17.09.2007

Causerie de Monseigneur Léonard

 

A l'église du Saint-Sacrement

Boulevard d'Avroy, 132 à Liège

 

Le samedi 29 septembre 2007, à 17h15

 

Conférence pour la rentrée académique et scolaire,

LE "JÉSUS" DE BENOÎT XVI

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Présenté et commenté par Mgr Léonard.

 

"Ce livre donne à découvrir la réponse de Benoît XVI à la question 'Pour vous, qui suis-je?'. Le lecteur attentif percevra que l'on n'en sort pas indemne." 

frère Ph. Nouzille, osb Ligugé, Eglise de Liège (mensuel diocésain)

 

L'entrée est libre, et le livre sera disponible à la vente pour ceux qui souhaiteraient l'acquérir. Cette causerie sera suivie de la messe grégorienne du Saint-Esprit, à 18h00 (voir la rubrique Activités du cercle: "Messe pour la rentrée académique et scolaire").

 

Cette manifestation est organisée avec le concours de l'Union Royale des Etudiants Catholiques de Liège et l'ASBL Sursum Corda.  

12.09.2007

Bobin...à méditer

"Je suis incapable de séparer la pensée de la beauté. Elles ont pour racine commune le réel. Les petits astres que forment les pissenlits au mois de juin sont beaucoup plus réels et éclairants que toutes les lampes de nos savoirs. Ce que je recherche, et que j'ai du mal à nommer, ne se trouve pas dans les endormissements théoriques, pas plus que dans les agacements de l'économie ou le bruit machinal du monde. Cette chose me concerne personnellement et, je crois, concerne chacun de nous."

"L'irréel, c'est la perte du sens humain, c'est-à-dire la perte de ce qui est fragile, lent, incertain. L'irréel, c'est quand tout est très facile, quand il n'y a plus de mort et que tout est lisse. Contrairement aux progrès techniques, les progrès spirituels sont équivalents à un accroissement de difficultés: plus il y a d'épreuves, plus vous vous rapprochez d'une porte paradisiaque. Alors que l'irréel vous décharge de tout, y compris de vous-même: tout circule merveilleusement, mais il n'y a plus personne."  

 

Christian Bobin, écrivain, interviewé dans Le Monde des religions, septembre-octobre 2007

06.09.2007

"Laissez venir à moi les petits enfants"

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En avant propos à la conférence de Monsieur Hervé Pasqua sur la "Technologie et la Grâce", je me permets de lancer le débat sur les bienfaits de la technologie dans notre société "hypermoderne". Pour caricaturales que soient les images que je livre ici à la réflexion des internautes, force nous est de reconnaître que le tout technologique est en passe de devenir une réalité pour une grosse majorité de notre jeunesse, avec des conséquences que nul ne peut ignorer. A la manière de Gustave Thibon qui ne dédaignait pas livrer dans ses ouvrages des anecdotes "de village" pour mieux asseoir ses théories, je voudrais rapporter ici ce que m'a raconté une de mes connaissances lors de mes vacances en France. Ce dernier, possédant une magnifique villa dans le Périgord, avec piscine, gigantesque jardin, chien, ânes, vélos, le tout entouré de collines couvertes de vignes entre lesquelles serpentent de "petits chemins creux", me racontait avec étonnement le comportement de ses petits-enfants, lorsqu'ils passaient leurs vacances chez "grand-papa".

708a9d0ebce68de5261b7d7562d09779.jpgCertes, les "petits-enfants" de ma connaissance ne sont plus si petits aujourd'hui et je dois préciser pour être totalement honnête que ces derniers étaient, lors de leurs vacances précédentes en France, entrés de plein pied dans l'"âge ingrat". Il reste que tout adolescent normalement constitué, s'il ne s'enthousiasme plus comme un bambin à la vue d'un âne ou d'un chien galopant dans les vignes (ce qui entre nous soit dit n'est cetainement pas une preuve de maturité mais plutôt le signe manifeste d'une perte progessive du sens du beau), eût néanmoins souhaité par les jours de grosse chaleur piquer une bonne tête dans la piscine luxueuse du grand-père. Passe-temps bourgeois s'il en est mais ô combien rafraîchissant. Mais Grand-papa avait eu la mauvaise idée de se doter, outre la piscine, de tout le "confort moderne" et il possédait ainsi un ordinateur connecté à internet. Je vous laisse deviner la suite... Après quelques jours de vacances les "ados" avaient conservé leur beau teint blanc et seuls étaient rougis leurs yeux...par la lumière de l'écran. 

La question que je me pose à présent est la suivante: le Christ, s'Il devait revenir sur terre aujourd'hui, laisserait-Il venir à lui tous les enfants ? Ou autrement formulée: Assis sur les pierres d'un puits asséché d'Europe occidentale, aurait-Il encore le bonheur pendant son repos de voir gambader autour de lui des "enfants" au sens où l'entendent les Evangiles ? Que l'on comprenne bien le sens de ma question, il ne s'agit pas ici de condamner en priorité le comportement de notre jeunesse de plus en plus dépendante de toutes les trivialités diffusées par les moyens de communication modernes. Je ne pense pas d'ailleurs que le Christ revenant sur Terre serait particulièrement sévère à son égard. Par contre il est certain que tout chrétien devrait dès aujourd'hui s'interroger sur le sort que Notre Seigneur réservera à tous ceux qui ont ruiné sciemment la jeunesse de ces innocents. Ceux qui ont diffusé la culture de mort et ceux qui ont laissé faire.

04.09.2007

L'Encyclopédie de l'Agora

Dieu sait si la toile peut être, à l'occasion, un lieu (ou plutôt un "non-lieu"!) où l'internaute que nous somme peut y perdre un temps bête à voguer de sites en sites, de pages en pages, sans avoir, au final, l'impression d'être plus instruit qu'avant ce zapping infernal. Oui, on trouve de tout sur Internet, et c'est sans doute cela le problème! Car, pour une information recherchée, combien de pages au contenu plus ou moins heureux aurons-nous parcourus?

C'est pourquoi on ne peut que se féliciter de l'existence de sites de qualité qui répondent non seulement au critère de qualité en terme de contenu, mais également en terme de mise en page. C'est le cas de "L'Encyclopédie de l'Agora", site québécois, qui fourmille de multitudes d'informations dans de nombreux thèmes, à travers articles et références de qualité. Bref, un site intelligent, clair et instructif. 

N'hésiter donc pas à le parcourir, ici:  http://agora.qc.ca/encyclopedie.nsf , ni à lire leur excellente présentation de notre patron, ici:   http://agora.qc.ca/mot.nsf/Dossiers/Gustave_Thibon#docume...

 

03.09.2007

A contre-courant!

Voici le texte d'une homélie de S.S. Benoît XVI. Elle résume assez bien une part de nos positions, notamment sur le chemin de l'humilité. En effet, si notre patron s'appelle Thibon, c'est bien parce qu'il avait, entre autres qualités, d'être d'une modestie à toute épreuve, au point que bon nombre de ces ouvrages n'ont été publiés que sur l'insistance de ses amis, tels les philosophes Gabriel Marcel ou Jacques Maritain. Car Thibon, loin de se présenter tel un maître, s'affirmait d'abord disciple. Il était admiratif de Nietzsche, de Victor Hugo, de Saint Jean de la Croix, de Simone Weil (qu'il révéla au public) et de tant d'autres, si bien que c'est toujours dans cette posture de disciple qu'il aimera à se présenter. Nous ne dérogerons pas à cette règle.

