14.02.2008

Incorrigibles!

Bigre! On ne croyait pas si bien dire en annoncant hier, avec une certaine hésitation, le possible début des "hostilités" de la part des médias envers l'Eglise pendant le carême!

En effet, Le Soir et La Meuse reprenait une info de l'hebdomadaire Dag Allemaal comme quoi le neveu du Cardinal Danneels aurait, de par sa profession, empêché l'élection de celui-ci sur le siège papal. Pour rappel, ce neveu est...acteur porno!

Hier également, c'est la diffusion d'un reportage intitulé "Sex crimes and the Vatican", lors de l'émission Questions à la Une" (de l'inoxydable Jean-Claude Defossé) qui semblait marquer la deuxième salve. Le porte-parole des évêques de Belgique, l'Abbé Eric de Beukelaer, s'est fendu d'un communiqué de presse, afin d'apporter quelques éclaircissements sur ce reportage. Et vous verrez combien ils sont nécessaires!

En ce qui nous concerne, nous ne pouvons que condamner fermement ces actes qui, de la part de prêtres ou religieux, plongent de nombreuses âmes dans l'abîme plutôt que de les mener au Christ. Mais nous ne pouvons que regretter une désinformation permanente sur la réalité des abus sexuels quand leur recension semble se focaliser uniquement sur la figure du prêtre. Nous renvoyons, à la fin de ce post, vers une étude diffusée par la Catholic League (USA) sur les abus sexuels envers les enfants. Avec surprise, on constatera un fait rarement mis en avant: les plus grand nombre de pédophiles sont d'abord à chercher dans...les familles! Viennent ensuite les enseignants et éducateurs, puis les psychologues, les rabbins et les pasteurs, puis...les prêtres catholiques. On regrettera de ne pas avoir de chiffre pour le clergé orthodoxe. 

 

«Sex crimes and the Vatican»– Du vrai… pas neuf et du neuf… pas vrai

Eric de Beukelaer, porte-parole des Evêques

Résumé

  • «Sex crimes and the Vatican», documentaire produit par la BBC, sera diffusé ce mercredi 13 février à 20h 20 dans de la le cadre du magazine «Questions à la Une» sur les antennes de la Une (RTBF). D’après la présentation qu’en fait ces jours-ci la presse TV, ce documentaire démontrerait de façon accablante qu’en la personne du pape actuel, le Vatican aurait – et cela depuis des années – sciemment mis en place une procédure pour protéger les prêtres pédophiles. La présente information à la presse a pour objectif de recadrer les choses.
  • Le documentaire dénonce à juste titre un drame, qui n’est malheureusement pas un «scoop»: Trop longtemps a sévi une culture du silence – voire de la complaisance – par rapport à la pédophilie. Elle a sévi dans toute la société, mais n’a pas épargné l’Eglise. Et cela est grave, vu la confiance que des jeunes victimes mettaient dans les religieux.
  • Là où le documentaire dérape, c’est quand il dénonce un complot proprement mafieux ayant pour parrain suprême le pape actuel: Complot qui viserait à sciemment étouffer le scandale de la pédophilie dans l’Eglise et à protéger les abuseurs. L’instruction de 1962, « Crimen sollicitationis » que le documentaire accuse d’orchestrer cela, est en fait un document qui ne visait pas avant tout les actes de pédophilie et n’entendait en rien faire obstacle à l’action de la justice étatique.

Revue de presse accablante

La presse TV annonce la diffusion de «Sex crimes and the Vatican» sans s’encombrer de nuances : «Pédophilie et Eglise sont-elles encore liées par des liens sacrés? Réalisé par la BBC, ce sujet s’intéresse au fameux «crimen sollicitationis», le décret mis en place par le Vatican pour étouffer les abus sexuels d’enfants commis par des prêtres dans tous les pays. La personne responsable de la mise en application de cette loi du silence, c’est le cardinal Ratzinger, l’actuel pape Benoît XVI. Cette enquête affligeante démontre comment, depuis des décennies, l’Eglise met tout en œuvre pour protéger des prêtres violeurs d’enfants, alors que rien n’est fait pour aider les victimes de ces crimes sexuels. Bonne soirée quand même…» (Télémoustique) «C’est une sorte de pacte signé par des prêtres catholiques. Ceux-ci promettent de passer sous silence certains actes pédophilies et crimes sexuels en tous genres afin de conserver une image positive du catholicisme en général et de ne pas éclabousser l’Eglise. Par cette convention, tout est clairement mis en œuvre pour que les crimes commis par les évêques (sic!) soient jugés par le Vatican et non par l’instance du pays dans lequel ils œuvrent. Ainsi, leur protection est assurée. Les enquêteurs démontrent par des preuves affligeantes comment, depuis des dizaines d’années l’Eglise met tout en œuvre pour protéger des prêtres violeurs d’enfants, des criminels sans scrupule qui se cachent derrière leur robe afin de commettre l’irréparable.» (Ciné Télé Revue) «Depuis vingt ans, le Vatican a mis au point une procédure, un décret qui permet d’étouffer les abus sexuels d’enfants commis par des prêtres dans tous les pays. La personne responsable de la mise en application de cette loi du silence, c’est le cardinal Joseph Ratzinger, l’actuel pape Benoît XVI.» (Télépro)

Du vrai… qui n’est pas neuf

«Sex crimes and the Vatican» fut produit en 2006 par «Panorama», le magazine d’investigation de la BBC. Le documentaire peut être visionné sur le site de la BBC (http://news.bbc.co.uk/player/nol/newsid_5400000/newsid_54...). Partant du calvaire vécu par les victimes, l’émission rappelle une vérité qui – si lourde soit-elle – n’est pas nouvelle: Des ministres ou religieux catholiques se sont rendus coupables d’abus sur des mineurs d’âge. Dans plusieurs cas, les autorités ecclésiastiques étaient averties et n’ont pas réagi en prenant les mesures qui s’imposaient. Cela alla parfois même jusqu’à la complaisance irresponsable – voire coupable – par rapport aux abuseurs. Comment expliquer cela? Le documentaire répond avec exactitude: Une culture du silence régnait au nom du «bien supérieur de l’Eglise». Afin de ne pas scandaliser les fidèles, certaines autorités ecclésiales jugeaient qu’il valait mieux déplacer le prêtre coupable sans trop ébruiter l’affaire et demander la discrétion à tous. Pareille façon d’agir n’était pas propre à l’Eglise. On la retrouvait également au sein des familles, dans le monde scolaire et même chez des intellectuels (Rappelons-nous l’écrivain Gabriel Matzneff reçu le 12 septembre 1975 chez Bernard Pivot). Si la culture ambiante de l’époque permet donc de mieux comprendre les silences, elle n’excuse rien : Le service de l’Evangile doit faire primer dans l’Eglise la défense des plus faibles avant toute autre considération.

Le documentaire ignore par contre que – à l’instar de toute la société – l’état d’esprit a changé dans l’Eglise et que des mesures ont été prises à tous les niveaux. Rappelons les paroles que le cardinal Ratzinger prononça au Colisée à l’occasion de sa méditation du chemin de croix 2005: «Les vêtements et le visage si sales de ton Eglise nous effraient. Mais c'est nous-mêmes qui les salissons! C'est nous-mêmes qui te trahissons chaque fois, après toutes nos belles paroles et nos beaux gestes. Prends pitié de ton Eglise...». Evidemment, aucune mesure n’est parfaite et le scandale des abus sexuels sur les enfants n’est pas pour la cause un chapitre clos dans l’Eglise catholique. Il est donc normal que la presse veille au grain. C’est ce que fit ce 2 février l’émission radio de Jean-Pol Hecq (RTBF – «la Première»): «Et Dieu dans tout ça?». Elle aborda le sujet de la pédophilie dans l’Eglise catholique sans complaisance, mais avec une rigueur journalistique qui fait honneur à la profession. On ne peut malheureusement pas en dire autant du présent documentaire, comme le démontre ce qui suit.

Du neuf (pas si neuf que ça) … qui n’est pas vrai

Le documentaire de la BBC dérape quand il insinue que la culture du silence qui régnait dans l’Eglise fut sciemment orchestrée depuis le Vatican et plus particulièrement pilotée par celui qui deviendra pape sous le nom de Benoît XVI. Pour étayer leur thèse, «Sex crimes and the Vatican» se base sur deux documents émanant de la Congrégation dirigée un temps par le futur Benoît XVI. D’après l’émission, ces écrits visaient à étouffer toute dénonciation d’abus sur des mineurs. De quels documents s’agit-il? Le plus récent est la lettre « Ad exequendam ». Ce texte fut envoyé en 2001 par le cardinal Ratzinger aux évêques de toute l’Eglise catholique. Manœuvre d’étouffement, comme l’induit l’émission? Il s’agissait au contraire de s’assurer que diverses graves infractions – dont les cas les cas d’abus sexuels – soient pris en charge de manière appropriée par les autorités ecclésiastiques locales, parfois trop complaisantes avec les abuseurs. A cette fin, le document ordonne que le Vatican soit informé de chaque affaire pour pouvoir veiller à ce qu’elle soit correctement traitée. Ajoutons que ce document n’entendait, en aucune manière, faire obstacle aux enquêtes des autorités civiles, mais simplement mieux faire fonctionner les procédures d’Eglise.

Une note dans « ad exequendam » sort de l’oubli un autre document qu’il remplace: «Crimen sollicitationis » (trad. le «crime de sollicitation») date de 1962, soit vingt ans avant l’arrivée du cardinal Ratzinger à la tête de la Congrégation pour la doctrine de la foi (1982). Cet écrit donnait des instructions aux évêques sur la manière de procéder en cas de «crime de sollicitation». Comme le rappelle l’introduction du document, ce crime «prend place quand un prêtre tente un pénitent, quel qu’il soit, dans le cadre ou à l’occasion du sacrement de la confession, ou immédiatement avant ou après, afin de solliciter de lui une faveur de nature impure ou obscène». (Pour une traduction privée du document en anglais, pas toujours précise, consulter: http://www.bishop-accountability.org/resources/resource-f...) Sans les exclure, le «crime de sollicitation» ne vise donc pas avant tout les actes de pédophilie, mais concerne l’ensemble des fautes commises dans le domaine sexuel en lien avec le sacrement de confession par un prêtre et ceci à l’égard de quiconque: adulte ou mineur, de l’un ou l’autre sexe. «Crimen sollicitationis» n’invite en aucune manière à faire obstruction au travail de la justice d’un pays. La confidentialité entourant les procédures ecclésiastique visait à protéger le secret de confession, la réputation des parties en cause et celle de l’Eglise par peur du scandale. Le journaliste américain John Allen, éminent expert en affaires catholiques, étudia la question dans un écrit d’août 2003: «Que Crimen Solliicitationis n’avait pas pour objectif d’étouffer les abus sexuels, apparaît dans le paragraphe 15 du document, qui oblige – sous peine d’excommunication – toute personne ayant la connaissance d’un prêtre qui abuse du confessionnal dans ce but, de le dénoncer, de peur qu’un tel délit reste occulte et impuni, causant de la sorte de graves dommages aux âmes.» (Consulter : 1962 document orders secrecy in sex cases). «Crimen sollicitationis» ne fut que fort peu appliqué et perdit sa pertinence légale avec l’entrée en vigueur du nouveau Code de droit canonique en 1983. Finalement, l’instruction fut remplacée en 2001 par « ad exequendam ».

Reste alors le trouble causé par les déclarations du père Tom Doyle – canoniste ayant travaillé au Vatican – déclarations sur lesquelles se fonde une bonne part de l’argumentation du documentaire. Dans «Sex crimes and the Vatican» cet ecclésiastique affirme: «Ce que vous avez ici est une politique explicite d’étouffement des affaires d’abus sexuels sur des mineurs commis par des membres du clergé.» Ces paroles ont sans doute dépassé la pensée de son auteur, car dans une lettre adressée le 13 octobre 2006 au journaliste John Allen, le père Doyle fait marche arrière en expliquant: «Bien que j’aie été un consultant pour les producteurs de ce documentaire, je crains qu’ont été perdues certaines distinctions que j’avais faites à propos du document de 1962. Je ne crois pas et n’ai jamais cru qu’il fallait y voir la preuve d’une conspiration explicite, au sens propre du terme, visant à étouffer les affaires d’abus sexuels.» (Consulter: http://ncrcafe.org/node/530).

Réactions

Diffusé pour la première fois le 1er octobre 2006 sur les antennes de la BBC, ce documentaire a entraîné une réaction énergique du cardinal Cormac Murphy-O’Connor, archevêque de Westminster et président de la Conférence des évêques catholiques d’Angleterre et du Pays de Galles. Il envoya une lettre au directeur général de la BBC « pour exprimer l’immense déception et l’inquiétude de la communauté catholique » du fait de la diffusion de cette émission: « Personne ne peut nier les effets dévastateurs des abus d’enfants dans notre société et le mal qui est infligé aux victimes et à leurs familles. Ceci est particulièrement honteux lorsque ces abus sont commis par un prêtre et il est évidemment légitime de diffuser les éléments déchirants relatifs à ce mal », avait reconnu le cardinal. « Toujours est-il que votre émission cherche à nuire gravement au pape Benoît XVI, guide d’un milliard de catholiques à travers le monde. Il me semble plutôt clair que le principal objectif de l’émission est de chercher à créer un lien entre le pape Benoît XVI et le fait de couvrir des abus sur enfants dans l’Eglise catholique. C’est un acte malveillant ne correspondant pas à la vérité, et qui est basé sur une présentation erronée des documents de l’Eglise. Je ne comprends pas pourquoi personne de votre société n’a fait la moindre tentative de contacter l’Eglise catholique de ce pays pour demander de l’aide dans la recherche d’informations exactes sur cette question », avait encore dénoncé le cardinal.

De son côté, le père Federico Lombardi, directeur du Bureau de presse du Saint-Siège s’exprima le 1er juin 2007 sur les antennes de Radio Vatican, en déclarant le documentaire de la BBC «gravement injuste quand il dirige ses critiques sur les motivations des documents ecclésiaux dont la nature et la finalité est dénaturée et quand il prend pour cible la figure du cardinal Ratzinger, aujourd’hui Benoît XVI». Le directeur du Bureau de presse du Saint-Siège a aussi souligné combien, «dans l’Eglise, il y a une volonté forte de regarder en face les problèmes et de les affronter avec loyauté». Il y a des prêtres qui s’engagent «avec compétence et dévouement sur le front de la lutte contre la pédophilie», a-t-il ajouté. «Les dénonciations peuvent certainement pousser à affronter et résoudre les problèmes sous-évalués ou cachés», a continué le père Lombardi. «En même temps, ils ne doivent pas devenir une contre vérité, jusqu’à être instrumentalisés pour détruire plutôt que pour construire», a-t-il souligné.

Il va sans dire que les évêques de Belgique souscrivent à ces analyses. «Sex crimes and the Vatican» peut être visionné par tous sur internet depuis plus d’un an. Ce documentaire est donc – médiatiquement parlant – loin d’être nouveau. Ses dérapages, non plus. Il est loisible aux téléspectateurs de donner leur opinion sur cette question auprès du service médiation de la RTBF: mediation@rtbf.be. (ou : Médiation RTBF, 52, boulevard Reyers, 1044 Bruxelles).

SIPI – Bruxelles, mardi 12 février 2008

Contact : Administrateur Portail Catho.be

(Source:  http://www.catho.be/single.aspx?id=3051&lng=fr )

 

Pour l'étude de la Catholic League: http://www.catholicleague.org/research/abuse_in_social_co...

13.02.2008

Première salve?

Vous le savez, si nous avions invité l'Abbé Eric de Beukelaer a présenter une conférence sur le catholicisme et les médias, c'est parce que nous sommes de plus en plus sceptique quant à l'objectivité de ces derniers sur les sujets touchant au catholicisme. Vous avez pu le constater par vous même à propos de la manifestation de Madrid qui, le 30 décembre dernier, a réuni deux millions de citoyens afin de défendre le modèle de la famille traditionnelle. On en a si peu parlé qu'on se demande même si il y a jamais eu autant de monde. Sans doute n'était-ce pas assez "croustillant" comme information!

Depuis deux ans, à cette période, un semblant de rituel paraît se mettre en place dans les médias: durant la période la plus importante du calendrier chrétien, à savoir Carême et surtout Pâques, paraissent des informations (interview, reportages télévisés) qui s'en prennent automatiquement à l'Eglise catholique. On se souvient du reportage de Mr Jean-Claude Defossé (RTBF) sur Lourdes, ou encore l'interview tronquée de Mgr Léonard parue dans Télémoustique. Nous étions donc impatient de voir ce que nous réservait cette nouvelle année!

Et voilà que la premièe salve semble lancée! Et elle est des plus croustillante! L'info figure dans La Meuse (édition régionale) du jour, ainsi que dans Le Soir (édition nationale): le neveu du cardinal Daneels est le roi du porno! Agé de 36 ans, Dries Breyne (surnommé "Byrne") a été acteur avant de devenir producteur à Prague. Il est apparemment respecté dans le milieu, et les rapports avec la famille se passent le mieux du monde. Même avec son cardinal d'oncle! Mais pourquoi faire un article là-dessus dès lors?

Tout est dans le titre (voir ci-dessous): Danneels était un des favoris (voire le favori...) pour succéder à Jean-Paul II, mais le métier de son neveu aurait empêché son élection. Remarquons que La Meuse titre dans le même sens: " Le neveu de Danneels est le roi du porno. Cela aurait privé le cardinal du titre de pape" (La Meuse, 13/02/2008, p.3) Mais lorsqu'on lit le contenu de l'article (identique dans les deux journaux), on se demande vraiment pourquoi un tel titre, puisque le neveu lui-même avance que "c'est totalement insensé. Ce ne sont que des rumeurs. Mon métier d'acteur porno n'a influencé aucun membre du conclave." Si pour notre homme son métier n'a eu aucune influence sur la non élection du Cardinal Danneels, on s'attend, légitimement, à trouver un supplément d'information justifiant le titre de l'article, quelque chose du genre: "ce n'est pourtant pas ce que pense untel, qui sait de source sûre etc." Non, l'article se termine ainsi, en eau de boudin, ne semblant délivré qu'une information: le neveu du cardinal est le roi du porno.

