16.05.2007
Présentation du Cercle Gustave Thibon
A l’occasion de la conférence « Benoît XVI et le recentrage du dialogue interreligieux »
donnée par l’Abbé Claude Barthe à l’Université de Liège le 26 mars 2007.
Présentation du nouveau cercle universitaire : Cercle Gustave Thibon
(Union royale des Etudiants catholiques de Liège)
Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, bonsoir,
J’aimerais présenter en quelques mots notre cercle puisqu’il s’agit ici de la première conférence que nous organisons. Avec deux amis, Jean et Jean-Marc, nous exprimions depuis un certain temps déjà, au fil de nos discussions, le regret qu’il n’existât pas au sein même des murs de l’Université, un cercle dynamique susceptible de reprendre l’organisation de conférences à thème catholique jadis mises sur pied par l’Union Royale des Etudiants Catholiques Liégeois. Après quelques hésitations, nous avons finalement repris contact avec les membres du conseil d’administration de l’A.S.B.L. Union qui nous ont aimablement soutenu lorsque nous leur avons soumis notre proposition de recréer à l’Université un cycle de deux ou trois conférences l’année.
Lors de notre première rencontre avec eux, les anecdotes concernant les anciennes conférences de l’Union ont tout naturellement refleuri. Je ne résiste d’ailleurs pas à l’envie de vous en conter une brièvement. A l’époque, dans les années cinquante, un philosophe catholique français, tout droit venu de son Ardèche natale, était venu parler à Liège de la « guerre » et des questions philosophiques entourant ce grave sujet. Mais par un malheureux concours de circonstances, suite à une correspondance préalable un peu trop brève entre les membres de l’Union et notre conférencier où il avait été bien convenu d’une date, le thème même de la conférence prévue n’avait été écrit par le conférencier que d’une écriture assez leste, une écriture de philosophe habitué à prendre des notes avec rapidité. Conséquence, toutes les affiches de l’Union avaient annoncé à l’époque que Monsieur Gustave THIBON, philosophe français, viendrait parler à Liège de la « femme » et non de la « guerre ». Gustave Thibon, arrivé à Liège, ne découvrit l’erreur que quelques heures avant son intervention, il était donc trop tard pour pondre un autre texte et il allait donc parler de la guerre à un public venu l’écouter discourir sur le genre féminin. La conférence, malgré cet accroc, récolta un franc succès et l’entrée en matière de Gustave Thibon eût tôt fait de dissiper le « couac » du thème annoncé par une pirouette stylistique dont il avait le secret. Je vous laisse libre d’imaginer comment Thibon, habitué des bons mots, avait réussi à opérer la transition de la femme… à la guerre.
Au-delà de cette anecdote qui eut le mérite de rappeler Gustave Thibon à notre mémoire, nous avons choisi de placer notre cercle sous le patronage de ce grand philosophe catholique pour un tas de raisons, nous n’en évoquerons que quelques-unes ici. Gustave Thibon, par le fait même de son être et de son œuvre (on peut citer les ouvrages : Retour au réel – Ce que Dieu a uni – Notre regard qui manque à la lumière – L’équilibre et l’harmonie) a été aux yeux de nombreux commentateurs, et sans qu’il y eut derrière cela aucune volonté sous-jacente de sa part, le philosophe du XXe siècle qui a le mieux récapitulé le christianisme et ses deux mille ans d’histoire ; un christianisme d’abord marqué à l’origine par les idées grecques et romaines. Gustave Thibon n’avait-il pas appris en autodidacte, après que son père lui en eût transmis le goût, la langue d’Homère et celle de Virgile ? Si l’on en croit ceux qui l’ont connu, il avait d’ailleurs coutume de dialoguer intérieurement en latin dans quelque petit chemin creux de Provence avec Marc-Aurèle et Sénèque. Les apports nombreux de la philosophie antique au christianisme n’avaient naturellement pas échappé à l’antiquisant Thibon. Rappelons au passage, pour faire un lien avec l’intitulé de notre conférence d’aujourd’hui, que ces apports gréco-romains ont été magnifiquement mis en lumière par le pape dans son discours à Ratisbonne de septembre 2006 et c’est cela, bien plus à notre avis que le passage controversé sur l’Islam, qui constituait le point d’orgue de la leçon papale. Outre sa réflexion sur l’âge d’or du catholicisme médiéval, Gustave Thibon est aussi fils de son temps : il récapitule ainsi fort justement la confrontation de la pensée chrétienne avec la science moderne et la MODERNITE au sens large du terme, un aspect qui occupe une place importante dans son œuvre. Sans vouloir verser dans un passéisme stérile et antiscientifique, à l’heure du grand débat de société actuel touchant à l’impact de l’Homme sur son environnement, nous pensons que les réflexions d’un Gustave Thibon, dans la même veine que celles d’un Jacques Ellul, philosophe protestant, sur les conséquences négatives du tout TECHNOLOGIQUE et du tout SCIENTIFIQUE, sont particulièrement riches d’enseignement pour nos contemporains. Ce thème de la confrontation entre tradition chrétienne et science moderne n’est-il pas d’ailleurs un de ceux qui préoccupe aujourd’hui le plus les chrétiens, et surtout les jeunes chrétiens que nous sommes ? Combien de fois n’ai-je pas entendu de la part de mon entourage cette interpellation : « Comment peut-on encore être croyant aujourd’hui, à l’heure des fusées à réaction et d’internet ? » Gustave Thibon apporte des réponses à cette interrogation légitime. Voilà déjà quelques bons arguments qui prédisposaient bien ce philosophe à patronner un cercle de réflexion universitaire.