Mais cela ne l'empêchait point d'être critique! D'une critique cependant constructive. Or, et c'est là un deuxième élément de cette homélie, il nous est demandé d'être "critique". On ne le souligne sans doute jamais assez, mais le christianisme possède de façon inhérente une force critique vis-à-vis de notre temps, puisque le Christ lui-même nous demande de ne point nous corrompre avec l'esprit du temps, ce qu'exprime magnifiquement Guillaume de Saint Thierry dans sa quatrième méditation:  

"Enseignez-moi, Seigneur, homme grossier qui sort du siècle grossier, la discipline de votre cité et l'urbanité de votre cour; faites-moi perdre le caractère du siècle auquel je m'étais conformé; rendez-moi semblable aux hommes de votre cité , pour que je n'apparaisse pas, parmi eux, comme quelqu'un de repoussant..." (Guillaume de Saint-Thierry, Meditativae Orationes, Texte et traduction par M.-M. Davy, Librairie Philosophique J. Vrin, Paris, 1934, pp.112-113)

Pour atteindre cet objectif, c'est sans cesse que le chrétien doit exercer sa raison critique sur notre monde. Or, cela demande du courage, car il est de plus en plus difficile d'aller à l'encontre de certains idéaux de nos sociétés...de nager à contre-courant. Mais comme le rappelle le pape, il faut que certains incarnent cette possibilité de vivre "selon la plénitude d'humanité manifestée par Jésus-Christ". Prenons appui sur l'Esprit Saint, lequel, selon le mot de Mgr Jousten, nous "invite à vivre encore plus davantage, plus radicalement notre foi".

Jean

 

 

Lorette : Le pape invite les 500.000 jeunes présents à aller à « contre-courant »


Homélie de la messe de dimanche



ROME, Dimanche 2 septembre 2007 (ZENIT.org) – Le pape Benoît XVI a invité les quelque 500.000 jeunes venus le rencontrer, à Lorette, en Italie, à ne pas avoir peur d’aller à « contre-courant » dans un monde qui tente de séduire avec des modèles de violence ou de « succès à tout prix ».



« Vous êtes les destinataires des nombreux messages qui vous parviennent, surtout à travers les mass media ! Soyez vigilants ! Soyez critiques! » a déclaré le pape au cours de la messe marquant la fin de la rencontre des jeunes rassemblés sur l’immense esplanade de Montorso, près de Lorette.



L’esplanade était située à quelques kilomètres du sanctuaire où, selon la tradition, a été portée pierre par pierre la maison de Marie de Nazareth.



La plupart des jeunes avaient passé la nuit dans la prairie, à la belle étoile ou sous des tentes. Une première rencontre avec le pape avait eu lieu hier soir.



La messe était concélébrée par 150 évêques et 2000 prêtres. Au cours de son homélie, le pape a expliqué aux jeunes que le chemin de l’humilité dont parlait l’Evangile de ce dimanche n’est pas « le chemin du renoncement mais celui du courage ».



Sous un soleil brûlant, le pape a transmis son message central aux jeunes.

« Le message est celui-ci : ne suivez pas le chemin de l’orgueil mais celui de l’humilité », a-t-il déclaré.



« Allez à contre-courant : n’écoutez pas les voix intéressées et persuasives qui diffusent aujourd’hui de toutes parts des modèles de vie marqués par l’arrogance et la violence, la présomption et le succès à tout prix, l’apparence et la possession, au détriment de l’être ».



Soulignant l’influence énorme des media sur les jeunes, le pape a ajouté : « Ne suivez pas la vague provoquée par cette puissante action de persuasion ».



« N’ayez pas peur, chers amis, de préférer les voies ‘alternatives’ indiquées par l’amour vrai : un style de vie sobre et solidaire ; des relations affectives sincères et pures ; un engagement honnête dans l’étude et le travail ; un intérêt profond pour le bien commun ».



Le pape a encouragé les jeunes à ne pas avoir « peur d’apparaître différents et d’être critiqués pour ce qui peut sembler perdant ou démodé ».



« Les jeunes de votre âge, mais également les adultes, et spécialement ceux qui semblent le plus éloignés de la mentalité et des valeurs de l’Evangile, ont profondément besoin de voir des personnes qui osent vivre selon la plénitude d’humanité manifestée par Jésus Christ », a-t-il déclaré.



« Le chemin de l’humilité, chers amis, n’est donc pas le chemin du renoncement mais celui du courage. Ce n’est pas le résultat d’une défaite mais le résultat d’une victoire de l’amour sur l’égoïsme et de la grâce sur le péché », a affirmé le pape.

(Source: Zenit.org)

30.08.2007

Petit clin d'oeil à Gustave...

189e772eacf633413eef10bedb96237f.jpgElle se cachait bien, tout là haut, dissimulée par les feuillages serrés que mon cueille-fruit perçait difficilement. Sa teinte l'aurait préservée de ma cueillette si ce cercle brun qui entourait sa base n'avait attiré mon attention. Je tends le bras...joue l'équilibriste sur les branches...tire un petit coup sec...ça y est! Ses rondeurs trahissent sa présence au fond du sac. Je la sort, je la détaille, afin de m'assurer que les geai n'y ont pas, comme sur tant d'autres, laissés traces de leurs coups de bec...puis je m'attarde sur ce cercle... On dirait bien une lettre, mais... Oh!...un G...sacré Gustave va!    

22.08.2007

Le "Misere mei Deus" d'Allegri (1582-1652)

A l'ère des "poumtchak" et autres musiques binaires, il n'est pas inutile de se rappeler l'existence de musiques pour le moins inspirées et inspirantes. Comme le rappelle le philosophe Michel Lacroix dans son ouvrage Le culte de l'émotion, il y a une émotion-choc et une émotion-sentiment: "Dans le premier cas, l'émotion est une explosion, dans le second une effusion. Ces deux types d'émotion s'opposent comme la commotion et le recueillement, comme la sensation forte et l'attitude contemplative.[...] Dans l'émotion-choc, l'état affectif n'a pas assez de temps pour se diversifier et pour mûrir. Tout est, en quelque sorte, donné d'un coup. La capacité émotionnelle est assouvie avant de s'être métabolisée en sentiment. Au contraire, l'émotion-sentiment se savoure longuement. Sa jouissance s'étale dans la durée."

Vous l'aurez compris, ici, nous vous proposons de laisser mûrir cette émotion que nous apporte la beauté du "Misere mei Deus" d'Allegri...Et comme disait notre maître: "On est tenté de déprécier la beauté quand on est indigne de la contempler", Gustave Thibon, Entretiens. 

 http://www.dailymotion.com/related/1723621/video/x10zo7_g...

 

21.05.2007

Le cercle recrute

Le Cercle Gustave Thibon n'est pas un petit cénacle fermé sur lui-même.  Mis sur pied fin mars 2007 par quelques camarades passionnés, ses membres souhaitent étoffer les effectifs du cercle dès la rentrée prochaine.  N'hésitez donc pas à prendre contact avec nous.

 Contact: Christophe Bechet

 GSM 0498/35.86.17 - email: cerclegustavethibon@skynet.be

Projection du film MISSION

JEUDI 7 JUIN A 19H30

PROJECTION DU FILM "MISSION"

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Besoin de vous détendre l'esprit pendant les examens ?

Le Cercle Gustave Thibon et le GBU vous invitent à

la projection du film "Mission" de Roland Joffé

Palme d'or du festival de Cannes (1986)

Université de Liège

Place du XX août

Salle Gothot (parcours fléché)

La projection sera suivie pour ceux qui le désirent d'un échange sur les thèmes chrétiens autour desquels le film est construit.