"Semblant" disons-nous car, à y regarder de plus près, il y a au moins une autre information qui passe, contenue entièrement dans le titre. Le sens connoté de celui-ci n'est pas neutre, il nourrit un préjugé savamment distillé dans le commun des mortels: l'Eglise est rétrograde, elle n'est pas adaptée à notre époque. Les cardinaux réprésentent de façon métonymique l'Eglise, et on nous dit qu'ils ont probablement été choqués. L'Eglise est donc choquée par le métier du neveu du cardinal. Vu le type de "métier" (peut-on parler de métier...), l'Eglise aurait refusé la succession de Jean-Paul II. Ce qui sous-entend que l'Eglise reste décidemment toujours crispée sur la question du sexe.  Dans le même temps, agissant ainsi, elle rendrait responsable le cardinal de tous les actes posés par sa famille. Ce qui renvoie à l'idée d'institution totalitaire, qui pèse d'une chappe de plomb sur vous, votre vie, mais aussi  celle de votre entourage.

Au final passe le message que l'Eglise (à travers ses cardinaux) est toujours en froid avec le sexe (au point d'empêcher l'élection du cardinal) et qu'en plus, elle se veut toujours "totalitaire" (puisqu'elle imputerait au cardinal une responsabilité dans les actes de son neveu). Quand on sait que nombre de lecteurs survolent les titres d'un quotidien, sans s'attarder sur le contenu des articles, on ne peut que s'interroger sur la raison d'être de cet article.   

 

mercredi 13 février 2008, 10:21

Godfried Danneels était l’un des favoris pour succéder à Jean-Paul II. Mais le côté progressiste du primat de Belgique aurait gêné certains représentants de l’Eglise catholique. A moins qu’ils n’aient été choqués par le métier qu’exerce le neveu de Mgr Danneels: acteur porno.

Souvenez-vous: en avril 2005 décédait le pape Jean-Paul II, des suites d’une longue maladie. Le conclave, qui réunissait plus de 100 cardinaux, devait lui trouver un successeur. Parmi les favoris, le Belge Godfried Danneels.

La suite de l’histoire est connue: Mgr Danneels n’est pas élu et c’est le cardinal Ratzinger qui devient chef de l’Eglise catholique, sous le nom de Benoît XVI. De nombreux analystes se penchent sur l’“ échec ” de Godfried Danneels. Pour eux, l’esprit progressiste et les prises de positions du primat de Belgique auraient pu refroidir les ardeurs de certains cardinaux.

Mais nos collègues de l’hebdomadaire Dag Allemaal avancent, cette semaine, une nouvelle hypothèse. Ils ont en effet découvert que le neveu de Mgr Danneels n’est autre que la plus grande star flamande du porno. Ce qui aurait pu choquer certains membres du conclave.

Âgé aujourd’hui de 36 ans, Dries Breyne (aussi connu, dans le monde du X, sous le pseudonyme “ Byrne ”) est né dans le Nord de la France, à Lille. Abandonné dès sa naissance par sa mère, le bambin est recueilli par Paul Breyne et son épouse, Godelieve Danneels, sœur du primat.

Accepté par la famille

Depuis lors, le petit Dries a bien grandi. Il est devenu un acteur porno réputé et un producteur respecté dans le milieu.

S’il réside actuellement à Prague (l’une des capitales du porno), Dries Breyne revient fréquemment en Belgique, notamment lorsque se tiennent des réunions de familles.

“ Et contrairement à ce que vous pourriez penser ”, confiait-il à nos collègues néerlandophones, “ cela n’a jamais posé le moindre problème. Les temps ont changé, les mentalités ont évolué. L’époque où ma famille était gênée par mon métier est révolue. ”

Quant à l’impact qu’aurait pu avoir son métier dans la nomination du cardinal Ratzinger en lieu et place de son oncle, Dries Breyne est catégorique: “ C’est totalement insensé. Ce ne sont que des rumeurs. Mon métier d’acteur porno n’a influencé aucun membre du conclave. ”

(Source: Le Soir.  http://www.lesoir.be/actualite/belgique/mon-dieu-le-neveu... )

12.02.2008

Manifeste pour un christianisme engagé (I)

Comme promis, nous commençons aujourd'hui le compte-rendu de l'ouvrage de Thibaut Dary: "Manifeste pour un christianisme engagé", paru en décembre 2007 aux Éditions Salvator. (En italique, les extraits tirés du livre)

C'est à partir du refrain de la chanson "On ira tous au paradis" de Michel Polnareff (1972) que Thibaut Dary nous introduit dans son manifeste. Aller tous au paradis...question centrale si il en est, et à propos de laquelle on pourra demander à Polnareff, et à son parolier J-L Dabadie, si ils disent vrai? "Qu'on soit béni ou qu'on soit maudit", irons-nous tous au paradis? Mais qui "on"? Vraiment tous? Voilà la question. Voilà l'inquiétude. Voilà l'enjeu. (p.6) Tous, cela semble peu sûr. A moins de remplir une condition.

Cette condition,pour l'auteur, est de répondre présent, rien de plus. Nous avons appris, et parfois même compris, que ce ne sont ni nos mérites ni nos efforts qui nous ont obtenu ce destin, mais la miséricorde du Très-Haut en son fils Jésus-Christ. Enflammés par l'amour de Dieu, nous attendons le jour de le voir enfin face-à-face. (p.6) Malgré la profonde sincérité de l'auteur, ainsi que le souffle de son propos, et quitte à paraître rabat-joie, il nous semble peu évident que tous aient accès au paradis pour avoir simplement accepter l'invitation. Il n'y aurait donc aucun autre effort à fournir que celui-là? Apparemment oui, puisque l'auteur de préciser: Et notre destin en ce monde, en somme, n'est pas de mériter ce qui nous a déjà été donné gratuitement, mais d'accepter cette faveur.(p.6) Et une fois accepté cette faveur? Il n'y aurait rien à faire d'autre? Est-ce uniquement parce que je suis chrétien que j'obtiens la garantie absolue de salut, et donc mon entrée dans le Royaume des Cieux? On nous permettra d'espérer que l'auteur précise sa pensée dans les pages à venir.

"On ira tous au paradis": mais est-ce que tous sont d'accord? Est-ce que tous sont intéressés par cette histoire d'amour entre Dieu et les hommes? Pas sûr. Sûr que non, même.(p.7) En effet, si ils en est qui soutiennent l'idée que tous nous serons sauvés, encore faut-il que tous soient intéressés. Mieux: il est des catholiques, théologiens, prêtres, laïcs ou autres, pour qui, intéressés ou pas, tous ils seront sauvés, sans avoir rien demandé, sans avoir manifesté, même au fond de leur coeur, la moindre once de volonté de croire en Jésus-Christ. Mais n'est-ce pas leur infliger un réel supplice que de les forcer à voir Dieu face-à-face? Ils n'ont pourtant rien demandés! On voudra bien noter que cette théologie du salut, marquée par un excès d'optimisme, le théologien Louis Bouyer en dénoncait déjà la fausseté en 1968.  Extrait roboratif: 

 "On veut maintenant tirer de la révélation chrétienne elle-même une théologie du salut qui l'étende à tous les hommes, sans qu'ils aient plus besoin d'avoir foi en cette révélation, ni donc évidemment de la connaître. Les innombrables systèmes élaborés dans ce but depuis le début de ce siècle n'ont pas à être exposés ici. Disons seulement qu'ils se distinguent tous par le même byzantinisme, les mêmes manipulations arbitraires de toutes les notions traditionnelles, et finalement le même verbalisme qui caractérisait le seul type de théologie jugé pleinement orthodoxe à cette époque. Le sens ésotérique qu'on y arrive à donner à des expressions aussi transparentes que "désir du baptême" ou "appartenance à l'Eglise catholique" est tellement éloigné du sens naturel des mots que seul des gens longuement ployés à ce dernier genre de gymnastique intellectuelle pouvaient s'en accomoder. A tout autre, la lecture de ces spéculations fait un effet irrésistible de non-sens confinant à la pure bouffonnerie. Mais quand on s'est habitué à appeler le noir blanc et le blanc noir, tout cela paraît parfaitement naturel, et on s'étonne que les autres s'étonnent! [...] L'erreur fondamentale de ces théories du salut est qu'elles n'ont rien à faire avec le salut, au seul sens chrétien du mot. Elles supposent, au point de départ, un homme non chrétien déjà sauvé, et le considèrent comme l'homme normal. Mais s'il l'était, il n'y aurait jamais eu besoin du christianisme. 'Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pêcheurs', dit le Christ."

                                                                                     La décomposition du catholicisme, Fayard, 1968, pp.111-112
Thibaut Dary, loin de laisser croire que tous nous sommes sauvés, sans même jeter un oeil vers le Christ, invite tout un chacun à répondre l'appel de Dieu: que l'on soit déjà chrétiens, qu'on le soit tièdement, qu'on aie oublié la source de la jouvence divine que la baptême, il y a longtemps, a plantée en [nos] coeur[s], ou qu'on soit franchement athée, tous nous sommes appelés à la félicité. 
Alors, voyons comment faire...
(A suivre)  

06.02.2008

Bon Carême!

Comme vous le savez, nous sommes aujourd'hui le mercredi des Cendres, premier jour de Carême. Mais savez-vous ce que symbolisent ces cendres? De même, êtes-vous certain de savoir le sens profond de cette période de jeûne? Et qu'attend-t-on concrètement de tout catholique jusque Pâques? Afin de ne pas jeûner "idiot", vous trouverez sur le site suivant 28 questions essentielles sur le Carême: http://qe.catholique.org/le-careme/894-tout-sur-le-careme

Et pour continuer sur notre lancée d'un Carême malin, faisons également en sorte qu'il soit saint, en lisant le message du pape pour ce Carême 2008. Il y développe avec une belle intelligence une pratique trop souvent décriée, même au sein de l'Eglise: l'aumône. Que ces quelques lignes nous permettent de mieux saisir l'essence de cette pratique. 

 

MESSAGE DE SA SAINTETÉ
BENOÎT XVI
POUR LE CARÊME 2008

 

 

« Le Christ pour vous s’est fait pauvre » (2 Cor 8,9)

 

Chers frères et sœurs !

1. Chaque année, le Carême nous offre une occasion providentielle pour approfondir le sens et la valeur de notre identité chrétienne, et nous stimule à redécouvrir la miséricorde de Dieu pour devenir, à notre tour, plus miséricordieux envers nos frères. Pendant le temps du Carême, l’Église propose certains engagements spécifiques pour accompagner concrètement les fidèles dans ce processus de renouvellement intérieur : ce sont la prière, le jeûne et l’aumône. Cette année, en ce traditionnel Message pour le Carême, je voudrais m’arrêter pour réfléchir sur la pratique de l’aumône : elle est une manière concrète de venir en aide à ceux qui sont dans le besoin, et, en même temps, un exercice ascétique pour se libérer de l’attachement aux biens terrestres. Combien forte est l’attirance des richesses matérielles, et combien doit être ferme notre décision de ne pas l’idolâtrer ! Aussi Jésus affirme-t-il d’une manière péremptoire : « Vous ne pouvez servir Dieu et l’argent » (Lc 16,13).

L’aumône nous aide à vaincre cette tentation permanente : elle nous apprend à aller à la rencontre des besoins de notre prochain et à partager avec les autres ce que, par grâce divine, nous possédons. C’est à cela que visent les collectes spéciales en faveur des pauvres, qui sont organisées pendant le Carême en de nombreuses régions du monde. Ainsi, à la purification intérieure s’ajoute un geste de communion ecclésiale, comme cela se passait déjà dans l’Église primitive. Saint Paul en parle dans ses Lettres à propos de la collecte en faveur de la communauté de Jérusalem (cf. 2 Cor 8-9 ; Rm 15, 25-27).

2. Selon l’enseignement de l’Évangile, nous ne sommes pas propriétaires mais administrateurs des biens que nous possédons : ceux-ci ne doivent donc pas être considérés comme notre propriété exclusive, mais comme des moyens à travers lesquels le Seigneur appelle chacun d’entre nous à devenir un instrument de sa providence envers le prochain. Comme le rappelle le Catéchisme de l’Église Catholique, les biens matériels ont une valeur sociale, selon le principe de leur destination universelle (cf. n° 2404).

Dans l’Évangile, l’avertissement de Jésus est clair envers ceux qui possèdent des richesses terrestres et ne les utilisent que pour eux-mêmes. Face aux multitudes qui, dépourvues de tout, éprouvent la faim, les paroles de saint Jean prennent des accents de vive remontrance : « Si quelqu'un possède les biens du monde, et que, voyant son frère dans le besoin, il lui ferme ses entrailles, comment l'amour de Dieu demeure-t-il en lui ? » (1 Jn 3, 17). Cet appel au partage résonne avec plus de force dans les pays dont la population est formée d’une majorité de chrétiens, car plus grave encore est leur responsabilité face aux multitudes qui souffrent de l’indigence et de l’abandon. Leur porter secours est un devoir de justice avant même d’être un acte de charité.

3. L’Évangile met en lumière un aspect caractéristique de l’aumône chrétienne : elle doit demeurer cachée. « Que ta main gauche ne sache pas ce que fait ta droite », dit Jésus, « afin que ton aumône se fasse en secret » (Mt 6, 3-4). Et juste avant, il avait dit qu’il ne faut pas se vanter de ses bonnes actions, pour ne pas risquer d’être privé de la récompense céleste (cf. Mt 6, 1-2). La préoccupation du disciple est de tout faire pour la plus grande gloire de Dieu. Jésus avertit : « Que votre lumière luise ainsi devant les hommes, afin qu'ils voient vos bonnes œuvres et qu'ils glorifient votre Père qui est dans les cieux » (Mt 5, 16). Ainsi, tout doit être accompli pour la gloire de Dieu et non pour la nôtre. Ayez-en conscience, chers frères et sœurs, en accomplissant chaque geste d’assistance au prochain, tout en évitant de le transformer en un moyen de se mettre en évidence. Si, en faisant une bonne action, nous ne recherchons pas la gloire de Dieu et le vrai bien de nos frères, mais nous attendons plutôt en retour un avantage personnel ou simplement des louanges, nous nous situons dès lors en dehors de l’esprit évangélique. Dans la société moderne de l’image, il importe de rester attentif, car cette tentation est récurrente. L’aumône évangélique n’est pas simple philanthropie : elle est plutôt une expression concrète de la charité, vertu théologale qui exige la conversion intérieure à l’amour de Dieu et des frères, à l’imitation de Jésus Christ, qui, en mourant sur la Croix, se donna tout entier pour nous. Comment ne pas rendre grâce à Dieu pour les innombrables personnes qui, dans le silence, loin des projecteurs de la société médiatique, accomplissent dans cet esprit des actions généreuses de soutien aux personnes en difficulté ? Il ne sert pas à grand chose que de donner ses biens aux autres si, à cause de cela, le cœur se gonfle de vaine gloire : voilà pourquoi celui qui sait que Dieu « voit dans le secret » et dans le secret le récompensera, ne cherche pas de reconnaissance humaine pour les œuvres de miséricorde qu’il accomplit.

4. En nous invitant à considérer l’aumône avec un regard plus profond, qui transcende la dimension purement matérielle, les Saintes Écritures nous enseignent qu’il y a plus de joie à donner qu’à recevoir (cf. Act 20, 35). Quand nous agissons avec amour, nous exprimons la vérité de notre être : nous avons en effet été créés non pour nous-mêmes, mais pour Dieu et pour nos frères (cf. 2 Cor 5, 15). Chaque fois que, par amour pour Dieu, nous partageons nos biens avec notre prochain qui est dans le besoin, nous expérimentons que la plénitude de la vie vient de l’amour et que tout se transforme pour nous en bénédiction sous forme de paix, de satisfaction intérieure et de joie. En récompense de nos aumônes, le Père céleste nous donne sa joie. Mais il y a plus encore : saint Pierre cite parmi les fruits spirituels de l’aumône, le pardon des péchés. « La charité – écrit-il – couvre une multitude de péchés » (1 P 4, 8). La liturgie du Carême le répète souvent, Dieu nous offre, à nous pécheurs, la possibilité d’être pardonnés. Le fait de partager ce que nous possédons avec les pauvres, nous dispose à recevoir un tel don. Je pense en ce moment au grand nombre de ceux qui ressentent le poids du mal accompli et qui, précisément pour cela, se sentent loin de Dieu, apeurés et pratiquement incapables de recourir à Lui. L’aumône, en nous rapprochant des autres, nous rapproche de Dieu, et elle peut devenir l’instrument d’une authentique conversion et d’une réconciliation avec Lui et avec nos frères.

5. L’aumône éduque à la générosité de l’amour. Saint Joseph-Benoît Cottolengo avait l’habitude de recommander : « Ne comptez jamais les pièces que vous donnez, parce que, je le dis toujours : si en faisant l’aumône la main gauche ne doit pas savoir ce que fait la droite, de même la droite ne doit pas savoir ce qu’elle fait elle-même » (Detti e pensieri, Edilibri, n. 201). À ce propos, combien significatif est l’épisode évangélique de la veuve qui, dans sa misère, jette dans le trésor du Temple « tout ce qu’elle avait pour vivre » (Mc 12, 44). Sa petite monnaie, insignifiante, devint un symbole éloquent : cette veuve donna à Dieu non de son superflu, et non pas tant ce qu’elle a, mais ce qu’elle est. Elle, tout entière.

