec un bracelet de platine et une bague de diamants ; sourcil froncé, oeil dur, lèvres ouvertes comme pour un cri, la créature mime une attitude de manifestante. Derrière elle on voit un ciel bleu, sur lequel se détache  – en petites capitales couleur blanc-nuage – le slogan du magasin : « militant de l’impertinence ».  Le folklore de Mai est devenu un argument de vente.

Oui, 68 a changé la vie.

Non, la repentance n’est pas dans l’air.

          P.P.       

 



1. Qui avions deux ennemis : les gens de Krivine (futurs ministres socialistes) et ceux d'Occident (futurs ministres ultralibéraux).
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2.   « La majorité des centaines de milliers de personnes qui y ont participé, à différents niveaux, n’avaient ni idéologie définie ni appartenance politique… La révolution de Mai 68 fut culturelle, et non politique. » (Manuel Castells, professeur à Berkeley, La Vanguardia, 19 mai 2007).

3.  Sorti en 2008.

4.  Le Monde, 23 octobre 2001.

5.   La Nation française, 19 janvier 1966.

6.  Comprendre le capitalisme  (Le Nouvel Observateur hors-série, mai 2007).

7.  Le Monde,  22 novembre 2002, à propos du livre de Michéa  Impasse Adam Smith (Climats).

8.  Ed Vulliamy, The Observer, 30 septembre 2007.

9.    Douée pour récupérer ce qui la conteste, la rhétorique économique allait (plus tard) s’emparer de la formule « développement durable ». Mais où sont les réalisations concrètes ?

10.  Gallimard 1999, 843 pages..

11.  Boltanski, op.cit.

12.   Josef Ratzinger, La mort et l’au-delà, Fayard 1994.

13.  À la rencontre des personnes de la rue (« Aux captifs la libération »), de Jean-Guilhem Xerri, Nouvelle Cité  2007.

14.   Manifeste de 1848.

15.  novembre 2006.

16.  Synode universel, octobre 2005.

17.  Décembre 2007.

18.  Dans son cours à l’ENS pendant la campagne présidentielle de 2007.

19. Plon, 2007.

03.05.2008

Surprenant Mont Saint-Michel!

 

Malgré ses 3 millions de visiteurs annuels et son immense importance religieuse, le Mont Saint Michel peine aujourd’hui à conserver son caractère spirituel.

Pourtant il subsiste au coeur de l’abbaye une petite communauté de moines et moniales qui assure quotidiennement la présence du religieux : la Fraternité Monastique de Jérusalem. Ils veillent, entre autres, à accueillir les personnes qui souhaitent se retirer temporairement du monde : les retraitants.

Or depuis des années, ces derniers sont logés dans des hôtels de la ville, au milieu des touristes. Cette situation difficilement compatible avec une retraite spirituelle est en passe de changer. Un événement exceptionnel s’est récemment produit : une maison à été mise en vente et a pu être rachetée au profit de la communauté.

Un reportage exclusif sur un aspect méconnu du Mont Saint Michel

P.S. Vous pouvez contribuer à l'achat et aux travaux du Logis en envoyant un chèque à l'ordre de "Fondation des Monastères" à l'adresse suivante : "Fraternité de Jérusalem, BP3, 50170 Le Mont Saint Michel". Un reçu fiscal sera délivré en retour.

 

28.04.2008

Dégénérations


"Mes Aïeux" est un groupe musical québécois créé en 1996.

Ils ont été, bien sûr, longtemps boudés par les medias étant donné leurs chansons, tout en remportant un vif succès auprès du public (en particulier d'adultes jeunes) avec de nombreux spectacles, la plupart à guichets fermés, et une forte diffusion de leurs albums.

Fin 2006 leur 4ème album "Tire-toi une bûche" eut un succès encore plus important : disque d'or (par l'importance des ventes totales effectuées) en moins de 3 semaines. Et les medias et radiodiffuseurs à partir de cette date, ont bien été obligés d'en tenir compte. Non sans "frémir" (le mot est tiré de la presse québécoise) du contenu de leurs chansons, en particulier "Dégénérations" qui figure dans ce 4ème album.

"Dégénérations" est un jeu de mots entre "des générations" et "dégénérescence". En effet cette chanson retrace la situation non seulement des québécois, mais d'à peu près tous les peuples d'origine européenne : insuffisance d'enfants, perte d'identité et de repères.

Paroles de la Chanson :

Ton arrière-arrière-grand-père, il a défriché la terre
Ton arrière-grand-père, il a labouré la terre
Et pis ton grand-père il a rentabilisé la terre
Pis ton père, il l'a vendu pour devenir fonctionnaire

 

 

Et pis toi, mon p'tit gars, tu l'sais pus c'que tu vas faire
Dans ton petit 3 et 1/2 bien trop cher, frette en hiver
Il te vient des envies de devenir propriétaire
Et tu rêves la nuit d'avoir ton petit lopin de terre

 

 

Ton arrière-arrière-grand-mère, elle a eu 14 enfants
Ton arrière-grand-mère en a eu quasiment autant
Et pis ta grand-mère en voulait 3 c'était suffisant
Pis ta mère en voulait pas; toi t'étais un accident

 

 

Et pis toi, ma p'tite fille, tu changes de partenaire tout le temps
Quand tu fais des conneries, tu t'en sors en avortant
Mais y'a des matins, tu te réveilles en pleurant
Quand tu rêves la nuit d'une grande table entourée d'enfants

 

 

Ton arrière-arrière-grand-père, il a vécu la grosse misère
Ton arrière-grand-père, il ramassait les cennes noires
Et pis ton grand-père -miracle!- est devenu millionnaire
Et pis ton père en a hérité, il l'a tout mis dans ses RÉERs

 

 

Et pis toi, p'tite jeunesse, tu dois ton cul au ministère
Pas moyen d'avoir un prêt dans une institution bancaire
Pour calmer tes envies de hold-uper la caissière
Tu lis des livres qui parlent de simplicité volontaire

 

 

Tes arrière-arrière-grands-parents, ils savaient comment fêter
Tes arrière-arrière-grands-parents, ça swingait fort dans les veillées
Et pis tes grands-parents ont connus l'époque yé-yé
Tes parents,c'taient des discos; c'est là qu'ils se sont rencontrés

 

 

Et pis toi, mon ami, qu'est-ce que tu fais de ta soirée?
Éteins donc ta tv, faut pas rester encabané
Heureusement que dans'vie certaines choses refusent de changer
Enfile tes plus beaux habits car nous allons ce soir danser ...

Les nouvelles relations amoureuses

 

Un des traits les plus étranges, et les plus insupportables, de la psychologie moderne est peut-être la totale confusion entre « avoir de la personnalité » et « exprimer son égoïsme et son égocentrisme ».

En effet, aujourd'hui, tout ce qui peut, de près ou de loin, être assimilé à de l'altruisme, de l'humilité, du don de soi, de l'abnégation discrète, de la reconnaissance silencieuse ou de l'admiration muette est considéré comme de la faiblesse, voir, horresco referens !, de la « soumission ». Et comme chacun sait, toute « soumission » est indigne et infâme, non pas seulement lorsqu'elle est imposée mais même quand elle est choisie… Abjecte par sa nature même qui veut que l'on reconnaisse n'être pas l'individu le plus exceptionnel de l'univers créé, demi-dieu formidable « se suffisant à lui-même », mais un simple héritier doublé d'un serviteur, redevable du passé et débiteur des formes, principes, valeurs, et pourquoi pas personnalités, supérieurs qui entourent ses jours.

Dorénavant, hors de soi, point de salut ! Pour exister et briller socialement il convient de brasser du vent et de faire du bruit afin de s'imposer dans le grand carnaval des relations humaines ! Quel qu'en soit le prix ! Voici venus les temps de l'homme-gyrophare !

Pour capter un peu du regard de cette masse immonde et veule qu'on appelle « les gens », il faut se faire remarquer par tous les moyens possibles, les plus vils étant, bien sûr, privilégiés. Il est ainsi désormais vital de se « distinguer » en crachant à la gueule du monde le petit glaviot de sa « différence » et de son « originalité », évidemment fictives mais que l'on fera exister artificiellement quelques instants par les pitoyables procédés de la « contradiction systématique », du « contre-pied mécanique » ou de la « provocation stérile ».

Cette tendance est notamment abominablement prégnante dans le fonctionnement quotidien d'une foultitude de prétendus couples dont les membres, en apparente concurrence permanente, ne semblent pas avoir d'autre but que d'exhiber aux yeux d'autrui non pas ce qui les rassemble et les unis mais au contraire ce qui les différencie et les sépare, chacun voulant à tout prix prouver que sa formidable (et unique !) personnalité n'a nullement été oblitérée par la vie commune. D'où la grotesque et infinie compétition à laquelle s'adonnent ces paires d'égoïstes incapables de solitude qui ne seront jamais des couples véritables et encore moins des foyers. Rien ne leur tient plus à cœur que de faire la démonstration de leur supposée « indépendance » et de leur position « dominante » dans le « fonctionnement relationnel » auquel se résume leur collage plus ou moins éphémère.

Ainsi les disputes perpétuelles, les désaccords affichés et les sempiternelles contradictions sont-ils peu à peu devenus des preuves de « santé », de « vitalité » et de « caractère passionné » d'une relation conjugale liant « deux fortes personnalités » alors que ce ne sont en réalité que les tristes et piteux prolégomènes de l'échec inéluctable de deux crétins bouffis d'égoïsme et de prétention, incapables se sacrifier la moindre parcelle de leurs egos hypertrophiés pour fonder une entité plus grande et plus digne que la somme de leurs deux médiocrités.

 

Surtout ne pas simplement « aimer », « servir », « encourager », « aider », « soutenir » ou « suivre » son conjoint mais plutôt le « recadrer », le « remettre à sa place », le « surveiller », le « dénigrer » et le « moquer » (gentiment bien sûr ! la modernité n'est peuplée que de « gentils » !), pour bien montrer « qu'on n'est pas dupe ! » et « qu'on ne se laisse pas faire » ni « avoir ». Les unions désacralisées étant devenues de vulgaires contrats de type néo-libéral, il est normal, au fond, que les relations qui les sous-tendent soient réduites aux pathétiques gesticulations d'un acheteur d'occasion qui, apeuré à l'idée de passer pour un naïf ou un gogo, expose lui-même, pour s'en gausser avant les autres, les défauts et dysfonctionnements de l'objet de son choix.

 

Source : Zentropa

 

Les anciens combattants de l'amour conjugal

920043023.jpgChaque jour, ils arrivent à la même heure. Très exactement. Ils avancent dans l'allée du parc de cette démarche lente et hésitante que les rhumatismes ont rendu douloureuse, lui appuyé sur sa canne, presque plié en deux, elle tenant son bras, le soutenant tout en lui permettant de croire qu'elle s'appuie sur lui. Leurs pas infimes et la maigreur étique de leurs jambes hésitantes les font ressembler à deux grands oiseaux aux ailes fatiguées avançant avec prudence sur un lac gelé.

Arrivés à leur banc, ils s'y installent en silence et passent plusieurs minutes, sans dire un mot, à observer le passage des chalands. Et celui qui, chaque samedi depuis des années, vient lire sur le banc vert à la peinture écaillée en face du leur a pu faire l'amer constat du changement de coloration du regard porté par ces deux vétérans d'une civilisation subclaquante sur la jeunesse défilant devant eux. D'abord emplis de cette tendresse couronnée d'une pointe de jalousie qui est l'instinct naturel des têtes chenues se penchant sur leurs successeurs, leurs yeux se sont peu à peu voilés d'incompréhension puis d'inquiétude et enfin de lourde tristesse. Les couples du même sexe se tenant par la main, les crachats par terre, les furies hurlant dans leurs téléphones portables, les strings apparents, les hurlements insanes et les vociférations insultantes remplaçant toute communication entre adolescents ont peu à peu eu raison du timide sourire de bonté qui soutenait jadis leur regard.