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16.05.2007

Présentation du Cercle Gustave Thibon

 
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A l’occasion de la conférence « Benoît XVI et le recentrage du dialogue interreligieux »

donnée par l’Abbé Claude Barthe à l’Université de Liège  le 26 mars 2007.

Présentation du nouveau cercle universitaire : Cercle Gustave Thibon

(Union royale des Etudiants catholiques de Liège)

 

Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, bonsoir,

J’aimerais présenter en quelques mots notre cercle puisqu’il s’agit ici de la première conférence que nous organisons.  Avec deux amis, Jean et Jean-Marc, nous exprimions depuis un certain temps déjà, au fil de nos discussions, le regret qu’il n’existât pas au sein même des murs de l’Université, un cercle dynamique susceptible de reprendre l’organisation de conférences à thème catholique jadis mises sur pied par l’Union Royale des Etudiants Catholiques Liégeois.  Après quelques hésitations, nous avons finalement repris contact avec les membres du conseil d’administration de l’A.S.B.L. Union  qui nous ont aimablement soutenu lorsque nous leur avons soumis notre proposition de recréer à l’Université un cycle de deux ou trois conférences l’année. 

Lors de notre première rencontre avec eux, les anecdotes concernant les anciennes conférences de l’Union ont tout naturellement refleuri.  Je ne résiste d’ailleurs pas à l’envie de vous en conter une brièvement.  A l’époque, dans les années cinquante, un philosophe catholique français, tout droit venu de son Ardèche natale, était venu parler à Liège de la « guerre » et des questions philosophiques entourant ce grave sujet.  Mais par un malheureux concours de circonstances, suite à une correspondance préalable un peu trop brève entre les membres de l’Union et notre conférencier où il avait été bien convenu d’une date, le thème même de la conférence prévue n’avait été écrit par le conférencier que d’une écriture assez leste, une écriture de philosophe habitué à prendre des notes avec rapidité. Conséquence, toutes les affiches de l’Union avaient annoncé à l’époque que Monsieur Gustave THIBON,  philosophe français, viendrait parler à Liège de la « femme » et non de la « guerre ».  Gustave Thibon, arrivé à Liège, ne découvrit l’erreur que quelques heures avant son intervention, il était donc trop tard pour pondre un autre texte et il allait donc parler de la guerre à un public venu l’écouter discourir sur le genre féminin.  La conférence, malgré cet accroc, récolta un franc succès et l’entrée en matière de Gustave Thibon eût tôt fait de dissiper le « couac » du thème annoncé par une pirouette stylistique dont il avait le secret.  Je vous laisse libre d’imaginer comment Thibon, habitué des bons mots, avait réussi à opérer la transition de la femme… à la guerre.

Au-delà de cette anecdote qui eut le mérite de rappeler Gustave Thibon à notre mémoire,  nous avons choisi de placer notre cercle sous le patronage de ce grand philosophe catholique pour un tas de raisons, nous n’en évoquerons que quelques-unes ici. Gustave Thibon, par le fait même de son être et de son œuvre (on peut citer les ouvrages : Retour au réelCe que Dieu a uniNotre regard qui manque à la lumièreL’équilibre et l’harmonie) a été aux yeux de nombreux commentateurs, et sans qu’il y eut derrière cela aucune volonté sous-jacente de sa part, le philosophe du XXe siècle qui a le mieux récapitulé le christianisme et ses deux mille ans d’histoire ; un christianisme d’abord marqué à l’origine par les idées grecques et romaines.  Gustave Thibon n’avait-il pas appris en autodidacte, après que son père lui en eût transmis le goût, la langue d’Homère et celle de Virgile ? Si l’on en croit ceux qui l’ont connu, il avait d’ailleurs coutume de dialoguer intérieurement en latin dans quelque petit chemin creux de Provence avec Marc-Aurèle et Sénèque. Les apports nombreux de la philosophie antique au christianisme n’avaient naturellement pas échappé à l’antiquisant Thibon. Rappelons au passage, pour faire un lien avec l’intitulé de notre conférence d’aujourd’hui, que ces apports gréco-romains ont été magnifiquement mis en lumière par le pape dans son discours à Ratisbonne de septembre 2006 et c’est cela, bien plus à notre avis que le passage controversé sur l’Islam, qui constituait le point d’orgue de la leçon papale. Outre sa réflexion sur l’âge d’or du catholicisme médiéval, Gustave Thibon est aussi fils de son temps : il récapitule ainsi fort justement la confrontation de la pensée chrétienne avec la science moderne et la MODERNITE au sens large du terme, un aspect qui occupe une  place importante dans son œuvre. Sans vouloir verser dans un passéisme stérile et antiscientifique, à l’heure du grand débat de société actuel touchant à l’impact de l’Homme sur son environnement, nous pensons que les réflexions d’un Gustave Thibon, dans la même veine que celles d’un Jacques Ellul, philosophe protestant, sur les conséquences négatives du tout TECHNOLOGIQUE et du tout SCIENTIFIQUE, sont particulièrement riches d’enseignement pour nos contemporains. Ce thème de la confrontation entre tradition chrétienne et science moderne n’est-il pas d’ailleurs un de ceux qui préoccupe aujourd’hui le plus les chrétiens, et surtout les jeunes chrétiens que nous sommes ? Combien de fois n’ai-je pas entendu de la part de mon entourage cette interpellation : « Comment peut-on encore être croyant aujourd’hui, à l’heure des fusées à réaction et d’internet ? »  Gustave Thibon apporte des réponses à cette interrogation légitime. Voilà déjà quelques bons arguments qui prédisposaient bien ce philosophe à patronner un cercle de réflexion universitaire.  

Nous confessons enfin qu’un des aspects les plus séduisants du personnage, mais cela n’engage que les membres de notre cercle, est son humilité.  Issu du monde rural – son père était un paysan modeste et noble qui, dit-on, cultivait à la fois la terre, la poésie et le latin ; il avait transmis à son fils Gustave, son goût des belles lettres en lui faisant réciter dès l’âge de sept ans des poèmes de Leconte de Lisle et Hérédia ou de Mistral et Aubanel – Gustave Thibon n’a jamais couru après les honneurs d’une carrière universitaire ou l’éclat des projecteurs.  Depuis sa demeure familiale de Saint-Marcel, c’était plutôt lui qui éclairait la France et l’Europe chrétienne par un regard détaché et lumineux sur la réalité du monde, ce qui lui valut en 2000 le grand prix de philosophie de l’Académie française.  L’idée matricielle qui unifie son œuvre est l'idée du « retour au réel ». Sa pensée est en effet une pensée incarnée : sagesse terrienne du « philosophe paysan » attentif aux choses, à l’opposé des philosophies abstraites et des utopies ; pensée chrétienne qui se soumet humblement au créé.  Toutefois, si sa philosophie du bon sens s’appuyait sur les choses, c’était pour mieux les dépasser et s’ouvrir ainsi au divin.