Nous confessons enfin qu’un des aspects les plus séduisants du personnage, mais cela n’engage que les membres de notre cercle, est son humilité. Issu du monde rural – son père était un paysan modeste et noble qui, dit-on, cultivait à la fois la terre, la poésie et le latin ; il avait transmis à son fils Gustave, son goût des belles lettres en lui faisant réciter dès l’âge de sept ans des poèmes de Leconte de Lisle et Hérédia ou de Mistral et Aubanel – Gustave Thibon n’a jamais couru après les honneurs d’une carrière universitaire ou l’éclat des projecteurs. Depuis sa demeure familiale de Saint-Marcel, c’était plutôt lui qui éclairait la France et l’Europe chrétienne par un regard détaché et lumineux sur la réalité du monde, ce qui lui valut en 2000 le grand prix de philosophie de l’Académie française. L’idée matricielle qui unifie son œuvre est l'idée du « retour au réel ». Sa pensée est en effet une pensée incarnée : sagesse terrienne du « philosophe paysan » attentif aux choses, à l’opposé des philosophies abstraites et des utopies ; pensée chrétienne qui se soumet humblement au créé. Toutefois, si sa philosophie du bon sens s’appuyait sur les choses, c’était pour mieux les dépasser et s’ouvrir ainsi au divin.
Gustave Thibon était spécialisé dans les aphorismes, il ne nous a donc pas été trop difficile de trouver parmi les nombreuses « vérités » qu’il avait couchées sur le papier, une devise pour notre cercle. Si à l’âge de vingt-trois ans, Gustave Thibon avait choisi, après avoir couru l’aventure pendant quelques années, de revenir au mas familial qu’il ne quittera désormais que rarement, c’était pour satisfaire un appétit de connaissance insatiable tant il était pénétré de l’idée que – et ce sera le mot d’ordre de notre cercle – « Rien ne prédispose plus au conformisme que le manque de formation ». C’est essentiellement guidés par cette devise que nous avons choisi, pour un thème aussi complexe que le dialogue interreligieux, de faire venir ce soir un spécialiste de la question, Monsieur l’Abbé Barthe. Sa parfaite capacité à naviguer dans le labyrinthe des textes conciliaires et son analyse pointue des encycliques relatives d’une part à l’œcuménisme, c’est-à-dire le dialogue du Catholicisme principalement avec les Orthodoxes et les Protestants, relatives d’autre part au dialogue du Catholicisme avec les autres religions (Judaïsme, Islam), prédestinait à nos yeux l’Abbé Barthe à venir exposer puis débattre avec nous des conditions d’un dialogue œcuménique et interreligieux authentiques.
La prochaine conférence du Cercle Gustave Thibon aura lieu fin octobre, un peu après la rentrée académique. Le conférencier sera Monsieur Herve Pasqua , directeur de l’Institut Universitaire Catholique de Rennes, qui viendra nous parler de Gustave Thibon qu’il a bien connu, autour du thème de « la Technique et la Grâce ». Nous songeons avant cette date réunir les membres du cercle au cours d’une ou deux rencontres pour débattre de thèmes catholiques. Nous envisageons aussi l’organisation d’une messe de rentrée du cercle à l’Eglise du Saint-Sacrement. J’invite évidemment tous les étudiants ou anciens étudiants intéressés qui souhaitent intégrer le cercle à se faire connaître.
Contact : cerclegustavethibon@skynet.be
11:35 Publié dans Qui sommes-nous ? | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Cercle Gustave Thibon ; Liège