Après ces quelques minutes de scrutation résignée, le vieil homme sort un journal de la poche intérieure de son lourd manteau sombre, le déploie et en entame la lecture à voix basse à l'attention de son épouse. Celle-ci ferme légèrement les paupières et hoche la tête au rythme des mots lus. Parfois, elle laisse échapper un petit rire saccadé ou un long soupir de réprobation selon la nature des commentaires, toujours véhéments, de son homme.

Une fois la lecture achevée, la vieille dame pose un long baiser sur la joue de son mari qui feint d'en être embarrassé mais pose discrètement sa longue main osseuse d'où jaillissent d'impressionnantes veines mauves sur celle, toute petite et incroyabelement ridée, de sa compagne.

Il y a tant de douceur et de simple félicité dans cet instant qu'on ne peut l'observer sans sentir sa gorge se nouer étrangement, surtout lorsqu'on est un enfant de la génération Meetic, du couple jetable, de la fidélité relative, de la fornication sordide conçue comme un loisir parmi d'autres et des serments sacrifiés sur l'autel de l'égoïsme hédoniste.

Eux sont les anciens combattants de l'amour conjugal, de cet amour humble et apaisé qui affronte le temps soutenu par la force incroyable et la puissante sérénité d'une certitude, celle de leurs valeurs  partagées et de leur devoir sanctifié par l'église. Ils sont l'un de ces couples qui ne sont pas terrorisés lorsque la passion se mue en habitude et en tendresse, lorsque les lendemains chantent moins qu'il est conté dans les romans à l'eau de rose et lorsque, face aux difficultés, il faut trouver, pour maintenir l'union, autre chose que l'attraction des corps et des circonstances favorables. Ils sont de ces couples qui savent qu'ils s'inscrivent dans l'héritage et la transmission, qui savent qu'ils ne sont pas deux individus accolés mais une nouvelle entité porteuse d'un destin, celui d'être un foyer, et d'une responsabilité, celle de le consolider et de le défendre.

Bien sûr, on peut lire au cœur de la multitude de crevasses qui irrigue leurs visages antiques toutes les douleurs, tous les drames et toutes les embûches de cette si longue marche conjointe. Ici la mort d'un nourrisson, là la maladie, l'ennui dans ce coin, la tentation dans cet autre … Au cours de ces années devenues innombrables, ils ont bien sûr douté, hésité, trébuché même, mais la main de l'autre était toujours là pour relever et consoler. S'ils se sont parfois penchés au dessus de l'abîme, jamais ils ne s'y sont laissé choir.

Et aujourd'hui ils sont là, main dans la main, profitant de leurs ultimes jours pour chérir l'autre et le remercier de sa présence à l'heure où les corps craquent et souffrent, où les enfants s'éloignent, où le vin n'enivre plus et où la musique fait doucement couler les larmes de la nostalgie.

Source : Zentropa. 

25.04.2008

Quand l'intelligence s'exprime...



Voici une vidéo très intéressante pour plusieurs raisons:

- Tout d'abord, parce qu'elle traite, en partie, d'un sujet que nous avions abordés l'année dernière, à savoir la désormais fameuse "Leçon de Ratisbonne", du pape Benoît XVI, et donc du dialogue entre Islam et Christianisme. Pour rappel, c'est l'Abbé Claude Barthe, de la Société des prêtres auxiliaires de Paris, qui était venu nous entretenir, à partir de cette leçon, du dialogue inter-religieux. Un régal pour l'intelligence! (Texte de la conférence en ligne, voir notre post du 15-04-2007)

- Ensuite, parce qu'il s'agit là de la démonstration flagrante de l'incompétence d'un philosophe bien (voir trop) connu confronté à l'intelligence et la compétence d'un autre philosophe, lui totalement inconnu (que celui d'entre vous qui connaît Remi Brague laisse un commentaire!). Ca se déguste jusqu'au bout...

- Enfin, parce que outre cette correction, le sujet traité porte sur la raison, la foi et la vérité. Vérité qui, comme vous le savez, était au centre de notre dernière conférence.

                                                                                       

Le dard et le miel, ou...

La Justice et la Miséricorde.

« La Justice et la Miséricorde sont identiques et consubstantielles dans leur absolu. Voilà ce que ne veulent entendre ni les sentimentaux ni les fanatiques. Une doctrine qui propose l’amour de Dieu pour fin suprême a surtout besoin d’être virile, sous peine de sanctionner toutes les illusions de l’amour-propre ou de l’amour charnel. Il est trop facile d’émasculer les âmes en ne leur enseignant que le précepte de chérir ses frères, au mépris de tous les autres préceptes qu’on leur cacherait. On obtient de la sorte, une religion molasse et poisseuse, plus redoutable par ses effets que le nihilisme même.

Or, l’Evangile a des menaces et des conclusions terribles. Jésus, en vingt endroits, lance l’anathème, non sur des choses, mais sur des hommes qu’il désigne avec une effrayante précision. Il n’en donne pas moins sa vie pour tous, mais après nous avoir laissé la consigne de parler « sur les toits », comme il a parlé lui-même. C’est l’unique modèle et les chrétiens n’ont pas mieux à faire que de pratiquer ses exemples. Que penseriez-vous de la charité d’un homme qui laisserait empoisonner ses frères, de peur de ruiner, en les avertissant, la considération de l’empoisonneur ? Moi, je dis qu’à ce point de vue la charité consiste à vociférer et que le véritable amour doit être implacable. Mais cela suppose une virilité, si défunte aujourd’hui, qu’on ne peut même plus prononcer son nom sans attenter à la pudeur…

 

Je n’ai pas qualité pour juger, dit-on, ni pour punir. Dois-je inférer de ce bas sophisme, dont je connais la perfidie, que je n’ai pas même qualité pour voir, et qu’il m’est interdit de lever le bras sur cet incendiaire qui, plein de confiance en ma fraternelle inertie, va, sous mes yeux, allumer la mine qui détruira toute une cité ? Si les chrétiens n’avaient pas tant écouté les leçons de leurs ennemis mortels, ils sauraient que rien n’est plus juste que la miséricorde parce que rien n’est plus miséricordieux que la justice, et leurs pensées s’ajusteraient à ces notions élémentaires.

 

 

Le Christ a déclaré « bienheureux » ceux qui sont affamés et assoiffés de justice, et le monde, qui veut s’amuser, mais qui déteste la Béatitude, a rejeté cette affirmation. Qui donc parlera pour les muets, pour les opprimés et les faibles, si ceux-là se taisent, qui furent investis de la Parole ? ».

Léon BLOY, Le désespéré, (1887), Paris, Club des libraires de France, 1955, p. 278-279.

 

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Par son miel et par son dard, l'abeille est considérée comme l'emblème du Christ : d'un côté sa douceur et sa miséricorde, de l'autre l'exercice de sa justice en tant que Christ-juge.

Vérité suprême

" Les vérités suprêmes manquent d'arguments. Elles savent se donner, elles ne savent pas plaider leur cause. Nos certitudes les plus intimes, les plus nourricières sont aussi les plus vulnérables sur le terrain dialectique. Les défendre, c'est déjà les trahir. Leur innocence, leur fraîcheur, leur magnétisme divins étouffent sous la cuirasse des arguments. "

(L'Échelle de Jacob, p.109, Boréal Express, 1984)

En attendant la mise à disposition du texte de la conférence de Frère Marie-Jacques, donnée en l'auditoire Grand-Physique le mercredi 16 avril, méditons cette citation de Thibon. Précisons que Frère Marie-Jacques a su percer une part de cette cuirasse!

 

07.04.2008

Euthanasie et information

933802709.jpgAprès les mensonges de l’affaire Sébire, sortir la France du marasme palliatif

Pierre-Olivier Arduin*


La vérité sur l’affaire Sébire, qui a tenu en haleine la France entière jusqu’à l’épilogue dramatique du suicide aux barbituriques, émerge progressivement. Chaque jour, de nouvelles informations percent sur la maladie de Chantal Sébire, et la prise en charge thérapeutique dont elle aurait dû bénéficier. Après le battage hors normes entretenu subtilement par l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD) et soutenu avantageusement par les médias audiovisuels, c’est une tout autre histoire qui se dessine aujourd’hui.

Le docteur Emmanuel Debost, médecin traitant de la défunte, n’avait-il pas déclaré dans les colonnes de La Croix que « tout ce que la médecine pouvait faire au niveau curatif a été fait » et que « toutes les solutions ont été étudiées » pour calmer sa douleur ? Sans accuser directement le généraliste, certainement dépassé par l’ampleur de l’affaire, et dont lui-même a pu être abusé par sa patiente ou les responsables de l’ADMD aux aguets, force est de constater que le mensonge, sur un plan strictement médical, est double.

Stupéfaction des spécialistes

La tumeur dont souffrait Chantal Sébire n’aurait pas dû entraîner la déformation majeure du visage dont l’image, à l’instar de Méduse, a pétrifié la pensée. Le chroniqueur médial du Monde, Jean-Yves Nau, était le premier à relater, dès le 19 mars, jour du décès de Chantal Sébire, la stupéfaction des spécialistes devant « l’absence, durant six ans, de prise en charge médicale adaptée de la malade [indiquant] que la maladie de Mme Sébire ne peut être qualifiée d’incurable, notamment si elle est traitée de façon précoce ». Le journaliste citait également les réponses déconcertantes de la malade suite au diagnostic de la tumeur des sinus posé en 2002 par un chirurgien ORL lyonnais : « Il m’a expliqué l’intervention prévue, mais n’a pas réuni l’équipe adéquate », Chantal Sébire ajoutant : « Je n’ai pas accepté les interventions qu’on me proposait car le risque vital était engagé ».

Jean-Yves Nau ne s’est pas arrêté en si bon chemin et s’est rendu sur le site Orphanet spécialisé dans les affections orphelines :

« L’esthésioneuroblastome ou neuroblastome olfactif est une tumeur très rare qui se développe aux dépens du nerf olfactif dans la cavité nasale. Moins de 1000 cas ont été publiés dans les vingt dernières années. Cette tumeur se développe lentement et surtout localement même si elle peut métastaser. L’intervalle entre le premier signe et le diagnostic est en général de 6 mois […]. Le traitement repose sur une chirurgie maximale suivie d’une radiothérapie […]. La plupart des séries récentes rapportent des survies à 5 ans de l’ordre de 60 à 70 %. Les récidives locales peuvent être rattrapées par un traitement de deuxième ligne. Dès la phase de diagnostic et de la chirurgie initiale, le traitement doit être confié à des équipes pluridisciplinaires » (Orphanet, Docteur J. Grill, février 2005.

Concernant l’analgésie dont on a déjà eu l’occasion de rappeler qu’elle ne s’improvise pas et requiert des compétences sanctionnées par des diplômes universitaires spécifiques, la tromperie passe toute mesure alors même qu’on nous parlait de souffrances insupportables, réfractaires ou encore d’allergie à la morphine. Le docteur Jean-Louis Béal, chef de l’unité des soins palliatifs du CHU de Dijon, livre un témoignage accablant dans Le Parisien dont le travail d’investigation mérite d’être salué : « Révélation surprenante, le médecin affirme que l’ex-enseignante “ne voulait à la fin qu’être soignée par homéopathie”. »

« Elle nous disait vouloir contrôler sa vie et n’accepter que les médecines douces. Je lui ai suggéré de rentrer dans mon unité de soins palliatifs, mais elle ne l’a pas souhaité. C’est son droit, mais que l’on ne vienne pas nous dire aujourd’hui que l’on n’a rien proposé ! […] On n’a jamais douté de l’intensité de sa douleur, mais elle a opposé un non catégorique à nos protocoles. Je lui ai proposé différents antidouleurs, y compris la morphine. Mais cela ne lui convenait pas, car elle l’assimilait à de la chimie, donc du poison » (Le Parisien, 26 mars).

Il évoque également la mise à l’écart de l’équipe laissant le champ libre selon lui à « l’Association pour le droit de mourir dans la dignité de s’emparer de ce cas emblématique pour faire avancer sa cause ». Quant au docteur Bernard Devalois, ancien président de la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs et actuel directeur de l’unité de soins palliatifs à l’hôpital de Puteaux, fort de son expérience, il déclare sans ambages que « dans le cas du cancer, il n’y a pas de situations pour lesquelles nous ne puissions pas apporter de réponses. L’allergie à la morphine, cela n’existe pas. Il y a des effets secondaires, mais on peut les soigner. Et nous avons à notre disposition quatre ou cinq autres molécules efficaces » ( La Vie , 22 mars).