Cet épisode émouvant s’insère dans la description des jours qui précèdent immédiatement la passion et la mort de Jésus, Lui qui, comme le note saint Paul, s’est fait pauvre pour nous enrichir de sa pauvreté (cf. 2 Cor 8, 9) ; Il s’est donné tout entier pour nous. Le Carême nous pousse à suivre son exemple, y compris à travers la pratique de l’aumône. À son école, nous pouvons apprendre à faire de notre vie un don total ; en l’imitant, nous réussissons à devenir disposés, non pas tant à donner quelque chose de ce que nous possédons, qu’à nous donner nous-mêmes. L’Évangile tout entier ne se résume-t-il pas dans l’unique commandement de la charité ? La pratique quadragésimale de l’aumône devient donc un moyen pour approfondir notre vocation chrétienne. Quand il s’offre gratuitement lui-même, le chrétien témoigne que c’est l’amour et non la richesse matérielle qui dicte les lois de l’existence. C’es donc l’amour qui donne sa valeur à l’aumône, lui qui inspire les diverses formes de don, selon les possibilités et les conditions de chacun.

6. Chers frères et sœurs, le Carême nous invite à nous « entraîner » spirituellement, notamment à travers la pratique de l’aumône, pour croître dans la charité et reconnaître Jésus lui-même dans les pauvres. Les Actes des Apôtres racontent que l’apôtre Pierre s’adressa ainsi au boiteux de naissance qui demandait l’aumône à la porte du Temple : « Je n'ai ni argent, ni or ; mais ce que j'ai, je te le donne : au nom de Jésus-Christ de Nazareth, lève-toi et marche » (Act 3, 6). Par l’aumône, nous offrons quelque chose de matériel en signe de ce don plus grand que nous pouvons offrir aux autres, l’annonce et le témoignage du Christ : en son Nom est la vraie vie. Que ce temps soit donc caractérisé par un effort personnel et communautaire d’adhésion au Christ pour que nous soyons des témoins de son amour. Que Marie, Mère et Servante fidèle du Seigneur, aide les croyants à livrer le « combat spirituel » du Carême avec les armes de la prière, du jeûne et de la pratique de l’aumône, afin de parvenir aux célébrations des fêtes pascales en étant entièrement renouvelés en esprit. En formulant ces vœux, j’accorde volontiers à tous la Bénédiction apostolique.

Du Vatican, le 30 octobre 2007

BENEDICTUS PP. XVI

 

© Copyright 2007 - Libreria Editrice Vaticana

Ca bouge...!

 Dans un entretien à la revue "Réponses", le Cardinal Schönborn revient sur deux évènements récents qui ont fait l'actualité, et dans lesquels il voit le signe d'un changement d'attitude chez les catholiques. Bref, ça bouge!

 

Schonborn "Quelque chose est en train de bouger dans notre vieille Europe. Les chrétiens commencent à répondre au lieu de tout accepter de tout le monde. Ils manifestent dans la rue. Pas avec des slogans agressifs et encore moins avec violence. Ils viennent, nombreux et paisiblement, en grand nombre.
De si grand nombre que les medias ont tendance à revoir les chiffres à la baisse.
En janvier, à Madrid une gigantesque «Journée pour la Famille » a été célébrée. Cette démonstration paisible s'opposait à la politique antifamiliale du gouvernement Zapatero qui a introduit le « divorce express » et les « mariages homosexuels ». Presque deux millions de personnes étaient rassemblées, et de nombreux media en Europe n’ont mentionné que 150 000 participants.
Le pape Benoît XVI avait été invité à tenir un discours dans une des universités les plus grandes d’Italie. Certains professeurs et étudiants protestèrent et annoncèrent qu’ils interrompraient le discours parce que le Pape est intolérant et ultra conservateur. Le pape annula sa visite. Dimanche dernier, 200 000 personnes, et parmi eux de nombreux jeunes, vinrent à sur la place Saint Pierre pour montrer leur soutien au Pape de manière paisible et cordiale.

Jésus a dit à ses disciples de tourner l’autre joue. Mais il a aussi questionné celui qui agit injustement : « pourquoi me frappes tu ? ». Les chrétiens en Europe commencent à questionner leurs adversaires soi-disant tolérants : pourquoi attaquer l’Eglise, c'est-à-dire nous ? Que faisons nous de mal quand nous défendons la famille, le droit à la vie et aidons ainsi l’Europe à avoir des enfants, c'est-à-dire un futur ? ".

Extrait de « Réponses » par le Cardinal Christophe Schönborn, 25 janvier 2008

04.02.2008

Manifeste pour un christianisme engagé

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Thibaut Dary vient de publier un petit ouvrage au titre interpellant: "Manifeste pour un christianisme engagé". D'avance, ne le cherchez pas dans les grandes enseignes, encore moins dans les petites! Non pas que son contenu soit un tissu d'horreurs, de haine et de calomnies. Non. Disons juste qu'il est chrétien, et donc...intempestif! Car non seulement il va contre la pensée unique, mais il va aussi à contre-courant de nombres d'idées soutenues au sein même du catholicisme. Il se tire donc deux fois une balle dans le pied. Et le titre ne fait rien pour arranger l'affaire! Les mots "manifeste" et "engagé", à eux seuls, renvoient à une idée, de plus en plus insupportable en nos temps de pensée guimauve, de programme et d'engagement. N'a-t-il donc pas compris ce que lui demande la société de consommation? N'a-t-il donc pas entendu les appels pressants des chrétiens eux-mêmes à se fondre (voire se diluer) dans l'hyper-modernité? Apparemment non...et c'est tant mieux!

L'auteur, jeune père de quatre enfants, est diplômé de l'Institut d'Etudes politiques de Paris. Journaliste de profession, il est également chargé ecclésial dans le diocèse de Nanterre depuis 2001. Le but de son livre? "...réfléchir aux initatives à prendre pour que tous, chrétiens ou non, se retrouvent à la droite du Père à la fin des temps" (p.19) Bigre! Vaste programme que celui-là! Eh bien, ce sont ces initiatives que nous nous proposons de vous présenter sur ce blog, et ce au fur-et-à-mesure de notre lecture des onze chapitres qui composent ce manifeste. Nous émaillerons nos compte-rendus par divers extraits significatifs, afin de refléter au mieux l'esprit (le souffle même) qui anime le propos.

6ème journée européenne des étudiants et universitaires

1er mars 2008 : Benoît XVI en Avignon

Monseigneur Cattenoz, archevêque d'Avignon, invite tous les étudiants et universitaires à se rendre en Avignon le 1er mars prochain sur le thème de Spe salvi :

1_mars_2_2 "Cette Journée promue par le Conseil des Conférences Épiscopales d’Europe (CCEE) est organisée par le Bureau de la Pastorale Universitaire du Vicariat de Rome. Un événement spirituel et culturel exceptionnel pour l’Église et tous les Étudiants et Universitaires.
Ce jour-là, afin d’échanger et de partager, un Forum des Étudiants se déroule dans chaque pays. Une Veillée Mariale présidée par le Saint-Père le Pape Benoît XVI clôture cet événement retransmis en mondovision. Cette année, les liaisons satellites permettront de créer une vraie unité et dynamique entre les jeunes d’Europe et des Amériques : Avignon, Bucarest, Edimbourg, Naples, Tolède, Aparecida, Citè de Mexico, La Havane, New York, Loja et Minsk.  Au terme de la prière mariale, en direct depuis la Salle Paul VI au Vatican, le Saint-Père s’adressera, grâce à la télévision, aux Étudiants et Universitaires en plusieurs langues.

En France, Avignon a la joie d’accueillir cet événement international. C’est la première fois que l’ancienne cité des Papes participe à cette journée qui lui permet de resserrer ses liens historiques avec le Saint-Père. Avignon se prépare à « accueillir » Benoît XVI  pour cette Journée historique de communion et d’Espérance pour et avec tous les Universitaires de France. 2008 est une année forte pour les catholiques de France : le 150ème anniversaire des Apparitions de Notre-Dame à Lourdes, la venue du Pape dans la cité mariale, cela à quelques mois des JMJ à Sydney.
Rendez-vous est pris le 1er mars pour le Forum des Étudiants où des personnalités rencontreront les Universitaires présents.  A 17 heures, la Métropole d’Avignon connaîtra la joie de vivre à l’unisson de l’Europe et des Amériques par la liaison satellite, la prière du chapelet avec Benoît XVI entouré de milliers d’Étudiants et Universitaires, à Rome".

Programme.
Blog de l'évènement.
Infos pratiques.

(Source: http://lesalonbeige.blogs.com/)

03.02.2008

Les mots du Christianisme. Catholicisme-Orthodoxie-Protestantisme

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Il est des chrétiens qui se plaignent de ne pas toujours pouvoir répondre à diverses questions que leur adressent croyants et non-croyants, agnostiques, athées ou même chrétiens de tout poil. Soit ils ne possèdent pas une formation suffisante pour y répondre de façon efficace et convaincante, soit ils ont cette formation, mais leur foi, insuffisamment enrichie par la grâce, est tiède, rendant difficile leur assentiment, et donc leur profonde compréhension, aux vérités du catholicisme. Dans ce dernier cas, comme disait Saint Paul dans sa première lettre aux Corinthiens:

Quand j'aurais le don de prophétie, que je connaîtrais tous les mystères, et que je posséderais toute science; quand j'aurais même toute la foi, jusqu'à transporter des montagnes, si je n'ai pas la charité, je ne suis rien. (1Corinthiens 13)

Mais ne parlons pas ici de ce qui est au-delà de la raison, et restons-en au niveau de la raison humaine. Notre devise, au cercle, est que "Rien ne prédispose plus au conformisme que le manque de formation". Or, voici un ouvrage qui nous permettra de nous former et, ce faisant, de mieux connaître le catholicisme, du moins dans un premier temps, en attendant de le vivre pleinement.

L'ouvrage dont il s'agit a été rédigé par Mgr Dominique Le Tourneau, prêtre catholique, docteur en Droit canonique et chapelain de Sa Sainteté. Il s'intitule "Les mots du christianisme. Catholicisme-Orthodoxie-Protestantisme", et est paru aux éditions Fayard. Ce véritable dictionnaire de près de 800 pages aborde tous les sujets liés de près ou de loin au christianisme. En voici la présentation du quatrième de couverture:

De la terre promise à la parabole des talents, du bon larron et du bon Samaritain au fils prodigue, notre langage est pétri de références bibliques dont le sens originel échappe pour une bonne part à notre monde sécularisé. Cette perte des points de repère s’étend aussi à de larges pans de notre culture alors pourtant que les expositions de peinture ancienne, les musées, les concerts de musique sacrée et les édifices religieux connaissent une faveur croissante auprès du public. Savons-nous ce que désignent au juste des mots comme indulgence, dormition (de la Vierge), reliques, visitation, action de grâce, agneau pascal ou carême – sans parler d’ostensoir, de manipule, d’ambon, de pain bénit et de quantité d’autres choses qui ont fait le quotidien de nos aïeux ? Sommes-nous bien sûrs de savoir saisir tous les enjeux d’une pièce comme Polyeucte, de tableaux comme ceux de Botticelli, de Poussin ou de Rouault, des cantates de Bach, des messes de Messiaen, faute de maîtriser le vocabulaire et la « grammaire » du christianisme – à plus forte raison celui qui appartient à des univers peu familiers des Français : les chrétientés d’Orient, le monde protestant ?

 Avec 7300 définitions de termes et de notions – certains répandus mais mal compris, d’autres un peu passés d’usage, d’autres franchement techniques –, ce foisonnant dictionnaire s’adresse à tous : aux chrétiens à la recherche d’enracinement tout autant qu’aux non-croyants désireux de connaître avec précision ce qui constitue le principal fondement de la civilisation européenne.

Exemple d'article avec le mot "Tétramorphe":

"n. m., du grec tetra, "quatre" et morfos, "forme". Symboles sous lesquels sont représentés les quatre évangélistes, d'après la vision d'Ézéchiel (1,5-14) et celle des quatre vivants de l'Apocalypse (4,6-7), interprétée par Saint Jérôme: Mathieu, sous forme d'un homme (car il commence son Évangile par une généalogie humaine de Jésus), Marc sous celle d'un lion (son Évangile parlant rapidement de Jean-Baptiste qui rugit comme un lion dans le désert), Luc d'un boeuf (pour son insistance sur le temple de Jérusalem, où les Juifs offraient des sacrifices), Jean d'un aigle (pour l'élévation de sa doctrine). -> Il ya là correspondance avec l'aspect de la personne du Christ souligné par chaque évangéliste, respectivement humanité, résurrection, sacerdoce et et divinité. Le tétramorphe est souvent présent dans les scènes du Christ en gloire. || ICON. Symboles des quatres évangélistes (Ravenne, VIe s.; Moissac, 1110-1115; Saint Bertrand de Comminges, XIIe s.); Le Christ en gloire dans le tétramorphe (G. Sutherland, 1903-1980)

En plus de la définition, l'auteur renvoie, quand c'est indiqué, vers des pièces majeures de l'iconographie (comme ici, le magnifique tétramorphe de Moissac), mais aussi de la littérature, de la musique ou encore les locutions courantes. 

Vous l'aurez compris, cet ouvrage est bon pour votre culture générale, votre culture religieuse, mais également pour votre foi, car les définitions souvent claires et concises offrent une première base sur laquelle votre raison pourra bâtir afin de toujours mieux adhérer aux vérités du catholicisme...ce afin que nous ne soyons plus "un airain qui résonne ou une cymbale qui retentit." (1Corinthiens 13)

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30.01.2008

Ce week-end il va neiger

On nous annonce quelques flocons de neige pour ce week-end, n'oubliez pas d'aller vous ballader car sinon, vous risquez bien d'être surpris par l'été !

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Dieu aime le beau

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Croix de Hombourg en été

"On est tenté de déprécier la beauté quand on est indigne de la contempler"

THIBON (G.), Entretiens

 

29.01.2008

Réenchanter le monde

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La Présence de Dieu au milieu des hommes s'exprime de façon multiple. Mais le génie du monde paysan que nous avons complètement détruit aujourd'hui, c'était d'avoir bien compris que le Catholicisme, lorsqu'il s'enracine dans la terre, creuse de profondes racines. Cent ans après, les croix, les potales, les petites chapelles présentes pour ainsi dire à chaque carrefour d'importance dans nos campagnes manifestent encore la force de la piété populaire, comme les vestiges d'une civilisation en train de disparaître. La Procession de la Fête-Dieu, ayant lieu chaque année dans de nombreux villages de Belgique, était sans doute l'événement le plus symbolique de cet état de fait manifestant publiquement aux habitants de la paroisse la présence du Christ Sauveur jusque dans leurs demeures. Nombreux étaient alors les paroissiens créant pour l'occasion un reposoir temporaire devant leur maison pour accueillir la venue du Très Saint-Sacrement, accompagné souvant de la statue de son Auguste Mère. Ils gardaient ainsi dans leur coeur le sentiment profond et rassurant que leur ferme serait protégée pour l'année qui vient. Malheur à ceux qui se moquent aujourd'hui des dérives de ce prétendu "folklore", ils ne savent pas qu'en voulant débarasser le rosier catholique des quelques mauvaises herbes qui l'entouraient, ils en ont tout bonnement arraché la racine. 

Nietzsche ou le déclin de l'Esprit

"Je la regardai avec haine, avec cette haine qui n'est séparée de l'amour, du plus violent amour, que par un cheveu, fait dire quelque part Dostoïevsky à Dimitri Karamazov. C'est d'une haine de cette nature que Nietzsche a poursuivi le Dieu qu'il voulait remplacer. Mais aurait-il voulu le remplacer s'il l'avait vraiment connu ? J'avoue pour ma part , que ses blasphèmes ne me troublent pas. Ils ne s'adressent qu'à des faux dieux que l'homme a créés à son image - et ces dieux-là méritent et appellent le blasphème."

G. THIBON, Nietzsche ou le déclin de l'Esprit, Fayard, 1975, p.94-95.

21.01.2008

Discours que le pape aurait dû prononcer à la "Sapienza" de Rome

Texte intégral


ROME, Vendredi 18 janvier 2008 (ZENIT.org) - Nous publions ci-dessous le texte du discours que le pape Benoît XVI avait préparé pour sa visite à l'Université « La Sapienza » de Rome. Cette visite a été annulée en raison des protestations d'un petit groupe d'enseignants et d'étudiants, mais le pape a fait parvenir son discours, qui a été lu à l'université.

Monsieur le Recteur Magnifique,

Mesdames et Messieurs les Représentants des Autorités politiques et civiles,

Illustres professeurs et membres du personnel technique et administratif,

Chers jeunes étudiants !

C'est pour moi un motif de profonde joie de rencontrer la communauté de la « Sapienza - Université de Rome », à l'occasion de l'inauguration de l'Année académique. Depuis désormais plusieurs siècles cette Université marque le chemin et la vie de la ville de Rome, en faisant fructifier les meilleures énergies intellectuelles dans tous les domaines du savoir. Que ce soit à l'époque où, après sa fondation voulue par le Pape Boniface VIII, l'institution dépendait directement de l'Autorité ecclésiastique, ou successivement, lorsque le Studium Urbis s'est développé comme institution de l'Etat italien, votre communauté universitaire a conservé un haut niveau scientifique et culturel, qui l'inscrit parmi les universités les plus prestigieuses du monde. L'Eglise de Rome regarde depuis toujours avec sympathie et admiration ce centre universitaire, reconnaissant son engagement, parfois difficile et laborieux, pour la recherche et la formation des nouvelles générations. Ces dernières années, des moments significatifs de collaboration et de dialogue n'ont pas manqué. Je voudrais rappeler, en particulier, la rencontre mondiale des Recteurs à l'occasion du Jubilé des Universités, qui a vu votre communauté prendre en charge non seulement l'accueil et l'organisation, mais surtout la proposition prophétique et complexe de l'élaboration d'un « nouvel humanisme pour le troisième millénaire ».

