04.05.2008
Liquider Mai 68?

Comme vous avez pu le constater, nous sommes quarante ans après Mai 68. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que les médias nous bombardent d'articles, d'images anciennes, de récits d'époque, de débats plus ou moins animés, d'interviews des meneurs du mouvement, etc. De même, les librairies ne sont pas en reste, et on oserait à peine tenter un décompte des ouvrages lié de près ou de loin à ce sujet. Assez étonnamment, il est un ouvrage qui semble bien peu présent dans les librairies, ouvrage pourtant au titre bien plus accrocheur que les autres.
Sous la direction de M. Grimpret ("Dieu est dans l'isoloir", PR, 2007) et C. Delsol ("Eloge de la singularité", La Table Ronde, 2007), "Liquider Mai 68?", paru aux Presses de la Renaissance, sort effectivement du lot puisqu'il ne paraît pas vouloir, à l'instar de bien d'autres, encenser le mouvement que fut "Mai 68", mais bien plutôt poser la question de ce qu'il fut d'abord, et de ce qu'il a apporté ensuite. Il s'agit ici de ne point jeter le bébé avec l'eau du bain, mais il ne s'agit point non plus d'idéaliser ce moment, devenu pour certains un véritable mythe fondateur d'une nouvelle civilisation.
Nous vous proposons à la lecture l'introduction de cet ouvrage, rédigée par le journaliste Patrice de Plunkett.
LA REPENTANCE N'EST PAS DANS L'AIR
m
Liquider Mai 1968 : vaste programme, eût dit de Gaulle. Il faut voir où l’on met les pieds.
Peut-on regarder 68 comme un drame politique dont on pourrait dresser le bilan, à la façon des Livres noirs du communisme et du colonialisme ?
Ce serait une erreur.
J’en témoigne. J’avais vingt ans cette année-là et j’étais sur le terrain. Etudiants « réacs » [1] de Nanterre et du Quartier latin, nous nous sommes bien amusés – mais sans y croire une seconde ! Nous ne sommes pas allés sur les Champs-Elysées le 30 mai. Pas un instant nous n’avons gobé que « les rouges » voulaient « prendre le pouvoir ». Ni que la « révolte étudiante » était « dirigée et exploitée par des meneurs au service d’une puissance sans visage qui agit partout à la fois dans le monde », comme l’écrivait alors Mauriac dans son bloc-notes... La panique bourgeoise nous faisait rire. La droite jouait à la contre-révolution, mais il n’y avait pas de révolution ; les cris de guerre des gauchistes sonnaient faux, leurs slogans avaient l’air d’un décor. La société qu’ils dénonçaient n’existait pas. Le danger qu’ils proclamaient (la « fascisation du capitalisme ») était imaginaire et absurde.
Mais nous qui étions dans le bain, contrairement à la droite, nous sentions qu’il y avait tout de même un esprit du mouvement de Mai : et que cet esprit était autre chose que son apparence.
On devinait un volcan qui n’était pas politique [2].
Sous les gesticulations pseudo-marxistes courait en réalité une fièvre irrésistible d’individualisme, vouée à brûler tout ce qui paraissait freiner encore un peu le règne de l’ego.
Mai 68 allait aider – sans le vouloir – à installer une société consumériste, fondée sur l’exploitation commerciale des pulsions du Moi les plus déshumanisantes : une société où le travail allait devenir aussi flexible que la morale, comme dans le film de Ken Loach It’s a free world [3]. Cette société allait fusionner la gauche et la droite comme des gérantes du même hypermarché. Pierre Legendre l’écrira en 2001 : « Notre société prétend réduire la demande humaine aux paramètres du développement, et notamment à la consommation »[4] .
Pour que la société puisse devenir ce terrain vague, il fallait raser les ultimes valeurs supérieures à l’individu, les dernières « haies », les vestiges d’un art de vivre plus ancien que la bourgeoisie moderne.
Cette destruction fut l’œuvre de l’esprit de 68. Il a agi comme un incendie. Ce n’était pas difficile : les « haies » étaient desséchées par le néant moral des Trente Glorieuses... « Notre mode de vie focalisé sur le confort et l’utilitaire ne satisfait pas la jeune génération », affirmait en 1967 le journaliste italien Giorgio Bocca. Son diagnostic surestimait le mobile des jeunes, mais il était presque exact sur un point : la faillite éthique des vieux.