La demande à corps perdu de suicide médicalement assisté de la part de Chantal Sébire, relayée habilement par l’ADMD et ses épigones, n’apparaît-elle pas aujourd’hui comme la requête désespérée d’une euthanasie de rattrapage, les ressources de la médecine ayant été obstinément repoussées ? Sachant cela, les médias, et en premier lieu la télévision, auraient-ils participé aussi complaisamment au montage de cette affaire pour relancer le débat sur l’euthanasie ? Le premier ministre se serait-il cru obligé de confier à Jean Léonetti une mission d’évaluation sur la loi qui porte son nom ?

Le rapport Hennezel

Il est encore possible de se ressaisir, au moins en partie, et de tourner à l’avantage du mouvement des soins palliatifs la précipitation de la décision de Matignon. Voilà en effet qu’on apprend l’existence d’un rapport remis par Marie de Hennezel, spécialiste reconnue de l’accompagnement des personnes en fin de vie, à Roselyne Bachelot fin 2007 concluant au manque criant de lits de soins palliatifs et à l’absence de formation sérieuse aux enjeux de la loi Léonetti. Intitulé La France palliative, il était ignoré de tous ou presque jusqu’à ce qu’il fût exhumé des tiroirs du ministère de la Santé par la polémique. Jean-Yves Nau, encore lui, nous apprend, après enquête minutieuse, qu’aucune suite ne lui fut donnée, pas même un accusé de réception, alors qu’il devait être un « message fort » en direction du chef de l’État, selon l’auteur du document (Le Monde, 25 mars). Comment expliquer la chape de plomb qui l’a recouvert quand on sait que font défaut en France au minimum 2400 lits de soins palliatifs et que le gouvernement s’était fixé le chiffre de 3000 avant le début de l’année 2008 ?

L’omission politique frôle la faute si l’on ajoute que la loi relative à la fin de vie elle-même avait présenté le renforcement de la médecine palliative comme une véritable alternative à l’euthanasie. La loi du 22 avril 2005 affirme en effet que « les professionnels de santé mettent en œuvre tous les moyens à leur disposition pour assurer à chacun une vie digne jusqu’à la mort » (article L. 1110-5 al. 5 CSP). Respect de la dignité qui passe par les soins palliatifs selon leur définition même inscrite dans le marbre de la loi : « Ce sont des soins actifs et continus pratiqués par une équipe pluridisciplinaire en institution ou à domicile. Ils visent à soulager la douleur, à apaiser la souffrance psychologique, à sauvegarder la dignité de la personne malade et à soutenir son entourage » (article L. 1110-10 du Code de la santé publique). Le législateur en a fait ni plus ni moins qu’un droit : « Toute personne malade dont l’état le requiert a le droit d’accéder à des soins palliatifs et à un accompagnement » (article L. 1110-9 CSP).

En corollaire de ce droit, qui sait que la loi Léonetti a fait de la mise en place d’une médecine palliative de qualité une obligation pour les établissements de santé ? Ceux-ci, dans le cadre des contrats pluriannuels conclus avec les agences régionales de l’hospitalisation (ARH), devaient identifier les services dispensant des soins palliatifs et faire connaître pour chacun d’eux le nombre de soignants référents qu’il convenait de former (article L. 6114-2 CSP). La loi Léonetti demandait dans le nouvel article L. 6143-2-2 du CSP que le projet médical d’établissement comprenne un volet « activité palliative des services ».

Diffuser une culture palliative

Autre aspect très novateur de la loi du 22 avril 2005 : sortir les soins palliatifs de structures spécialisées tout en renforçant ces dernières. L’idée promue par la législation votée à l’unanimité par le Parlement était que tout patient, quelque soit son lieu d’hospitalisation, devait bénéficier d’un accès à ces soins. Il y a la volonté de les organiser en dehors des modes classiques d’hospitalisation si bien que la loi du 22 avril 2005 stipule, en modifiant le Code de l’action sociale et des familles, que les services sociaux ou médico-sociaux doivent prévoir cette activité (articles L. 313-12). C’est en fait à un effort sans précédent en faveur de la diffusion d’une culture palliative sur tout le territoire et au sein de tous les établissements de santé que consentait la loi relative à la fin de vie, en prévoyant un redéploiement ambitieux de l’organisation de cette spécialité. Il n’a manqué en définitive qu’une chose : l’impulsion politique pourtant promise lors de la campagne présidentielle.

Le député Jean Léonetti doit « faire des propositions pour remédier à la méconnaissance ou à la mauvaise application des textes et éventuellement à l’insuffisance de la législation », selon l’ordre de mission de François Fillon. Oublions la dernière expression qui n’a aucun sens : un corpus législatif inconnu des Français et particulièrement des soignants auquel il s’adresse en priorité ne peut être qualifié d’insuffisant. Une loi qui n’est que peu ou pas appliquée ne peut être jugée comme défaillante.

Pour autant, la nouvelle mission sur l’accompagnement de la fin de vie dont est chargé le député-maire d’Antibes doit tirer d’un mal plusieurs biens.

  • En premier lieu formuler des propositions concrètes pour sortir la France du marasme palliatif. L’intelligence pratique ne manque pas dans ce domaine, il faut la mettre à l’honneur et écouter enfin ceux qui ont donné leur vie professionnelle à cet idéal. Le rapport Hennezel doit faire l’objet d’une lecture minutieuse et attentive.
  • Ensuite rappeler sans cesse l’impératif de formation des professionnels de la santé aux contenus éthiques, déontologiques et juridiques de la loi. Pour avoir personnellement dispensé cet enseignement à des cadres de santé au sein d’un module de deux journées de sept heures, la satisfaction des soignants qui ne demandent qu’à approfondir leur réflexion sur les problématiques de fin de vie est inestimable. Ils deviennent rapidement des personnes ressources dans leurs services en entraînant leurs collègues à suivre leur démarche. La diffusion résolue et capillaire de cours spécifiques pendant les cursus universitaires et lors de sessions de formation continue, toutes catégories soignantes confondues, alliant l’aspect magistral à des staffs d’éthique, ne pourra que favoriser une culture médicale faisant échec aux revendications d’un autre âge du lobby pro-euthanasie. C’est ce que les Français attendent. Ils comptent sur le gouvernement pour que les moyens suivent. Jean Léonetti, unanimement apprécié par ses pairs pour ses qualités morales et humaines, se doit de le lui rappeler.


*Pierre-Olivier Arduin est responsable de la commission bioéthique du diocèse de Fréjus-Toulon.

 

 

 

(Source : http://www.libertepolitique.com/public/decryptage/article...)

 

25.03.2008

Conférence du Cercle Gustave Thibon

Voici l'affiche de notre future conférence à l'Université.

L'Affiche A4 ainsi que le tract sont téléchargeables ci-dessous en cliquant sur les liens.

Affiche A4 Université et Vérité.pdf

Tract A5 Université et Vérité.pdf

 

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Quelqu'un d'autre parle par ma bouche

Eléments pour une analyse rhétorique des psaumes (analyse réalisée durant le Carême pour le Groupe Saint-Damien de Visé)

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Nous avons médité la semaine passée les tentations du Christ au désert.

Un autre texte que l’Eglise nous recommande particulièrement durant ces quarante jours d’épreuves est le psaume 91.

C’est un psaume que les moines connaissent très bien car c’est un psaume de complies. Je ne vais pas parler ici du thème en lui-même du psaume, qui est l’abandon. Ce que je propose ici est de vous en donner une sorte d’introduction, dans le but d’aider ceux qui veulent travailler ce psaume chez eux à mieux en apprécier les subtilités.

Nous allons voir que, fait étrange, quand je récite ce psaume je ne suis pas le seul à parler. C’est un phénomène très inhabituel. Dans les chansons modernes le chanteur est toujours celui qui s’exprime et le rôle est bien délimité, mais ici, à certains moments, il y a des personnages totalement étrangers qui brusquement vont parler à ma place et se mettre à parler par ma bouche. Ce phénomène précis est très fréquent dans le psautier. Certains interprètent ces bizarreries en disant que les poètes hébreux étaient des poètes peu civilisés et qu’ils n’étaient pas capables de construire un texte cohérent. On peut effectivement le penser à la première approche, mais si on y regarde de plus près, on découvre derrière ces soi-disant erreurs des profondeurs et des subtilités tellement grandes qu’on est vite saisi de frémissements devant la beauté de ces textes. En réalité les poètes qui ont composé le psautier étaient de grands spirituels et de grands artistes, et dans la psalmodie quand on accepte de se laisser emporter par le flot, il se passe davantage qu’on ne croit.

Il y a beaucoup d’autres psaumes qui m’obligent aussi à assumer d’autres rôles que le mien. Il y a d’ailleurs des psaumes plus impressionnants que le Ps 91 à ce point de vue (je pense au Ps 4), mais néanmoins il est utile de travailler aussi à cette lumière le Ps 91, car même pour celui-ci, un jugement hâtif avec nos yeux de modernes sur ce vieux texte sacré peut nous faire passer à côté d’éléments très forts de la composition.

Assis au secret du Suprême, il nuite à l’ombre de Shaddaï.

Il dit à IHVH-Adonaï : Mon abri, mon bastion ! Elohaï je me fie en lui.

Oui, il t’arrache au piège des chasseurs, à la peste, à la corruption.

J’ai ici un livre qui commente ainsi ces versets : « Le pèlerin qui parle ici n’est pas doué pour le lyrisme et parle de lui-même à la troisième personne. »

C’est l’erreur à ne pas commettre.

Il est très facile de juger le psautier au moindre accroc qu’il fait à notre manière habituelle de voir. Mais le respect de l’Ecriture invite à regarder plus attentivement ce qui se passe, un écrit inspiré ne se laisse pas facilement simplifier, et nous devons humblement accepter que ce qui est écrit est correct, même si le sens nous échappe totalement au début. Une autre tentation est grande de passer sous l’éponge la difficulté et de faire comme si on n’avait pas vu la tournure bizarre de l’enchaînement de phrases, mais alors on ne permet pas au texte d’agir sur nous et on passe à côté de ce qu’il nous dit.

La difficulté ici est de savoir qui est en train de parler, parce que tout va très vite et on n’est pas du tout habitué à changer la distribution de rôles aussi vite. Le psaume commence avec l’observation de quelqu’un qui est dans le sanctuaire en train de prier. C’est assez clair. Puis nous endossons le rôle de cette personne pour un tout petit moment « Mon abri, mon bastion », puis les rôles sont changés et on se retrouve devant non plus cette personne qui prie, mais encore une troisième personne (ou est-ce nous ?) qui nous donne un enseignement de la tradition.

Oui, il t’arrache au piège des chasseurs, à la peste, à la corruption.

Il te recouvre de son aile; tu t’abrites sous ses ailes.

Sa vérité est une targe, un pavois.

Le texte serait très différent si on remplaçait ici la deuxième personne « tu » par la première personne « je ». Car il ne s’agit pas du tout ici du petit moi qui décide un jour tout seul par science infuse de se fier à la providence. Il s’agit plutôt ici d’une vieille tradition qui est donnée à ceux qui veulent bien la recevoir. C’est très différent. A priori je ne suis pas impliqué dans cette histoire, le psaume ne m’oblige à rien, ce qui serait le cas si le psaume m’obligeait à dire « il m’arrache » « il me couvre » « il m’abrite ». Ici je peux parfaitement rester à distance. Je ne suis pas dans le rôle de celui qui précisément se confie en Dieu. Si je veux entrer dans ce rôle, c’est à moi de faire le pas parce que le psaume lui me laisse totalement à l’écart.

Le poème continue en gardant cette même attribution des rôles (une tierce personne qui enseigne une tradition).

Tu ne frémiras pas du tremblement de la nuit,

de la flèche qui vole le jour,

de la peste qui va dans l’obscurité, du saccage qui razzie à midi.