J'ai à cœur, en cette circonstance, d'exprimer ma gratitude pour l'invitation qui m'a été adressée à venir dans votre université pour y tenir une leçon. Dans cette perspective, je me suis tout d'abord posé la question : que peut et que doit dire un Pape en une occasion comme celle-ci ? Dans ma leçon à Ratisbonne, j'ai parlé, bien sûr, en tant que Pape, mais j'ai surtout parlé en qualité d'ancien professeur de cette université, en cherchant à relier les souvenirs et l'actualité. A l'Université la « Sapienza », l'antique université de Rome, je suis cependant invité en tant qu'Evêque de Rome, et je dois donc parler comme tel. Certes, la « Sapienza » était autrefois l'Université du Pape, mais aujourd'hui c'est une université laïque avec cette autonomie qui, à partir de son concept même de fondation, a toujours fait partie de l'université, qui doit exclusivement être liée à l'autorité de la vérité. Dans sa liberté à l'égard de toute autorité politique et ecclésiastique, l'université trouve sa fonction particulière, précisément aussi pour la société moderne, qui a besoin d'une institution de ce genre.

Je reviens à ma question de départ : que peut et que doit dire le Pape au cours de la rencontre avec l'université de sa ville ? En réfléchissant à cette question, il m'a semblé qu'elle en contenait deux autres, dont la clarification devrait toute seule conduire à la réponse. En effet, il faut se demander : quelle est la nature de la mission de la papauté ? Et encore : Quelle est la nature de la mission de l'université ? Je ne voudrais pas, en ce lieu, vous retenir par de longs discours sur la nature de la papauté. Une brève explication suffira. Le Pape est tout d'abord l'évêque de Rome et, comme tel, en vertu de la succession à l'Apôtre Pierre, il possède une responsabilité épiscopale à l'égard de l'Eglise catholique tout entière. Le terme « évêque-episkopos », qui dans sa première signification renvoie à l'idée de « surveillant», a déjà été fondue dans le Nouveau Testament avec le concept biblique de Pasteur : il est celui qui, d'un point d'observation surélevé, regarde l'ensemble, en prenant soin du bon chemin et de la cohésion de l'ensemble. C'est pourquoi cette définition de sa tâche oriente tout d'abord le regard vers l'intérieur de la communauté des croyants. L'Evêque - le Pasteur - est l'homme qui prend soin de cette communauté ; celui qui la conserve unie en la gardant sur le chemin vers Dieu, indiqué selon la foi chrétienne par Jésus - mais pas seulement indiquée : Il est lui-même le chemin pour nous. Mais cette communauté dont l'Evêque prend soin - qu'elle soit grande ou petite - vit dans le monde ; ses conditions, son chemin, son exemple et sa parole influent inévitablement sur tout le reste de la communauté humaine dans son ensemble. Plus celle-ci est grande, plus ses bonnes conditions ou sa dégradation éventuelle se répercuteront sur l'ensemble de l'humanité. Nous voyons aujourd'hui très clairement de quelle manière les conditions des religions et la situation de l'Eglise - ses crises et ses renouvellements - agissent sur l'ensemble de l'humanité. C'est pourquoi le Pape, précisément comme Pasteur de sa communauté, est également devenu toujours plus une voix de la raison éthique de l'humanité.

Une objection apparaît cependant immédiatement ici, selon laquelle le Pape, de fait, ne parlerait pas vraiment sur la base de la raison éthique, mais tirerait ses jugements de la foi et ne pourrait donc pas prétendre qu'ils soient valables pour ceux qui ne partagent pas cette foi. Nous devrons encore revenir sur ce thème, car c'est la question absolument fondamentale qui est posée là : qu'est-ce que la raison ? Comment une affirmation - surtout une norme morale - peut-elle se démontrer « raisonnable » ? A ce point, je ne voudrais pour le moment que brièvement observer que John Rawls, bien que niant à des doctrines religieuses compréhensives le caractère de la raison « publique », voit toutefois dans leur raison « non publique » au moins une raison qui ne pourrait pas, au nom d'une rationalité endurcie par le sécularisme, être simplement méconnue par ceux qui la soutiennent. Il voit un critère de cet aspect raisonnable, entre autres, dans le fait que de telles doctrines dérivent d'une tradition responsable et motivée, dans lesquelles au cours des temps ont été développées des argumentations suffisamment valables pour soutenir la doctrine relative. Dans cette affirmation, il me semble important de reconnaître que l'expérience et la démonstration au cours de générations, le fond historique de la sagesse humaine, sont également un signe de son caractère raisonnable et de sa signification durable. Face à une raison a-historique qui cherche à se construire toute seule uniquement dans une rationalité a-historique, la sagesse de l'humanité comme telle - la sagesse des grandes traditions religieuses - est à valoriser comme une réalité que l'on ne peut pas impunément jeter au panier de l'histoire des idées.

Revenons à la question de départ. Le Pape parle comme le représentant d'une communauté de croyants dans laquelle, au cours des siècles de son existence, a mûri une sagesse déterminée de la vie ; il parle comme le représentant d'une communauté qui conserve en soi un trésor de connaissance et d'expérience éthiques, qui est important pour l'humanité tout entière : en ce sens, il parle comme le représentant d'une raison éthique.

Mais on doit alors se demander : qu'est-ce que l'université ? C'est une question immense, à laquelle, encore une fois, je ne peux chercher à répondre qu'en style presque télégraphique, en effectuant quelques observations. Je pense que l'on peut dire que la véritable origine profonde de l'université se trouve dans la soif de connaissance qui est propre à l'homme. Il veut savoir ce qu'est tout ce qui l'entoure. Il veut la vérité. C'est dans ce sens que l'on peut voir l'interrogation de Socrate comme l'impulsion à partir de laquelle est née l'université occidentale. Je pense, par exemple - pour ne mentionner qu'un texte - au dialogue avec Euthyphron, qui, face à Socrate défend la religion mythique et sa dévotion. Socrate oppose à ce point de vue la question suivante : « Tu crois sérieusement qu'entre les dieux il y a des querelles, des haines, des combats... Euthyphron, devons-nous recevoir toutes ces choses comme bonnes ? » (6 b - c). Dans cette question apparemment peu pieuse - qui chez Socrate dérivait cependant d'une religiosité plus profonde et plus pure, de la recherche du Dieu vraiment divin - les chrétiens des premiers siècles se sont reconnus eux-mêmes, ainsi que leur chemin. Ils n'ont pas accueilli leur foi de manière positiviste, ou comme une issue à des désirs non satisfaits ; ils l'ont comprise comme la dissipation du brouillard de la religion mythologique, pour faire place à la découverte de ce Dieu qui est Raison créatrice et, dans le même temps, Raison-Amour. C'est pourquoi, l'interrogation de la raison sur le Dieu le plus grand, ainsi que sur la véritable nature et le véritable sens de l'être humain n'était pas pour eux une forme problématique de manque de religiosité, mais faisait partie de l'essence de leur façon d'être religieux. Ils n'avaient donc pas besoin de répondre à l'interrogation socratique, ou de la mettre de côté, mais ils pouvaient et devaient même accueillir et reconnaître comme une partie de leur identité la recherche difficile de la raison, pour parvenir à la connaissance de la vérité tout entière. C'est ainsi que pouvait et devait même naître dans le cadre de la foi chrétienne, dans le monde chrétien, l'université.

Il est nécessaire d'accomplir un pas supplémentaire. L'homme veut connaître, il veut la vérité. La vérité est avant tout un élément en relation avec le fait de voir, de comprendre, avec la theoría, comme l'appelle la tradition grecque. Mais la vérité n'est jamais seulement théorique. Augustin, en établissant une corrélation entre les Béatitudes du Discours sur la Montagne et les dons de l'Esprit mentionnés dans Isaïe 11, a affirmé une réciprocité entre « scientia » et « tristitia »: le simple savoir, dit-il, rend triste. Et de fait - celui qui voit et qui apprend seulement tout ce qui a lieu dans le monde, finit par devenir triste. Mais la vérité signifie davantage que le savoir : la connaissance de la vérité a pour objectif la connaissance du bien. Tel est également le sens de l'interrogation socratique : quel est le bien qui nous rend vrais ? La vérité nous rend bons, et la bonté est vraie : tel est l'optimisme qui est contenu dans la foi chrétienne, car à celle-ci a été accordée la vision du Logos, de la Raison créatrice qui, dans l'incarnation de Dieu, s'est en même temps révélée comme le Bien, comme la Bonté elle-même.

Dans la théologie médiévale, il y eut un débat approfondi sur le rapport entre théorie et pratique, sur la juste relation entre connaître et agir - un débat que nous ne devons pas développer ici. De fait, l'université médiévale avec ses quatre Facultés présente cette corrélation. Commençons par la Faculté qui, selon la conception de l'époque, était la quatrième, la Faculté de médecine. Même si elle était considérée davantage comme un « art » que comme une science, toutefois, son inscription dans le cosmos de l'universitas signifiait clairement qu'on l'inscrivait dans le domaine de la rationalité, que l'art de guérir était sous la conduite de la raison et se trouvait soustrait au domaine de la magie. Guérir est une tâche qui requiert toujours davantage que la simple raison, mais c'est précisément pour cela qu'il a besoin de la connexion entre savoir et pouvoir, il a besoin d'appartenir à la sphère de la ratio. Inévitablement apparaît la question de la relation entre pratique et théorie, entre connaissance et action dans la Faculté de droit. Il s'agit de donner une juste forme à la liberté humaine qui est toujours liberté dans la communion réciproque : le droit est le présupposé de la liberté et non son antagoniste. Mais se pose ici immédiatement la question : comment définir les critères de la justice qui rendent possible une liberté vécue ensemble et permettent à l'homme d'être bon ? Ici un saut dans le présent s'impose : il s'agit de la question sur la manière dont peut être trouvée une norme juridique qui puisse constituer un ordonnancement de la liberté, de la dignité humaine et des droits de l'homme. C'est la question qui nous intéresse aujourd'hui dans les processus démocratiques de formation de l'opinion et qui dans le même temps nous angoisse comme une question pour l'avenir de l'humanité. Jürgen Habermas exprime, selon moi, un vaste consensus de la pensée actuelle, lorsqu'il dit que la légitimité d'une charte constitutionnelle, en tant que présupposé de la légalité, dériverait de deux sources : de la participation politique égalitaire de tous les citoyens et de la forme raisonnable sous laquelle les controverses politiques sont résolues. Par rapport à cette « forme raisonnable » il note qu'elle ne peut pas être seulement une lutte pour des majorités arithmétiques, mais qu'elle doit se caractériser comme un « processus d'argumentation sensible à la vérité » (wahrheitssensibles Argumentationsverfahren). C'est une belle formule, mais c'est quelque chose d'extrêmement difficile à transformer en pratique politique. Les représentants de ce « processus d'argumentation » public sont - nous le savons - principalement les partis en tant que responsables de la formation de la volonté politique. En effet, ils auront immanquablement en vue en particulier l'obtention de majorités et ainsi ils regarderont presque inévitablement à des intérêts qu'ils promettent de satisfaire ; toutefois, ces intérêts sont souvent particuliers et ne sont pas véritablement au service de l'ensemble. La sensibilité pour la vérité est toujours à nouveau renversée par la sensibilité pour les intérêts. Je trouve significatif qu'Habermas parle de la sensibilité pour la vérité comme d'un élément nécessaire dans le processus d'argumentation politique, en réinscrivant ainsi le concept de vérité dans le débat philosophique et dans le débat politique.

Mais alors, la question de Pilate devient inévitable : qu'est-ce que la vérité ? Et comment la reconnaît-on ? Si pour cela on renvoie à la « raison publique », comme le fait Rawls, il s'ensuit nécessairement aussi la question : qu'est-ce qui est raisonnable? Comment démontre-t-on qu'une raison est une raison vraie ? Dans tous les cas, il devient à partir de là évident que, dans la recherche du droit de la liberté, de la vérité de la juste coexistence il faut écouter des instances différentes de ces partis ou des groupes d'intérêts, sans pour cela vouloir le moins du monde contester leur importance. Nous revenons ainsi à la structure de l'université médiévale. A côté de celle de droit, il y avait les Facultés de philosophie et de théologie, auxquelles étaient confiée la recherche sur l'existence humaine dans sa totalité et avec celle-ci le devoir de conserver vive la sensibilité pour la vérité. On pourrait même dire que cela est le sens permanent et véritable de ces deux Facultés : être des gardiens de la sensibilité pour la vérité, ne pas permettre que l'homme se détache de la recherche de la vérité. Mais comment peuvent-elles remplir cette tâche ? Il s'agit d'une question sur laquelle il faut toujours se pencher à nouveau et qui n'est jamais posée et résolue de manière définitive. Ainsi, ici, je ne peux pas non plus offrir véritablement une réponse, mais plutôt une invitation à demeurer en chemin avec cette question - en chemin avec les grands qui au fil de l'histoire ont lutté et cherché, avec leurs réponses et leur inquiétude pour la vérité, qui renvoie continuellement au-delà de toute réponse particulière.

Théologie et philosophie forment en cela un couple de jumeaux  très particulier, dans lequel aucune des deux ne peut être totalement détachée de l'autre et, toutefois, chacune doit conserver sa propre tâche et sa propre identité. Le mérite historique revient à saint Thomas d'Aquin - face à la réponse différente des Pères en raison de leur contexte historique - d'avoir mis en lumière l'autonomie de la philosophie et avec elle le droit et la responsabilité propres de la raison qui s'interroge sur la base de ses forces. En se différenciant des philosophies néoplatoniciennes, où la religion et la philosophie s'interpénétraient de manière inséparable, les Pères avaient présenté la foi chrétienne comme la vraie philosophie, en soulignant également que cette foi correspond aux exigences de la raison à la recherche de la vérité ; que la foi est le « oui » à la vérité, par rapport aux religions mythiques devenues une simple habitude. Toutefois ensuite, au moment de la naissance de l'université, ces religions n'existaient plus en Occident, mais uniquement le christianisme, et il fallait donc souligner de manière nouvelle la responsabilité propre de la raison, qui ne disparaît pas dans la foi. Thomas œuvra à un moment privilégié : pour la première fois, les écrits philosophiques d'Aristote étaient accessibles dans leur intégralité ; les philosophes juifs et arabes étaient présents, comme des appropriations et des continuations spécifiques de la philosophie grecque. Ainsi, le christianisme, dans un nouveau dialogue avec la raison des autres, à la rencontre desquels il allait, dut lutter pour son propre caractère raisonnable. La Faculté de philosophie que l'on appelait la « Faculté des artistes » et qui, jusqu'alors, n'avait été qu'une propédeutique à la théologie, devint alors une véritable Faculté, un partenaire autonome de la théologie et de la foi qui se réfléchissait en elle. Nous ne pouvons pas approfondir ici le débat passionnant qui en découla. Je dirais que l'idée de saint Thomas sur le rapport entre philosophie et théologie pourrait être exprimée dans la formule trouvée par le Concile de Chalcédoine pour la christologie : philosophie et théologie doivent entretenir entre elles des relations « sans confusion et sans séparation ». « Sans confusion et sans séparation » signifie que chacune des deux doit conserver son identité. La philosophie doit rester véritablement une recherche de la raison dans sa liberté et dans sa responsabilité ; elle doit voir ses limites et précisément ainsi sa grandeur et son étendue. La théologie doit continuer à puiser à un trésor de connaissance qu'elle n'a pas inventée elle-même, qui la dépasse toujours et qui, ne pouvant jamais totalement s'épuiser par la réflexion, précisément pour cela met toujours à nouveau en marche la pensée. Avec le « sans confusion » s'applique également le « sans séparation »: la philosophie ne recommence pas chaque fois du point zéro du sujet pensant de manière isolée, mais elle s'inscrit dans le grand dialogue du savoir historique, que celle-ci accueille et développe toujours à nouveau, de façon à la fois critique et docile ; mais elle ne doit pas non plus se fermer à ce que les religions et en particulier la foi chrétienne ont reçu et donné à l'humanité comme indication du chemin. L'histoire a démontré que parmi des choses dites par des théologiens au cours de l'histoire ou même traduites dans la pratique par les autorités ecclésiales, plusieurs étaient fausses et nous troublent aujourd'hui. Mais dans le même temps, il est vrai que l'histoire des saints, l'histoire de l'humanisme qui a grandi sur la base de la foi chrétienne démontre la vérité de cette foi en son noyau essentiel, en la rendant ainsi également une instance pour la raison publique. Bien sûr, beaucoup de ce que disent la théologie et la foi ne peut être approprié qu'à l'intérieur de la foi et ne peut donc pas se présenter comme une exigence pour ceux auxquels cette foi demeure inaccessible. Mais dans le même temps, il est vrai que le message de la foi chrétienne n'est jamais seulement une « comprehensive religious doctrine » au sens où l'entend Rawls, mais une force purificatrice pour la raison elle-même, qu'elle aide à être toujours davantage elle-même. Le message chrétien, sur la base de ses origines, devrait être toujours un encouragement vers la vérité et ainsi une force contre la pression du pouvoir et des intérêts.

Or, jusqu'à présent, j'ai uniquement parlé de l'université médiévale, en tentant toutefois de laisser transparaître la nature permanente de l'université et de sa tâche. A l'époque moderne, se sont ouvertes de nouvelles dimensions du savoir, qui sont mises en valeur dans l'université en particulier dans deux grands domaines : tout d'abord dans les sciences naturelles, qui se sont développées sur la base de la connexion entre l'expérimentation et une rationalité présupposée de la matière ; en second lieu, dans les sciences historiques et humanistes, où l'homme, en scrutant le miroir de son histoire et en éclaircissant les dimensions de sa nature, tente de mieux se comprendre lui-même. Dans ce développement s'est ouverte à l'humanité non seulement une mesure immense de savoir et de pouvoir, mais la connaissance et la reconnaissance des droits et de la dignité de l'homme ont également grandi, et nous pouvons être reconnaissants de cela. Toutefois, le chemin de l'homme ne peut jamais se dire complètement achevé et le danger de la chute dans le manque d'humanité n'est jamais tout simplement conjuré : nous le voyons bien dans le panorama de l'histoire actuelle ! Le danger pour le monde occidental - pour ne parler que de celui-ci - est aujourd'hui que l'homme, justement en considération de la grandeur de son savoir et de son pouvoir, baisse les bras face à la question de la vérité. Et cela signifie que dans le même temps la raison, en fin de compte, se plie face à la pression des intérêts et à l'attraction de l'utilité, contrainte de la reconnaître comme critère ultime. Du point de vue de la structure de l'université, il existe un danger que la philosophie, ne se sentant plus en mesure de remplir son véritable devoir, se dégrade en positivisme ; que la théologie avec son message adressé à la raison, soit confinée dans la sphère privée d'un groupe plus ou moins grand. Toutefois, si la raison - inquiète de sa pureté présumée - devient sourde au grand message qui lui vient de la foi chrétienne et de sa sagesse, elle se dessèche comme un arbre dont les racines n'atteignent plus les eaux qui lui donnent la vie. Elle perd le courage de la vérité et, ainsi, ne grandit plus, mais devient plus petite. Appliquée à notre culture européenne, cela signifie : si elle veut seulement se construire sur la base du cercle de ses propres argumentations et de ce qui à un moment donné la convainc et - inquiète de sa laïcité - si elle se détache des racines qui lui ont donné vie, alors, elle ne devient pas plus raisonnable et plus pure, mais elle se décompose et se brise.