La prophétie de Boutang
Quelqu’un avait vu cette faillite plus nettement, en France, deux ans avant 1968. C’était le philosophe Pierre Boutang, et sa vision [5] a l’air d’une prophétie lorsqu’on la relit en 2008 :
« Une part de la réalité de l’homme est en train de s’évanouir, ou changer de sens ; subissant à la fois les techniques de massification (perdant de plus en plus son visage, la ressemblance avec Dieu) et la rhétorique de l’humanisme le plus vague et dégoulinant, le citoyen des démocraties modernes et développées a laissé tomber […] sa réalité d’homme, vivante et en acte. Il a cessé d’agir comme père, d’exercer comme un père une autorité familiale (or nul n’est homme s’il n’est père, dit Proudhon). […] Pour cela, les fils s’éloignent (même en restant là) et haïssent ou méprisent à la fois le fils que fut leur père, et le père qu’il n’est pas. Leur ‘‘protéïsme’’, leur capacité de désir de prendre toutes les formes animales, jusqu’au refus du visage humain et de la détermination sexuelle, n’est que le constat d’absence, mais d’absence molle et pesante, d’un être de l’homme, à l’image de Dieu, chez l’adulte. »
Ce texte de 1966 était une prémonition du processus de Mai 68 :
- d’abord la nullité morale des pères, bourgeoisie « traditionnelle » déboussolée qui s’attirait le mépris des enfants ;
- puis la dislocation psychologique des enfants, « jusqu’au refus du visage humain et de la détermination sexuelle ».
En mai 2008 ces enfants ont la soixantaine. Leur refus de naguère est devenu l’esprit d’une néo-bourgeoisie : l’âme d’un monde sans âme, où la droite et la gauche desservent par roulement – à des heures différentes – le rayon des « nouvelles mœurs » à l’enseigne du Grand N’importe Quoi. Le philosophe Bernard Stiegler conclut [6] à leurs torts partagés :
« On a souligné un paradoxe à propos de Mai 68 : on a pensé que le capitalisme était porté par la droite, qui défend les ‘‘valeurs traditionnelles’’, et que c’est un mouvement de gauche (Mai 68) qui a voulu symboliquement détruire ces valeurs. Mais en réalité, ce qui a réellement organisé cette destruction des valeurs, c’est le capitalisme… Le capitalisme est contradictoire avec le maintien d’un surmoi… Une société sans surmoi s’autodétruit. Le surmoi, c’est ce qui donne la loi comme civilité. Un récent rapport du préfet de la Seine-Saint-Denis expliquait la violence dans les cités par cette absence de surmoi, qui se traduit alors par le passage à l’acte… »
Selon la formule d’un autre philosophe de 2008, Jean-Claude Michéa, il est « impossible de dépasser le capitalisme sur sa gauche ». Ainsi les postures dominantes aujourd’hui sont libérales-libertaires : elles cultivent les transgressions « qui servent à la bonne marche des affaires » ; « elles rompent les solidarités effectives, en isolant plus encore l’individu dans une monade où se perd ‘‘le goût des autres’’, où il n’est plus qu’un rouage. [7] »
En détruisant le français et l’histoire à l’école, par exemple, les pédagogues post-68 ont fait table rase au profit de l’idéologie marchande – qui exploite l’amnésie et parle en basic english.
Mai 68, portier du matérialisme mercantile
Mai 68 n’est donc pas l’antithèse de 2008.
Il n’est pas l’inverse de notre société libérale-libertaire (ou ultralibérale, c’est la même chose).
Il n’est pas l’opposé de « notre monde postmoderne avec sa politique cacophonique et vide, et sa contre-culture devenue marché de masse » [8]…
Au contraire : 68 en fut le point de départ ! Fausse révolution, vraie pulvérisation. Transformation de la société en une dissociété : le tout-à-l’ego. Mutation de l’homme « familial enraciné » en « individu dans la foule », sans attaches ni foyer stable... Mai 68 a lancé l’idée que toute stabilité était « fasciste », et cette diabolisation du durable [9] a fleuri en tous domaines. L’économique y a vu son intérêt. Le capitalisme s’y est reconnu. Ayant succédé aux pères bourgeois, les fils bourgeois ont séparé la bourgeoisie et les « valeurs traditionnelles ». Ils ont transposé 68 dans le business, comme le pubard ex-trotskiste incarné par Maurice Bénichou dans une merveille de film passée inaperçue en 1997 : La Petite Apocalypse de Costa Gavras. Ce fut l’époque où l’ex-mao François Ewald devenait le philosophe du Medef, sous la houlette d’un autre soixante-huitard passé au néocapitalisme : Denis Kessler.