Remarquons ici l’étendue de ce qui est décrit. Habituellement quand dans la Bible on veut montrer l’abondance d’une chose, on la répète une deuxième fois. Mais ici la strophe embrasse d’un coup non pas deux mais quatre dimensions à la fois (la nuit, le jour, l’obscurité, midi). L’éventail décrit ici est donc vraiment très large. (c’était une remarque en passant qui n’a rien à voir avec mon propos)

Un millier tombe à tes côtés, une myriade à ta droite: rien ne s’avancera contre toi.

Tu regarderas seulement de tes yeux, et verras la rétribution des criminels.

Oui, toi, IHVH-Adonaï, mon abri ! Dans le Suprême, tu as mis ton logis.

Ici encore on est brusquement déplacé, en quelques secondes on a comme un flash d’une autre attribution de rôles et du système en « tu » « lui » on passe au système « je » « toi » et inversement. En quelques secondes le psaume nous a fait faire deux sauts brusques. C’est la manière qu’a le psaume ici pour nous surprendre et nous interpeller. Ce double saut de carpe en quelques secondes nous impose avec le recul de nous poser la question de l’identité de celui qui est en train de parler à Dieu ici. Est-ce la personne du début qui priait dans le sanctuaire ? Est-ce moi ? Le psaume ne résout pas la question, mais il est important de garder le texte tel quel pour que la question continue à se poser.

Le poème continue avec la même attribution de rôles.

Le malheur ne surviendra pas contre toi;

la plaie n’approchera pas de ta tente.

Oui, il ordonne à ses messagers de te garder sur toutes tes routes.

Ils te portent à deux paumes, pour que ton pied ne heurte pas de pierre.

Tu chemines sur le lion et le cobra; tu piétines le lionceau, le crocodile.

Ainsi s’achève l’enseignement de la tradition. Pour finir, on va se retrouver encore investis par quelqu’un d’autre car c’est maintenant Dieu qui va parler par notre bouche. C’est du moins l’interprétation traditionnelle et celle qui me semble la plus naturelle. Le fervent qui priait la nuit dans le sanctuaire au début attendait un oracle de la part de Adonaï. Et donc après sa nuit d’incubation une réponse lui est donnée.

Oui, il s’est épris de moi, je le libère;

je le fais culminer; oui, il pénètre mon nom.

Il crie vers moi, je lui réponds. Moi-même avec lui,

dans la détresse, je le renfloue, je le glorifie.

À longueur de jours, je le rassasie: je lui fais voir mon salut.

(Les chrétiens évidemment pourront à ce tout dernier mot vibrer d’une chaleur toute spéciale, quand ils savent que « sauveur » en hébreu se traduit par « Iéshoua’ ».)

J’ai vu ce psaume selon cette manière de voir (« rhétorique ») pour vous inviter à ne pas garder trop longtemps ce réflexe qui consiste à prendre de haut le psautier et à considérer comme indignes des versets qui nous obligent à un effort (c’est valable aussi pour les versets de malédiction, que certains personnages aujourd’hui n’ont pas honte de censurer simplement). Quand on y regarde de plus près, et surtout quand on commence à avoir une certaine expérience du psautier, on apprend à le considérer non comme un vieil objet constitué d’une poétique et d’une théologie démodées mais comme un outil magnifique et un véritable maître. Les « bizarreries » qui sont si fréquentes dans le psautier sont en réalité de puissants outils destinés à nous ramener à notre vérité essentielle. Tout cela n’est pas innocent. « Le psautier est un être vivant » dit Chouraqui. Et le vieux moine bénédictin qui était venu à Tibériade nous parler du psautier nous parlait de lui comme d’un moulin : « le psautier est un moulin, il va vous broyer. Laissez-vous moudre par lui»

« L’art de la psalmodie consiste à assumer tous les rôles que le psautier veut nous faire jouer » disait encore ce maître. Je ne pense pas qu’il soit intéressant d’analyser minutieusement chaque psaume selon cette approche, l’important n’est pas d’analyser en soi le psautier. Mais j’espère vous avoir aidés à vous émerveiller un peu devant ces subtilités qui se retrouvent dans plusieurs psaumes importants et j’espère par cette analyse, vous avoir un peu aidés à surmonter cette difficulté qu’on a tous à « rentrer » dans le psautier et à nous confronter à sa dynamique sanctifiante.

 

Groupe Saint-Damien – Visé – février 2008

24.03.2008

Par sa mort, Il a vaincu la mort

Le Christ guerrier,

scène centrale de la châsse de Saint Hadelin (XIe S),

collégiale de Visé, Belgique

 

 

SAINTE FETE DE PAQUES!

13.03.2008

Le sacrement de confession

Le sacrement de confession, appelé aussi sacrement du pardon ou de réconciliation, laisse souvent perplexe bon nombre de personnes, croyantes comme non croyantes. Du côté des croyants, on pourra entendre les sempiternelles : "Pourquoi diable raconter ce qui regarde ma vie privée à un prêtre? Et puis, y'a de toute façon pas besoin de lui: si je dois me faire pardonner, je m'adresse directement à Dieu." Du côté non-croyant, ce sera plutôt une assertion du type: "C'est quand même bien facile de pécher: on va se confesser, on efface l'ardoise, puis on peut recommencer!".

Caricatures grossières? Pas sûr... Toujours est-il que, dans l'un comme dans l'autre, il y a un réel manque de connaissance de ce qu'est, d'abord, un sacrement, et ensuite, de ce qu'est la confession. Or, on ne peut comprendre ni le sacrement ni la confession si on ne sait pas ce qu'est le péché originel, ainsi que les divers péchés (mortels, véniels, etc.) En espérant approfondir prochainement ces questions, voici un texte de Benoît XVI qui permet déjà d'éclaircir certains points sur ce sacrement que tout chrétien catholique est normalement tenu de recevoir une fois l'an, de préference avant Pâques.

Les passages soulignés le sont par nous. 

  

Benoît XVI fait redécouvrir le sacrement du pardon aux jeunes

ROME, Mercredi 12 mars 2007 (ZENIT.org) - Benoît XVI veut aider les jeunes à redécouvrir le pardon de Dieu dans le sacrement de la confession. Ainsi, jeudi, en préparation à la Journée mondiale de la jeunesse, il présidera une liturgie pénitentielle dans la basilique Saint-Pierre.

Mgr Mauro Parmeggiani, directeur du service diocésain de Rome pour la pastorale des jeunes, a expliqué à Zenit que, contrairement à ce que l'on croit, l'attitude des jeunes concernant la confession est « une attitude positive ».

Quelques 20.000 jeunes ont déjà réservé leurs places pour assister à cette célébration qui préparera les jeunes au dimanche des rameaux, date de la Journée mondiale de la jeunesse au niveau diocésain, et aux journées mondiales de Sydney, du 15 au 20 juillet prochains.

La confession, rappelle Mgr Parmeggiani, « est un sacrement qui permet de confronter la vérité que l'on a en soi, son péché, sa misère humaine, avec la miséricorde de Dieu. Ce sacrement est peut-être celui qui répond le mieux au besoin de l'homme d'aujourd'hui, qui a besoin de miséricorde, d'amour, qui a besoin aussi de se confronter avec la justice de Dieu ».

« Il faut se placer devant les grandes perspectives de la vie, et devant celles de la vie après la mort », poursuit Mgr Parmeggiani. « Et que le pape dans sa Spe salvi nous parle justement des réalités ultimes comme quelque chose qui doit être repris, redécouvert, n'est pas un hasard ».

Le pape, explique-t-il, a voulu transformer cette rencontre traditionnelle avec les jeunes « qui est déjà un moment de fête, en une vraie fête, c'est-à-dire transformer une fête extérieure, qui est d'ailleurs une fête mais sans les couleurs de la fête, en une fête intérieure qui célèbre la rencontre entre l'homme et Dieu, l'homme qui rencontre la miséricorde de Dieu dans son cœur. C'est de là que naît la joie du chrétien ».

Mgr Parmeggiani attribue la difficulté que les jeunes et les moins jeunes éprouvent face à au sacrement de la confession à « la perte du sens du péché, la perte du sens de Dieu ».

Pour le pape, cette liturgie, explique-t-il, a pour objectif de « faire rencontrer Dieu qui aime. Car plus mon sens de Dieu grandira plus le sens de ma petitesse devant Dieu, de mon impuissance devant Dieu, de mon péché, grandira. C'est pourquoi nous demandons : « Seigneur prends pitié de nous, pauvres pécheurs ».

Mgr Parmeggiani estime que cette difficulté des jeunes à parler avec un prêtre, de se confesser à une personne est en fait un faux problème. « Dans un monde où nous sommes disposés à tout raconter de notre personne, partout, sur les ondes de la radio, sur Internet, dans les blog, dans les forum, sur Messenger, et avec toutes les possibilités de communiquer qui s'offrent à nous, de livrer nos pensées les plus intimes, les plus personnelles, je pense qu'il n'y a pas à de honte à avoir d'ouvrir notre cœur au ministre de Dieu qui, en ce moment précis, représente le Christ, le Christ qui m'écoute, le Christ qui m'encourage, le Christ qui me dit ‘lève-toi et marche' ».

Mgr Parmeggiani souligne un autre problème : la difficulté à tenir les résolutions que l'on a prises, le manque de cohérence ; les personnes se disent : « il est inutile que je retourne me confesser ».

« Mais personne n'est jamais tout à fait cohérent. Nous devons persévérer, ne pas perdre confiance, nous laisser guider par Jésus Christ, et ne pas nous laisser abattre à notre première erreur, conclut-il. Nous devons nous rendre et penser que nous pouvons sortir de cette erreur ».

La réservation des billets d'entrée à la liturgie pénitentielle, entièrement gratuits, est également possible par poste électronique à l'adresse segretariagenerale@vicariatusurbis.org

María de la Torre

10.03.2008

"Passio Secundum Lucam", de C. Ledoux

La création d’une nouvelle passion musicale est chose rare et le travail de Claude Ledoux est donc à souligner. Elle sera un événement dans le cadre prestigieux de la cathédrale de la capitale de l’Europe. 

867104116.jpgCapella di Voce & Capella Sanctorum Michaelis et Gudulae sous la direction de Kurt Bikkembergs
Orgue: Xavier Deprez
Soprano: Aurélie Franck
Electro-acoustique: Claude Ledoux

Pour consolider les liens entre les mondes des arts et de la foi, l’Eglise s’engage de temps à autre en commandant une œuvre artistique. La Passion selon Saint Luc qui résonnera pour la première fois sous les voutes de la cathédrale de Bruxelles le jeudi 13 mars et le samedi 15 mars en la cathédrale Saint Paul de Liège est le fruit d’une telle démarche. Ce travail fut confié par l’aumônier des artistes de Bruxelles, le frère Alain Arnould OP et Xavier Deprez, organiste à la cathédrale de Bruxelles, à Claude Ledoux, compositeur liégeois dont la renommée s’étend bien au-delà de nos frontières. Tout au long de ce parcours de deux ans, cette commande fut l’occasion de rencontres avec le compositeur, où nous avons abordé le texte en respectant sa liberté artistique.

La création d’une nouvelle passion musicale est chose rare et le travail de Claude Ledoux est donc à souligner. Elle sera un événement dans le cadre prestigieux de la cathédrale de la capitale de l’Europe.
 
Pourquoi avoir choisi de commander une Passion et pourquoi une Passion basée sur le récit de Saint Luc ? La Passion du Christ étant un moment clé de notre foi chrétienne et de notre salut, le thème de la Passion s’imposa. Le choix du récit de Saint Luc repose sur plusieurs arguments. D’abord la Passion de Luc n’a pas souvent été l’objet de composition. A part les versions de Schütz et de Penderecki, le compositeur disposait d’un terrain si pas vierge, en tout cas beaucoup moins chargé que les Passions de Saint Matthieu ou de Saint Jean. Les accents que Luc met sur la miséricorde de Dieu et sur l’appel individuel à la conversion en font un évangile particulièrement contemporain, d’autant plus qu’il s’adresse aux païens férus de philosophie mais pas nécessairement ouverts au monde de la foi chrétienne. Luc a ses spécificités textuelles. Les dernières paroles qu’il met dans la bouche du Christ éclairent bien son souci de mettre l’accent sur la proximité entre le Fils et le Père : Père entre tes mains, je remets mon esprit. Pas question d’abandon ici, ni d’accomplissement. Dans l’évangile de Luc, l’adresse au Père est le premier et dernier mot de Jésus et cela sous-tend tout son évangile.

