19.05.2008

Pourquoi nous sommes contre la reconnaissance des unions homosexuelles

Cette journée de lutte contre l'homophobie est en fait une journée de revendications du lobby gay. Si vous vous opposez à ces revendication ("mariage homosexuel", "homoparentalité", etc.), vous êtes homophobes : CQFD. Fidèles à l'enseignement de l'Eglise catholique, si nous ne rejettons pas les personnes homosexuelles, nous rejetons la reconnaissance juridique (Pacs, "mariage"...) des unions homosexuelles. Pour ces raisons :

"Selon l'ordre relatif à la droite raison

[...] Les législations favorables aux unions homosexuelles sont contraires à la droite raison car elles confèrent des garanties juridiques, analogues à celles de l'institution matrimoniale, à l'union entre deux personnes du même sexe. Étant donné les valeurs en jeu, l'État ne peut légaliser ces unions sans manquer au devoir de promouvoir et de protéger le mariage, institution essentielle au bien commun.

On peut demander comment peut être contraire au bien commun une loi qui n'impose aucun comportement particulier, mais qui s'en tient à rendre légale une réalité de fait qui apparemment ne semble comporter aucune injustice envers personne. À ce propos, il convient de réfléchir d'abord à la différence qui existe entre le comportement homosexuel comme fait privé, et le même comportement comme relation sociale prévue et approuvée par la loi, au point de devenir une des institutions du système juridique. Non seulement le second phénomène est plus grave, mais il revêt une portée beaucoup plus vaste et plus profonde, et il finirait par entraîner un changement de l'organisation sociale tout entière, qui deviendrait contraire au bien commun. Les lois civiles sont des principes structurants de la vie de l'homme au sein de la société, pour le bien ou pour le mal. Elles «jouent un rôle de grande importance et parfois déterminant dans la formation des mentalités et des habitudes». [...] La légalisation des unions homosexuelles aurait donc comme résultat l'obscurcissement de la perception de certaines valeurs morales fondamentales et la dévaluation de l'institution matrimoniale.

Selon l'ordre biologique et anthropologique

Dans les unions homosexuelles, sont complètement absents les éléments biologiques et anthropologiques du mariage et de la famille qui pourraient fonder raisonnablement leur reconnaissance juridique. Ces unions ne sont pas en mesure d'assurer, de manière adéquate, la procréation et la survivance de l'espèce humaine. L'éventuel recours aux moyens mis à leur disposition par les découvertes récentes dans le champ de la fécondation artificielle impliquerait de graves manquements au respect de la dignité humaine et ne changerait rien à cette inadéquation. Dans les unions homosexuelles, est absente aussi la dimension conjugale, par laquelle les relations sexuelles prennent une forme humaine et ordonnée [...].

Comme le montre l'expérience, l'absence de la bipolarité sexuelle crée des obstacles à la croissance normale des enfants, éventuellement insérés au sein de ces unions, auxquels manque l'expérience de la maternité ou de la paternité. Insérer des enfants dans les unions homosexuelles au moyen de l'adoption signifie en fait leur faire violence, en ce sens qu'on profite de leur état de faiblesse pour les placer dans des milieux qui ne favorisent pas leur plein développement humain. [...].

Selon l'ordre social

La société doit sa survivance à la famille fondée sur le mariage. La conséquence inévitable de la reconnaissance juridique des unions homosexuelles est la redéfinition du mariage tel qu'il est reconnu légalement dans son essence. Celui-ci devient une institution qui perd sa référence légale essentielle par rapport aux facteurs liés à l'hétérosexualité, comme par exemple le devoir de procréation et d'éducation. Si, du point de vue juridique, le mariage entre deux personnes de sexe différent était considéré seulement comme une des formes de mariage possible, l'idée de mariage subirait un changement radical, et ce, au détriment grave du bien commun. En mettant sur un plan analogue l'union homosexuelle, le mariage ou la famille, l'État agit arbitrairement et entre en contradiction avec ses propres devoirs.

On ne peut invoquer non plus en faveur de la légalisation des unions homosexuelles le principe du respect de la non-discrimination de toute personne. En effet, la distinction entre personnes, la négation d'une reconnaissance ou d'une prestation sociale sont inacceptables seulement si elles sont contraires à la justice. [...] Même en un sens analogique lointain, les unions homosexuelles ne remplissent pas les tâches pour lesquelles le mariage et la famille méritent une reconnaissance spécifique et qualifiée. [...]