Ainsi a surgi ce que Luc Boltanski et Ève Chiapello, dans leur enquête parue à la fin de la dernière année du XXe siècle, ont appelé Le nouvel esprit du capitalisme [10]:
« Nous avons voulu comprendre plus en détail […] pourquoi la critique […] s’éteignit brutalement vers la fin des années 70, laissant le champ libre à la réorganisation du capitalisme pendant presque deux décennies […], et pour finir, pourquoi de nombreux soixante-huitards se sentirent à l’aise dans la nouvelle société qui advenait, au point de s’en faire les porte-parole et de pousser à cette transformation. »
Quelle physionomie a cette nouvelle société ? Stiegler l’indique : « Puisque le désir est le moteur qui nous fait vivre et nous meut (ce qui détermine en profondeur notre comportement), le capitalisme de consommation cherche par tous les moyens à en prendre le contrôle pour l’exploiter comme il exploite les gisements pétrolifères : jusqu’à épuisement de la ressource… »
Mais d’abord, cette forme de capitalisme devait « détourner la libido des individus de ses objets socialement construits par une tradition, par les structures prémodernes comme l’amour de Dieu, de la patrie, de la famille. »
Boltanski et Chiapello (1999) confirmeront ainsi la vision de Boutang (1966) sur l’absence inéluctable du « père » et du familial – matrice de toute société – dans la société nouvelle :
« La famille est devenue une institution beaucoup plus mouvante et fragile, ajoutant une précarité supplémentaire à celle de l’emploi et au sentiment d’insécurité. Cette évolution est sans doute en partie indépendante de celle du capitalisme, bien que la recherche d’une flexibilité maximale dans les entreprises soit en harmonie avec une dévalorisation de la famille en tant que facteur de rigidité temporelle et géographique, en sorte que […] des schèmes similaires sont mobilisés pour justifier l’adaptabilité dans les relations de travail et la mobilité dans la vie affective… [11] »
Alors que son idéologie prétendait « contester la société de consommation », 68 a préparé le terrain au triomphe absolu de cette société. Car le centre nerveux de l’esprit de 68 n’était pas idéologique, mais psychologique, sous la forme d’un double rejet :
- le rejet du familial (avec une virulence dont se souviennent les lecteurs du Charlie Hebdo des grandes années) ;
- le rejet du spirituel (avec la même virulence, n’en déplaise à feu Maurice Clavel qui fut seul à voir le Saint-Esprit sur les barricades du 3 mai).
Rejeter le familial et le spirituel, c’était rejeter l’essentiel de la condition humaine et nous soumettre à un sort injuste : « nous forcer à passer nous-mêmes à côté de notre propre vie, et ainsi laisser la promesse de vie s’enfuir dans la banalité pour finir dans le vide [12] ». Une telle mutilation révoltait Patrick Giros, qui allait mourir à la tâche au service des SDF : « Rendez-vous compte, cette logique soixante-huitarde, que je connais parce que je suis un des fils de 68, eh bien les premières victimes qu’elle fait ce sont les petits, les jeunes, les fragiles, ceux qui ont une famille explosée, ou des fragilités psychologiques… [13] »
Or ce rejet soixante-huitard du spirituel et du familial, est aussi le centre nerveux de la société consumériste. Celle-ci réduit le monde humain à la consommation matérielle individualiste (une fuite en avant égocentrique : une vie réduite à l’insatisfaction acheteuse). Elle ampute l’existence de dimensions qui sont les clés de la condition humaine.
Là est l’imposture de Mai 1968 : s’être présenté comme l’ennemi de la société de consommation, alors qu’il anéantissait tout ce qui freinait le triomphe de celle-ci.