Je retourne ainsi à mon point de départ. Qu'est-ce que le Pape a à faire ou à dire à l'université ? Assurément, il ne doit pas tenter d'imposer aux autres de manière autoritaire la foi, qui peut seulement être donnée en liberté. Au-delà de son ministère de pasteur dans l'Eglise et sur la base de la nature intrinsèque de ce ministère pastoral, il est de son devoir de maintenir vive la sensibilité pour la vérité ; inviter toujours à nouveau la raison à se mettre à la recherche du vrai, du bien, de Dieu et, sur ce chemin, la solliciter à découvrir les lumières utiles apparues au fil de l'histoire de la foi chrétienne et à percevoir ainsi Jésus Christ comme la lumière qui éclaire l'histoire et aide à trouver le chemin vers l'avenir.

Du Vatican, le 17 janvier 2008

Benedictus XVI

© Copyright du texte original plurilingue  : Librairie Editrice du Vatican
Traduction réalisée par Zenit

Catholicisme et Université

Le Président de la République d'Italie écrit une lettre d'excuses à Benoit XVI

Le Saint-Père a dû renoncer à se rendre à l'Université la Sapienza, jeudi 17 janvier, comme prévu et annoncé depuis des mois.

67 Professeurs, dont certains retraités sur les 4500 de l'Université et quelques dizaines de jeunes étudiants sur 95 000 étudiants, ont organisé une semaine anticléricale, demandant au Pape de ne pas venir en visite à l'occasion de l'inauguration de l'année Académique.

Le pays est conserné,bouleversé et indigné de l'action de quelques agitateurs de gauche et francs-maçons.

Le Recteur de l'Université la Sapienza distribuera largement dans l'Université, jeudi 17 janvier, le discours préparé par le Pape et qu'il devait lire aux étudiants.

De son côté, le Président de la République Giorgio Napolitano a écrit une lettre au Saint-Père pour lui présenter ses excuses.

Source : http://www.evangelium-vitae.org

18.01.2008

Respect de la Création

Dans la beauté et le silence de Votre Création, je Vous aime Seigneur

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Aubel un jour d'été

L'appartenance au troupeau

"Veux-tu avoir la vie facile ? Reste toujours près du troupeau, et oublie toi en lui." F. Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra.
 
Cette citation peut être interprétée de multiples manières naturellement, suivant le sens que l'on donne au mot "troupeau". D'aucuns continuent stupidement à croire aujourd'hui que l'Eglise est un troupeau que les moutons chrétiens intègrent benoitement sans aucune réflexion. Que dirait Nietzsche s'il ressuscitait en Europe en ce début de troisième millénaire ?  En réalité, c'est moins l'authentique message révolutionnaire du catholicisme que le conformisme social dans lequel il était tombé au XIXe siècle, qui a le plus profondément dégoûté le grand penseur allemand. Nietzche continuait à vouer par ailleurs une grande admiration pour certains grands mystiques chrétiens.
 
Pour une lecture chrétienne de Nietzche qui n'était pas aussi "antichrétien" que "le monde" veut bien le présenter, nous conseillons vivement aux membres du cercle et à nos lecteurs l'ouvrage ravigorant de Gustave Thibon : Nietzsche ou le déclin de l'esprit

Le Surhomme n'est pas dans l'homme mais dans le Christ ! Quant au troupeau, il n'est pas toujours celui qu'on croit !

31.12.2007

Deux millions?

Hier, dimanche 30 décembre 2007, dans les rues de Madrid, deux millions de personnes se sont réunies. Et normalement, vous n'en avez entendu parlez nulle part, ni dans les journaux télévisés, que ce soit ceux de la RTBF ou de RTL, ou encore ceux des chaînes françaises, ni dans la presse quotidienne, qu'il s'agisse d La Libre Belgique, de Le Soir ou même La Meuse. Idem pour les journaux français tels que Le Monde, Libé ou encore La Croix.

Pourtant, deux millions de personnes, cela représente un vingt-deuxième de la population espagnole, laquelle s'élève à 45 millions d'habitants. Pas tant que ça? Non, c'est vrai...mais c'est tout de même comme si 480.000 personnes défilaient dans les rues de Bruxelles... Pour rappel, nous étions 300.000 à défiler lors de la marche blanche...

"Mais pourquoi ont-ils défilé?" vous demandez-vous. Contre l'ETA? Pour soutenir le Pakistan? Non, rien de tout ça. Ils ont défilé pour la famille, tout simplement. Enfin, tout simplement, la famille entendue dans un sens chrétien. L'archevêché a lancé un appel suite aux nombreuses nouvelles lois prises par le gouvernement Zapatero allant contre le modèle de la famille traditionnelle, et le moins que l'on puisse dire, c'est que l'appel a été entendu.  

 L'autre question, qui ne devrait pas manquer de nous tarauder, c'est "pourquoi les médias n'en parlent pas?" Là-dessus, je vous laisse réfléchir, et vous souhaite d'ores et déjà un bon réveillon et une bonne année 2008.

28.12.2007

Il s'est incarné...

« Nous avons vu sa gloire »


      "Le Christ devait venir dans notre chair ; ce n'était pas un autre, soit un ange, soit un ambassadeur, c'était le Christ lui-même qui devait venir pour nous sauver (Is 35,4) ... Il devait naître dans une chair mortelle : un petit enfant, déposé dans une crèche, enveloppé de langes, allaité, qui grandirait avec les années et enfin mourrait cruellement. Autant de témoignages d'humilité profonde. Qui nous donne ces exemples d'humilité ? Le Très-Haut.

      Quelle est donc sa grandeur ? Ne cherche pas sur la terre, monte au-dessus des astres. Lorsque tu seras parvenu jusqu'aux légions des anges, tu les entendras dire : Monte encore au-dessus de nous. Quand tu seras monté jusqu'aux Trônes, aux Dominations, aux Principautés, aux Puissances (Col 1,16), tu les entendras encore dire : Monte plus haut, nous sommes nous-mêmes des créatures ; « car toutes choses ont été faites par lui » (Jn 1,3). Élève-toi donc au-dessus de toute créature, de tout ce qui a été formé, de tout ce qui a reçu l'existence, de tous les êtres qui changent, corporels ou incorporels, en un mot, au-dessus de tout. Ta vue ne peut encore parvenir jusque-là ; c'est par la foi qu'il faut t'y élever, c'est à elle de te conduire jusqu'au Créateur ... C'est là que tu contempleras « le Verbe, qui était au commencement »...

      Or ce Verbe qui était en Dieu, ce Verbe qui était Dieu, par qui toutes choses ont été faites, sans qui rien n'a été fait, et en qui était la vie, est descendu jusqu'à nous. Qu'étions-nous ? Méritions-nous qu'il descende jusqu'à nous ? Non, nous étions indignes qu'il eût compassion de nous, mais lui était digne d'avoir pitié de nous."



Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Sermon 293,5

08.12.2007

Retour aux sources

              

 

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Cercle Gustave Thibon                                                 Liège, le 3 Décembre 2007 a.D.

                                                Premier Dimanche de l’Avent

 

Chers membres et amis du cercle,

Je sais que les slogans « après l’effort, le réconfort » ou « tout travail mérite salaire » ne sont pas très catholiques ; il n’en reste pas moins vrai que si l’activité de fin d’année que je vous propose par cette missive n’est pas « méritée » au sens capitaliste du terme, je suis sûr que vous l’accueillerez, à l’instar de votre président, comme un repos salutaire et une bonne manière de clôturer cette année.

D’ailleurs, vous en conviendrez à la lecture du programme, l’activité proposée est loin de résonner avec l’esprit du siècle. J’aurais pu vous fixer en effet un rendez-vous au Kinepolis en après-midi pour aller voir le dernier « Fast and Furious 3 », et pourquoi pas aller manger ensuite « sur le pouce » un Big Mac bien saucé avec un grand coca avant de terminer la soirée « en beauté » au Millenium – il y aurait eu de la Vodka Red Bull, des « fixes » et des « cailles » à profusion. Cependant vous ne serez pas étonnés d’apprendre que je vous propose au contraire de vivre ensemble une journée inspirée par la pensée vivifiante de notre patron, Gustave Thibon, le paysan philosophe :

« L’homme actuel manque de bases, de racines ; il ne se sent plus relié à une nécessité nourricière. Aussi cet être mal rivé au sol a-t-il peur du vent, et il s’enveloppe d’assurances et de garanties contre tous les risques, comme un corps exsangue essaye de remplacer par des couvertures la chaleur interne. Mais l’être qu’aucune racine ne nourrit est aussi celui qu’aucune attache ne retient ; il n’a ni lieu ni but fixes, et, faute d’être canalisé, ce qui subsiste en lui d’instinct du risque le précipite dans l’aventure. (…) Le paysan a des racines. Parce qu’il a des racines, il ne redoute pas le vent, il n’a pas besoin d’assurances contre le vent. C’est là le sens du risque. Et parce qu’il a des racines aussi, il ne devient jamais le jouet du vent. Et c’est là le refus de l’aventure. (…) En toute hypothèse, le gage le plus sûr de la renaissance et de la continuité du peuple français [ndlr : et européen] réside dans la persistance d’une solide assise paysanne, et, pour les autres classes sociales, dans une communion profonde avec la terre et les mœurs, les vertus, les traditions qu’elle incarne. Hercule, luttant contre le géant qui, chaque fois qu’il touchait la terre retrouvait de nouvelles forces, dut, pour l’étouffer, le tenir soulevé au-dessus du sol. Ce mythe revêt aujourd’hui tout son sens. Il s’agit avant tout de ne pas perdre terre. Un peuple qui n’a plus de vrais contacts avec son sol est mûr pour l’esclavage extérieur et intérieur. Mais tant que nous conserverons nos racines, Hercule, de quelque nom qu’il se nomme, ne pourra pas nous ravir notre âme : la fidélité à la terre sera la gardienne de notre génie et de notre liberté. » (Gustave THIBON, Retour au réel.- Lyon, 1943, pp.23-32).

Oui mes camarades, être « dans le vent », voilà bien une ambition de feuille morte ! C’est pourquoi, ce dimanche 23 décembre 2007, si nous serons sans aucun doute exposés au vent rude du plateau fagnard, nous serons tout sauf « dans le vent » car nous plongerons tout entier nos maigres racines dans le terreau spirituel et culturel de nos contrées afin de les fortifier pour la nouvelle année qui s’annonce.

Je pense que le décor est bien planté, faisons place à présent au programme :

·        Rendez-vous à 9h30 place Jean Jaurès sur le parking de la maison communale d’Herstal. Juste à côté, comme défiant le temple de la cité des hommes, se trouve sur un promontoire la chapelle Saint-Oremus (XIIe siècle) qui portait d’ailleurs jadis le nom de chapelle Saint-Lambert, le saint patron de la principauté de Liège.

·        9h45 : Sainte Messe à la Chapelle.

·        10h45 : Départ vers Montjoie (Monschau).

·        11h45 : Début de la promenade.

·        13h00 : Pause midi – petit feu de bois pour nous réchauffer.

·        17h00 : Fin de la promenade. Crèche vivante dans la cour du Château de Montjoie.

·        Marché de Noël : vin chaud ou cacao chaud.

·        Repas convivial dans une auberge de Montjoie.

Matériel à emporter : De bonnes chaussures de marche étanches, des vêtements chauds, un repas de midi, quelques boissons et de la bonne humeur dans une gourde bien hermétique. Pour ceux qui le désirent, une soupe chaude dans un thermos, du café ou quelques châtaignes à faire péter sur les braises sont les bienvenus. Enfin, 20 euros devraient suffire pour le marché de Noël et le repas, sauf si vous comptez faire des achats particuliers sur le marché qui est bien achalandé.

Pour le mot de la fin, je vais oser à nouveau une petite métaphore, me pardonneront les authentiques poètes ou ceux que mon lyrisme laisserait indifférents : « Puisse le chêne que figure notre cercle accueillir bientôt sous ses frondaisons régénérées par cette activité de nombreux autres semis afin qu’ils y poussent, indifférents à la tempête du monde. »

In Christo,

Votre Président, Christophe.       

 

LA SEMENCE ET LE TERRAIN

« Le semeur, dit-il, sortit pour semer. Et pendant qu’il semait, des grains tombèrent le long du chemin, et les oiseaux du ciel  vinrent et les mangèrent. D’autres grains tombèrent sur un sol pierreux, où ils n’avaient pas beaucoup de terre, et il levèrent aussitôt parce que la terre était peu profonde. Mais le soleil s’étant levé, la plante, frappée de ses feux et n’ayant pas de racine, sécha. D’autres tombèrent parmi les épines, et les épines crurent et les étouffèrent. D’autres tombèrent dans la bonne terre, et ils produisirent du fruit, l’un cent, un autre soixante, et un autre trente. Que celui qui a des oreilles entende. » (Matthieu, XIII, 3-9)

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« Il m’est arrivé plusieurs fois, lorsque je dénonçais les méfaits issus d’une certaine forme de civilisation (affaiblissement biologique et moral des individus, perte du sens de l’effort et des disciplines sociales, dénatalité, etc.), de m’attirer la réplique suivante : ces maux ne sont pas intrinsèquement liés à la structure actuelle de la cité, ils procèdent seulement du déclin de la charité chrétienne ; remettons Dieu à sa place, rendons l’amour à nos frères et quelle que soit la forme de l’organisation sociale, l’humanité remontera la pente.

Ce surnaturalisme fait vraiment trop bon marché de la parabole évangélique de la semence et du terrain. Dieu seul nous sauvera, proclame-t-on. C’est vrai, mais on oublie que Dieu est partout et que ce don de Dieu qu’est la grâce a besoin, pour s’épanouir, de cette œuvre de Dieu qu’est la nature. (…)

Il est un monde – le monde du libéralisme ou de l’étatisme absolus, du travail anonyme et irresponsable, de l’isolement et de la promiscuité des individus, de l’essor effréné de la technique sans égard aux nécessités physiques et morales de l’être humain – qui est définitivement condamné. Dieu même ne le sauvera pas, car la grâce n’est pas faite pour étayer l’antinature et le surhumain ne s’adapte pas à l’inhumain comme le tuteur à la plante. Sans doute des individus privilégiés, des âmes héroïques (et restées saines à travers la déroute générale des mœurs) peuvent-elles se sauver et s’épanouir dans cette atmosphère viciée. Mais pour que le monde et la chrétienté continuent, il faut que, tôt ou tard, cette atmosphère disparaisse. Ainsi le christianisme a pu germer et grandir dans le monde romain décadent (si semblable, avec ses villes hypertrophiées, son capitalisme, son étatisme et sa dénatalité au monde actuel qui se défait), mais le christianisme, malgré son triomphe politique au IVe siècle, n’a pas empêché l’empire latin de s’écrouler. Il a fallu que l’humanité retrouvât, dans la vie terrible, mais saine et accrochée aux nécessités élémentaires, du haut Moyen Age, les vertus naturelles indispensables à son salut, et par voie de conséquence, à une nouvelle floraison du christianisme.

Car, il faut bien le répéter, la grâce se greffe sur la nature. Si le porte-greffe est sain, on n’a pas à s’en occuper. Mais s’il est malade, c’est à lui qu’il faut songer d’abord.

Cet état de choses explique et légitime dans la ligne même de l’apostolat chrétien l’existence de préoccupations biologiques, sociales et politiques. A ceux qui nous accuseraient de matérialisme nous répondrons que l’homme moderne a besoin de remèdes au moins autant que de sermons. (…)

Notre tâche est d’enseigner l’amour, certes. Mais elle est aussi de contribuer à aménager le monde de façon que l’amour puisse y germer.  Il faut rendre aux hommes des conditions normales d’existence, il faut leur rendre une âme humaine, afin de pouvoir greffer efficacement en eux une âme divine.  Si c’est là du matérialisme nous acceptons l’épithète comme une louange. Car nous savons bien qu’on peut mettre autant d’amour à préparer le terrain qu’à lancer la graine. Et nous savons aussi que, sans l’effort plus lent et plus rude du laboureur penché sur la terre, le geste aérien du semeur qui marche la tête haute serait inutile. »

THIBON (Gustave), Retour au réel, Bruxelles, éditions universitaire, 1946, pp.148-152.

Noël 2007

NOEL : LE VERBE S'EST FAIT CHAIR 

 

« Le Verbe s’est fait chair. » Noël célèbre ces paroles inaugurales de l’Evangile de saint Jean. Aux yeux des Chrétiens, comme Benoît XVI l’a montré dans son Jésus de Nazareth, ce texte n’exprime pas une idée abstraite, mais narre un fait historique : dans l’obscurité d’une grotte, au creux d’une crèche, à une date déterminée, naît le Verbe fait chair en Jésus, qui cumule les deux natures humaine et divine dans la seule Personne du Fis de Dieu.