Selon l'ordre juridique

Le droit civil confère aux couples mariés une reconnaissance institutionnelle parce qu'ils remplissent le rôle de garantir la suite des générations et sont donc d'un intérêt public majeur. Par contre, les unions homosexuelles n'exigent pas une attention spéciale de la part du système juridique car elles ne jouent pas ce rôle en faveur du bien commun. L'argumentation selon laquelle la reconnaissance juridique des unions homosexuelles serait nécessaire pour éviter que des homosexuels vivant sous le même toit ne perdent, par le simple fait de leur vie ensemble, la reconnaissance effective des droits communs qu'ils ont en tant que personnes et en tant que citoyens, n'est pas vraie. En réalité, ils peuvent toujours recourir – comme tous les citoyens et sur la base de leur autonomie privée – au droit commun pour régler les questions juridiques d'intérêt réciproque."

"Le respect envers les personnes homosexuelles ne peut en aucune façon conduire à l'approbation du comportement homosexuel ou à la reconnaissance juridique des unions homosexuelles".

 

Source : Le Salon Beige

17.05.2008

Le matérialisme pratique du monde moderne

Nous disions que le « pragmatisme » représente l'aboutissement de toute la philosophie moderne et son dernier degré d'abaissement; mais il y a aussi, et depuis plus longtemps, en dehors de la philosophie, un « pragmatisme » diffus et non systématisé, qui est à l'autre ce que le matérialisme pratique est au matérialisme théorique, et qui se confond avec ce que le vulgaire appelle le « bon sens ». Cet utilitarisme presque instinctif est d'ailleurs inséparable de la tendance matérialiste. Le « bon sens » consiste à ne pas dépasser l'horizon terrestre, aussi bien qu'à ne pas s'occuper de tout ce qui n'a pas d'intérêt pratique immédiat; c'est pour lui surtout que le monde sensible seul est « réel », et qu'il n'y a pas de connaissance qui ne vienne des sens; pour lui aussi, cette connaissance restreinte ne vaut que dans la mesure où elle permet de donner satisfaction à des besoins matériels, et parfois à un certain sentimentalisme, car, il faut le dire nettement au risque de choquer le « moralisme » contemporain, le sentiment est en réalité tout près de la matière. Dans tout cela, il ne reste aucune place à l'intelligence, sinon en tant qu'elle consent à s'asservir à la réalisation de fins pratiques, à n'être plus qu'un simple instrument soumis aux exigences de la partie inférieure et corporelle de l'individu humain, ou, suivant une singulière expression de Bergson, « un outil à faire des outils »; ce qui fait le « pragmatisme » sous toutes ses formes, c'est l'indifférence totale à l'égard de la vérité.

1323697559.jpgDans ces conditions, l'industrie n'est plus seulement une application de la science, application dont celle-ci devrait, en elle-même, être totalement indépendante ; elle en devient comme la raison d'être et la justification, de sorte que, ici encore, les rapports normaux se trouvent renversés. Ce à quoi le monde moderne a appliqué toutes ses forces, même quand il a prétendu faire de la science à sa façon, ce n'est en réalité rien d'autre que le développement de l'industrie et du « machinisme » ; et, en voulant ainsi dominer la matière et la ployer à leur usage, les hommes n'ont réussi qu'à s'en faire les esclaves, comme nous le disions au début : non seulement ils ont borné leurs ambitions intellectuelles, s'il est encore permis de se servir de ce mot en pareil cas, à inventer et à construire des machines, mais ils ont fini par devenir véritablement machines eux-mêmes. En effet, la « spécialisation », si vantée par certains sociologues sous le nom de « division du travail », ne s'est pas imposée seulement aux savants, mais aussi aux techniciens et même aux ouvriers, et, pour ces derniers, tout travail intelligent est par-là rendu impossible; bien différents des artisans d'autrefois, ils ne sont plus que les serviteurs des machines, ils font pour ainsi dire corps avec elles ; ils doivent répéter sans cesse, d'une façon toute mécanique, certains mouvements déterminés, toujours les mêmes, et toujours accomplis de la même façon, afin d'éviter la moindre perte de temps ; ainsi le veulent du moins les méthodes américaines qui sont regardées comme représentant le plus haut degré du «progrès ». En effet, il s'agit uniquement de produire le plus possible; on se soucie peu de la qualité, c'est la quantité seule qui importe; nous revenons une fois de plus à la même constatation que nous avons déjà faite en d'autres domaines.