L’esprit de 68 a vomi tout ce qui n’était pas le caprice individuel (d’où le célèbre slogan : « il est interdit d’interdire »). Il ouvrait ainsi la voie au matérialisme mercantile. Celui-ci allait se substituer à tout, en installant : 1. le caprice individuel comme ressort du marketing ; 2. le marketing comme seul lien du vivre-ensemble... Ainsi les slogans de 68 furent récupérés en bloc par le marketing, et ce fut la naissance de la sous-culture des années 1980-2000 : plus besoin de chercher le sens de la vie, il suffisait d’être « soi-même », de « penser avec son corps », de se contenter d’exister, de « bouger » – et finalement, d’acheter. Le marketing ne demandait rien de mieux aux consommateurs : ne plus se poser de questions, devenir dociles et ductiles.
Ces noces de Mai et du Marché auraient horrifié, dix ans plus tôt, les soixante-huitards extrêmes : ceux qui rêvaient d’abolir l’argent, d’en revenir au troc et de proclamer « l’An 01 » avec le dessinateur Gébé. Pourtant c’est ce qui est advenu... Cela n’aurait pas étonné le vieux Marx, qui félicitait le capitalisme (cent trente ans plus tôt) de son pouvoir de destruction-innovation :
« La bourgeoisie ne peut exister sans révolutionner constamment les instruments de production, ce qui veut dire les rapports de production, c'est-à-dire l'ensemble des rapports sociaux. […] Ce bouleversement continuel de la production, ce constant ébranlement de tout le système social, cette agitation et cette insécurité perpétuelles distinguent l'époque bourgeoise de toutes les précédentes. Tous les rapports sociaux […] se dissolvent […] Tout ce qui avait solidité et permanence s'en va en fumée. [14] »
Les sociaux et les mondains
Alors, critiquer Mai ? Oui. Mais n’en faisons pas un prétexte. Ne disons pas que tout va bien aujourd’hui ; ou qu’il suffirait, pour que tout aille mieux, de liquider l’esprit de 68.
Je préfère être avec Benoît XVI, lorsqu’il demande que l’on change le modèle économique global [15].
Et avec les évêques de la planète catholique, lorsqu’ils appellent à lutter contre « des injustices qui crient vers le ciel » [16].
Et avec les anciens soixante-huitards qui ont lancé en France l’économie solidaire… Ceux-là ont su ne pas suivre l’esprit de 68 dans son transfert ultralibéral. En se faisant entrepreneurs sociaux, ils ont à la fois pris le contrepied du matérialisme mercantile et de 1968 (la « déconstruction » ravageuse).
La fusion de 1968 et du consumérisme ne légitime pas le consumérisme ; le triomphe actuel du consumérisme ne nous dispense pas de chercher des solutions pour en sortir.
À gauche de la gauche, quelques-uns commencent à voir le rôle de l’esprit de 1968 dans l’hypermarché qu’est la société présente. Ainsi le journal La Décroissance [17] donnant la parole au maire de Grigny (Rhône), René Balme, qui accuse le slogan « interdit d’interdire » d’avoir ouvert un boulevard à la marchandisation de tout : en effet, dit-il, la libre concurrence « ne doit être bridée par rien »… Le psychiatre Jean-Pierre Lebrun ajoute : « Beaucoup de gens sont aujourd’hui dans une grande confusion, car ils croient être débarrassés des interdits. Si plus rien n’est interdit, plus rien ne veut rien dire. » Selon Lebrun, spécialiste des comportements, la « stratégie néolibérale » disloque la condition humaine en niant que les limites soient « utiles et fondatrices » ; elle fait ainsi « sauter les verrous les uns après les autres » : « Le néolibéralisme […] dans son versant consumériste donne l’illusion que l’on peut avoir accès facilement à la satisfaction de nos prétendus besoins, et cela sans aucun renoncement. Mais la vie humaine ne se résume ni à cette satisfaction, ni à ces prétendus besoins. »
m
Beaucoup de gens trouvent que la société de consommation ne pose aucun problème. Ce n’est pas mon avis, mais ce que vous venez de lire n’est qu’un regard personnel.
Il y a d’autres regards...