Gustave Thibon était spécialisé dans les aphorismes, il ne nous a donc pas été trop difficile de trouver parmi les nombreuses « vérités » qu’il avait couchées sur le papier, une devise pour notre cercle.  Si à l’âge de vingt-trois ans, Gustave Thibon avait choisi, après avoir couru l’aventure pendant quelques années, de revenir au mas familial qu’il ne quittera désormais que rarement, c’était pour satisfaire un appétit de connaissance insatiable tant il était pénétré de l’idée que – et ce sera le mot d’ordre de notre cercle « Rien ne prédispose plus au conformisme que le manque de formation ».  C’est essentiellement guidés par cette devise que nous avons choisi, pour un thème aussi complexe que le dialogue interreligieux, de faire venir ce soir un spécialiste de la question, Monsieur l’Abbé Barthe. Sa parfaite capacité à naviguer dans le labyrinthe des textes conciliaires et son analyse pointue des encycliques relatives d’une part à l’œcuménisme, c’est-à-dire le dialogue du  Catholicisme principalement avec les Orthodoxes et les Protestants, relatives d’autre part au dialogue du Catholicisme avec les autres religions (Judaïsme, Islam), prédestinait à nos yeux l’Abbé Barthe à venir exposer puis débattre avec nous des conditions d’un dialogue œcuménique et interreligieux authentiques. 

La prochaine conférence du Cercle Gustave Thibon aura lieu fin octobre, un peu après la rentrée académique.  Le conférencier sera Monsieur Herve Pasqua , directeur de l’Institut Universitaire Catholique de Rennes, qui viendra nous parler de Gustave Thibon qu’il a bien connu, autour du thème de «  la Technique et la Grâce ».  Nous songeons avant cette date réunir les membres du cercle au cours d’une ou deux rencontres pour débattre de thèmes catholiques. Nous envisageons aussi l’organisation d’une messe de rentrée du cercle à l’Eglise du Saint-Sacrement. J’invite évidemment tous les étudiants ou anciens étudiants intéressés qui souhaitent intégrer le cercle à se faire connaître.

Contact :  cerclegustavethibon@skynet.be

15.04.2007

Après la leçon de Ratisbonne, Benoît XVI et le recentrage du dialogue interreligieux

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Conférence donnée à l'Université de Liège le 26 mars 2007 par l'Abbé Claude Barthe 

 

 

 

Le pontificat de Benoît XVI est assez paradoxal. Alors qu’une masse considérable de documents doctrinaux, encycliques, instructions, à la réalisation desquels le cardinal Ratzinger a eu une part tout à fait centrale, ont été publiés sous le pontificat de Jean-Paul II, le même Joseph Ratzinger, devenu Benoît XVI, n’en a émis que très peu. En deux ans, il n’a publié que deux textes doctrinaux, une encyclique sur la charité et une récente exhortation postsynodale sur l’eucharistie.


J’évoquerai spécialement la déclaration Dominus Jesus, sur l’unicité et l’universalité salvifique de Jésus-Christ et de l’Église, du 6 août 2000, qui concerne assez directement notre sujet : le recadrage ou recentrage du dialogue interreligieux. La rédaction en avait été mise en branle, par le livre du jésuite belge, le P. Jacques Dupuis, synthèse des revendications des théologiens des religions, Vers une théologie chrétienne du pluralisme religieux (1). Mon hypothèse – pure hypothèse – est que Benoît XVI ne livrera plus de documents semblables, au moins dans un premier temps, si Dieu lui prête vie, et qu’il va désormais les laisser produire leur fruit de lent infléchissement que je qualifierai de « restaurationniste ». En revanche, les améliorations les plus importantes sont amenées par des textes – ou des actes – apparemment mineurs, mais qui sont reçus, à juste titre, comme des prises de position très importantes. Je pense au discours à la Curie de décembre 2005 sur l’interprétation de Vatican II, au motu proprio sur la libéralisation de la célébration de la messe traditionnelle, et à la leçon de Ratisbonne du 17 septembre 2006, qui fait l’objet de cette conférence pour la part qui concerne le dialogue interreligieux. J’ajoute que ce discours universitaire du pape appuie ou explique une décision qui avait fait auparavant pas mal de bruit : la « démission » du Président du Conseil pour le Dialogue interreligieux, Mgr Fitzgerald, nommé nonce en Égypte (il s’était entendu reprocher très précisément de n’être pas conforme à la ligne Dominus Jesus) et son remplacement à la tête de ce Conseil par le cardinal Poupard, Président du Conseil pour la Culture, autrement dit, la fusion, pour ne pas dire la confusion, de fait du dialogue du catholicisme et des religions avec le dialogue du catholicisme avec les cultures. Sans oublier que sa réflexion sur ce point a continué dans le même sens, comme en témoigne les catéchèses du mercredi que j’évoquerai ensuite.
Ce recentrage du dialogue interreligieux est lui-même tout à fait paradoxal, en tout cas fort intelligent et ingénieux, puisqu’il consiste à rappeler que le christianisme, à l’origine, s’est appuyé sur la raison philosophique, contre les religions anciennes qu’il supplantait, et qu’il s’appuie aujourd’hui – ou qu’il conviendrait qu’il s’appuie – sur les religions actuelles (sur la part de philosophie vraie qu’elles contiennent, à savoir sur leur ouverture à la transcendance) contre une raison philosophique devenue rationalisme.

Je parlerai donc successivement :

  • 1/ de la visée de Dominus Jesus, pour planter le décor du recentrage du dialogue interreligieux ;

  • 2/ de l’apport spécifique de la leçon de Ratisbonne : la raison philosophique alliée du christianisme contre le paganisme ;

  • 3/ et des perspectives ouvertes : un dialogue du christianisme avec la saine raison


 
1 – La visée de Dominus Jesus, pour planter le décor et poser le problème

C’est en direction des dérives de la théologie des religions, du « relativisme » et de l’« indifférentisme » qu’elles induisent, qu’était voulue la déclaration
Dominus Jesus. Au fond, et pour le dire d’un mot, toute la visée de Benoît XVI dans le domaine interreligieux s’explique par ce qu’il combat : la majorité des théologiens des religions, autrement dit la majorité de ceux qui s’occupent au sein du catholicisme du dialogue interreligieux sont, en fait, des tenants du relativisme moderne qu’ils prêchent tant en direction du catholicisme que des autres religions.

Contre les thèses du P. Dupuis, Dominus Jesus affirme : « Est donc contraire à la foi de l’Église la thèse qui soutient le caractère limité, incomplet et imparfait de la révélation de Jésus-Christ, qui compléterait la révélation présente dans les autres religions. La cause fondamentale de cette assertion est la persuasion que la vérité sur Dieu ne pourrait être ni saisie ni manifestée dans sa totalité et dans sa complétude par aucune religion historique, par le christianisme non plus par conséquent, et ni même par Jésus-Christ » (n. 6). Dominus Jesus déclare aussi : « Elle n’est donc pas compatible avec la doctrine de l’Église la théorie qui attribue une activité salvifique au Logos comme tel dans sa divinité, qui s’exercerait “plus loin” et “au-delà” de l’humanité du Christ, même après l’incarnation », en visant, par exemple, les doctrines de Raimundo Panikkar, glosant sur la distinction bultmannienne entre le Jésus de l’histoire et le Christ de la foi, et distinguant entre le Logos, ou Christ universel, et le Jésus historique.(2)
La cime du texte concerne, comme l’exprime son titre, l’unicité et l’universalité de la fonction salvifique : « On peut et on doit dire que Jésus-Christ a une fonction unique et singulière pour le genre humain et pour son histoire : cette fonction lui est propre, elle est exclusive, universelle et absolue » (n. 15).(3)

Ceci dit, Dominus Jesus laisse de côté le problème très délicat de l’articulation de la théologie des religions, telle que la pratiquait le P. Dupuis, avec le principe posé par Nostra aetate (n. 2 § 2) : « L’Église catholique ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans ces religions. Elle considère avec un respect sincère [sincera observantia : révérence religieuse] ces manières d’agir et de vivre, ces règles et ces doctrines qui, quoiqu’elles diffèrent en beaucoup de points de ce qu’elle-même tient et propose [c’est moi qui souligne], cependant apportent souvent un rayon de la Vérité qui illumine tous les hommes ».(4) Tout le problème est, à la fin des fins, celui du statut des religions non chrétiennes.
Un document très important de la Commission théologique internationale sur « Le christianisme et les religions », approuvé durant la session d’octobre 1996 (5), l’avait mis en évidence. Le document allait droit au but : « La question de fond est la suivante : les religions sont-elles des médiations de salut pour leurs membres ? » (n. 8). La CTI posait le principe qu’il n’est de salut qu’en Jésus-Christ. Elle rappelait ensuite l’existence de « rayons de vérité » hors des frontières visibles de l’Église. D’où elle concluait : « Etant donné cette reconnaissance explicite de la présence de l’Esprit du Christ dans les religions,
on ne peut exclure la possibilité que celles-ci exercent, en tant que telles [c’est moi qui souligne], une certaine fonction salvifique, c’est-à-dire qu’elles aident les hommes à atteindre leur fin ultime, même malgré leur ambiguïté » (n. 85).