La civilisation moderne est vraiment ce qu'on peut appeler une civilisation quantitative, ce qui n'est qu'une autre façon de dire qu'elle est une civilisation matérielle. Si l'on veut se convaincre encore davantage de cette vérité, on n'a qu'à voir le rôle immense que jouent aujourd'hui, dans l'existence des peuples comme dans celle des individus, les éléments d'ordre économique : industrie, commerce, finances, il semble qu'il n'y ait que cela qui compte, ce qui s'accorde avec le fait déjà signalé que la seule distinction sociale qui ait subsisté est celle qui se fonde sur la richesse matérielle. Il semble que le pouvoir financier domine toute politique, que la concurrence commerciale exerce une influence prépondérante sur les relations entre les peuples; peut-être n’est-ce là qu'une apparence, et ces choses sont elles ici moins de véritables causes que de simples moyens d'action; mais le choix de tels moyens indique bien le caractère de l'époque à laquelle ils conviennent. D'ailleurs, nos contemporains sont persuadés que les circonstances économiques sont à peu près les uniques facteurs des événements historiques, et ils s'imaginent même qu'il en a toujours été ainsi; on est allé en ce sens jusqu'à inventer une théorie qui veut tout expliquer par là exclusivement, et qui a reçu l'appellation significative de « matérialisme historique ». On peut voir là encore l'effet d'une de ces suggestions auxquelles nous faisions allusion plus haut, suggestions qui agissent d'autant mieux qu'elles correspondent aux tendances de la mentalité générale ; et l'effet de cette suggestion est que les moyens économiques finissent par déterminer réellement presque tout ce qui se produit dans le domaine social. Sans doute, la masse a toujours été menée d'une façon ou d'une autre, et l'on pourrait dire que son rôle historique consiste surtout à se laisser mener, parce qu'elle ne représente qu'un élément passif, une « matière » au sens aristotélicien; mais aujourd'hui il suffit, pour la mener, de disposer de moyens purement matériels, cette fois au sens ordinaire du mot, ce qui montre bien le degré d'abaissement de notre époque; et, en même temps, on fait croire à cette masse qu'elle n'est pas menée, qu'elle agit spontanément et qu'elle se gouverne elle-même, et le fait qu'elle le croie permet d'entrevoir jusqu'où peut aller son inintelligence.

René GUENON, La crise du monde moderne.

Photogramme extrait de Metropolis, Fritz LANG, 1927

09.05.2008

Pour comprendre mai 68

" Mais en fait, on ne peut rien comprendre à ce qui s’est passé en Mai 68 si l’on ne réalise pas qu’à l’occasion de ces journées deux types d’aspirations totalement différentes se sont exprimés. A l’origine mouvement de révolte contre l’autoritarisme politique, Mai 68 fut d’abord, indéniablement, une protestation contre la politique-spectacle et le règne de la marchandise, un retour à l’esprit de la Commune, une mise en accusation radicale des valeurs bourgeoises. Cet aspect n’était pas antipathique, même s’il s’y mêlait beaucoup de références obsolètes et de naïveté juvénile.

La grande erreur a été de croire que c’est en s’attaquant aux valeurs traditionnelles qu’on pourrait le mieux lutter contre la logique du capital. C’était ne pas voir que ces valeurs, de même que ce qu’il restait encore de structures sociales organiques, constituaient le dernier obstacle à l’épanouissement planétaire de cette logique. Le sociologue Jacques Julliard a fait à ce propos une observation très juste lorsqu’il a écrit que les militants de Mai 68, quand ils dénonçaient les valeurs traditionnelles, « ne se sont pas avisés que ces valeurs (honneur, solidarité, héroïsme) étaient, aux étiquettes près, les mêmes que celles du socialisme, et qu’en les supprimant, ils ouvraient la voie au triomphe des valeurs bourgeoises : individualisme, calcul rationnel, efficacité ».

Mais il y eut aussi un autre Mai 68, d’inspiration strictement hédoniste et individualiste. Loin d’exalter une discipline révolutionnaire, ses partisans voulaient avant tout « interdire d’interdire » et « jouir sans entraves ». Or, ils ont très vite réalisé que ce n’est pas en faisant la révolution ni en se mettant « au service du peuple » qu’ils allaient satisfaire ces désirs. Ils ont au contraire rapidement compris que ceux-ci seraient plus sûrement satisfaits dans une société libérale permissive. Ils se sont donc tout naturellement rallié au capitalisme libéral, ce qui n’est pas allé, pour nombre d’entre eux, sans avantages matériels et financiers."

A. de Benoist 

 

05.05.2008

Mai 68...autre chose qu'une révolution de l'ego ?

Une initiative réalisée en collaboration avec le Service de Philosophie morale et politique de l'Université de Liège semble indiquer que l'"esprit de mai 68" a encore de beaux jours devant lui. Selon le communiqué de presse du comité organisateur du week-end "Actualités de Mai 68", l'initiative annoncée entend bouleverser les idées reçues  sur le joli mois de mai. Pour notre part, nous pensons que ce communiqué ne fait que confirmer l'analyse réalisée par P. de Plunkett et que nous avons publiée dans le précédent message posté sur ce blog. Nous reproduisons ci-dessous le communiqué de presse en soulignant les passages du texte qui prouvent amplement que, quoi que l'on fasse, on ne peut sortir des clichés de Mai 68. Nous commentons ensuite notre choix sans concessions ni langue de bois afin de susciter le débat d'idées. Libre à nos détracteurs de venir s'exprimer sur ce blog s'ils l'estiment nécessaire.