Tous ces arguments ont orienté notre choix… et le hasard a voulu que le fils du compositeur porte le nom de l’évangéliste sur lequel son père nous livrera son interprétation musicale.
 
L’œuvre commandée est écrite pour chœur à quatre voix mixte, soprano solo, orgue et bande magnétique. La langue utilisée, ou plutôt les langues utilisées sont le français, le néerlandais, le latin, le grec, l’araméen. Ce choix témoigne du style du compositeur, un style de synthèse entre la recherche de l’inouï, les technologies récentes et la musique orientale, plus particulièrement pour l’ornementation instrumentale et le rapport gestuel de l’interprète à son instrument. Sa Passion selon Saint Luc s’inspire aussi des passions chantées dans le sud de la France , en Sardaigne et en Corse.

En tant que compositeur, Claude Ledoux s’est distingué dans plusieurs concours internationaux et mène depuis une carrière qui l’a conduit - entre autres - de Montréal à Berlin en passant  par les USA, la Turquie et la Russie. Ces dernières années, Claude Ledoux a été compositeur en résidence de l'ensemble Musiques Nouvelles (de 1998 à 2000), ainsi qu’au Castello d’Umbertide (Italie) durant l’été 2003. Cette même année, il a reçu le prix musical de la Fondation Civitella Ranieri de New York pour l'ensemble de sa production récente. En 2008 et 2009, le compositeur sera en résidence à BOZAR-Bruxelles. Il composera également l'imposé de demi-finale du prochain Concours Reine Elisabeth, violon 2009.

Poussé par sa passion de la musique asiatique, le compositeur effectua en 1992 un  voyage - musical et humain - qui le mena des pentes de l’Himalaya au désert du Rajasthan. Une bourse de recherche accordée par la Fondation SPES lui a permis  d’organiser dans le courant de l’année 1996 un voyage en Extrême-Orient qui l'a mené du Cambodge à l’Indonésie en passant par les villages montagnards du Centre du Vietnam. De nouveaux projets artistiques lui ont fait découvrir en 2004 le Japon et les multiples facettes de sa culture.

Il enseigne actuellement  la composition au Conservatoire Royal de Musique de Mons (Belgique) et l’analyse musicale au Conservatoire National Supérieur de Paris (CNSM). Depuis janvier 2005, Claude Ledoux est membre de l'Académie Royale de Belgique, classe des Beaux-Arts.

Coproduction : Musiques Nouvelles, Communauté française de Belgique, Centre de Recherches et de Formations Musicales de Wallonie

 

Prochains concerts Passion selon Saint-Luc de Claude Ledeoux
Jeudi 13 mars 2008 - 20h00

Cathédrale des Saints Michel et Gudule
1000 Bruxelles (Belgique)
Tél. 02 775 15 47
a.arnould@dominicains.be
10 €

 


Passion selon Saint-Luc de Claude Ledoux
Samedi 15 mars 2008 - 20h00

Cathédrale Saint Paul de Liège
4000 Liège (Belgique)
Tél. 04 223 21 46
Tél. 04 223 20 55 (réservations)
10 €

(Source: http://www.musiquesnouvelles.com/?rubrique=miscellanées&..._)

Les chinois et Mammon

1172145819.jpgBible en chinois


 

À Nankin, Amity Printing Press, la principale maison d’édition chrétienne officielle en Chine, prévoit d'ouvrir, en 2008, une nouvelle imprimerie pouvant produire jusqu’à un million de bibles par mois. Cette nouvelle usine, qui sera la plus grande imprimerie de bibles au monde, vise principalement à répondre à la forte demande nationale. Ces vingt dernières années, la maison d’édition a pu imprimer quelque 50 millions de bibles; en 2007, 3,5 millions d’exemplaires sont sortis des rotatives, écoulés à 80 % sur le marché domestique.

     En Chine, pays officiellement athée, la demande de bibles n’a fait que croître ces dernières années et, selon certains observateurs, cette tendance a un lien avec le boom économique du pays. « Alors qu’aujourd’hui, la société chinoise connaît un effondrement des valeurs morales au profit du pouvoir de l’argent, de plus en plus de Chinois se tournent vers le christianisme (Li Baiguang, militant chrétien et avocat).

Gérard Blais
directeur du Centre biblique Har'el
Saint-Augustin, QC  

(Source: http://www.interbible.org/)

 

"Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon" (Mt 6,24) Manifestement, ils sont quelques uns en Chine a avoir entendu cet avertissement!

La sécularisation des esprits

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08/03/2008 15:14
CITE DU VATICAN, 8 mars 2008 (AFP) - Benoît XVI: la sécularisation "nuit" au sein-même de l'Eglise

Le pape Benoît XVI a dénoncé samedi le phénomène de la sécularisation qui "dénature de l'intérieur la foi chrétienne", et qui via "l'hédonisme" et "le consumérisme" se manifeste "au sein même de l'Eglise" et vient "nuire à la vie ecclésiale".

"La sécularisation envahit tous les aspects de la vie quotidienne et permet le développement d'une mentalité dans laquelle Dieu est rendu absent, en partie ou en totalité, de l'existence et de la conscience humaine", a déclaré le pape devant l'assemblée plénière du conseil pontifical pour la Culture.

Cette sécularisation "n'est pas seulement une menace extérieure pour les croyants, mais elle se manifeste déjà depuis quelque temps au sein même de l'Eglise", a souligné Benoît XVI dans un discours communiqué par le Vatican.

"Elle dénature de l'intérieur et en profondeur la foi chrétienne, et, en conséquence, le style de vie et le comportement quotidien des croyants", a-t-il ajouté.

Le pape a notamment dénoncé "la mentalité hédoniste et consumériste prédominante qui favorise, chez les croyants comme chez leurs guides, une dérive vers la superficialité et un égocentrisme qui nuit à la vie ecclésiale".

(Source: http://www.la-croix.com/afp.static/pages/080308141402.0h0...)

 

Ce que dit le pape peut paraître choquant, et déjà j'entends certains croyants s'offenser d'une nouvelle déclaration "réactionnaire" de ce pape qui, pour beaucoup, ferait bien d'être rappelé au Ciel le plus rapidement possible. Cependant, c'est là une réalité que tout catholique peut constater: quand on ne voit plus l'hostie que comme un vulgaire morceau de pain, la messe que comme une réunion amicale et l'Eglise que comme une centrale de services ajoutant un supplément d'âme à sa vie, on se dit que la sécularisation de la société a, depuis longtemps, franchit le seuil des églises, des maisons, mais aussi des esprits...catholiques. Seulement, soyons justes: si de nombreuses forces se sont unies pour abattre l'Eglise au cours de ces derniers siècles, notons, avec lucidité, la part de responsabilité de cette dernière dans cette sécularisation externe, mais aussi interne. Or, il est bien plus facile de détruire que de construire. Résolument, nous sommes du côté de la reconstruction.

29.02.2008

Carême...

Afin de poursuivre notre effort de Carême, voici un beau texte issu de nos frères orthodoxes, commentaire sur la prière de Saint Ephrem.

 

LA PRIÈRE DE SAINT EPHREM

Parmi toutes les hymnes et prières de Carême se trouve une courte prière que l’on peut appeler la prière du Carême. La tradition l’attribue à l’un des grands maîtres de la vie spirituelle, saint Éphrem le Syrien (+373). En voici le texte :

Seigneur et Maître de ma vie,
l’esprit d’oisiveté, de découragement,
de domination et de vaines paroles,
éloigne de moi.
L’esprit d’intégrité, d’humilité,
de patience et de charité,
accorde à ton serviteur.
Oui, Seigneur et Roi,
donne-moi de voir mes fautes
et de ne pas juger mon frère,
car tu béni aux siècles des siècles. Amen.

Cette prière est lue deux fois à la fin de chaque office du Carême, du lundi au vendredi (on ne la dit pas le samedi et le dimanche, car les offices de ces deux jours ne suivent pas l’ordonnance du Carême). On la dit une première fois en faisant une métanie (prosternation) après chaque demande. Puis on s’incline douze fois en disant : " Ô Dieu, purifie-moi, pécheur ! " Enfin on répète toute la prière avec une dernière prosternation à la fin.

Pourquoi cette courte et si simple prière occupe-t-elle une place aussi importante dans la prière liturgique du Carême ? C’est qu’elle énumère d’une façon très heureuse tous les éléments négatifs et positifs du repentir, et constitue en quelque sorte un aide-mémoire pour notre effort personnel de Carême. Cet effort vise d’abord à nous libérer de certaines maladies spirituelles fondamentales qui imprègnent notre vie et nous mettent pratiquement dans l’impossibilité de commencer même à nous tourner vers Dieu.

La maladie fondamentale est l’oisiveté, la paresse. Elle est cette étrange apathie, cette passivité de tout notre être, qui toujours nous tire plutôt vers le bas que vers le haut, et qui, constamment, nous persuade qu’aucun changement n’est possible, ni par conséquent désirable. C’est, en fait, un cynisme profondément ancré qui, à toute invitation spirituelle, répond : " À quoi bon ? " et qui fait ainsi de notre vie un désert spirituel effrayant. Cette paresse est la racine de tout péché, parce qu’elle empoisonne l’énergie spirituelle à sa source même.

La conséquence de la paresse, c’est le découragement. C’est l’état d’acédie, ou de dégoût, que tous les Pères spirituels regardent comme le plus grand danger pour l’âme. L’acédie est l’impossibilité pour l’homme de reconnaître quelque chose de bon ou de positif : tout est ramené au négativisme et au pessimisme. C’est vraiment un pouvoir démoniaque en nous, car le diable est fondamentalement un menteur. Il ment à l’homme au sujet de Dieu et du monde ; il remplit la vie d’obscurité et de négation. Le découragement est le suicide de l’âme, car lorsque l’homme en est possédé, il est absolument incapable de voir la lumière et de la désirer.

Aussi étrange que cela puisse paraître, c’est précisément la paresse et le découragement qui emplissent notre vie du désire de domination. En viciant entièrement notre attitude devant la vie, et en la rendant vide et dénuée de tout sens, ils nous obligent à chercher compensation dans une attitude radicalement fausse envers les autres. Si ma vie n’est pas orientée vers Dieu, ne vise pas les valeurs éternelles, inévitablement elle deviendra égoïste et centrée sur moi-même, ce qui veut dire que tous les autres êtres deviendront des moyens au service de ma propre satisfaction. Si Dieu n’est pas le Seigneur et Maître de ma vie, alors je deviens mon propre seigneur et maître, le centre absolu de mon univers, et je commence à tout évaluer en fonction de mes jugements. De cette façon, l’esprit de domination vicie à la base mes relations avec les autres , je cherche à me les soumettre. Il ne s’exprime pas nécessairement dans le besoin effectif de commander ou de dominer les autres. Il peut tout aussi bien tourner à l’indifférence, au mépris, au manque d’intérêt, de considération et de respect. C’est bien la paresse et le découragement, mais cette fois dans leur référence aux autres ; ce qui achève le suicide spirituel par un meurtre spirituel.

Et pour finir, les vaines paroles. De tous les êtres crées, seul l’homme a été doté du don de la parole. Tous les Pères y voient le " sceau " de l’image divine en l’homme, car Dieu lui-même s’est révélé comme Verbe (Jn 1,1). Mais du fait qu’il est le don suprême, le don de la parole est par là même le suprême danger. Du fait qu’il est l’expression même de l’homme, le moyen de s’accomplir lui-même, il est, pour cette raison, l’occasion de sa chute et de son autodestruction, de sa trahison et de son péché. La parole sauve et la parole tue ; la parole inspire et la empoisonne. La parole est instrument de vérité et la parole est moyen de mensonge diabolique. Ayant un extrême pouvoir positif, elle a, partant, un terrible pouvoir négatif. Véritablement, elle crée, positivement ou négativement. Déviée de son origine et de sa fins divines, la parole devient vaine. Elle prête main forte à la paresse, au découragement, à l’esprit de domination, et transforme la vie en enfer. Elle devient la puissance même du péché.