Le saut logique étant le même que celui accompli dans l’extrait cité de Nostra aetate : il y a passage du respect pour les « semences du Verbe » qui peuvent se trouver dans les religions non chrétiennes (et pas seulement dans les religions : nous reviendrons sur ce point capital, qui permet à Benoît XVI de dépasser par le haut la difficulté) à un respect global pour ces religions comme telles. Certes, on peut parler avec Nostra aetate d’attente des hommes qui demandent aux « diverses religions la réponse aux énigmes cachées de la condition humaine, qui, hier comme aujourd’hui, troublent profondément le cœur humain » (n. 1, § 3). Les religions témoignent de cette attente universelle de l’esprit humain, mais non pas en tant que telles, mais en ce qu’elles fournissent une expression à cette raison humaine créée par Dieu. Et c’est en ce sens que se déploie l’apport de la leçon de Ratisbonne.

2 – L’apport spécifique de la leçon de Ratisbonne

Benoît XVI évoque le dialogue entre l’empereur byzantin lettré Manuel II Paléologue et un savant persan musulman, en 1391, sur le christianisme et l’islam, et sur leur vérité respective, ceci à propos de la question classique de la possibilité d’atteindre une certaine connaissance de Dieu avec la raison. Ce qui a mis le feu médiatique aux poudres est que le passage du dialogue choisi par Benoît XVI était la demande de l’empereur : « Montre-moi donc ce que Mohammed a apporté de neuf, et alors tu ne trouveras sans doute rien que de mauvais et d’inhumain, par exemple le fait qu’il a prescrit que la foi qu’il prêchait, il fallait la répandre par le glaive. » Ceci, explique Manuel II, est en contradiction avec la nature de Dieu et la nature de l’âme.
Benoît XVI commente : « Ne pas agir selon la raison contredit la nature de Dieu ». Cela paraissait évident à Manuel II, nourri de philosophie grecque. Suit tout un développement sur les rapports de la Révélation avec la philosophie grecque : « La rencontre du message biblique et de la pensée grecque n’est pas un hasard. La vision de saint Paul à qui se fermèrent les chemins vers l’Asie et qui vit en songe au cours de la nuit un Macédonien et l’entendit l’appeler : “Viens à notre aide” (Actes 16, 6-10) – cette vision peut être interprétée comme un condensé de la
nécessaire rencontre interne entre foi biblique et questions grecques. Cette rencontre était depuis longtemps en marche. […] C’est ainsi que la foi biblique à l’époque helléniste, s’étant opposée avec une extrême vigueur aux autorités hellénistes qui voulaient faire adopter par la contrainte les manières de vivre des Grecs et le culte de leurs divinités, alla de l’intérieur à la rencontre de la pensée grecque en ce qu’elle avait de meilleur pour un apaisement réciproque, telle qu’elle s’est en particulier réalisée plus tard dans la littérature sapientielle. Aujourd’hui, nous savons que la traduction de l’Ancien Testament de l’hébreu en grec réalisée à Alexandrie – la Septante – est plus qu’une simple traduction du texte hébreu (appréciée peut-être de façon pas très positive) ; à vrai dire, il s’agit d’un témoin textuel indépendant et d’un pas spécifique important de l’histoire de la Révélation, par lequel s’est réalisée cette rencontre d’une manière qui acquit une signification décisive pour la naissance et l’expansion du christianisme. En profondeur, il y va, dans la rencontre entre foi et raison, des lumières et de la religion authentiques ».
Benoît XVI fait allusion à des développements actuels des sciences bibliques particulièrement intéressants. (6) On réalise de mieux en mieux l’importance qu’a eue la traduction dans les milieux juifs alexandrins de la Bible hébraïque. Elle fut, même au sein de l’hellénisme, un événement tout à fait considérable, représentant en fait l’invention de la traduction, qui était et qui sera longtemps inconnue à ce degré dans le monde antique, en tout cas dans le monde grec. Elle est, par ailleurs, contemporaine de la naissance de l’exégèse des textes (avec son insistance essentielle sur ce que l’on appellera le
sens spirituel), qui va se trouver ensuite intégré aux livres bibliques eux-mêmes, ceux nés au sein de la culture hellénistique (le livre de la Sagesse, Daniel). Il n’est peut-être pas abusif de dire que le judaïsme de la Septante a enseigné l’exégèse spirituelle à l’hellénisme tardif, ou en tout cas a appuyé un mouvement culturel et philosophique développé au sein de cet hellénisme tardif, lequel a appliqué une telle exégèse allégorique à sa mythologie. (7) Mais à la différence du judaïsme qui consolidait ainsi son monothéisme, l’hellénisme, de fait, critiquait ainsi sa mythologie. Or, la clé qui permet de percer le sens de l’Ecriture – recherche qui est au cœur de la démarche exégétique biblique dans l’Ancien Testament et dans le Nouveau Testament : cf. l’Apocalypse – a fini par se fixer sur le thème de la Sagesse, Sophia.
Ce point est capital, car il faut savoir que l’annonce de la révélation de la Trinité dans ce que nous appelons aujourd’hui l’Ancien Testament, l’annonce de la distinction en Dieu Père-Fils se trouve spécialement dans cette dualité dans l’unité qui court au sein du monothéisme biblique : la dualité dans l’unité de Dieu/Sagesse, ou de Dieu/Logos. C’est ce qui ressort notamment de la description de la Sagesse dans les livres sapientiaux : elle est Sagesse incréée, née de Dieu, exécutant ses œuvres. De sorte qu’il n’est pas possible de la voir comme une simple personnification d’un attribut divin. (8) Dans cette veine, Philon d’Alexandrie, philosophe juif le plus hellénisé qui soit, au Ier siècle de notre ère (25 av. JC ¬ 50 ap. JC), a tout naturellement développé la notion de Logos, image du Dieu créateur, qui a un rôle exemplaire, médiateur : c’est la pensée divine en acte de créer. Ce qui est parallèle à la révélation du Verbe qui se déploie dans ce Prologue, Prologue inspiré surtout par la personnification de la Sagesse dans l’Ecclésiastique 24, 3. Cette Sagesse, née de Dieu de toute éternité, assimilée au Christ, va être tout naturellement la clé interprétative, dans les Evangiles, de toute l’Ecriture antérieure.
Par conséquent, le point de jonction entre culture hellénistique la plus élevée et Révélation préchrétienne est le Logos. À quoi il faut ajouter que la traduction par les Septante des mots désignant la divinité, à savoir Elohim et, un certain nombre de fois, le nom indicible représenté par le Tétragramme, est
theos, concurremment avec kurios. Or, ce terme de theos est l’apanage et l’indice, en grec, du discours philosophique – discours directement ou indirectement critique de la religion mythologique, ce qui intéresse beaucoup Joseph Ratzinger, comme le montre ses réflexions dans Chemins vers Jésus, (9) dont je parlerai tout à l’heure. Ce discours philosophique utilise donc theos aux lieu et place du nom d’un dieu spécifique. Il est banal de dire que la percée monothéiste (un monothéisme surplombant le polythéisme et le relativisant sans l’abolir directement), qui a précédé, favorisé et accompagné la diffusion du christianisme dans la pensée antique. Cette percée monothéiste largement philosophique, a tout naturellement emprunté à la connaissance du monothéisme juif qu’a favorisée la diffusion de la traduction des Septante au 1er siècle avant Jésus-Christ. On peut donc parler d’un va-et-vient entre littérature philosophique et discours biblique, disons entre théologie naturelle et théologie révélée.
C’est dans ce type de réflexion que se situe la pensée du pape sur ce thème : « La foi chrétienne a toujours affirmé fermement qu’entre Dieu et nous, entre son esprit créateur éternel et notre raison créée, il existe une réelle analogie, dans laquelle les dissimilitudes sont infiniment plus grandes que les similitudes, mais cela ne supprime pas l’analogie et son langage (
cf. concile Latran IV). Dieu ne devient pas plus divin si nous l’éloignons dans un volontarisme pur et incompréhensible, mais le véritable Dieu est le Dieu qui s’est manifesté dans le Logos, et qui a agi et qui agit par amour envers nous. […] La rencontre intime qui s’est réalisée entre la foi biblique et les interrogations de la philosophie grecque n’est pas seulement un événement concernant l’histoire des religions, mais un événement décisif pour l’histoire mondiale qui nous concerne aussi aujourd’hui ».
Cette assertion va permettre ensuite au pape de parler, à propos de la longue crise du christianisme, du « programme de déshellénisation » qui l’a accompagnée, avec trois vagues :