La Parole divine se fait humaine. Cet événement, inouï, jette un pont entre l’homme et Dieu. L'homme n'est pas "seul sur sa planète voyageuse". Il est relié à la source de l'existence par le fil de la grâce qui relaie la nature. Dieu n'a pas créé l'homme pour le "jeter dans le monde", l'abandonner à lui-même en le livrant à la recherche d'un bonheur illusoire et fini. Il l'a créé pour un bonheur véritable et infini, qu'il trouvera seulement en Dieu. 

Mais les ponts peuvent se briser. Quand, par exemple, l’homme cherche son bonheur dans les idoles qu'il se fabrique (l’Argent, le Pouvoir, le Plaisir), quand il tente de faire son salut par ses seules forces. Le savoir scientifique se présente alors à lui comme le modèle du savoir sauveur et le pouvoir politique et économique comme le moyen de le réaliser : la raison humaine se fait divine.

Mais peut-on se soulever au-dessus de terre en se tirant par les cheveux ?

Il se trouve que, quand la parole humaine se fait divine, elle ne renvoie plus ni à Dieu ni à l'homme. Elle tourne sur elle-même, vit de sa propre production, invente le réel. La parole qui exprime la pensée de l’homme prométhéen n'arrive plus à s'incarner, elle devient un jeu intellectuel, une combinatoire universelle qui atomise le monde pour mieux le recomposer. La raison calculante réduit tout au calcul, au "caillou", qui servait aux marchands égyptiens de l'antiquité à compter.

L'esprit devenu mesurant transforme l'homme en mesure de toute chose.

Une fois que tout est réduit au chiffre - mot dont l'origine arabe "Zîfr" a donné notre zéro - reste le goût amer du néant. La parole humaine en se faisant divine ne fait pas œuvre créatrice et salvatrice, mais destructrice et nihiliste. Car la raison scientifique et technique fait en défaisant, elle détruit pour construire du nouveau, comme le Docteur Frankenstein s’appliquait à réorganiser un homme nouveau en désorganisant les organes de l'homme ancien.

Ainsi, au Logos divin qui s’est fait chair pour sauver le monde en ramenant la création au Créateur, fait face la raison humaine qui en se divinisant déréalise le réel, désincarne la chair, et perd l'homme qu'elle voulait sauver sans Dieu. "Si la nature humaine n'a rien de sacré (…), il n'y a pas de raison qu'elle ne soit radicalement modifiée", écrit H. T. Engelhardt dans The Foundations of Bioethics...

La déesse raison finit par danser une danse macabre au-dessus de l'abîme.

Le XXème siècle a réagi contre le terrorisme de la raison divinisée. Il a fait l'éloge de la folie, il a exalté la chair. Puis , la chair sans la raison a rendu charnel l'esprit. La vie a cessé d’avoir un sens en dehors de celui qu'elle s'invente : elle se projette, elle se jette au-dehors, elle sort de soi et devient souci de soi. Elle renonce au salut.

Noël célèbre la Raison divine qui en se faisant humaine sauve l'homme. Elle jette un pont, institue une vraie relation avec le réel, avec soi, avec autrui, avec le divin. L'Incarnation du Verbe sauve l'homme de la chute dans le néant spirituel, en ne l'abandonnant pas à la loi de la chair, à la désincarnation de l'esprit. En se faisant chair, le Verbe justifie la chair et rattrape le monde qui tombait.

Noël célèbre l'homme qui devient fils de Dieu grâce au Fils de Dieu qui se fait homme. En s'incarnant dans la nature humaine, dans cet individu historique Jésus, le Verbe divin renoue le fil brisé, qui reliait l'homme à Dieu par le rayon de la grâce qui fait resplendir la lumière du soleil de Dieu dans la nuit des hommes.

Hervé Pasqua

Directeur de l’Institut Catholique de Rennes

Auteur de "La docte ignorance" de Nicolas de Cues, éd. Payot/Rivages (en librairie à partir du 9 janvier)

06.12.2007

Li latin sins dîre âmèn'

Qui connaît le Musée en Piconrue, à Bastogne? Sans doute pas grand monde, et c'est bien dommage! Ce musée, dont la création est déjà toute une histoire en soi, s'occupe de l'art religieux et des croyances populaires en Ardenne et Luxembourg, et même au-delà. Leurs expositions, et les ouvrages-catalogues qui les accompagnent, abordent des thèmes aussi divers que les saints de saison (quatre tomes magnifiques), les façons de naître autrefois, ou encore les pratiques populaires de guérison. Ces ouvrages sont un savant mélange de textes d'amateurs éclairés, de jeunes chercheurs, de folkloristes passionnés comme de professeurs universitaires.

b699482ee6fef2a3dd1dcf91043cc262.jpgLe dernier ouvrage paru est par contre le fait d'un seul auteur, Mr Maurice Gillet, qui traite ici d'un sujet passionnant: la récupération par la langue wallonne du latin ecclésiastique et ses mots savants, afin de "les détourner, les parodier, les réinterpréter à sa façon", le tout dans un esprit frondeur bien de chez nous! C'est donc tout "ce patrimoine guailleur de la piété populaire, dans ses expressions jubilatoires, ses travers truculents, ses dérives, railleries, calembours et caricatures" qu'il nous propose de (re)découvrir, le tout agrémenté de scènes paysannes du peintre André Bosmans et de dessins de Christine Sepulchre.

 

Sortie prévue le 21 décembre 2007.  

 

A découvrir sur le site du Musée en Piconrue:

http://www.bastogne.be/piconrue/frames/fr_ecran.htm

01.12.2007

Conférence de l'Abbé de Beukelaer

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C'est ce lundi 19 novembre 2007 que le cercle Gustave Thibon a eu l'honneur de recevoir Monsieur l'Abbé Eric de Beukelaer, porte-parole des évêques de Belgique, afin de nous parler du catholicisme face au langage des médias.

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Dès le début, le ton était donné: "Non, les médias ne sont pas de vilains cocos! Ils ne sont que le miroir grossissant de ce que nous sommes, du moins de ce que nous sommes tous en partie." En effet, et c'est le premier point qui fut développé: nous aimons tous raconter des histoires. Et on a souvent tendance à exagérer certains traits, tel le poisson du pêcheur marseillais! Ainsi, il est certain qu'il est plus intéressant d'opposer un Mgr Léonard de "droite", ravi de l'élection de Benoît XVI, et un Cardinal Daneels de "gauche", que cette élection n'enthousiasme guère! Savoir que ces deux hommes, dans la réalité, s'entendent à merveille et apprécient mutuellement l'humour de l'autre n'est pas très bon pour raconter une histoire...il faut de la dualité, de l'opposition, du manichéisme!

Le deuxième point, c'est que, qu'on le veuille ou non, les médias, "ben il faut faire avec!" Et quelque part, tant mieux si ils prennent la peine de contacter un responsable de l'Eglise catholique romaine afin d'avoir son avis sur une question de société. Tout le problème étant de choisir les mots justes et, surtout, de parvenir à faire passer un message dans les quelques secondes extraitent d'un entretien de dix minutes! Exercice difficile si il en est, mais qui, selon notre conférencier, en vaut la peine puisqu'il permet de toucher une multitude de personnes qui n'entend nulle part ailleurs parler du catholicisme.

Troisème point: comprendre que l'Eglise et les médias, c'est deux modes différents de fonctionnement, c'est deux 50f91c265f1d61d1be36642cd37b6df3.jpgcultures à part entière. Pour les médias, seul le court terme compte: une info donnée un jour trop tard est une info inexistante. L'Eglise fonctionne sur le long terme. D'un côté, une temporalité fondée sur l'éternité, de l'autre, une temporalité fondée sur l'immédiateté. Aussi, l'Eglise met en avant une vérité objective, tandis que les médias proposent une vérité subjective, fondée sur l'apparence, sur l'impression. Le pape Jean-Paul II peut n'avoir jamais dit qu'il ne fallait pas porter de préservatifs (vérité objective), peu importe: seule compte l'impression laissée aux public. Ici, selon l'abbé de Beukelaer, nulle mauvaise volonté des médias, mais bien plutôt le signe que sa culture est une culture quelque peu manichéenne. "Vous êtes pour ou vous êtes contre?", "Pour vous, c'est blanc ou c'est noir?" Le court terme ferme la porte à la subtilité, à la nuance, à la profondeur. L'éternité ne se donne pas en un claquement de doigts. La vérité non plus. Elle demande patience, écoute, effort de toute l'intelligence. Le contraire de l'immédiateté qui n'est qu'impatience, bruit et flemme.

Merci à Nicolas pour ses notes!

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30.11.2007

Les médias, c'est nous...

"Les médias, c'est quelque part un peu nous...", nous disait Mr l'abbé de Beukelaer lors de sa conférence. Et ô combien cela est-il vrai! Adolescent, je lisais chez ma grand-mère les pires torchons français, tels que "Ici Paris" ou "France Dimanche", mais aussi des revues comme Ciné-Télé-Revue ou encore Point de vue. Oui, les gens aiment ça, les histoires, c'est vrai, ça fait fonctionner notre imaginaire. Je pense qu'il faut relire Edgar Morin et son ouvrage "L'esprit du temps", pour comprendre notre besoin de mythes, en petit certes, mais des mythes tout de même. Ici, ils sont vivants, tels ces acteurs et chanteurs qu'il nomme les "olympiens", si loin de nous dans leur star system, et pourtant si proches dans leurs tracas quotidiens. Idem pour la télévision: c'est le réalisateur Nani Moretti qui, dans son film "Caro Diario", s'écrie que "la télévision, c'est les contes d'aujourd'hui!" Oui, les médias racontent des histoires...

Justement, Tf1 va prochainement diffuser un téléfilm, "L'amour d'une mère" retraçant l'émouvant combat de Marie Humbert, cette mère qui tua son fils Vincent, tétraplégique et qui lutte depuis lors pour une loi légalisant l'euthanasie, lutte soutenue par une forte campagne médiatique hyper-émotionnelle.

Voici le témoignage du kiné de Vincent Humbert:

http://www.sosfindevie.org/eutha/Humbert-Messager.htm

 

Je confirme: les médias racontent bel et bien des histoires...   

26.11.2007

La course à l'extinction...

  

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Paru dans le journal La décroissance, n°44-novembre 2007 

15.11.2007

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 Dans le cadre des Conférences du Cercle Gustave Thibon:

 

- Catholicisme et médias -

 

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par l'Abbé Eric de Beukelaer,

Porte-parole des évêques de Belgique

 

 

Le lundi 19 novembre 2007, à 19h30,

à l'Université de Liège, Place du XX août, Auditoire Grand Physique

(Entrée libre - Parcours fléché)

 

 

Il ne se passe plus une fête de Noël ou de Pâques sans que la religion catholique ne soit l'objet de commentaires passionnés dans la presse ou à la télévision. La Semaine Sainte 2007 n'a pas échappé à cette "coutume médiatique" relancée cette année par Télémoustique au sujet de certains propos tenus par Mgr Léonard, tandis que Le Vif/L'Express se fendait d'un titre choc: "Les cathos vont disparaîtrent".

Monsieur l'Abbé Eric de Beukelaer, porte-parole de la Conférence Episcopale, est régulièrement appelé à intervenir au nom des évêques francophones dans le cadre de ces controverses. Sa dernière intervention concernait la publicité diffusée par le groupe RTL d'un Jésus hippie bedonnant entouré de filles "diaboliques" et affairé à boire, draguer et sortir en discothèque. Nous ne pouvions donc trouver meilleur conférencier et interlocuteur pour discourir et débattre avec vous de la position du catholicisme face au langage des médias.

   

09.11.2007

Le "Jésus" de Benoît XVI, par Mgr Léonard

 Voici la retranscription de la conférence que Mgr Léonard a donné le 29 septembre dernier sur l'ouvrage du pape Benoît XVI: "Jesus de Nazareth", en l'Eglise du Saint Sacrement.

  LE « JESUS DE NAZARETH » DE BENOÎT XVI :

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QUELQUES ENJEUX présentés par Monseigneur André-Mutien LEONARD, Evêque de Namur, à l’église du Saint-Sacrement à Liège,  

le samedi 29 septembre 2007

Le samedi 29 septembre, à l’initiative de l’Union royale des Etudiants catholiques de Liège et du Cercle interfacultaire Gustave Thibon, l’évêque de Namur, Mgr A.-M. Léonard a présenté, en l’église du Saint-Sacrement à Liège, le livre du pape Benoît XVI « Jésus de Nazareth. Du baptême dans le Jourdain à la transfiguration » dans sa version française, publiée au début de l’été chez Flammarion.

Ce premier tome, consacré à la vie publique du Seigneur, sera suivi d’un second volume qui explorera l’enfance de Jésus et le mystère pascal . Comme l’observe Jacques Julliard dans le « Figaro Littéraire », cette œuvre remarquable par son érudition et sa clarté d’écriture, « n’est pas une nouvelle Vie de Jésus, c’est un manuel de christologie qui comprend des chapitres admirables de subtilité et de pénétration ». Un livre intelligent et plein de foi dont Philippe Sollers note, dans le  « Nouvel Observateur », qu’il n’a rien du côté  « barbant » des manuels scolaires ou des documents magistériels.

Deux cent cinquante Liégeois ont pris part à cette conférence suivie de la messe grégorienne du Saint-Esprit que Mgr Léonard a célébrée avec les abbés Jean Schoonbroodt et Claude Germeau à l’occasion de la rentrée après les vacances d’été. La manifestation s’est conclue par une réception où un dialogue chaleureux s’est poursuivi avec le conférencier. Voici la transcription de son exposé et de l’échange qui a suivi avec le public :

Le livre de Benoît XVI « Jésus de Nazareth » est un maître livre dont je vous recommande vivement la lecture. Dans l’ensemble, il se lit assez agréablement, avec un petit effort tout de même.

Je voudrais non pas le parcourir en entier –ce serait trop long- mais vous en indiquer quelques enjeux et, tout d’abord, celui qui est développé dans l’avant- propos : un avant-propos, je le reconnais, un peu difficile à lire pour les personnes qui ne sont pas spécialement initiées aux questions de l’exégèse contemporaine.

 

AVANT-PROPOS

De l’exégèse historico-critique…

Dans cet avant-propos, Benoît XVI se situe par rapport à ce qu’on appelle l’exégèse historico- critique qui a fleuri pendant une bonne partie du XXe siècle, y compris dans l’Eglise catholique, une exégèse qui essaie de découvrir les différentes strates dans la rédaction des Evangiles et, à travers elles, de mettre à jour ce qui, dans la présentation des Evangiles, correspond au Jésus historique, au Jésus de l’histoire, alors que les Evangiles n’ont évidemment pas comme but premier de rapporter purement et simplement ce que le Jésus historique a dit et fait. Ils le présupposent, bien sûr : les Evangiles n’entendent en aucune manière être une mythologie, ni être pure symbolique sans rapport avec les faits. Mais leur préoccupation n’est pas non plus de faire une biographie de ce que, historiquement, Jésus a dit et fait parce qu’ils ont mieux à faire : leur but est d’être une catéchèse concernant Jésus, pas seulement Jésus tel qu’il a été historiquement mais tel qu’il est maintenant, tel que l’Eglise en vit maintenant, le maintenant des évangélistes et le maintenant d’aujourd’hui. Comme vous le savez, les Evangiles qui se réfèrent à des événements historiques, au Jésus de l’histoire, sont tout entiers écrits dans la lumière de la foi en la résurrection et ils cherchent à introduire  l’auditeur ou le lecteur dans la foi en Jésus tel qu’il est maintenant, pas seulement tel qu’il était alors mais tel qu’il est devenu en plénitude par sa résurrection d’entre les morts et tel que l’Eglise en vit déjà depuis quelques décennies au moment où ces Evangiles sont finalement édités dans leur forme actuelle.

Mais, l’exégèse historico-critique a engendré toute une série de questions parfois dangereuses pour la foi, en ce sens que beaucoup ont opposé un Jésus de l’histoire, dont on ne connaîtrait  en définitive pratiquement rien, à un Christ de la foi, un Christ qui serait enjolivé par la foi, un Christ dont on aurait enrichi le contenu par des relectures à la lumière d’une foi en la résurrection. C ’est ce qui a donné lieu à cette opposition très célèbre à laquelle Benoît XVI fait allusion dans son avant-propos : l’opposition entre le Jésus de l’histoire et le Christ de la foi. Or , si la distinction devient un cloisonnement, c’est extrêmement dangereux pour la foi car les chrétiens vont se dire : oui, mais le Christ auquel nous croyons, est-il vraiment fondé dans la réalité ou bien croyons-nous à un Jésus fabriqué, à un Jésus enjolivé, à un Jésus enrichi par la tradition chrétienne mais qui ne correspond pas à la réalité historique ?

Benoît XVI pose ce problème dans l’avant-propos, indiquant qu’il attache beaucoup d’importance à cette exégèse qu’on appelle historico-critique, qui essaie de retrouver le Jésus historique derrière les différentes couches rédactionnelles des Evangiles. Il y accorde beaucoup d’importance, disant que cette immense recherche honore la réalité historique du Christ car nous ne croyons pas à un mythe ni en une symbolique chrétienne, pas même au christianisme, au sens d’une espèce d’idéologie, de morale ou de philosophie comme il y a tant d’ « ismes » dans l’histoire de la pensée humaine.