Leur diversité et leur confrontation sont un service que rend ce livre. Car l’heure vient de réparer l’un des pires dégâts collatéraux de Mai : avoir pollué l’exercice du débat dans ce pays. L’esprit de 68 ajoute en effet à ses caractéristiques celle d’être futile et manichéen en même temps. Il brandit la dérision, mais il voit le monde en noir et blanc. Camp du Bien contre camp du Mal ! Dans ce climat, les nuances disparaissent et l’échange d’idées devient impossible : il n’y a que des imprécations, des anathèmes contre les horreurs ultimes et les abominables relents dont on affuble l’adversaire. Personne n’est plus en mesure d’analyser les données, de faire la part des choses. Quarante ans après 68 on est toujours dans cette ornière : quand le professeur Alain Badiou proclame, en chaire, que « Sarkozy est le nouveau nom du pétainisme » [18], c’est 1968 qui continue ; toujours la manie de l’exorcisme (« CRS - SS ») substitué au raisonnement... Et quand Jean-François Kahn fait rire tout le monde en 2007 avec cette entrée de son Abécédaire mal pensant [19]:
« – ‘‘Abject’’ : équivalent à ‘‘contestable’’ dans les livres de Bernard-Henri Lévy »…
…les lecteurs songent-ils que la démesure dans l’invective est un legs de Mai 68 ?
m
En 2006, je dînais dans une grande ville française avec le patron d’un quotidien régional et sa femme. Lui et moi avions presque le même âge. L’épouse était plus jeune. Après nous avoir écoutés évoquer le joli mois de mai, elle nous a coupé la parole :
– Au fond, la génération de 1968, vous emmerdez tout le monde depuis quarante ans ?
Nous lui avons répondu :
– C’est assez vrai.
En une époque de repentances, celle de notre génération n’a pas eu lieu et ne semble pas près de se faire.
Un psychanalyste télégénique déclare en octobre 2007 : « Je suis resté fidèle aux idéaux de 1968 ». Il explique : «J’avais 16 ans et j’ai vécu cette période comme une déflagration. La vie intime, qui jusque là était forclose, a jailli d’un coup dans la société… » Ce soixante-huitard impénitent a réussi dans l’existence (souligne Libération) : « Parisien aisé, entre un appartement dans le 3e arrondissement et des voyages en Inde avec ses enfants, il devient assez logiquement un pur bobo : ‘‘Au test du Nouvel Observateur, j’ai toutes les réponses positives, de la marque de café au lieu de vacances’’. »
Quelques jours après, Le Monde consacre une page entière à raconter le plus grand mariage de la saison. L’article s’intitule : « Carnet mondain de la nostalgie »… En effet le marié fut un héros de Mai, il est eurodéputé aujourd’hui et il a convié huit cents personnes à la noce : toute l’élite parisienne, tous anciens de 68 ! Entre autres un psychanalyste médiatique (un de plus), qui jubile et déclare à ses voisins de table : « Si on n’est pas invité ce soir, on n’existe pas socialement. »
Deux mois plus tard, un joaillier de la rue de la Paix annonce une « nouvelle collection seventies ». Sur sa pleine page de pub, on voit une top-model qui lève le poing avec un bracelet de platine et une bague de diamants ; sourcil froncé, oeil dur, lèvres ouvertes comme pour un cri, la créature mime une attitude de manifestante. Derrière elle on voit un ciel bleu, sur lequel se détache – en petites capitales couleur blanc-nuage – le slogan du magasin : « militant de l’impertinence ». Le folklore de Mai est devenu un argument de vente.
Oui, 68 a changé la vie.
Non, la repentance n’est pas dans l’air.
P.P.
3. Sorti en 2008.
5. La Nation française, 19 janvier 1966.
6. Comprendre le capitalisme (Le Nouvel Observateur hors-série, mai 2007).
7. Le Monde, 22 novembre 2002, à propos du livre de Michéa Impasse Adam Smith (Climats).
8. Ed Vulliamy, The Observer, 30 septembre 2007.
9. Douée pour récupérer ce qui la conteste, la rhétorique économique allait (plus tard) s’emparer de la formule « développement durable ». Mais où sont les réalisations concrètes ?
10. Gallimard 1999, 843 pages..
11. Boltanski, op.cit.
12. Josef Ratzinger, La mort et l’au-delà, Fayard 1994.
13. À la rencontre des personnes de la rue (« Aux captifs la libération »), de Jean-Guilhem Xerri, Nouvelle Cité 2007.
14. Manifeste de 1848.
15. novembre 2006.