" Les 30, 31 mai et 1er juin, à l'Université de Liège et à Périple en la Demeure (à Limerlé, près de Gouvy dans les Ardennes), le monde universitaire et le monde associatif se rencontrent pour un week-end autour de Mai 68. Entre conférences-débats, tables rondes, expositions, projections, discussions, concerts, spectacles, le week-end « Actualités de Mai 68 » vise à montrer ce que fut Mai 68 en réalité, au-delà des idées reçues. Il est ouvert à tous, quels que soient l'âge et le diplôme.

Présentation :

Le week-end « Actualités de Mai 68 » veut être avant tout une entreprise de démystification de deux clichés qui circulent actuellement sur les pratiques et les pensées issues de Mai 68. Mai 68 aurait été une destruction des règles, une suppression de l’ordre, une abolition des institutions conduites par une glorification du désir délié de toute norme, en vue d'une pure et simple libération de l'individu. On tiendrait là le ferment du néo-libéralisme consumériste qui nous est contemporain. D'autre part, Mai 68 serait réductible, in fine, à une révolte minime de la bourgeoisie étudiante parisienne, révolte qui aurait donné un peu d'air à une société trop ordonnée, hiérarchisée, renfermée.

À rebours de ces clichés, nous soutenons au contraire que les mouvements de Mai 68 ont fait l'expérience de formes de vie qui, si elles voulaient en finir avec les rapports hiérarchisés d'autorité et de domination, n'en proposaient pas moins la création de rapports sociaux et inter-individuels dont la règle est l'égalité. Nous affirmons d'autre part que Mai 68 ne saurait être réduit à une révolte étudiante parisienne et que, comme tout événement social et politique, il s'inscrit dans une histoire, et surtout dans un contexte international (guerre du Vietnam, révolution culturelle chinoise, émeutes raciales aux Etats-Unis, etc.) qui en détermine les significations et qu'il contribue en retour à transformer. En ce sens, loin de rompre avec les idéaux d’émancipation cosmopolite et de marquer la naissance du relativisme et de l’individualisme, Mai 68 en serait à l'inverse une réactivation originale, à la fois pratique et théorique.

C'est à partir de là que Mai 68 cesse d'être le simple souvenir d'une révolution idéale, donnant lieu à de grand-messes commémoratives. Comprendre ce qui s'est passé et ce qui s'est pensé en Mai 68 est la condition pour que, aujourd'hui, Mai 68 vive encore et se renouvelle : pour que Mai 68 continue de transformer notre monde. Voilà pourquoi nous tenons à ce que le week-end organisé à l'ULg et à Périple en la Demeure soit ouvert à tous ceux qui, dans leurs luttes et leurs pratiques d'aujourd'hui, maintiennent vivants et actualisent l'esprit et la force critiques des mouvements de Mai.

Programme résumé :

Vendredi à l'Université de Liège, de 10h00 à 17h00 : Les pensées 68 ou l'universalité en question

Vendredi soir à Périple en la Demeure, dès 20h00 : Autour du Front Populaire

Samedi matin à Périple en la Demeure, de 10h00 à 12h30 : Etudiants et intellectuels – entre 68 et 2008

Samedi après-midi à Périple en la Demeure, de 14h00 à 19h30 : Le 68 ouvrier

Samedi soir à Périple en la Demeure, dès 20h00 : Musique et littérature

Dimanche à Périple en la Demeure, de 9h00 à 19h00 : 68-2008 : un mouvement international "

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Nos commentaires personnels : 

Le terme "formes de vie" est admirablement bien choisi. En effet, voilà bien l'expression la plus aboutie du relativisme de l'idéologie soixante-huitarde : considérer que la vie n'a pas d'essence, de règles et de caractères permanents. Les "formes de vie" sont à réinventer continuellement et perpétuellement. Malgré les déclarations de bonnes intentions de l'initiative universitaire désirant dépasser le cliché "relativiste", plusieurs passages du communiqué indiquent clairement que ce relativisme est toujours revendiqué avec force par les néo soixante-huitards liégeois. Il faut que l'énergie de Mai 68 continue de "transformer le monde" dans les "luttes" et les "pratiques" d'aujourd'hui. La révolution doit être permanente sur le plan politique comme sur le plan individuel et l'égalité est un combat de tous les instants disait Trotsky, une des figures de référence de nombreux leaders étudiants de l'époque.