Cette exégèse a, au moins, le mérite d’honorer le travail historique fait sur le Christ. J’ai apporté avec moi un gros livre rouge, dont l’auteur est John P. Meier : Benoît XVI, dans une note, signale en effet, au passage, qu’un monument de cette exégèse historico-critique concernant le Jésus de l’histoire est l’immense ouvrage en quatre volumes –trois seulement sont parus en anglais et déjà traduits en français aux éditions du Cerf- écrits par ce John P. Meier, un prêtre américain du diocèse de New-York.5c97fc5e44d7c61f4ce9eb883a6b0690.jpg Cet immense ouvrage, d’une folle érudition, s’intitule : « Un certain Juif, Jésus. Les données de l’histoire ». Ce prêtre a consacré des décennies de sa vie -chaque volume paru (il y en a trois) comporte en moyenne mille pages- a établir ce que l’on peut dire, avec une certitude plus ou moins grande, du Jésus de l’histoire, en appliquant rigoureusement et simplement les règles de la recherche historique. Il fait pour Jésus ce qu’on pourrait faire pour Jules César ou Octave Auguste : retrouver les faits, les gestes, les paroles du Jésus de l’histoire. Dans l’avant-propos de son livre, l’exégète américain signale que le Jésus auquel il va ainsi arriver est beaucoup moins riche que le Jésus auquel il croit comme chrétien et comme prêtre catholique, beaucoup moins riche que le Jésus que nous confessons, que nous célébrons dans la Liturgie, comme nous allons le faire tout à l’heure. C’est beaucoup moins riche mais cet immense travail, qui peut paraître un peu fou,  est un hommage rendu délibérément par ce prêtre au fait que nous croyons à une personne qui a des garanties historiques solides. Benoît XVI fait allusion à ce travail avec éloge tout en signalant, dans la même note, que cet ouvrage, malgré son immense mérite, ne correspond qu’à un intérêt très partiel pour Jésus car ce qui nous intéresse, nous comme les évangélistes, ce n’est pas uniquement Jésus tel qu’il a été dans sa vie terrestre ; certes, cela nous intéresse beaucoup mais ce qui nous intéresse surtout c’est le Christ vivant, tel qu’il est maintenant et qui a, bien sûr, engrangé en Lui le Jésus de l’histoire.

Il n’empêche : cette enquête purement historique est quand même révélatrice. Je ne vais pas énumérer ici tous les résultats  -plus riches qu’on ne l’a pensé au XXe siècle- de ce qu’on peut établir sur un plan simplement historique : cela va déjà très loin, c’est déjà très appréciable. Mais je note au passage quelque chose que Benoît XVI n’a peut-être pas suffisamment relevé dans l’évocation de cet immense travail : c’est que le troisième volume se termine par des données, que l’on peut donc historiquement établir, à savoir que Jésus s’est comporté et a parlé de Lui-même d’une manière qui suscitait une interrogation sur son identité. Cela, on peut historiquement l’établir. Jésus s’est désigné lui-même, a parlé de Lui-même, a adopté un comportement qui a suscité la question : mais qui donc est cet homme ? Ceci indique que Jésus avait conscience d’avoir une identité supra-humaine, mystérieuse, énigmatique pour ses contemporains et qui suscitait chez eux une interrogation. Avant-hier, on a entendu, dans l’Evangile de la semaine, Hérode même qui se demandait : qui est cet homme ? Il voulait voir Jésus parce qu’il entendait tellement de choses à son sujet. Ce qui a, notamment, suscité une interrogation et laissé entrevoir la profondeur de Jésus déjà sur le plan de son comportement historique, c’est la manière dont il parlait de Lui-même dans ces termes : « Fils », fils pris au sens absolu : une manière très inédite pour un prophète de parler de lui-même, et aussi l’expression « Fils de l’Homme » qui évoque le prophète Daniel, chapitre 7, laissant entrevoir un personnage mystérieux, transcendant, qui s’avance sur les Nuées du Ciel, donc au rang même de Dieu, et qui reçoit de Dieu tout pouvoir sur toute race, toute culture, toute nation, un pouvoir qui durera à jamais. L’expression « Fils de l’Homme », contrairement à l’impression que nous pourrions avoir, désigne surtout un personnage si grand, si transcendant qu’il est de dignité divine, comparable à la dignité de Dieu. Donc, c’est intéressant de voir comment même une recherche historico-critique très pointue rejoint ce que Benoît XVI va faire dans son effort pour dépasser, tout en l’intégrant, l’exégèse scientifique du XXe siècle en direction d’une exégèse plus globale qu’il appelle une exégèse canonique.

…à l’exégèse canonique.

Benoît XVI entend par là une lecture de la Bible qui, étant supposée la recherche historico-critique, lit la Bible comme un tout, comme quelque chose qui est né humainement de la relecture que fait un peuple de son histoire, de son alliance avec Dieu : d’abord le peuple de la première alliance et ensuite -c’est le Nouveau Testament-  la relecture que fait un peuple, pas tellement des individus mais un peuple, le peuple de la nouvelle alliance c’est à dire l’Eglise de ce qu’elle a vécu avec Jésus de Nazareth. Et quand deux peuples -celui de la première alliance et, ensuite, le peuple de la nouvelle alliance, l’Eglise- relisent leur histoire avec Dieu, l’œuvre qu’ils accomplissent -et cela, c’est un acte de foi- n’est pas seulement une œuvre humaine de relecture : à travers cela, Dieu parle à son peuple, ce que l’on désigne sous le concept d’ « inspiration ».

Voilà pour l’enjeu du prologue, prologue un peu difficile. C’est toujours ennuyeux quand un livre commence par les pages les plus difficiles. Pédagogiquement, il vaut mieux commencer par les pages faciles et puis, quand le lecteur a déjà bien travaillé, phosphoré, cogité, on lui offre pour terminer des pages plus difficiles. Ici c’est un petit peu le contraire.

 

REPERES DE LECTURE

Plus grand que Moïse

Dans le corps de ce livre, je relèverai les points qui ont été, à mes yeux, les plus saillants. Tout d’abord, pour ceux qui possèdent le livre ou qui vont se le procurer et éventuellement le lire (car le sort de beaucoup de livres est d’être achetés mais non point lus) je l’ouvre à la page 22  qui commande toute la lecture de Benoît XVI. Il s’agit de la citation du Deutéronome au chapitre 18, verset 15 où Moïse parle : « au milieu de vous, parmi vos frères, le Seigneur votre Dieu fera se lever un prophète comme moi et vous l’écouterez ». C’est la promesse qu’un autre prophète viendra, comme moi dit Moïse et vous l’écouterez.

En même temps, toujours dans le Deutéronome, se trouve un autre verset, au chapitre 34, le verset 10 qui fait un curieux contraste avec le précédent que je viens de citer : « Il ne s’est plus jamais levé en Israël un prophète comme Moïse, lui que le Seigneur rencontrait face à face ».

Alors, Benoît XVI rapproche ces deux versets : Moïse annonce qu’un jour viendra un prophète comme lui et, un peu plus loin dans le même Livre du Deutéronome, il est dit que plus jamais il ne s’est levé en Israël un prophète semblable à Moïse. Conclusion : ce prophète, au moins à l’époque où est rédigé le Deutéronome, n’est pas encore venu et comme, des siècles après la rédaction du Deutéronome, on continuait à lire ce texte-là l’idée a surgi : ce prophète n’est pas encore venu et, dans l’Evangile, quand on interroge Jean-Baptiste sur sa mission, des envoyés des pharisiens et des scribes lui disent : es-tu le Messie ? Serais-tu sera le grand prophète (allusion à cette attente d’un grand prophète qui n’est jamais venu) ? Et Jean-Baptiste répond : non.

Benoît XVI va relire les Evangiles à cette lumière, en voyant en Jésus le nouveau Moïse promis par le Deutéronome, avec cette différence toutefois : au chapitre 34, verset 10 précité il est dit que le Seigneur rencontrait Moïse face à face mais, en même temps, dans le Livre de l’Exode, au chapitre 33, versets 20 à 23, il est rapporté qu’un jour Moïse a demandé à Dieu la permission de le voir face à face et, pour faire court, le Seigneur lui répond : c’est impossible, on ne peut pas, en cette vie, me voir face à face, mais je vais te mettre dans une fente du rocher, je vais passer devant toi et tu me verras de dos mais ma face nul ne peut la voir. Alors Benoît XVI exploite cela en disant : Moïse avait beau parler avec Dieu comme un ami avec un ami, n’empêche qu’il ne voyait pas encore Dieu face à face et, donc, nous pouvons légitimement nous attendre à ce que Jésus, le prophète semblable à Moïse, lui soit supérieur en ceci que, Lui, va parler non seulement au nom de Dieu comme Moïse mais il va parler avec l’autorité même de Dieu. Et ici je rejoins quelques secondes encore cet exégète américain John Meier qui établit comme une donnée historique que Jésus s’est présenté non seulement comme un prophète mais comme un maître pouvant indiquer comment vivre la Loi donnée par Dieu à Moïse, jouissant d’une autorité le rendant capable de connaître intuitivement la volonté de Dieu sur son peuple, l’habilitant même à changer la Loi, ainsi qu’il l’a fait à propos du divorce ou des règles alimentaires. Il est intéressant de voir comment même l’exégèse historico-critique la plus pointue, la plus rigoureuse, doit reconnaître qu’effectivement Jésus a parlé, à tort ou à raison -l’histoire ne peut pas dire plus- en revendiquant une autorité comparable à celle de Dieu comme s’il « intuitionait » en direct la volonté de Dieu. A cette lumière -le fait que le prophète annoncé par le Deutéronome est enfin advenu avec Jésus- Benoît XVI va relire la manière dont Jésus s’exprime lorsqu’il enseigne.

Jésus parle de sa propre autorité

Mais avant d’en venir là, je signale au passage une page qui m’a fort touché et qui est, je pense, décisive pour comprendre l’enjeu du livre de Benoît XVI. C’est la page 70 où Benoît XVI montre comment Jésus, dans sa manière de parler, a réalisé ce qu’Origène dira plus tard. Origène, c’est un des Pères de l’Eglise (il n’a pas toujours été orthodoxe -il a été parfois hétérodoxe- mais, enfin, il est quand même mort martyr). Origène dit qu’en Jésus on a ce qu’il appelle en grec l’άυτοβασιλεια, à savoir que le Royaume de Dieu c’est Jésus lui-même. Jésus n’annonce pas seulement le Royaume de Dieu : il l’annonce, comme Jean-Baptiste déjà l’annonçait -il y a une grande parenté, à certains égards, entre Jean-Baptiste et Jésus : Jésus annonce le Royaume de Dieu, c’est le thème fondamental de sa prédication- mais, en même temps, Jésus parle et agit comme pour indiquer que le Royaume de Dieu est présent dans sa propre personne. Cette page 70 est très précieuse.

Je passe maintenant à la manière dont Jésus parle. A cet égard, Benoît XVI commente de manière splendide le Sermon sur la Montagne. Je prends les pages 86 et 97 de son livre : au début  du Sermon sur la Montagne, Matthieu brosse le tableau, solennellement : « Jésus s’assit et, ouvrant la bouche, il se mit à parler ». Vous me direz que c’est difficile de parler sans ouvrir la bouche mais c’est une manière juive de souligner la solennité de cet acte de langage : « il ouvrit la bouche et se mit à parler ». Autrement dit, Jésus s’assit en quelque sorte sur la Montagne : il s’assied sur la chaire de Moïse et il va parler comme aurait pu le faire un rabbin attitré. Il va parler avec une autorité qui va se situer non seulement au niveau de Moïse, ce qui n’est pas rien, mais qui va se situer au-dessus. Souvenez-vous des passages où on a constamment : « On vous a dit, eh bien ! moi,  je vous dis ». Jésus parle avec une autorité qui coule de source et donc c’est heureux de voir que, même sur le plan d’une exégèse historico-critique, c’est confirmé.

Pour éclairer cela, j’évoque quelques pages qui sont très, très précieuses dans ce livre, peut-être parmi les plus suggestives. Il s’agit de la référence que fait Benoît XVI à un exégète juif contemporain (il est d’ailleurs cité régulièrement dans cet ouvrage) qui s’appelle Jacob Neusner et qui a écrit un livre intitulé « Un rabbin parle avec Jésus » (« A rabbi talks with Jesus »). 22176c8d3d7a0ddfe5a4ab9a4f850009.jpgJe ne connais ce livre que par ce qu’en dit Benoît XVI mais c’est, de fait, passionnant. Cet exégète juif contemporain a un grand esprit d’ouverture sur le plan du dialogue interreligieux. Lui qui est juif, croyant, pratiquant, exégète réputé, il a voulu faire l’exercice de sympathiser avec Jésus, sentir avec Jésus et il relit tout le Nouveau Testament dans cette perspective, expliquant surtout les points sur lesquels il sympathise profondément avec Jésus. Mais vient un moment, dit-il, où il ne peut pas aller plus loin. Voici la raison qu’il donne, en se référant au Sermon sur la Montagne :  « si je dois suivre Jésus tel qu’il parle, tel qu’il s’exprime dans le Sermon sur la Montagne, je dois reconnaître (c’est intéressant de la part d’un Juif) que Jésus est Lui-même la Porte, la Loi et même qu’Il est au-dessus de la Loi. Je dois le reconnaître, si je veux le suivre. J’ai sympathisé avec les Béatitudes, j’ai sympathisé avec son accueil miséricordieux des pécheurs, j’ai sympathisé avec son souci d’une religion pure, qui ne soit pas simplement formelle mais qui soit une adhésion profonde du cœur. Cependant je ne peux pas le suivre quand il parle comme s’il était Lui-même la Torah et comme s’il était au-dessus de la Torah parce qu’alors je devrais reconnaître que cet homme a une dignité divine et, là, je ne peux pas le suivre car Dieu est unique. Comment puis-je mettre ensemble Dieu, l’Unique, et un homme qui se met au rang de Dieu, qui se met non seulement au niveau de la Torah mais au-dessus de la Torah ». Pour finir, résume Benoît XVI, Jacob Neusner décide de ne pas suivre Jésus. Il reste fidèle -pour reprendre l’expression de ce rabbin- à l’éternel Israël : il ne peut pas suivre Jésus dans cette nouveauté radicale. Et, toujours dans le livre de Neusner, on a le dialogue suivant : ce rabbin imagine, c’est une fiction, qu’il rencontre un rabbin de l’époque de Jésus qui lui demande, à lui Jacob Neusner : « Est-ce cela que Jésus, le Sage, avait à dire ? » et Neusner répond : « Pas exactement, mais à peu près ». « Mais alors, demande le rabbin fictif, qu’a-t-il omis ? ». « Rien » répond Neusner. « Qu’a-t-il ajouté alors ? ». Réponse : « Lui-même ». Ce que Jésus a ajouté par rapport à la Torah, c’est essentiellement Lui-même. C’est, de fait, le point central de la foi chrétienne : Jésus n’est pas seulement un prophète, pas seulement un porte-parole, pas seulement un sage, pas seulement quelqu’un qui commente la Loi de Dieu, mais il est personnellement Lui-même Dieu venu en ce monde. Et c’est là que Neusner doit s’arrêter : devant ce saut extraordinaire qu’un chrétien fait par la foi, en reconnaissant Jésus tel qu’il se présente, même du point de vue de l’histoire critique, et tel qu’il se présente en tout cas et a fortiori dans les Evangiles dont nous disposons. Il se présente comme étant Lui-même la Révélation de Dieu, ce que saint Jean traduira en disant qu’Il est le Verbe fait chair. Qu’a-t-il omis ? Rien. Qu’a-t-il ajouté ? Lui-même. Très éloquent ! C’est un des points culminants de cet ouvrage.

A défaut de pouvoir parcourir tout le livre et pour laisser maintenant un peu de temps aux  questions, je termine en attirant votre attention, à partir de la page 347, sur les très belles pages que Benoît XVI consacre aux affirmations de Jésus sur Lui-même, la manière dont Jésus a parlé de Lui-même. La plupart des désignations que Benoît XVI étudie sont justement, même s’il ne fait pas le rapprochement, celles que même un exégète aussi critique que Meier considère comme étant celles que Jésus a historiquement utilisées pour laisser entrevoir la profondeur de son identité personnelle : « Fils », « Fils de l’Homme ».

 

QUESTIONS ET REPONSES

Je passe à quelques unes des questions écrites que j’ai trouvées, là. Il y en a une à laquelle je ne peux pas répondre et qui n’a tout de même pas un grand rapport avec le sujet de la causerie. On me dit que la mitre que Benoît XVI portait lors de son intronisation comportait un motif représentant le dieu Pan. J’avoue que je n’en sais vraiment rien et il faut se demander, peut-être, si cette information n’a pas été lue dans le journal qui porte le même nom ! Je ne sais pas. Peut-être ? Dans ce cas il faut prendre l’information sur le sens que cela avait. En fait, l’explication se trouve dans le Catéchisme de l’Eglise catholique.

-Question : Jésus est-il Dieu de toute éternité ou est-il devenu Dieu depuis son baptême et sa résurrection ?

-Réponse : J’aime beaucoup cette question qui est très profonde et exprime un peu le malaise qu’ont parfois certains chrétiens avertis de recherches historiques, aujourd’hui, sur Jésus. Vous connaissez peut-être le titre d’un ouvrage de Messadié, déjà assez ancien et très passé de mode. Cela s’appelait « L’homme qui devint Dieu ». L’idée de Messadié était : Jésus n’est qu’un homme, un prophète, comme tant d’autres, mais il a été fait Dieu par l’Eglise qui a fabriqué le personnage divin de Jésus. C’est ce que réfute déjà très bien l’exégèse historico-critique telle que la pratique Meier et c’est ce que Benoît XVI réfute  admirablement dans son livre. Vous trouverez dans l’avant-propos ces belles formules où Benoît XVI dit : ce ne sont pas les évangélistes qui ont été géniaux en divinisant un Jésus qui n’était pas Dieu mais c’est la personnalité hors normes, humainement et divinement géniale de Jésus qui a suscité la lecture que font de Lui les Evangiles. Ce ne sont pas les évangélistes qui ont été des génies  parvenus à donner une consistance, une ampleur et même un caractère divin à un homme qui était à l’origine un prophète comme tant d’autres. La grandeur, comme dit Benoît XVI, elle est au début, pas au terme. C’est parce que Jésus était riche de ce contenu qu’il a suscité la caisse de résonance des Evangiles où retentit à la fois sa pleine divinité et sa pleine humanité. Par ailleurs, métaphysiquement, cela n’a évidemment aucun sens de dire que Jésus aurait pu devenir Dieu au cours de sa vie terrestre. Ou bien il l’était, ou bien il ne l’était pas mais il ne devait pas le devenir. Cependant, il est vrai que quelque chose se passe lors de son baptême et de sa résurrection. Lors de son baptême une révélation a lieu. Benoît XVI le montre très bien en consacrant toute une partie de son livre à ce baptême. Là, une révélation a lieu qui manifeste non seulement la solidarité de Jésus avec les pécheurs, solidarité qui va le conduire à la croix mais qui manifeste l’arrière-fond trinitaire d’où il vient, avec la Voix du Père et la présence, dans la Nuée, de l’Esprit-Saint : témoignage rendu par le Père et manifestation, déjà, de la profondeur, de la divinité de Jésus. Et la résurrection est évidemment un témoignage capital qui apporte une grande nouveauté en ce sens que la divinité de Jésus qui était comme voilée, masquée dans sa condition terrestre (rappelez-vous l’épître aux Philippiens : « il se dépouilla de Lui-même, prenant la forme d’esclave, devenant semblable aux hommes ») transparaît, éclate avec sa résurrection et c’est ce qui fait dire à Pierre notamment dans les Actes des Apôtres : « ce Jésus que vous avez crucifié, Dieu l’a fait Christ et Seigneur » : le sens n’est pas que Jésus est devenu Seigneur par sa résurrection. Il l’était à l’origine, Fils de Dieu, mais il est manifesté comme tel, publiquement, par sa résurrection : comme Christ et comme Seigneur.