  • les fondements de la Réforme du XVIe siècle, contre la scolastique ;

  • la théologie libérale des XIXe et XXe siècles ;

  • la troisième déshellénisation, qui a lieu actuellement et repose sur la thèse suivante : les autres cultures pourraient contourner cette inculturation pour revenir au simple message du Nouveau Testament, afin de l’inculturer à nouveau dans leurs espaces.

Le jugement de Benoît XVI est capital : « Le Nouveau Testament est écrit en grec et porte en lui-même la rencontre avec l’esprit grec qui avait mûri auparavant dans la formation de l’Ancien Testament. […] Les choix fondamentaux, qui concernent le lien de la foi avec la quête de la raison humaine, appartiennent à cette foi elle-même et sont adaptés à son développement ». Autrement dit, l’usage des outils de la philosophie grecque en ce qui concerne la connaissance de Dieu est intégré au donné révélé à titre de présupposés nécessaires : il y a inculturation, si l’on veut, mais très radicale. Et ce dialogue entre foi pré-chrétienne puis chrétienne s’est fait contre les religions.

3 – Les perspectives ouvertes : un dialogue du christianisme avec la saine raison

Elles sont considérables :

A/ Le discours de Ratisbonne n’aborde pas directement le problème de la difficile définition d’une religion, mais il hésite de manière très caractéristique entre « dialogue avec les religions » et « dialogue avec les cultures ».

De fait, le problème est qu’il est difficile de délimiter une catégorie englobant mythologies anciennes et actuelles, religions traditionnelles, bouddhisme, indouisme, taoïsme, islam, judaïsme, christianisme, superstitions, etc. Ensuite, il est encore plus difficile de trouver une structure englobant chacun des ensembles nommés, qui sont divers, évolutifs, scindés à l’extrême du point de vue des croyances, des organisations.
En réalité, le dialogue interreligieux institutionnel (et même l’œcuménisme institutionnel) est largement fondé sur l’illusion de la part des catholiques que l’Église catholique peut trouver en face d’elle quelque chose comme une hiérarchie, un magistère, voire une liturgie unificateurs. À la limite, certaines « religions » ont été sauvées de la faillite par la revalorisation que leur a apportée le dialogue interreligieux demandé par le catholicisme.

On pourrait discuter, et de fait on débat à perte de vue de la possibilité de l’application stricte du concept de « salut », et par le fait même de « voie », tel que l’entend le christianisme aux religions non chrétiennes, sauf, peut-être, mais ce n’est même pas certain, en ce qui concerne l’islam et le judaïsme contemporain. (10)
Mais la question n’est pas tant de savoir si ces réalités religieuses se recoupent et s’opposent, que de constater que celle du point de vue de laquelle on se place, la religion chrétienne, entend remplir tout le champ de vision. L’adoration du Dieu « jaloux » d’Israël (Dt 5, 9) exclut toute confusion de langage avec les rituels des nations, et pose donc les dieux des nations en concurrents. La « jalousie » extrême de Dieu, autrement dit son amour, se manifeste en plénitude dans cet « amour du Christ qui surpasse toute connaissance » (Ep 3, 19).
Cependant, réelle est l’attente des hommes qui demandent aux « diverses religions la réponse aux énigmes cachées de la condition humaine, qui, hier comme aujourd’hui, troublent profondément le cœur humain » (
Nostra aetate, n. 1, § 3). En réalité, c’est cela, et cela seulement, qui fonde le dialogue. La tension hésitante et tâtonnante vers la vérité est déjà manifestation de la vérité, à tout le moins hommage implicite : « Je n’ai rien trouvé de toi qui ne fût un souvenir, ô mon Dieu, depuis que j’ai appris à te connaître ». (11) Ce ne sont donc pas, à strictement parler, les institutions religieuses comme telles qui sont partenaires du dialogue avec les chrétiens, mais les hommes de bonne volonté appartenant de fait à ces groupements, en tant qu’ils cherchent la vérité. Mais cette tension vers le vrai, fût-elle exprimée au sein des religions, est une tension de la raison humaine, touchée par la grâce. On est donc, en réalité, dans le domaine dit de l’interrogation philosophique, au moins implicitement critique par le fait même de la fausse religion au sein duquel elle se manifeste. Ce qui nous amène à un second point.


B/ De manière plus directe, on est ramené par la leçon de Ratisbonne à une idée très classique dans le christianisme, à savoir que le dialogue avec des non-chrétiens, qui comme tout dialogue nécessite un langage commun, implique que l’on se place uniquement sur le terrain de la raison naturelle.

On pense, bien sûr à la
Somme contre les Gentils, de saint Thomas. Il introduit son propos en disant : « Réfuter toutes les erreurs est difficile, [… parce que ceux qui sont tombés dans l’erreur, notamment] les mahométans et les païens, ne s’accordent pas avec nous pour reconnaître l’autorité de l’Ecriture, grâce à laquelle on pourrait les convaincre, alors qu’à l’encontre des juifs, nous pouvons disputer sur le terrain de l’Ancien Testament, et qu’à l’encontre des hérétiques, nous pouvons disputer sur le terrain du Nouveau Testament. Mahométans et païens n’admettent ni l’un ni l’autre. Force est alors de recourir à la raison naturelle à laquelle tous sont obligés de donner leur adhésion. Mais la raison naturelle est faillible dans les choses de Dieu. Dans l’étude attentive que nous ferons de telle vérité particulière, nous montrerons donc à la fois quelles erreurs cette vérité exclut, et comment la vérité établie par la voie démonstrative s’accorde avec la foi de la religion chrétienne ». (12)
Le raisonnement de fond de saint Thomas est aussi simple qu’extrêmement fort : la vérité atteinte par la raison est infiniment dépassée par la vérité révélée dans la foi, mais par définition, l’un et l’autre degré d’appréhension de la vérité ne peuvent se contredire ; si donc les païens et les infidèles, qui n’ont pas la foi, sont dans l’erreur, c’est nécessairement qu’ils font un mauvais usage de la raison. Il ne s’agit nullement de leur démontrer les vérités de foi, mais :

1/ d’écarter les erreurs contre la raison (et par le fait contre la foi) qu’ils commettent ;
2/ et de leur montrer que la vérité qu’ils peuvent atteindre par la saine raison s’accorde avec la vérité qu’enseigne la révélation.