Les rapports sociaux "hiérarchisés" sont associés aux rapports de "domination". Effectivement, selon l'idéologie soixante-huitarde, notamment dans le domaine de la pédagogie, la transmission du savoir du "maître" vers le "disciple" n'est pas considérée comme une pratique éducative fondamentalement sage et naturelle. Que du contraire, le maître, malgré toute son expérience, n'a aucune prééminence sur son disciple, qui a autant de "richesses" à apporter à son instructeur que lui-même peut lui en apporter. Et si le Professeur, du haut de sa chaire, continue à considérer l'étudiant comme un individu à élever progressivement au rang de ses pairs professeurs, cela signifie indubitablement, aux yeux des héritiers de mai 68, que le maître exerce alors envers son disciple un rapport insupportable de domination. Ce rapport de domination doit donc être transformé en un rapport "inter-individuel dont la règle est l'égalité". Cette analyse est typique de l'utopie qui caractérise l'idéologie de 68, utopie allant jusqu'à nier le réel le plus basique. De par cette négation du réel, la concrétisation de l'idéologie soixante-huitarde ne peut d'ailleurs s'accompagner que d'une hypocrise gigantesque puisque le Professeur, acquis à cette néo-pédagogie, tentera de faire croire à son étudiant qu'il est son égal tandis que la réalité viendra continuellement démentir ce présupposé posé de façon purement arbitraire. La collaboration réciproque censée exister entre le Professeur et l'étudiant ne sera en défintive qu'une forme de manipulation déguisée, ce que les étudiants intelligents sont d'ailleurs loin d'ignorer dans les écoles. Cette lutte de Don Quichotte contre le réel, par essence "créateur d'inégalité", permet finalement d'expliquer assez bien ce besoin consubstantiel à l'idéologie néo-soixante-huitarde de vouloir continuellement  transformer le monde imparfait : nous assistons tout simplement aujourd'hui encore aux circonvolutions effrénées d'aventuriers à la recherche de la Sainte Egalité qui n'existe pas et à laquelle le bon peuple lui-même ne croit pas.

Nous pensons pour notre part avec Nietzche que l'égalité n'est rien d'autre qu'un concept abstrait revendiqué par ceux qui désirent que leur ego et leur soif d'exister socialement soient érigés en dogmes absolus. Plutôt que de chercher à se dépasser perpétuellement pour acquérir un degré supérieur d'être ("Le Surhomme"), le "dernier homme" préfère contourner l'obstacle et poser dès le départ que tout est égal à tout. Nous ne voyons sincèrement pas en quoi nous sortons ici des clichés relativistes et individualistes de la mythologie soixante-huitarde. Au contraire, l'égalité érigée en tant que nouveau principe dirigeant la société vient pour ainsi dire consacrer le triomphe de l'individualisme. Selon cette idéologie, chaque individu en vaut un autre et la pierre que chacun apporte à l'édifice sociétal est strictement identique en valeur absolue. Le problème étant que, s'il n'existe que des ouvriers égaux pour construire l'onirique édifice de la société à venir, le futur bâtiment risque bien de s'écrouler un jour ou l'autre faute d'architecte et de chef de chantier. Mais sans doute l'asbl "Périple en la demeure" a-t-elle prévu de faire précéder ici le travail des ouvriers d'UTOPIA par l'activité neuronale de l'avant-garde du Prolétariat qui se réunira lors des rencontres intellectuelles annoncées à Liège et à Limerlé pour fin mai ?

Enfin nous ne voyons décidemment pas en quoi le fait de ne pas rompre avec les idéaux "d'émancipation cosmopolite" serait un élément se démarquant de l'imagerie fantasmée de mai 68. Les luttes des années 60 et 70 contre les effets désastreux de l'ultralibéralisme ou de l'impérialisme américain permettaient effectivement de rompre avec certaines habitudes de la société bourgeoise et nous ne remettons pas en cause le caractère juste de certaines de ces luttes, au-delà des récupérations politiques qu'elles ont pu susciter. Mais en l'occurence, l'utilisation dans le communiqué des termes "émancipation cosmopolite" indique clairement ici que cette lutte ne se résume pas seulement au combat contre les dérives de la société marchande, société que le Cercle Gustave Thibon dénonce pour sa part avec virulence lors de ses conférences. A nouveau, l'idéal trotskyste d'une révolution mondiale destructrice des frontières et des identités traditionnelles semble ici clairement envisagé. A cela, il suffira d'opposer le témoignage d'un habitant de Katmandou interrogé récemment à la télévision sur les effets de l'"émancipation cosmopolite" tant prônée à l'époque par les Hippies auprès des jeunes Népalais : "Ce fut une catastrophe, nos jeunes ont été contaminés par leur comportement, ils ne respectaient plus les coutumes ancestrales, ne voulaient plus travailler et passaient leur temps à palabrer dans les rues, à se droguer ou à courir les filles sans songer à fonder une famille stable et durable. Beaucoup de jeunes Népalais rêvaient aussi de partir en Occident pour découvrir la société européenne. Nous en avons beaucoup souffert." Et le journaliste de demander benoitement : "Comment avez-vous réagi alors ?" Réponse : "Nous avons chassé les Hippies et tout est plus ou moins rentré dans l'ordre"...Gageons qu'il sera plus difficile de faire de même en Europe puisque ce sont les mêmes Hippies revenus de Katmandou qui sont désormais aux commandes tandis que leurs fils spirituels peuplent désormais nos universités.