16. Synode universel, octobre 2005.
17. Décembre 2007.
18. Dans son cours à l’ENS pendant la campagne présidentielle de 2007.
19. Plon, 2007.
19:19 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : mais 68, patrice de plunkett
12.02.2008
Manifeste pour un christianisme engagé (I)
Comme promis, nous commençons aujourd'hui le compte-rendu de l'ouvrage de Thibaut Dary: "Manifeste pour un christianisme engagé", paru en décembre 2007 aux Éditions Salvator. (En italique, les extraits tirés du livre)
C'est à partir du refrain de la chanson "On ira tous au paradis" de Michel Polnareff (1972) que Thibaut Dary nous introduit dans son manifeste. Aller tous au paradis...question centrale si il en est, et à propos de laquelle on pourra demander à Polnareff, et à son parolier J-L Dabadie, si ils disent vrai? "Qu'on soit béni ou qu'on soit maudit", irons-nous tous au paradis? Mais qui "on"? Vraiment tous? Voilà la question. Voilà l'inquiétude. Voilà l'enjeu. (p.6) Tous, cela semble peu sûr. A moins de remplir une condition.
Cette condition,pour l'auteur, est de répondre présent, rien de plus. Nous avons appris, et parfois même compris, que ce ne sont ni nos mérites ni nos efforts qui nous ont obtenu ce destin, mais la miséricorde du Très-Haut en son fils Jésus-Christ. Enflammés par l'amour de Dieu, nous attendons le jour de le voir enfin face-à-face. (p.6) Malgré la profonde sincérité de l'auteur, ainsi que le souffle de son propos, et quitte à paraître rabat-joie, il nous semble peu évident que tous aient accès au paradis pour avoir simplement accepter l'invitation. Il n'y aurait donc aucun autre effort à fournir que celui-là? Apparemment oui, puisque l'auteur de préciser: Et notre destin en ce monde, en somme, n'est pas de mériter ce qui nous a déjà été donné gratuitement, mais d'accepter cette faveur.(p.6) Et une fois accepté cette faveur? Il n'y aurait rien à faire d'autre? Est-ce uniquement parce que je suis chrétien que j'obtiens la garantie absolue de salut, et donc mon entrée dans le Royaume des Cieux? On nous permettra d'espérer que l'auteur précise sa pensée dans les pages à venir.
"On ira tous au paradis": mais est-ce que tous sont d'accord? Est-ce que tous sont intéressés par cette histoire d'amour entre Dieu et les hommes? Pas sûr. Sûr que non, même.(p.7) En effet, si ils en est qui soutiennent l'idée que tous nous serons sauvés, encore faut-il que tous soient intéressés. Mieux: il est des catholiques, théologiens, prêtres, laïcs ou autres, pour qui, intéressés ou pas, tous ils seront sauvés, sans avoir rien demandé, sans avoir manifesté, même au fond de leur coeur, la moindre once de volonté de croire en Jésus-Christ. Mais n'est-ce pas leur infliger un réel supplice que de les forcer à voir Dieu face-à-face? Ils n'ont pourtant rien demandés! On voudra bien noter que cette théologie du salut, marquée par un excès d'optimisme, le théologien Louis Bouyer en dénoncait déjà la fausseté en 1968. Extrait roboratif:
"On veut maintenant tirer de la révélation chrétienne elle-même une théologie du salut qui l'étende à tous les hommes, sans qu'ils aient plus besoin d'avoir foi en cette révélation, ni donc évidemment de la connaître. Les innombrables systèmes élaborés dans ce but depuis le début de ce siècle n'ont pas à être exposés ici. Disons seulement qu'ils se distinguent tous par le même byzantinisme, les mêmes manipulations arbitraires de toutes les notions traditionnelles, et finalement le même verbalisme qui caractérisait le seul type de théologie jugé pleinement orthodoxe à cette époque. Le sens ésotérique qu'on y arrive à donner à des expressions aussi transparentes que "désir du baptême" ou "appartenance à l'Eglise catholique" est tellement éloigné du sens naturel des mots que seul des gens longuement ployés à ce dernier genre de gymnastique intellectuelle pouvaient s'en accomoder. A tout autre, la lecture de ces spéculations fait un effet irrésistible de non-sens confinant à la pure bouffonnerie. Mais quand on s'est habitué à appeler le noir blanc et le blanc noir, tout cela paraît parfaitement naturel, et on s'étonne que les autres s'étonnent! [...] L'erreur fondamentale de ces théories du salut est qu'elles n'ont rien à faire avec le salut, au seul sens chrétien du mot. Elles supposent, au point de départ, un homme non chrétien déjà sauvé, et le considèrent comme l'homme normal. Mais s'il l'était, il n'y aurait jamais eu besoin du christianisme. 'Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pêcheurs', dit le Christ."