Voilà donc les quatre points négatifs visés par le repentir ; ce sont les obstacles qu’il faut éliminer ; mais seul Dieu peut le faire. D’où la première partie de la prière de Carême : ce cri du fond de notre impuissance humaine. Puis la prière passe aux buts positifs du repentir qui sont aussi au nombre de quatre.

Si l’on ne réduit pas la chasteté, comme on le fait souvent de façon erronée, à son acceptation sexuelle, la chasteté peut être considérée comme la contrepartie positive de la paresse. La traduction exacte et complète du terme grec sophrosyni et du russe tsélomoudryié devrait être  : " totale intégrité ". La paresse est avant tout dispersion, fractionnement de notre vision et de notre énergie, incapacité à voir le tout. Son contraire est alors précisément l’intégrité. Si par le terme de chasteté, nous désignons habituellement la vertu opposée à la dépravation sexuelle, c’est que le caractère brisé de notre existence n’est nulle part ailleurs plus manifeste que dans le désir sexuel, cette dissociation du corps d’avec la vie et le contrôle de l’esprit. Le Christ restaure en nous l’intégrité et il le fait en nous redonnant la vraie échelle des valeurs, en nous ramenant à Dieu.

Le premier fruit merveilleux de cette intégrité ou chasteté est l’humilité. Elle est par-dessus tout la victoire de la vérité en nous, l’élimination de tous les mensonges dans lesquels nous vivons habituellement. Seule l’humilité est capable de vérité, capable de voir et d’accepter les choses comme elles sont et donc de voir Dieu, sa majesté, sa bonté et son amour en tout. C’est pourquoi il nous est dit que Dieu fait grâce à l’humble et résiste au superbe (Pr 3,34 ; Jc 4,6 ; 1P 5,6).

La chasteté et l’humilité sont naturellement suivies de la patience. L’homme " naturel " ou " déchu " est impatient parce que, aveugle sur lui-même, il est prompt à juger et à condamner les autres. N’ayant qu’une vision fragmentaire, incomplète et faussée de toutes choses, il juge tout à partir de ses idées et de ses goûts. Indifférents à tous, sauf à lui-même, il veut que la vie réussisse ici-même et dès maintenant. La patience, d’ailleurs, est une vertu véritablement divine. Dieu est patient non pas parce qu’il est " indulgent ", mais parce qu’il voit la profondeur de tout ce qui existe, parce que la réalité interne des choses que, dans notre aveuglement, nous ne voyons pas, est à nu devant lui. Plus nous nous approchons de Dieu, plus nous devenons patients pour tous les êtres, qui est la qualité propre de Dieu.

Et enfin, la couronne et le fruit de toutes les vertus, de toute croissance et de tout effort, est la charité, cet amour qui ne peut être donné que par Dieu, ce don qui est le but de tout effort spirituel, de toute préparation et de toute ascèse.

Tout ceci se trouve résumé et rassemblé dans la demande qui conclut la prière de Carême et dans laquelle nous demandons " de voir mes fautes et de ne pas juger mon frère ". Car, finalement, il n’y a qu’un danger : celui de l’orgueil. L’orgueil est la source du mal et tout mal est orgueil. Pourtant, il ne me suffit pas de voir mes propres fautes, car même cette apparente vertu peut tourner en orgueil. Les écrits spirituels sont remplis d’avertissements contre les formes subtiles d’une pseudo-piété qui, en réalité, sous couvert d’humilité et d’auto-accusation, peut conduire à un orgueil vraiment diabolique. Mais quand nous " voyons nos fautes " et " ne jugeons pas nos frères ", quand, en d’autres termes, chasteté, humilité, patience et amour ne sont plus qu’une même chose en nous, alors et alors seulement, le dernier ennemi - l’orgueil - est détruit en nous.

Après chaque demande de la prière, on se prosterne. Ce geste n’est pas limité à la prière de saint Éphrem, mais constitue une des caractéristiques de toute la prière liturgique quadragésimale. Ici, cependant, sa signification apparaît au mieux. Dans le long et difficile effort de recouvrement spirituel, l’Église ne sépare pas l’âme du corps. L’homme tout entier, dans sa chute, s’est détourné de Dieu ; l’homme tout entier devra être restauré ; c’est tout l’homme qui doit revenir à Dieu. La catastrophe du péché réside précisément dans la victoire de la chair - l’animal, l’irrationnel, la passion en nous, - sur le spirituel et le divin. Mais le corps est glorieux, le corps est saint, si saint que Dieu lui-même s’est fait chair (Jn 1,14). Le salut et le repentir ne sont donc pas mépris ou négligence du corps, mais restauration de celui-ci dans sa vraie fonction en tant qu’expression de la vie de l’esprit, en tant que temple de l’âme humaine qui n’a pas de prix. L’ascétisme chrétien est une lutte, non pas contre le corps mais pour le corps. Pour cette raison, tout l’homme - corps, âme et esprit - se repent. Le corps participe à la prière de l’âme, de même que l’âme prie par et dans le corps. Les prosternations, signes psychosomatiques du repentir et de l’humilité, de l’adoration et de l’obéissance, sont donc le rite quadragésimal par excellence.

Extrait d’Alexandre Schmemann, Le Grand Carême :
Ascèse et Liturgie dans l’Église orthodoxe.
Éditions de l'Abbaye de Bellefontaine, 1977.
Reproduit avec l'autorisation des
Éditions de l'Abbaye de Bellefontaine.

 

(Source: http://www.pagesorthodoxes.net/)

 

20.02.2008

La modernité déboussolée creuse sa propre tombe

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La modernité déboussolée creuse sa propre tombe... mais ce n'est pas une raison pour ne rien faire. Le Cercle Gustave Thibon se solidarise à cent pour cent avec la campagne d'"Action Famille" développée ci-dessous.  

URGENT : Ecrivez aujourd'hui aux sénateurs pour leur demander d'interdire le recours à la maternité de substitution et aux mères porteuses !

Madame, Monsieur,

En ce moment même, plusieurs propositions de loi sont en discussion au Sénat visant à autoriser le recours aux mères porteuses et la maternité de substitution (Patrik Vankrunkelsven, OpenVLD et Christine Defraigne, MR). Dans la gestation pour autrui, une femme accepte de porter un enfant – avec lequel elle a un lien génétique ou non - pour le donner immédiatement après sa naissance à une tierce personne ou à un couple, hétérosexuel ou homosexuel.

Action pour la famille asbl est en faveur de l'interdiction complète de la gestation pour autrui. Elle s'oppose fermement à l'autorisation de la maternité pour autrui sur la base d'un contrat ou d'une convention légale de quelque type que ce soit.

Nous sommes loin d'être insensibles à la souffrance des couples qui désirent avoir un enfant et la médecine actuelle permet fort heureusement de résoudre la majorité des cas de stérilité. Mais il n'existe pas de droit à l'enfant. Il faut en premier lieu tenir compte du bien-être de l'enfant et aussi des femmes qui accepteraient de porter un enfant pour s'en séparer immédiatement à la naissance.

D'un point de vue juridique l'autorisation de la gestation pour autrui – même dans des conditions très strictes – va à l'encontre de principes fondamentaux de notre droit. Juridiquement, la mère est la personne qui donne naissance à l'enfant. Une convention de gestation pour autrui mettrait en question le droit de la mère à déterminer la filiation de son enfant. De plus, le corps humain est indisponible et ne peut faire l'objet d'un contrat. Ce principe s'applique aussi bien à l'enfant à naître qu'à l'enfant déjà né qui serait, en vertu d'une convention, destiné à être cédé à autrui par sa mère.

D'un point de vue moral, la gestation pour autrui implique l'instrumentalisation du corps d'une femme qui est uniquement considéré comme un moyen de combler le désir d'un enfant. Naturellement, cette instrumentalisation est accrue lorsque le contrat prévoirait une rémunération ou même un dédommagement de la mère. Même si la loi interdisait toute rémunération et toute forme de commercialisation, comment pourra-t-on en pratique s'assurer du respect de la loi ? Comment éviter dans les faits que des femmes de milieux moins favorisés ne soient utilisées comme mères porteuses ? A tout cela s'ajoutent les risques physiques et médicaux inhérents à une fécondation in vitro et à toute grossesse.

Pour l'enfant aussi, les risques ne sont pas minces. On sait que des liens très forts se tissent déjà en cours de grossesse entre la mère et son enfant. La mère de substitution se devra de combattre sa tendance à créer un lien avec l'enfant pour éviter de subir un dommage psychologique lors de la séparation. Cette situation peut être préjudiciable à l'enfant. De plus, comment l'enfant réagira-t-il lorsqu'on lui dira (si on le fait) qu'il a été porté par une femme pour être ensuite donné à autrui ?

D'avantage d'informations sont disponibles sur le site d'Action pour la famille http://www.actiegezin-actionfamille.be/index.asp

Ecrivez dès aujourd'hui aux sénateurs pour marquer votre opposition à la gestation pour autrui ! (Voir adresses courriel ci-dessous).

Michel Ghins, président
Kris Vleugels, vice-président
Pierre-Alexandre de Maere d'Aertrycke, trésorier
Luc Borkes, collaborateur

Courriels des sénateurs francophones membres de la Commission des affaires sociales et de la Commission de la justice.

Mme. Sfia Bouarfa (PS) sbouarfa@parlbru.irisnet.be
M. Jacques Brotchi (MR) moulia@mr.polgroups.senate.be
Mme. Anne Delvaux (CdH) delvaux@senators.senate.be
Mme. Isabelle Durant (ECOLO) isabelle.durant@ecolo.be
M. Richard Fournaux (MR) fournaux@senators.senate.be
Mme. Dominique Tilmans (MR) tilmans@senators.senate.be
Mme. Christiane Vienne (PS) contact@christianevienne.be
M. Berni Collas (PS) collas@senators.senate.be
M. Georges Dallemagne (CdH) dallemagne@senators.senate.be
Mme. Christine Defraigne (MR) contact@christinedefraigne.be
M. Alain Destexhe (MR) destexhe@senators.senate.be
M. Josy Dubié (ECOLO) josy.dubie@ecolo.be
M. Marc Elsen (CdH) marc.elsen8@gmail.com
Mme. Joëlle Kapompolé (PS) kapompole@senators.senate.be
M. Philippe Mahoux (PS) courrier@philippe-mahoux.be
M. Philippe Monfils (MR) philippe.monfils@skynet.be
Mme. Carine Russo (ECOLO) carine.russo@ecolo.be
Mme. Olga Zrihen (PS) zrihen@senators.senate.be
Mme. Marie-Hélène Crombé-Berton (MR) crombe@senators.senate.be
M. Christophe Collignon (PS) contact@christophe-collignon.be
M. Alain Courtois (MR) alaincourtois@hotmail.com
M. Jean-Paul Procureur (CdH) jean-paul@jpprocureur.be
M. José Daras (ECOLO) jose.daras@ecolo.be
M. Francis Delpérée (CdH) delperee@senators.senate.be
M. Philippe Moureaux (PS) pmoureaux@molenbeek.irisnet.be
M. François Roelants du Vivier (MR)  roelantsduvivier@senators.senate.be

Soutenez notre action en effectuant un virement sur le compte
310-1948222-63

 

PS : Si vous ne désirez plus recevoir les courriels d'Action pour la Famille, veuillez nous le faire savoir en nous renvoyant un e-mail avec comme titre "Désincription"

Prochaine conférence du cercle à l'ULG : Vérité et Université - Mercredi 16 avril 2008

 

A vos agendas ! 