C/ La leçon de Ratisbonne (illustrée à l’avance par la fusion des Conseils romains de la culture et du dialogue interreligieux) invite à retrouver la notion juste de « semences du Verbe », qui est, pour Vatican II aux fondements du dialogue.

Nostra aetate évoque donc, allusivement, en son numéro 2, la doctrine patristique, qui voyait dans quelques éléments du paganisme un reflet du « rayon de l’unique Vérité ». Le décret Ad gentes, sur les missions, évoque de même les expressions de « semences du Verbe » (n. 11), de « praeparatio evangelica » (n. 3), et de « germes » répandus quelquefois par Dieu avant la prédication de l’Evangile (n. 18).
En réalité, on ne peut strictement rattacher ces expressions qu’à deux auteurs patristiques, même si implicitement on retrouve le thème chez d’autres Pères, comme saint Augustin. Ces deux auteurs sont Justin et Clément d’Alexandrie. Justin parle de
spermatikos Logos, en visant Socrate, Platon, et les stoïciens, des philosophes et moralistes par conséquent, mais plongés dans le paganisme, qui n’avaient que des « semences » ; les chrétiens, au contraire, ont le Verbe lui-même. (13) Clément d’Alexandrie, dans le même contexte (celui la philosophie au milieu du paganisme), parle de praeparatio evangelica. (14) On peut aussi trouver des considérations proches chez Origène et Irénée (cité par Ad gentes, n. 3). (15)
De même que saint Augustin qui voit Platon comme préparation au christianisme, selon l’expression par laquelle Pascal le résume, les Pères de l’Église ne voient un « rayon de l’unique vérité » que dans les philosophies antiques, et nullement dans les religions païennes. Tout au contraire, leur jugement sur les religions non chrétiennes est extrêmement dur. Ils les plaçaient sous le régime du démoniaque. « Les démons, dit saint Augustin en se fondant sur les Ecritures, se donnent pour dieux, se font adorer comme tels » ; « Ce ne sont pas des dieux, mais des esprits pervers, pour qui ta félicité est une souffrance » ; « Les faux dieux sont des esprits immondes, des démons tout à fait malfaisants et trompeurs ». (16) Cela paraissait tellement évident au christianisme naissant, qu’il n’a pas cherché à se mesurer avec les cultes idolâtriques, au nom desquels il a été persécuté, essentiellement en raison de son non-syncrétisme, mais avec les sagesses philosophiques. Il a voulu, et a fini par réussir, à se présenter comme la seule et supérieure sagesse, cependant que les derniers adversaires du christianisme se ré-enfonçaient dans la mythologie. Le christianisme, lui, revendiquait le statut de « vraie philosophie ».
C’est d’ailleurs déjà dans le judaïsme hellénistique qu’était née l’image, reprise ensuite par les chrétiens, du « peuple philosophe » (17), lieu commun de la littérature judéo-hellénistique. (18)
À plusieurs reprises Joseph Ratzinger avait insisté sur ce point, qui est le fond de son entreprise de recadrage du dialogue interreligieux : les éclats de vérité étaient découverts par les Pères et les médiévaux chez les philosophes et non dans les religions : « Le christianisme a […] ses précurseurs et sa préparation intérieure dans la rationalité philosophique, et non dans les religions ». (19) Ou encore : « Les Pères n’ont pas trouvé les semences du Verbe dans les grandes religions, mais dans la philosophie, c'est-à-dire dans le processus de la raison critique face aux religions ». (20)
Ce qui rejoint la pensée la plus traditionnelle en la matière, spécialement celle de saint Thomas. J’évoquerai à ce propos le commentaire mystique que fait le docteur angélique de la multiplication des pains en saint Jean : Philippe propose l’achat de pain avec deux cents deniers – c’est la sagesse humaine des philosophes qui s’obtient par acquisition et qui connaît quelque chose de Dieu –, pain qui pourrait sinon nourrir un peu, en tout cas ouvrir l’appétit des hommes ; mais un petit garçon, dans sa simplicité biblique, apporte cinq pains d’orge – les cinq livres de la Loi, le Pentateuque, que le Christ va multiplier pour nourrir surabondamment les foules qui viennent vers lui. (21)

D/ Enfin, et en conclusion, selon Benoît XVI, la vraie signification du dialogue interreligieux est celle-ci : grâce dialogue, le christianisme, contre la raison devenue rationaliste, va s’appuyer sur l’attente profonde – conforme à la saine raison – qui peut se trouver au fond des religions non chrétiennes.

Car il n’y a rien de commun entre le rapport du christianisme avec les philosophies antiques et ses relations avec la philosophie contemporaine, dans la mesure où elle est largement une philosophie post-chrétienne, au sens où elle considère explicitement ou implicitement avoir dépassé le christianisme. L’exercice de la raison s’est « déshellénisée », devenant rationaliste. D’une certaine manière, il s’agit alors de relégitimer les religions contre la modernité. Plus exactement, il s’agit de mettre en évidence l’attente profonde qui peut se trouver au fond de ces religions, et qui rejoint un exercice de la raison bien entendu. Autrement dit, il s’agit de dialoguer avec les hommes religieux sur le plan de la saine raison, laquelle reçoit les appels et motions de la grâce.
Hans Urs von Balthasar parlait d’ailleurs d’une progressive « réduction du dialogue », le christianisme se trouvant en présence de religions qui s’acheminent, depuis les Lumières, vers leur disparition. Il resterait bientôt seul en face de l’athéisme (22), un athéisme ravageur, devant lequel il risquerait d’être lui-même réduit à fort peu de chose, mais toujours existant. Est-ce d’ailleurs vraiment de l’athéisme au sens rationaliste, ou quelque chose qui est au-delà, une indifférence « post-athée », comme la nomme le P. Claude Geffré? (23)

On a souvent fait remarquer que le dialogue interreligieux « avancé » avait cessé d’être missionnaire. (24) Mais il y a plus : le dialogue est même devenu missionnaire de la modernité et non plus du christianisme contre les religions. Le thème, implicite chez les grands noms de la théologie des religions, est exposé de manière particulièrement claire par le P. Claude Geffré, selon lequel le christianisme, au lieu de chercher à remplacer les autres religions comme jadis, aurait désormais cette vocation unique de débarrasser toutes les autres religions de leur prétention à l’absolu. Il resterait de cette manière la religion absolue, parce qu’absolument relativisante. (25)

D’où l’intérêt majeur de l’intuition développée par Benoît XVI, qui prend l’exact contre-pied de cette interprétation du dialogue interreligieux. Pour lui au contraire, si la raison, au début de l’ère chrétienne, a été critique des religions au bénéfice du Christ, aujourd’hui, les religions, au moins en la « demande » qu’elles peuvent exprimer de rationalité vraie et donc de praeparatio evangelica, exercent – ou plutôt appellent l’exercice de – une critique du rationalisme moderne. Je cite une dernière fois la leçon de Ratisbonne : « Dans le monde occidental domine largement l’opinion que seule la raison positiviste et les formes de la philosophie qui en dépendent sont universelles. Mais précisément, cette exclusion du divin hors de l’universalité de la raison est perçue, par les cultures profondément religieuses du monde, comme un mépris de leurs convictions les plus intimes. Une raison qui est sourde au divin et repousse les religions dans le domaine des sous-cultures est inapte au dialogue des cultures ».