22:55 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Dary, manifeste, engagé, christianisme
04.02.2008
Manifeste pour un christianisme engagé
Thibaut Dary vient de publier un petit ouvrage au titre interpellant: "Manifeste pour un christianisme engagé". D'avance, ne le cherchez pas dans les grandes enseignes, encore moins dans les petites! Non pas que son contenu soit un tissu d'horreurs, de haine et de calomnies. Non. Disons juste qu'il est chrétien, et donc...intempestif! Car non seulement il va contre la pensée unique, mais il va aussi à contre-courant de nombres d'idées soutenues au sein même du catholicisme. Il se tire donc deux fois une balle dans le pied. Et le titre ne fait rien pour arranger l'affaire! Les mots "manifeste" et "engagé", à eux seuls, renvoient à une idée, de plus en plus insupportable en nos temps de pensée guimauve, de programme et d'engagement. N'a-t-il donc pas compris ce que lui demande la société de consommation? N'a-t-il donc pas entendu les appels pressants des chrétiens eux-mêmes à se fondre (voire se diluer) dans l'hyper-modernité? Apparemment non...et c'est tant mieux!
L'auteur, jeune père de quatre enfants, est diplômé de l'Institut d'Etudes politiques de Paris. Journaliste de profession, il est également chargé ecclésial dans le diocèse de Nanterre depuis 2001. Le but de son livre? "...réfléchir aux initatives à prendre pour que tous, chrétiens ou non, se retrouvent à la droite du Père à la fin des temps" (p.19) Bigre! Vaste programme que celui-là! Eh bien, ce sont ces initiatives que nous nous proposons de vous présenter sur ce blog, et ce au fur-et-à-mesure de notre lecture des onze chapitres qui composent ce manifeste. Nous émaillerons nos compte-rendus par divers extraits significatifs, afin de refléter au mieux l'esprit (le souffle même) qui anime le propos.
09:48 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
03.02.2008
Les mots du Christianisme. Catholicisme-Orthodoxie-Protestantisme
Il est des chrétiens qui se plaignent de ne pas toujours pouvoir répondre à diverses questions que leur adressent croyants et non-croyants, agnostiques, athées ou même chrétiens de tout poil. Soit ils ne possèdent pas une formation suffisante pour y répondre de façon efficace et convaincante, soit ils ont cette formation, mais leur foi, insuffisamment enrichie par la grâce, est tiède, rendant difficile leur assentiment, et donc leur profonde compréhension, aux vérités du catholicisme. Dans ce dernier cas, comme disait Saint Paul dans sa première lettre aux Corinthiens:
Quand j'aurais le don de prophétie, que je connaîtrais tous les mystères, et que je posséderais toute science; quand j'aurais même toute la foi, jusqu'à transporter des montagnes, si je n'ai pas la charité, je ne suis rien. (1Corinthiens 13)
Mais ne parlons pas ici de ce qui est au-delà de la raison, et restons-en au niveau de la raison humaine. Notre devise, au cercle, est que "Rien ne prédispose plus au conformisme que le manque de formation". Or, voici un ouvrage qui nous permettra de nous former et, ce faisant, de mieux connaître le catholicisme, du moins dans un premier temps, en attendant de le vivre pleinement.
L'ouvrage dont il s'agit a été rédigé par Mgr Dominique Le Tourneau, prêtre catholique, docteur en Droit canonique et chapelain de Sa Sainteté. Il s'intitule "Les mots du christianisme. Catholicisme-Orthodoxie-Protestantisme", et est paru aux éditions Fayard. Ce véritable dictionnaire de près de 800 pages aborde tous les sujets liés de près ou de loin au christianisme. En voici la présentation du quatrième de couverture:
De la terre promise à la parabole des talents, du bon larron et du bon Samaritain au fils prodigue, notre langage est pétri de références bibliques dont le sens originel échappe pour une bonne part à notre monde sécularisé. Cette perte des points de repère s’étend aussi à de larges pans de notre culture alors pourtant que les expositions de peinture ancienne, les musées, les concerts de musique sacrée et les édifices religieux connaissent une faveur croissante auprès du public. Savons-nous ce que désignent au juste des mots comme indulgence, dormition (de la Vierge), reliques, visitation, action de grâce, agneau pascal ou carême – sans parler d’ostensoir, de manipule, d’ambon, de pain bénit et de quantité d’autres choses qui ont fait le quotidien de nos aïeux ? Sommes-nous bien sûrs de savoir saisir tous les enjeux d’une pièce comme Polyeucte, de tableaux comme ceux de Botticelli, de Poussin ou de Rouault, des cantates de Bach, des messes de Messiaen, faute de maîtriser le vocabulaire et la « grammaire » du christianisme – à plus forte raison celui qui appartient à des univers peu familiers des Français : les chrétientés d’Orient, le monde protestant ?