Après plusieurs réunions de réflexion sur le discours "manqué" du pape à la Sapienza (Université romaine), dans lequel Sa Sainteté Benoît XVI aborde la question du rôle de la religion catholique et du pape dans le monde universitaire et plus largement dans la société civile, le cercle vous engage d'ores et déjà à bloquer la date du mercredi 16 avril 2008 pour une conférence donnée par le Frère Marie-Jacques, docteur en philosophie (Communauté des Frères de Saint-Jean à Banneux) à l'Université de Liège (place du XX août) sur le thème :

 

VERITE et UNIVERSITE

 

 

Chesterton, le retour de Don Quichotte

"Toute votre machine est devenue si inhumaine qu'elle en est devenue naturelle. En devenant une seconde nature, elle est devenue aussi lointaine, aussi différente, aussi cruelle que la nature. Le chevalier chevauche à nouveau par les forêts. Seulement c'est parmi les roues qu'il se perd, et non parmi les bois. Vous avez construit votre système sans vie à si grande échelle que vous ne savez pas vous-même comment ni où il frappera. Voilà le paradoxe! Tout est devenu incalculable à force d'être calculé. Vous avez attachés les hommes à des outils si gigantesques qu'ils ne savent pas à qui les coups sont portés. Vous avez justifié le cauchemar de Don Quichotte. Les moulins sont effectivement devenus des géants."
 
G.K. Chesterton, Le retour de Don Quichotte, 1927

Source : Zentropa 

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Bourse de Wall Street - New York

 

18.02.2008

Le profit tue la beauté de la nature

"De surcroît, là où l'étendue de la terre russe n'est plus qu'une plaine unie et désertique, sans arbres, adieu la poésie de l'ancien temps, la poésie de nos aïeux et de nos pères, la poésie de notre propre jeunesse. Bientôt, nos enfants ne comprendront plus des expressions comme "Silence, forêt sombre, verte chênaie", de même qu'ils ne comprendront plus le trésor de notre poésie mythologique ou moderne née des fourrés épais de nos forêts récemment encore impénétrables, mystérieuses, tour à tour redoutables, inspirées ou d'une gravité charmante. Et ce sera un appauvrissement énorme des trésors spirituels de notre peuple poétique. Où s'est caché le chant admirable à mille voix, louange à Dieu, chant des oiseaux et de tous les animaux qui résonnait il n'y a pas si longtemps dans nos fourrés verts, en fleurs, intacts, et dans nos délicieux matin de mai? La terre russe désertée, dénudée par l'appât d'un profit obtus, s'enfonce dans un silence sourd, tombal. Ce profit tuera bientôt la goût même des charmes de la nature, comme il a tué sa beauté. Il faut craindre que la terre ne ressemble bientôt à une toile d'araignée géante enserrant tout le globe terrestre où seul surnage un homme émacié, omnivore, semblable à une araignée affamée qui n'a plus rien à dévorer car il a lui-même tout avalé, tué, dépecé tout être vivant à la surface de la terre entière."
 
Evêque Niconor, dans La revue orthodoxe, décembre 1884

Merci à JesusFranco du site Zentropa pour cette note de lecture vivifiante. Pas besoin de préciser que ce texte s'applique hélas merveilleusement à notre pays.

 

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Autoroute betteravière en Hesbaye - Grand-Leez - Belgique

17.02.2008

Textes - comptes-rendus

19 novembre 2007/ULG 

Conférence de l'Abbé Eric de Beukelaer : Le catholicisme face au langage des médias (Compte-rendu)

17 octobre 2007/ULG

Conférence de Monsieur Hervé Pasqua : La Technique et la Grâce (en cours de rédaction)

 

29 septembre 2007/église du Saint-Sacrement

 Conférence de Monseigneur Léonard : Le "Jésus" de Benoît XVI (Texte intégral)

 

26 mars 2007/ULG

Conférence de l'Abbé Barthe : Après la leçon de Ratisbonne : Benoît XVI et le recentrage du dialogue interreligieux (Texte intégral)

 

 

 

16.02.2008

L'île

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Sur une île du nord de la Russie, un moine orthodoxe trouble la vie de sa communauté. Est-il fou ? Est-il saint ? Les pèlerins accourent. Mais lui souffre d’être un pécheur impardonnable. Un film à ne pas manquer, avant qu'il ne soit trop tard... LP

ILS LE DISENT TOUS avec les mêmes mots : « Il y a eu un ordre. » « Prends et lis… » « Mange cette herbe… » « Allonge-toi sur le sol, face contre terre, les bras en croix… »

Ils le disent tous. Presque avec les mêmes mots. L’ordre était donné avec une immense douceur, un regard empreint d’une céleste bonté, un sourire si bienveillant, une main tendue, des bras ouverts…

Irrésistible élan. Obéissance parfaite et sans délai.

Ensuite ? La joie qui inonde, qui emporte toutes les digues de l’amour propre, de l’ambition, de la vanité, de la peur, de la peur surtout…

Après ? Après l’aveuglement, la vision claire et nette ; après le mutisme, la parole qui jaillit ; après la stérilité, la gestation ; après la surdité la suavité de la céleste musique…

Encore après, vient la « réformation ». La lente abdication des désirs de l’homme ancien, le long et progressif renoncement, la main qui s’ouvre, lâchant peu à peu ce qu’elle croyait tenir.

Pour faire de la place. Pour faire toute la place. Sans savoir à quoi servira l’instrument ainsi purifié, préparé, rénové. Parfois à l’incompréhensible. À la vision du bien et du mal, ailleurs que là ou on l’avait vu ou cru deviner jusque là. À la divination parfois. À la guérison même, victoire sur les démons, qui s’en vont en criant, comme les porcs de l’Évangile, du corps supplicié de la jeune folle.

Dieu agit. Dieu guide. Dieu inspire. Dieu fait parler les statues, illumine les grottes, embrase les buissons, fait gémir de douceur à Gubbio le plus terrible des loups.

Et le purifié parfois se roule dans la fange, mange la boue. Parfois noir de suie de fumée, il étreint les corolles enneigées des fleurs des prés. Mais ainsi devenu terrifiant ou risible, il saura dire non à l’intrus, au destructeur de la vie, à l’ami du confort, du moelleux édredon et des bottes fourrées. Il saura dire oui à la maladresse qui cache la vraie bonté. Il saura sauver l’enfant de la femme désespérée, condamné à mourir.

Ils en témoignent tous, chacun avec leurs mots, de cette succession de larmes amères et de joie profonde, de lamentations, face contre terre comme pour entrer dans l’humus et y cacher sa honte, puis d’allégresse, les yeux au ciel, comme portés par les ailes de l’espérance…

Tous ils le disent, l’écrivent, le racontent, de la petite pauvresse des Pyrénées au grand professeur de rhétorique de Milan et de Carthage, de la belle jeune fille noble d’Avila aux petits paysans de Pontmain, du pape immaculé de la via romana à l’higoumène de "l’Île"…

Tous ils le disent, et personne ne hurle de joie ? Personne n’exhibe leur témoignage, bien haut, comme un phare dans la nuit, pour que tout le monde le voie ? Personne ne rêve de se laisser retourner comme eux par ce soc de charrue neuf, brillant, affûté, qui prépare l’accueil orgasmique de la semence féconde ?

Pourquoi partout ces citadelles du mal, obstacles permanents à l’action de la grâce ? Pourquoi sont elles dressées comme des murs aveugles cassant la beauté des tapis de fleurs ? Pourquoi cette action divine bienfaisante et si puissante s’arrête-t-elle, comme un géant face à un gnome, devant nos minuscules libertés ?

Il faut aller voir l’Ile. Il faut le rendre obligatoire dans les écoles en lieu et place de cet horrible film sur l’avortement décrété leçon obligatoire dans les lycées français en septembre dernier, par des pédagos en folie [1].

Il faut aller le voir. Et il faut se dépêcher. Parce que la grâce divine est comme une jeune fille délicate et pure qui ne s’offrira qu’une fois, et partira pour jamais si elle est dédaignée.

Et parce que les monstres cupides de la production cinématographique ont déjà retiré ce film non commercial de presque toutes les salles parisiennes…



Catherine Rouvier,
le 11 février 2008
,
150e anniversaire de la première apparition de Marie à Bernadette à Lourdes.




Pour en savoir plus :

L’Île, film russe de Pavel Lounguine, sur les écrans depuis le 9 janvier.
■ Bande annonce : Allocine.fr
■ Le film est actuellement joué dans 9 salles :


[1] 4 mois, 3 semaines, 2 jours, film roumain de Christian Mungiu, Palme d’or Cannes 2007. Cf. Peut-on tout montrer ? L’avortement dans les salles de classe, Décryptage, 13 juillet 2007.

( Source: http://www.libertepolitique.com/public/decryptage/article... )

14.02.2008

Deux mondes...

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Incorrigibles!

Bigre! On ne croyait pas si bien dire en annoncant hier, avec une certaine hésitation, le possible début des "hostilités" de la part des médias envers l'Eglise pendant le carême!

En effet, Le Soir et La Meuse reprenait une info de l'hebdomadaire Dag Allemaal comme quoi le neveu du Cardinal Danneels aurait, de par sa profession, empêché l'élection de celui-ci sur le siège papal. Pour rappel, ce neveu est...acteur porno!

Hier également, c'est la diffusion d'un reportage intitulé "Sex crimes and the Vatican", lors de l'émission Questions à la Une" (de l'inoxydable Jean-Claude Defossé) qui semblait marquer la deuxième salve. Le porte-parole des évêques de Belgique, l'Abbé Eric de Beukelaer, s'est fendu d'un communiqué de presse, afin d'apporter quelques éclaircissements sur ce reportage. Et vous verrez combien ils sont nécessaires!

En ce qui nous concerne, nous ne pouvons que condamner fermement ces actes qui, de la part de prêtres ou religieux, plongent de nombreuses âmes dans l'abîme plutôt que de les mener au Christ. Mais nous ne pouvons que regretter une désinformation permanente sur la réalité des abus sexuels quand leur recension semble se focaliser uniquement sur la figure du prêtre. Nous renvoyons, à la fin de ce post, vers une étude diffusée par la Catholic League (USA) sur les abus sexuels envers les enfants. Avec surprise, on constatera un fait rarement mis en avant: les plus grand nombre de pédophiles sont d'abord à chercher dans...les familles! Viennent ensuite les enseignants et éducateurs, puis les psychologues, les rabbins et les pasteurs, puis...les prêtres catholiques. On regrettera de ne pas avoir de chiffre pour le clergé orthodoxe. 

 

«Sex crimes and the Vatican»– Du vrai… pas neuf et du neuf… pas vrai

Eric de Beukelaer, porte-parole des Evêques

Résumé

  • «Sex crimes and the Vatican», documentaire produit par la BBC, sera diffusé ce mercredi 13 février à 20h 20 dans de la le cadre du magazine «Questions à la Une» sur les antennes de la Une (RTBF). D’après la présentation qu’en fait ces jours-ci la presse TV, ce documentaire démontrerait de façon accablante qu’en la personne du pape actuel, le Vatican aurait – et cela depuis des années – sciemment mis en place une procédure pour protéger les prêtres pédophiles. La présente information à la presse a pour objectif de recadrer les choses.
  • Le documentaire dénonce à juste titre un drame, qui n’est malheureusement pas un «scoop»: Trop longtemps a sévi une culture du silence – voire de la complaisance – par rapport à la pédophilie. Elle a sévi dans toute la société, mais n’a pas épargné l’Eglise. Et cela est grave, vu la confiance que des jeunes victimes mettaient dans les religieux.
  • Là où le documentaire dérape, c’est quand il dénonce un complot proprement mafieux ayant pour parrain suprême le pape actuel: Complot qui viserait à sciemment étouffer le scandale de la pédophilie dans l’Eglise et à protéger les abuseurs. L’instruction de 1962, « Crimen sollicitationis » que le documentaire accuse d’orchestrer cela, est en fait un document qui ne visait pas avant tout les actes de pédophilie et n’entendait en rien faire obstacle à l’action de la justice étatique.