-Question : le livre du pape projette une lumière sur le Notre Père. A ce propos, que penser de la formulation actuelle de cette Prière de Jésus ? Je vous rappelle qu’en 1990 ou 1991 vous aviez écrit un article critique à cet égard…

-Réponse : Je salue la connaissance que certaines personnes ont de mon œuvre ! J’ai publié un article où j’invitais à revoir la traduction de l’avant-dernière et de la dernière demande du Notre Père. Au lieu de « Ne nous soumets pas à la tentation mais délivre nous du mal » je suggérais de dire plutôt « Ne nous laisse pas entrer dans la tentation mais délivre nous du Malin », de l’Adversaire, de Satan : pas seulement « le mal », terme neutre, mais le Malin, l’Adversaire. 

Alors, je sais qu’il y a des exégètes qui sont favorables à la formule actuelle. Je sais qu’il y en a d’autres qui lui sont opposés. Benoît XVI, très benoîtement, s’en tient plutôt à l’exégèse la plus courante représentée notamment par Joachim Jeremias lequel pense qu’il s’agit de la tentation eschatologique, l’épreuve finale de l’histoire du monde. Donc : ne nous soumets pas à la grande épreuve finale. Et puis, Benoît XVI a aussi opiné à cet égard ailleurs que dans ce livre. Je lui ai posé la question, un jour, quand il était encore le cardinal Ratzinger et je lui ai écrit pour voir si on ne pourrait pas adapter la traduction du Notre Père comme l’ont fait d’ailleurs certaines conférences épiscopales, certaines Eglises. mais la réponse qu’il a donnée dans un article, quelques années avant son élection, était celle-ci : le texte grec dit littéralement : ne nous fais pas entrer dans la tentation. Donc , disait-il, nous devons bien nous en tenir au texte grec tel qu’il est. Il y a cependant des raisons de l’interpréter autrement quand on devine le substrat araméen ou hébreu qu’il y a dans cette prière formulée en grec.

Question : Mais que pensez-vous de la traduction du texte latin « Et ne nos inducas in tentationem » ? 

Réponse : Je pense d’abord que, grammaticalement, la formulation latine est un peu répréhensible car normalement il faudrait dire « Et ne nos induxeris ». Littéralement, le texte latin, et encore plus le texte grec « και μή έίσενέγκης  ήμάς έις πειρασμόν », signifient : « ne nous induis pas en tentation » qu’on a traduit maintenant en français « ne nous soumets pas à la tentation ».

 Toutefois, il y a des raisons de penser que derrière cette formule, il y a une formule araméenne ou hébraïque qui repose sur un verbe qu’on appelle « factitif ». Je prends un exemple. En français, si vous voulez passer de l’idée de « dormir » à celle de « faire dormir » ou de « mourir » à celle de « faire mourir », vous devez utiliser deux verbes : le verbe « mourir » et ajouter devant celui-ci un verbe factitif, le verbe « faire ». En hébreu ou en araméen, il ne faut pas deux verbes : il suffit de changer de mode. Nous, nous avons le mode indicatif, le mode impératif, le mode subjonctif. En hébreu, il y a un mode « factitif » qui permet de passer de l’idée d’ « entrer » à « faire entrer » mais quand on met une négation devant, quel est le sens : le sens est-il « ne nous fais pas entrer » ou « fais que nous n’entrions pas » ? Il faut être dans la langue pour deviner quel est le sens juste. Par exemple, si je vous dis « je ne suis pas venu à Liège pour m’amuser », vous pourriez comprendre, littéralement, que je ne suis pas venu à Liège, donc que je suis resté à Namur afin de pouvoir m’amuser. Mais tout le monde comprend que je suis venu à Liège, bien que je dise là le contraire -je dis que je ne suis pas venu à Liège et en fait j’y suis venu- mais la négation porte non pas sur « venir à Liège » elle porte sur « pour m’amuser ». Je suis venu mais pour autre chose que m’amuser : tout le monde comprend. Par exemple, en néerlandais, en allemand, en français, on a des manières différentes d’exprimer la négation. « Tout le monde n’est pas venu », cela veut dire en français que quelques uns seulement sont venus. En néerlandais, vous devez mettre la négation devant « allen » : « niet allen zijn gekomen ». Il faut être dans une langue pour comprendre comment elle fonctionne. Alors, on a des exemples dans la bible hébraïque où la négation mise devant un verbe au mode factitif signifie très clairement, si je prends l’exemple qui nous intéresse, « fais que nous n’entrions pas » et non pas « ne nous fais pas entrer ». Donc, il est probable que, derrière cette demande, il y a en araméen ou en hébreu le sens « fais que nous n’entrions pas ».

Qu’a fait le premier traducteur grec du Notre Père ? Le grec n’ayant pas de forme causative et ne connaissant pas davantage notre tournure « faire » entrer , il a pris un autre verbe qu’ « entrer », un verbe exprimant d’un seul mot, comme en hébreu, l’idée de « faire entrer », à savoir le verbe « introduire » et il a mis la négation devant ! Pour les lecteurs grecs connaissant encore à l’époque les tournures sémitiques l’interprétation correcte allait de soi mais, par la suite, l’expression allait forcément être mal comprise et prêter à contresens. Le problème est résolu si, instruit de ces ambiguïtés linguistiques, on traduit « Fais que nous n’entrions pas dans la tentation ». Si nous traduisons ainsi correctement cette sixième demande du Notre Père, tout s’éclaire : dans la cinquième demande, nous avons prié le Père de nous remettre nos dettes passées (debita nostra), dans la septième nous allons lui demander de nous protéger à l’avenir du Tentateur et dans la sixième nous lui demandons pour le présent, logiquement, de nous préserver du péché en nous gardant de succomber à la tentation.

-Question : Dans la version française du « Gloria in excelsis Deo » quelle portée attribuer aux termes « Paix aux hommes qu’Il aime ? »

-Réponse : Ceux que Dieu aime ce sont, naturellement, tous les hommes et non pas seulement quelques élus prédestinés. Le sens n’est pas restrictif : « Paix seulement aux hommes, en nombre limité, que Dieu aime », mais inclusif : « Paix à tous les hommes, qui sont tous objet de son amour ».

-Question : Un commentaire sur l’affirmation « Avant qu’Abraham fut je suis » en saint Jean  8, 54-57 ?

-Réponse : Ces termes participent de la manière dont, à plusieurs reprises, cet Evangile exprime l’affirmation, par Jésus, de sa divinité ; tout comme nous en retrouvons d’ailleurs aussi les témoignages dans les synoptiques et les autres textes canoniques.

04.10.2007

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Dans les cadre des Conférences du Cercle Gustave Thibon:

- La Technique et la Grâce -

 

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par Mr Hervé Pasqua,

philosophe, directeur de l'Institut catholique de Rennes 

Le mercredi 17 octobre 2007 à 19h30,

à l'Université de Liège, Place du XX Août, Auditoire Grand Physique

(Entrée libre, parcours fléché) 

 

Fidèle à la pensée de Gustave Thibon, notre conférencier tentera de jeter un regard lucide sur la place de la technique, nouvelle idole de la société hypermoderne, et réfléchira à la question suivante: "L'humanité a-t-elle définitivement troqué la grâce contre la technique afin de s'assurer son salut?"  

Hervé Pasqua est un fin connaisseur de la pensée de Gustave Thibon, à propos duquel il a publié Bas-fonds et profondeur: critique de l'idolâtrie et métaphysique de l'espérance, essai sur la philosophie de Gustave Thibon, Klincksieck, Paris, 1985. Ses recherches se concentrent sur le néoplatonisme, et ce dans le cadre d'une vaste réflexion sur le rapport entre l'Un et l'Être, comme en témoigne son dernier ouvrage Maître Eckhart ou le procès de l'Un, Cerf, Paris, 2006. Il est également l'auteur de nombreux articles parus dans la Revue Philosophique de Louvain, Anuario Filosofico, etc.

 

 

Après la causerie de Mgr Léonard...

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C'est avec un réel plaisir que le Cercle Gustave Thibon s'est associé à cet évènement que constituait la conférence donnée par Mgr Léonard, le samedi 29 septembre 2007, sur l'ouvrage de Benoît XVI "Jésus de Nazareth".

 

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C'est en l'église du Saint-Sacrement, remplie pour l'occasion, que Mgr Léonard a tenu à présenter les enjeux importants de ce texte. Cette présentation fût particulièrement agréable, tant par la haute tenue intellectuelle du propos que par le souci constant de pédagogie dont l'orateur sut faire preuve, et ce sans jamais tomber dans les travers d'une simplification dénaturante. Vous en retrouverez bientôt, sur ce blog, la retranscription intégrale.  

Cette causerie fût suivie d'une messe du Saint-Esprit particulièrement inspirante, d'une sobriété et d'une profondeur propre au recueillement. Sans nul doute, la qualité du choeur participa de cette atmosphère priante.

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La soirée se termina par un verre de l'amitié offert à tous, et où l'évêque eut à coeur de saluer et de converser avec les nombreuses personnes présentes. Sa chaleur et son humour en conquirent plus d'un, même les plus sceptiques!

23.09.2007

Un Jésus pittoresque

Sans doute l'avez-vous déjà vue sur Plug Tv (la chaîne de télévision qui, il faut le dire, honnore l'intelligence du spectateur...), cette campagne de pub présentant un Jésus pour le moins très peu catholique! Vous trouverez ci-joint la dépêche de l'agence de presse catholique belge Cathobel, relayant la plainte des évêques de Belgique introduite auprès du Jury d'Ethique Publicitaire. Les propos sont justes, pesés et fermes.

Alors me vient cette question: pourquoi cette prise de position des évêques n'est-elle pas relayée autant, si pas plus, dans les médias que ne l'a été celle de "Belgique et Chrétienté"? Par un tel spot, leurs concepteurs, tout comme les journalistes, savaient précisément qui allait réagir au quart de tour. La machine est bien rôdée, et semble fonctionnée sur un manichéisme pour le moins basique: d'un côté, une certaine liberté de ton; de l'autre, une volonté de brimer cette liberté. De façon assez évidente, on aura vite fait de reconnaître les gentils et les méchants. Seulement voilà, les évêques réagissent! Les instances officielles de l'Eglise de Belgique désapprouve ce spot et le  font savoir. Sont-ils tous tombés sur leur tête? Si c'était le cas, quel scoop! Mais non, les médias se montrent timides à annoncer la prise de position de nos évêques. Etrange... Alors, ne pourrait-on se demander si il n'y a pas une volonté de créer, par de tels comportements, une confusion dans l'esprit des gens? Un amalgame du genre: catholique = intolérant? Peut-être...

Cette question, et bien d'autres, sera développée par le porte-parole des évêques de Belgique lui-même, l'abbé Eric de Beuckelaer, lors d'une conférence que nous organisons  le 19 novembre prochain. Plus de détails sur cette manifestation prochainement sur ce blog. 

Toujours est-il que, pour notre part, nous inclinons toujours plus à penser que, dans l'esprit de nos concitoyens, Jésus-Christ devient une figure "folklorique", dans le sens de familier, de "pittoresque". Il est un personnage original (pensez, le fils de Dieu!), amusant (il multiplie les pains!) et qui, finalement, apparaît comme une figure à fort potentiel commercial. Pour peu, il remplacera bientôt Ronald Mc Donald ou le bonhomme Michelin! Dommage qu'il y ait encore ces foutus chrétiens qui croient que c'est le Fils de Dieu incarné pour le salut des hommes...

Jean Hermesse

 

cathobel - 17/9/2007 Belgique
 
Médias

Plug TV– Jusqu’où la pub peut-elle se moquer pour vendre?


 

Une rentrée d’enfer. . .
 
Jouant sur l’humour et le ton décalé, Plug TV a lancé une campagne de publicité «pour une rentrée d’enfer».


 

Diffusé sur RTL TVI, CLUB RTL et PLUG TV, ainsi que dans les salles de cinéma, un spot publicitaire présente un Jésus soixante-huitard qui court les discothèques avant de se faire remettre au pas par Dieu le Père.

Eusebio Larrea, Producteur délégué de Plug TV, s’explique sur le pourquoi de cette campagne : «Pour ce nouveau spot, nous nous étions mis comme objectif de mettre en avant une attitude rock et un personnage charismatique. . . On a choisi comme star de cette nouvelle campagne un Jésus décalé qui s’amuse à changer ce qui lui déplaît avec ses pouvoirs. Contrairement aux années précédentes, on a décidé de développer l’idée en interne chez Plug. En trois, nous avons réalisé et produit de nombreux jingles, spots et habillages graphiques. Pour cette nouvelle campagne « image », nous avions une exigence que personne d’autre ne pouvait saisir. Olivier Pairoux, directeur artistique et animateur de la chaîne, a travaillé sur cette idée du Jésus qu’on voulait déjà faire depuis un bon moment. D’abord il a fallu convaincre la direction et le département communication de RTL de suivre le projet. Très vite, ils nous ont suivis, trouvant que l’idée était marrante et fonctionnait bien. »


Interpellé sur la question le 11 septembre dernier par le quotidien La Dernière Heure, Philippe Delusinne, administrateur-délégué de RTL-TVi, défend cette campagne: «Il n'est pas question de blasphème. C'est un spot second degré qui s'adresse aux jeunes. Je suis désolé si ça a choqué certains, mais ce n'était pas le but. On a juste voulu faire une pub décalée qui correspond au ton de Plug. On ne cherche pas à heurter les sensibilités.»


Liberté d’expression et respect de l’autre


Interrogé sur la question, Eric de Beukelaer – porte-parole des évêques – ne partage pas cet avis : «L’Église de Belgique fait traditionnellement preuve de retenue en matière d’humour concernant des sujets religieux. De récente mémoire, jamais un humoriste ne s’est fait «crosser» par les évêques, même si certains dessins ou sketchs blessent la sensibilité des croyants. Il y va de la liberté d’expression dans nos sociétés démocratiques et du droit à l’humour. Cette liberté, nous la défendons, même si elle n’immunise malheureusement pas contre le mauvais goût. . .  
Dans nos sociétés démocratiques, le «blasphème» ne fait pas comme tel l’objet de poursuites judiciaires. Il est bien qu’il en soit ainsi, mais cela requiert comme corollaire de la part de chacun un minimum de respect pour les croyances du voisin. Blesser ce qui est sacré pour l’autre sans autre raison que de s’amuser ou de provoquer, n’est pas digne d’une société qui se veut pluraliste et multiculturelle.»


Responsabilité sociale de la publicité


Le porte-parole poursuit: «De par son but lucratif, la publicité commerciale se doit de respecter une déontologie particulière. Le simple fait qu’un Producteur «trouve une idée marrante et qui fonctionne bien» pour vendre un produit (comme le déclare Eusebio Larrea de Plug TV), ne justifie pas l’on puisse gratuitement blesser la sensibilité de nombre de croyants.
Qu’une publicité mette en scène un curé pour vendre une marque de pâtes, une religieuse pour vanter un détergent ou des moines pour présenter un fromage, n’a jamais choqué grand monde. Par contre, voir un Jésus de pacotille se conduire en adolescent attardé et capricieux, cela dépasse les limites de l’acceptable. Je ne pense d’ailleurs pas que Plug TV aurait eu le mauvais goût de se choisir comme «personnage charismatique» certains autres fondateurs de religions. Une religion doit-elle être culturellement minoritaire pour que la publicité la respecte?»


Le Jury d’Éthique Publicitaire et RTL interpellés


Eric de Beukelaer conclut: «Nous avons écrit notre réprobation au Jury d’Éthique Publicitaire, ainsi qu’à Monsieur Jacques Santer, Président du Conseil d’Administration de RTL. Nous les invitons à faire en sorte que soit retirée au plus vite cette campagne de publicité.
Réagir est une arme à double tranchant: Côté face, cela a pour effet pervers de faire de la «pub» à la pub. Mais côté pile, cela permet de marquer des limites à ne pas franchir. . .  Sinon, sous peine de l’idée est «marrante et fonctionne bien», allons-nous bientôt être gratifiés d’une publicité pour shampooing montrant un Christ prenant sa douche en galante compagnie?
La charte du Jury d’Éthique Publicitaire belge (JEP) indique que: «La publicité doit être loyale, décente, honnête, véridique pour mériter la confiance que le public doit pouvoir lui accorder. Elle doit être conçue avec un juste sens de la responsabilité sociale».
Nous pensons qu’en la présente, le «juste sens de la responsabilité sociale» est bafoué.
Il est regrettable qu’une entreprise comme RTL, habituellement respectueuse envers les sujets religieux, n’ait pas eu la saine autodiscipline de se choisir un autre sujet publicitaire de rentrée. »


 


 
© Ctb/SIPI