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(1) Cerf, 1997.

(2) C’est contre la théorie bultmannienne et ses avatars que Redemptoris missio marque la réprobation la plus nette : « Il est contraire à la foi chrétienne d’introduire une quelconque séparation entre le Verbe et Jésus-Christ. [...] On ne peut séparer Jésus du Christ, ni parler d’un “Jésus de l’histoire” qui serait différent du “Christ de la foi”. [...] Le Christ n’est autre que Jésus de Nazareth, et celui-ci est le Verbe de Dieu fait homme pour le salut de tous » (n. 6).


 

(3) Il va même jusqu’à préciser au sujet de la « foi » des non-chrétiens (il pourrait le faire tout aussi bien de la « foi » des chrétiens séparés) : « On doit donc tenir fermement la distinction entre la foi théologale et la croyance dans les autres religions. Alors que la foi est l’accueil dans la grâce de la vérité révélée, qui “permet de pénétrer le mystère, dont elle favorise une compréhension cohérente”, la croyance dans les autres religions est cet ensemble d’expériences et de réflexions, trésors humains de sagesse et de religiosité, que l’homme dans sa recherche de la vérité a pensé et vécu, pour ses relations avec le Divin et l’Absolu » (n. 7).

(4) Ce principe est d’ailleurs rappelé par
Dominus Jesus : « Avec l’avènement de Jésus-Christ sauveur, Dieu a voulu que l’Église par lui fondée fût l’instrument du salut de toute l’humanité (cf. Ac 17, 30-31). Cette vérité de foi n’enlève rien à la considération respectueuse et sincère de l’Église pour les religions du monde » (n. 22).

(5) La Documentation catholique, n° 2157, 6 avril 1997.

 

(6) Voir, par exemple, André Paul, La Bible et l’Occident. De la bibliothèque d’Alexandrie à la culture européenne, Bayard, mars 2007.

(7) Et la haute culture gréco-romaine, qui sous l’influence ou en concomitance des courants judaïques porteurs de la Septante, connaissait donc la lecture allégorique des poètes par les philosophes et le commentaire des textes anciens, a ensuite fourni un cadre intellectuel et pédagogique au développement de l’interprétation
spirituelle par le christianisme (cf. Olivier Millet et Philippe de Robert, Culture biblique, PUF, 2001). A cette différence capitale près, je le répète, entre les livres bibliques d’une part et la poésie mythologique antique d’autre part, que la Bible, y compris dans les premiers chapitres de la Genèse, est anti-mythologique : au contraire de l’héroïsme mythologique, ils mettent en scène une histoire sacrée, qui est à la fois sacrée, mais avec une visée historique, avec généalogie, personnages relativement ordinaires, péché, punition, et surtout intervention continue du Dieu unique (Erich Auerbach, Mimésis. La représentation de la réalité dans la littérature occidentale, Gallimard, 1968).

(8) Chap 8 des Proverbes ; chap 7-10 de la Sagesse ; chap 24 de l’Ecclésiastique.

(9) Parole et Silence, 2004.

(10) A quoi faire correspondre la notion de « Dieu » dans le bouddhisme ? Au « dhamma », la Loi de nature, vérité ultime qui est inséparablement Dieu-Monde ? Quels mots communs peut-on trouver avec les religions traditionnelles d’Afrique par exemple ? Quant à l’historicité de la révélation chrétienne et de l’accomplissement du salut elle est proprement incompréhensible dans le cadre de l’hindouisme.

(11) Saint Augustin,
Confessions, l. X, c. XXIV.

(12) Somme contre les Gentils, l 1er, 2.

(13)
Apologie II, 8, 3. Voir la catéchèse du mercredi du 21 mars 2007, toute consacrée au passage de Justin de la philosophie grecque à la « vraie philosophie » (Zenit, 22 mars 2007), et depuis notre conférence la catéchèse du 18 avril 2007, consacrée à Clément d’Alexandrie, « témoin emblématique du dialogue entre la raison et la foi », (Zenit, 18 avril 2007).

(14)
Stromates, II, 2, 4, 8.

(15)
Cf. Michel Fédou, Christianisme et religions païennes dans le Contre Celse d’Origène (Beauchesne, 1988).

(16)
La Cité de Dieu, cf. Serge-Thomas Bonino, Les anges et les démons, Parole et Silence, 2007, p. 296.

(17) Et c’est d’ailleurs dans ce contexte que se situe Justin d’Alexandrie (100-165), lorsqu’il parle de
spermatikos Logos dans sa première Apologie : « Ceux qui ont vécu en conformité avec la raison appartiennent au Christ, eussent-ils passé pour athées, comme par exemple, en Grèce, Socrate, Héraclite et leurs semblables » (Apologie I, 46, 3).

(18) Le thème de Moïse inspirateur de Platon était courant. Flavius Josèphe parle de « philosophies » pour désigner ce que nous traduisons habituellement par sectes judaïques (
cf. Alexis Léonas, L’aube des traducteurs. De l’hébreu au grec : traducteurs et lecteurs de la Bible des Septante, Cerf, 2007, p. 193).

(19) « Vérité du christianisme ? »,
La Documentation catholique, 2 janvier 2000, pp. 31.

(20)
Chemins vers Jésus, op. cit., pp. 73-74.

(21) Thomas d’Aquin,
Commentaire sur l’Evangile de saint Jean, Cerf, 1998, n. 854, pp. 372-373.

(22) Das Christentum und die Weltreligionen ¬ Ein Durchblick, IBK, Fribourg, 1979. Cité et analysé par José Arregui, Sans exclusion ni inclusion. La relation Israël-Église chez Hans Urs von Balthasar comme paradigme du rapport entre le christianisme et les autres religions, thèse dactylographiée, Institut catholique de Paris, 1990, pp. 220-222.

(23) « Le destin de la foi chrétienne dans un monde d’indifférence », dans
Concilium 185, 1983, p. 96.

(24) Cf. Mgr Michael Fitzgerald, Dieu rêve d’unité. Les catholiques et les religions : les leçons du dialogue. Entretiens avec Annie Laurent, Bayard, 2005. Celui qui était alors président du Conseil pontifical pour le Dialogue expliquait qu’il était distinct de la mission, mais faisait partie comme elle de l’évangélisation. Il est distinct de la mission, parce que cette sorte d’évangélisation ne vise pas ultimement la conversion des non-chrétiens au Christ. Il est une variété d’annonce du Christ, mais une annonce implicite. Témoigner du Christ est obligatoire, et non convertir au Christ.

(25) D’où la fameuse problématique de la double appartenance : « Est-il tout à fait impertinent de se demander s’il n’y a pas une manière chrétienne d’être hindou, bouddhiste, taoïste, confucéen ? », par exemple : « Théologie chrétienne et dialogue interreligieux » dans Revue de l’Institut catholique de Paris, avril-juin 1991, pp. 63-82.

15.03.2007

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Affiche conférence Abbé Barthe.pdf

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