 

 

28.04.2008

Les anciens combattants de l'amour conjugal

920043023.jpgChaque jour, ils arrivent à la même heure. Très exactement. Ils avancent dans l'allée du parc de cette démarche lente et hésitante que les rhumatismes ont rendu douloureuse, lui appuyé sur sa canne, presque plié en deux, elle tenant son bras, le soutenant tout en lui permettant de croire qu'elle s'appuie sur lui. Leurs pas infimes et la maigreur étique de leurs jambes hésitantes les font ressembler à deux grands oiseaux aux ailes fatiguées avançant avec prudence sur un lac gelé.

Arrivés à leur banc, ils s'y installent en silence et passent plusieurs minutes, sans dire un mot, à observer le passage des chalands. Et celui qui, chaque samedi depuis des années, vient lire sur le banc vert à la peinture écaillée en face du leur a pu faire l'amer constat du changement de coloration du regard porté par ces deux vétérans d'une civilisation subclaquante sur la jeunesse défilant devant eux. D'abord emplis de cette tendresse couronnée d'une pointe de jalousie qui est l'instinct naturel des têtes chenues se penchant sur leurs successeurs, leurs yeux se sont peu à peu voilés d'incompréhension puis d'inquiétude et enfin de lourde tristesse. Les couples du même sexe se tenant par la main, les crachats par terre, les furies hurlant dans leurs téléphones portables, les strings apparents, les hurlements insanes et les vociférations insultantes remplaçant toute communication entre adolescents ont peu à peu eu raison du timide sourire de bonté qui soutenait jadis leur regard.

Après ces quelques minutes de scrutation résignée, le vieil homme sort un journal de la poche intérieure de son lourd manteau sombre, le déploie et en entame la lecture à voix basse à l'attention de son épouse. Celle-ci ferme légèrement les paupières et hoche la tête au rythme des mots lus. Parfois, elle laisse échapper un petit rire saccadé ou un long soupir de réprobation selon la nature des commentaires, toujours véhéments, de son homme.

Une fois la lecture achevée, la vieille dame pose un long baiser sur la joue de son mari qui feint d'en être embarrassé mais pose discrètement sa longue main osseuse d'où jaillissent d'impressionnantes veines mauves sur celle, toute petite et incroyabelement ridée, de sa compagne.

Il y a tant de douceur et de simple félicité dans cet instant qu'on ne peut l'observer sans sentir sa gorge se nouer étrangement, surtout lorsqu'on est un enfant de la génération Meetic, du couple jetable, de la fidélité relative, de la fornication sordide conçue comme un loisir parmi d'autres et des serments sacrifiés sur l'autel de l'égoïsme hédoniste.

Eux sont les anciens combattants de l'amour conjugal, de cet amour humble et apaisé qui affronte le temps soutenu par la force incroyable et la puissante sérénité d'une certitude, celle de leurs valeurs  partagées et de leur devoir sanctifié par l'église. Ils sont l'un de ces couples qui ne sont pas terrorisés lorsque la passion se mue en habitude et en tendresse, lorsque les lendemains chantent moins qu'il est conté dans les romans à l'eau de rose et lorsque, face aux difficultés, il faut trouver, pour maintenir l'union, autre chose que l'attraction des corps et des circonstances favorables. Ils sont de ces couples qui savent qu'ils s'inscrivent dans l'héritage et la transmission, qui savent qu'ils ne sont pas deux individus accolés mais une nouvelle entité porteuse d'un destin, celui d'être un foyer, et d'une responsabilité, celle de le consolider et de le défendre.