Revue de presse accablante

La presse TV annonce la diffusion de «Sex crimes and the Vatican» sans s’encombrer de nuances : «Pédophilie et Eglise sont-elles encore liées par des liens sacrés? Réalisé par la BBC, ce sujet s’intéresse au fameux «crimen sollicitationis», le décret mis en place par le Vatican pour étouffer les abus sexuels d’enfants commis par des prêtres dans tous les pays. La personne responsable de la mise en application de cette loi du silence, c’est le cardinal Ratzinger, l’actuel pape Benoît XVI. Cette enquête affligeante démontre comment, depuis des décennies, l’Eglise met tout en œuvre pour protéger des prêtres violeurs d’enfants, alors que rien n’est fait pour aider les victimes de ces crimes sexuels. Bonne soirée quand même…» (Télémoustique) «C’est une sorte de pacte signé par des prêtres catholiques. Ceux-ci promettent de passer sous silence certains actes pédophilies et crimes sexuels en tous genres afin de conserver une image positive du catholicisme en général et de ne pas éclabousser l’Eglise. Par cette convention, tout est clairement mis en œuvre pour que les crimes commis par les évêques (sic!) soient jugés par le Vatican et non par l’instance du pays dans lequel ils œuvrent. Ainsi, leur protection est assurée. Les enquêteurs démontrent par des preuves affligeantes comment, depuis des dizaines d’années l’Eglise met tout en œuvre pour protéger des prêtres violeurs d’enfants, des criminels sans scrupule qui se cachent derrière leur robe afin de commettre l’irréparable.» (Ciné Télé Revue) «Depuis vingt ans, le Vatican a mis au point une procédure, un décret qui permet d’étouffer les abus sexuels d’enfants commis par des prêtres dans tous les pays. La personne responsable de la mise en application de cette loi du silence, c’est le cardinal Joseph Ratzinger, l’actuel pape Benoît XVI.» (Télépro)

Du vrai… qui n’est pas neuf

«Sex crimes and the Vatican» fut produit en 2006 par «Panorama», le magazine d’investigation de la BBC. Le documentaire peut être visionné sur le site de la BBC (http://news.bbc.co.uk/player/nol/newsid_5400000/newsid_54...). Partant du calvaire vécu par les victimes, l’émission rappelle une vérité qui – si lourde soit-elle – n’est pas nouvelle: Des ministres ou religieux catholiques se sont rendus coupables d’abus sur des mineurs d’âge. Dans plusieurs cas, les autorités ecclésiastiques étaient averties et n’ont pas réagi en prenant les mesures qui s’imposaient. Cela alla parfois même jusqu’à la complaisance irresponsable – voire coupable – par rapport aux abuseurs. Comment expliquer cela? Le documentaire répond avec exactitude: Une culture du silence régnait au nom du «bien supérieur de l’Eglise». Afin de ne pas scandaliser les fidèles, certaines autorités ecclésiales jugeaient qu’il valait mieux déplacer le prêtre coupable sans trop ébruiter l’affaire et demander la discrétion à tous. Pareille façon d’agir n’était pas propre à l’Eglise. On la retrouvait également au sein des familles, dans le monde scolaire et même chez des intellectuels (Rappelons-nous l’écrivain Gabriel Matzneff reçu le 12 septembre 1975 chez Bernard Pivot). Si la culture ambiante de l’époque permet donc de mieux comprendre les silences, elle n’excuse rien : Le service de l’Evangile doit faire primer dans l’Eglise la défense des plus faibles avant toute autre considération.

Le documentaire ignore par contre que – à l’instar de toute la société – l’état d’esprit a changé dans l’Eglise et que des mesures ont été prises à tous les niveaux. Rappelons les paroles que le cardinal Ratzinger prononça au Colisée à l’occasion de sa méditation du chemin de croix 2005: «Les vêtements et le visage si sales de ton Eglise nous effraient. Mais c'est nous-mêmes qui les salissons! C'est nous-mêmes qui te trahissons chaque fois, après toutes nos belles paroles et nos beaux gestes. Prends pitié de ton Eglise...». Evidemment, aucune mesure n’est parfaite et le scandale des abus sexuels sur les enfants n’est pas pour la cause un chapitre clos dans l’Eglise catholique. Il est donc normal que la presse veille au grain. C’est ce que fit ce 2 février l’émission radio de Jean-Pol Hecq (RTBF – «la Première»): «Et Dieu dans tout ça?». Elle aborda le sujet de la pédophilie dans l’Eglise catholique sans complaisance, mais avec une rigueur journalistique qui fait honneur à la profession. On ne peut malheureusement pas en dire autant du présent documentaire, comme le démontre ce qui suit.

Du neuf (pas si neuf que ça) … qui n’est pas vrai

Le documentaire de la BBC dérape quand il insinue que la culture du silence qui régnait dans l’Eglise fut sciemment orchestrée depuis le Vatican et plus particulièrement pilotée par celui qui deviendra pape sous le nom de Benoît XVI. Pour étayer leur thèse, «Sex crimes and the Vatican» se base sur deux documents émanant de la Congrégation dirigée un temps par le futur Benoît XVI. D’après l’émission, ces écrits visaient à étouffer toute dénonciation d’abus sur des mineurs. De quels documents s’agit-il? Le plus récent est la lettre « Ad exequendam ». Ce texte fut envoyé en 2001 par le cardinal Ratzinger aux évêques de toute l’Eglise catholique. Manœuvre d’étouffement, comme l’induit l’émission? Il s’agissait au contraire de s’assurer que diverses graves infractions – dont les cas les cas d’abus sexuels – soient pris en charge de manière appropriée par les autorités ecclésiastiques locales, parfois trop complaisantes avec les abuseurs. A cette fin, le document ordonne que le Vatican soit informé de chaque affaire pour pouvoir veiller à ce qu’elle soit correctement traitée. Ajoutons que ce document n’entendait, en aucune manière, faire obstacle aux enquêtes des autorités civiles, mais simplement mieux faire fonctionner les procédures d’Eglise.

Une note dans « ad exequendam » sort de l’oubli un autre document qu’il remplace: «Crimen sollicitationis » (trad. le «crime de sollicitation») date de 1962, soit vingt ans avant l’arrivée du cardinal Ratzinger à la tête de la Congrégation pour la doctrine de la foi (1982). Cet écrit donnait des instructions aux évêques sur la manière de procéder en cas de «crime de sollicitation». Comme le rappelle l’introduction du document, ce crime «prend place quand un prêtre tente un pénitent, quel qu’il soit, dans le cadre ou à l’occasion du sacrement de la confession, ou immédiatement avant ou après, afin de solliciter de lui une faveur de nature impure ou obscène». (Pour une traduction privée du document en anglais, pas toujours précise, consulter: http://www.bishop-accountability.org/resources/resource-f...) Sans les exclure, le «crime de sollicitation» ne vise donc pas avant tout les actes de pédophilie, mais concerne l’ensemble des fautes commises dans le domaine sexuel en lien avec le sacrement de confession par un prêtre et ceci à l’égard de quiconque: adulte ou mineur, de l’un ou l’autre sexe. «Crimen sollicitationis» n’invite en aucune manière à faire obstruction au travail de la justice d’un pays. La confidentialité entourant les procédures ecclésiastique visait à protéger le secret de confession, la réputation des parties en cause et celle de l’Eglise par peur du scandale. Le journaliste américain John Allen, éminent expert en affaires catholiques, étudia la question dans un écrit d’août 2003: «Que Crimen Solliicitationis n’avait pas pour objectif d’étouffer les abus sexuels, apparaît dans le paragraphe 15 du document, qui oblige – sous peine d’excommunication – toute personne ayant la connaissance d’un prêtre qui abuse du confessionnal dans ce but, de le dénoncer, de peur qu’un tel délit reste occulte et impuni, causant de la sorte de graves dommages aux âmes.» (Consulter : 1962 document orders secrecy in sex cases). «Crimen sollicitationis» ne fut que fort peu appliqué et perdit sa pertinence légale avec l’entrée en vigueur du nouveau Code de droit canonique en 1983. Finalement, l’instruction fut remplacée en 2001 par « ad exequendam ».

Reste alors le trouble causé par les déclarations du père Tom Doyle – canoniste ayant travaillé au Vatican – déclarations sur lesquelles se fonde une bonne part de l’argumentation du documentaire. Dans «Sex crimes and the Vatican» cet ecclésiastique affirme: «Ce que vous avez ici est une politique explicite d’étouffement des affaires d’abus sexuels sur des mineurs commis par des membres du clergé.» Ces paroles ont sans doute dépassé la pensée de son auteur, car dans une lettre adressée le 13 octobre 2006 au journaliste John Allen, le père Doyle fait marche arrière en expliquant: «Bien que j’aie été un consultant pour les producteurs de ce documentaire, je crains qu’ont été perdues certaines distinctions que j’avais faites à propos du document de 1962. Je ne crois pas et n’ai jamais cru qu’il fallait y voir la preuve d’une conspiration explicite, au sens propre du terme, visant à étouffer les affaires d’abus sexuels.» (Consulter: http://ncrcafe.org/node/530).

Réactions

Diffusé pour la première fois le 1er octobre 2006 sur les antennes de la BBC, ce documentaire a entraîné une réaction énergique du cardinal Cormac Murphy-O’Connor, archevêque de Westminster et président de la Conférence des évêques catholiques d’Angleterre et du Pays de Galles. Il envoya une lettre au directeur général de la BBC « pour exprimer l’immense déception et l’inquiétude de la communauté catholique » du fait de la diffusion de cette émission: « Personne ne peut nier les effets dévastateurs des abus d’enfants dans notre société et le mal qui est infligé aux victimes et à leurs familles. Ceci est particulièrement honteux lorsque ces abus sont commis par un prêtre et il est évidemment légitime de diffuser les éléments déchirants relatifs à ce mal », avait reconnu le cardinal. « Toujours est-il que votre émission cherche à nuire gravement au pape Benoît XVI, guide d’un milliard de catholiques à travers le monde. Il me semble plutôt clair que le principal objectif de l’émission est de chercher à créer un lien entre le pape Benoît XVI et le fait de couvrir des abus sur enfants dans l’Eglise catholique. C’est un acte malveillant ne correspondant pas à la vérité, et qui est basé sur une présentation erronée des documents de l’Eglise. Je ne comprends pas pourquoi personne de votre société n’a fait la moindre tentative de contacter l’Eglise catholique de ce pays pour demander de l’aide dans la recherche d’informations exactes sur cette question », avait encore dénoncé le cardinal.

De son côté, le père Federico Lombardi, directeur du Bureau de presse du Saint-Siège s’exprima le 1er juin 2007 sur les antennes de Radio Vatican, en déclarant le documentaire de la BBC «gravement injuste quand il dirige ses critiques sur les motivations des documents ecclésiaux dont la nature et la finalité est dénaturée et quand il prend pour cible la figure du cardinal Ratzinger, aujourd’hui Benoît XVI». Le directeur du Bureau de presse du Saint-Siège a aussi souligné combien, «dans l’Eglise, il y a une volonté forte de regarder en face les problèmes et de les affronter avec loyauté». Il y a des prêtres qui s’engagent «avec compétence et dévouement sur le front de la lutte contre la pédophilie», a-t-il ajouté. «Les dénonciations peuvent certainement pousser à affronter et résoudre les problèmes sous-évalués ou cachés», a continué le père Lombardi. «En même temps, ils ne doivent pas devenir une contre vérité, jusqu’à être instrumentalisés pour détruire plutôt que pour construire», a-t-il souligné.

Il va sans dire que les évêques de Belgique souscrivent à ces analyses. «Sex crimes and the Vatican» peut être visionné par tous sur internet depuis plus d’un an. Ce documentaire est donc – médiatiquement parlant – loin d’être nouveau. Ses dérapages, non plus. Il est loisible aux téléspectateurs de donner leur opinion sur cette question auprès du service médiation de la RTBF: mediation@rtbf.be. (ou : Médiation RTBF, 52, boulevard Reyers, 1044 Bruxelles).

SIPI – Bruxelles, mardi 12 février 2008

Contact : Administrateur Portail Catho.be

(Source:  http://www.catho.be/single.aspx?id=3051&lng=fr )

 

Pour l'étude de la Catholic League: http://www.catholicleague.org/research/abuse_in_social_co...