Avec 7300 définitions de termes et de notions – certains répandus mais mal compris, d’autres un peu passés d’usage, d’autres franchement techniques –, ce foisonnant dictionnaire s’adresse à tous : aux chrétiens à la recherche d’enracinement tout autant qu’aux non-croyants désireux de connaître avec précision ce qui constitue le principal fondement de la civilisation européenne.
Exemple d'article avec le mot "Tétramorphe":
"n. m., du grec tetra, "quatre" et morfos, "forme". Symboles sous lesquels sont représentés les quatre évangélistes, d'après la vision d'Ézéchiel (1,5-14) et celle des quatre vivants de l'Apocalypse (4,6-7), interprétée par Saint Jérôme: Mathieu, sous forme d'un homme (car il commence son Évangile par une généalogie humaine de Jésus), Marc sous celle d'un lion (son Évangile parlant rapidement de Jean-Baptiste qui rugit comme un lion dans le désert), Luc d'un boeuf (pour son insistance sur le temple de Jérusalem, où les Juifs offraient des sacrifices), Jean d'un aigle (pour l'élévation de sa doctrine). -> Il ya là correspondance avec l'aspect de la personne du Christ souligné par chaque évangéliste, respectivement humanité, résurrection, sacerdoce et et divinité. Le tétramorphe est souvent présent dans les scènes du Christ en gloire. || ICON. Symboles des quatres évangélistes (Ravenne, VIe s.; Moissac, 1110-1115; Saint Bertrand de Comminges, XIIe s.); Le Christ en gloire dans le tétramorphe (G. Sutherland, 1903-1980)
En plus de la définition, l'auteur renvoie, quand c'est indiqué, vers des pièces majeures de l'iconographie (comme ici, le magnifique tétramorphe de Moissac), mais aussi de la littérature, de la musique ou encore les locutions courantes.
Vous l'aurez compris, cet ouvrage est bon pour votre culture générale, votre culture religieuse, mais également pour votre foi, car les définitions souvent claires et concises offrent une première base sur laquelle votre raison pourra bâtir afin de toujours mieux adhérer aux vérités du catholicisme...ce afin que nous ne soyons plus "un airain qui résonne ou une cymbale qui retentit." (1Corinthiens 13)
18:40 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
06.12.2007
Li latin sins dîre âmèn'
Qui connaît le Musée en Piconrue, à Bastogne? Sans doute pas grand monde, et c'est bien dommage! Ce musée, dont la création est déjà toute une histoire en soi, s'occupe de l'art religieux et des croyances populaires en Ardenne et Luxembourg, et même au-delà. Leurs expositions, et les ouvrages-catalogues qui les accompagnent, abordent des thèmes aussi divers que les saints de saison (quatre tomes magnifiques), les façons de naître autrefois, ou encore les pratiques populaires de guérison. Ces ouvrages sont un savant mélange de textes d'amateurs éclairés, de jeunes chercheurs, de folkloristes passionnés comme de professeurs universitaires.
Le dernier ouvrage paru est par contre le fait d'un seul auteur, Mr Maurice Gillet, qui traite ici d'un sujet passionnant: la récupération par la langue wallonne du latin ecclésiastique et ses mots savants, afin de "les détourner, les parodier, les réinterpréter à sa façon", le tout dans un esprit frondeur bien de chez nous! C'est donc tout "ce patrimoine guailleur de la piété populaire, dans ses expressions jubilatoires, ses travers truculents, ses dérives, railleries, calembours et caricatures" qu'il nous propose de (re)découvrir, le tout agrémenté de scènes paysannes du peintre André Bosmans et de dessins de Christine Sepulchre.
Sortie prévue le 21 décembre 2007.
A découvrir sur le site du Musée en Piconrue:
11:45 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