Bien sûr, on peut lire au cœur de la multitude de crevasses qui irrigue leurs visages antiques toutes les douleurs, tous les drames et toutes les embûches de cette si longue marche conjointe. Ici la mort d'un nourrisson, là la maladie, l'ennui dans ce coin, la tentation dans cet autre … Au cours de ces années devenues innombrables, ils ont bien sûr douté, hésité, trébuché même, mais la main de l'autre était toujours là pour relever et consoler. S'ils se sont parfois penchés au dessus de l'abîme, jamais ils ne s'y sont laissé choir.

Et aujourd'hui ils sont là, main dans la main, profitant de leurs ultimes jours pour chérir l'autre et le remercier de sa présence à l'heure où les corps craquent et souffrent, où les enfants s'éloignent, où le vin n'enivre plus et où la musique fait doucement couler les larmes de la nostalgie.

Source : Zentropa. 

25.04.2008

Quand l'intelligence s'exprime...



Voici une vidéo très intéressante pour plusieurs raisons:

- Tout d'abord, parce qu'elle traite, en partie, d'un sujet que nous avions abordés l'année dernière, à savoir la désormais fameuse "Leçon de Ratisbonne", du pape Benoît XVI, et donc du dialogue entre Islam et Christianisme. Pour rappel, c'est l'Abbé Claude Barthe, de la Société des prêtres auxiliaires de Paris, qui était venu nous entretenir, à partir de cette leçon, du dialogue inter-religieux. Un régal pour l'intelligence! (Texte de la conférence en ligne, voir notre post du 15-04-2007)

- Ensuite, parce qu'il s'agit là de la démonstration flagrante de l'incompétence d'un philosophe bien (voir trop) connu confronté à l'intelligence et la compétence d'un autre philosophe, lui totalement inconnu (que celui d'entre vous qui connaît Remi Brague laisse un commentaire!). Ca se déguste jusqu'au bout...

- Enfin, parce que outre cette correction, le sujet traité porte sur la raison, la foi et la vérité. Vérité qui, comme vous le savez, était au centre de notre dernière conférence.

                                                                                       

07.04.2008

Euthanasie et information

933802709.jpgAprès les mensonges de l’affaire Sébire, sortir la France du marasme palliatif

Pierre-Olivier Arduin*


La vérité sur l’affaire Sébire, qui a tenu en haleine la France entière jusqu’à l’épilogue dramatique du suicide aux barbituriques, émerge progressivement. Chaque jour, de nouvelles informations percent sur la maladie de Chantal Sébire, et la prise en charge thérapeutique dont elle aurait dû bénéficier. Après le battage hors normes entretenu subtilement par l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD) et soutenu avantageusement par les médias audiovisuels, c’est une tout autre histoire qui se dessine aujourd’hui.

Le docteur Emmanuel Debost, médecin traitant de la défunte, n’avait-il pas déclaré dans les colonnes de La Croix que « tout ce que la médecine pouvait faire au niveau curatif a été fait » et que « toutes les solutions ont été étudiées » pour calmer sa douleur ? Sans accuser directement le généraliste, certainement dépassé par l’ampleur de l’affaire, et dont lui-même a pu être abusé par sa patiente ou les responsables de l’ADMD aux aguets, force est de constater que le mensonge, sur un plan strictement médical, est double.

Stupéfaction des spécialistes

La tumeur dont souffrait Chantal Sébire n’aurait pas dû entraîner la déformation majeure du visage dont l’image, à l’instar de Méduse, a pétrifié la pensée. Le chroniqueur médial du Monde, Jean-Yves Nau, était le premier à relater, dès le 19 mars, jour du décès de Chantal Sébire, la stupéfaction des spécialistes devant « l’absence, durant six ans, de prise en charge médicale adaptée de la malade [indiquant] que la maladie de Mme Sébire ne peut être qualifiée d’incurable, notamment si elle est traitée de façon précoce ». Le journaliste citait également les réponses déconcertantes de la malade suite au diagnostic de la tumeur des sinus posé en 2002 par un chirurgien ORL lyonnais : « Il m’a expliqué l’intervention prévue, mais n’a pas réuni l’équipe adéquate », Chantal Sébire ajoutant : « Je n’ai pas accepté les interventions qu’on me proposait car le risque vital était engagé ».

Jean-Yves Nau ne s’est pas arrêté en si bon chemin et s’est rendu sur le site Orphanet spécialisé dans les affections orphelines :

« L’esthésioneuroblastome ou neuroblastome olfactif est une tumeur très rare qui se développe aux dépens du nerf olfactif dans la cavité nasale. Moins de 1000 cas ont été publiés dans les vingt dernières années. Cette tumeur se développe lentement et surtout localement même si elle peut métastaser. L’intervalle entre le premier signe et le diagnostic est en général de 6 mois […]. Le traitement repose sur une chirurgie maximale suivie d’une radiothérapie […]. La plupart des séries récentes rapportent des survies à 5 ans de l’ordre de 60 à 70 %. Les récidives locales peuvent être rattrapées par un traitement de deuxième ligne. Dès la phase de diagnostic et de la chirurgie initiale, le traitement doit être confié à des équipes pluridisciplinaires » (Orphanet, Docteur J. Grill, février 2005.

Concernant l’analgésie dont on a déjà eu l’occasion de rappeler qu’elle ne s’improvise pas et requiert des compétences sanctionnées par des diplômes universitaires spécifiques, la tromperie passe toute mesure alors même qu’on nous parlait de souffrances insupportables, réfractaires ou encore d’allergie à la morphine. Le docteur Jean-Louis Béal, chef de l’unité des soins palliatifs du CHU de Dijon, livre un témoignage accablant dans Le Parisien dont le travail d’investigation mérite d’être salué : « Révélation surprenante, le médecin affirme que l’ex-enseignante “ne voulait à la fin qu’être soignée par homéopathie”. »

« Elle nous disait vouloir contrôler sa vie et n’accepter que les médecines douces. Je lui ai suggéré de rentrer dans mon unité de soins palliatifs, mais elle ne l’a pas souhaité. C’est son droit, mais que l’on ne vienne pas nous dire aujourd’hui que l’on n’a rien proposé ! […] On n’a jamais douté de l’intensité de sa douleur, mais elle a opposé un non catégorique à nos protocoles. Je lui ai proposé différents antidouleurs, y compris la morphine. Mais cela ne lui convenait pas, car elle l’assimilait à de la chimie, donc du poison » (Le Parisien, 26 mars).

Il évoque également la mise à l’écart de l’équipe laissant le champ libre selon lui à « l’Association pour le droit de mourir dans la dignité de s’emparer de ce cas emblématique pour faire avancer sa cause ». Quant au docteur Bernard Devalois, ancien président de la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs et actuel directeur de l’unité de soins palliatifs à l’hôpital de Puteaux, fort de son expérience, il déclare sans ambages que « dans le cas du cancer, il n’y a pas de situations pour lesquelles nous ne puissions pas apporter de réponses. L’allergie à la morphine, cela n’existe pas. Il y a des effets secondaires, mais on peut les soigner. Et nous avons à notre disposition quatre ou cinq autres molécules efficaces » ( La Vie , 22 mars).

La demande à corps perdu de suicide médicalement assisté de la part de Chantal Sébire, relayée habilement par l’ADMD et ses épigones, n’apparaît-elle pas aujourd’hui comme la requête désespérée d’une euthanasie de rattrapage, les ressources de la médecine ayant été obstinément repoussées ? Sachant cela, les médias, et en premier lieu la télévision, auraient-ils participé aussi complaisamment au montage de cette affaire pour relancer le débat sur l’euthanasie ? Le premier ministre se serait-il cru obligé de confier à Jean Léonetti une mission d’évaluation sur la loi qui porte son nom ?

Le rapport Hennezel

Il est encore possible de se ressaisir, au moins en partie, et de tourner à l’avantage du mouvement des soins palliatifs la précipitation de la décision de Matignon. Voilà en effet qu’on apprend l’existence d’un rapport remis par Marie de Hennezel, spécialiste reconnue de l’accompagnement des personnes en fin de vie, à Roselyne Bachelot fin 2007 concluant au manque criant de lits de soins palliatifs et à l’absence de formation sérieuse aux enjeux de la loi Léonetti. Intitulé La France palliative, il était ignoré de tous ou presque jusqu’à ce qu’il fût exhumé des tiroirs du ministère de la Santé par la polémique. Jean-Yves Nau, encore lui, nous apprend, après enquête minutieuse, qu’aucune suite ne lui fut donnée, pas même un accusé de réception, alors qu’il devait être un « message fort » en direction du chef de l’État, selon l’auteur du document (Le Monde, 25 mars). Comment expliquer la chape de plomb qui l’a recouvert quand on sait que font défaut en France au minimum 2400 lits de soins palliatifs et que le gouvernement s’était fixé le chiffre de 3000 avant le début de l’année 2008 ?

L’omission politique frôle la faute si l’on ajoute que la loi relative à la fin de vie elle-même avait présenté le renforcement de la médecine palliative comme une véritable alternative à l’euthanasie. La loi du 22 avril 2005 affirme en effet que « les professionnels de santé mettent en œuvre tous les moyens à leur disposition pour assurer à chacun une vie digne jusqu’à la mort » (article L. 1110-5 al. 5 CSP). Respect de la dignité qui passe par les soins palliatifs selon leur définition même inscrite dans le marbre de la loi : « Ce sont des soins actifs et continus pratiqués par une équipe pluridisciplinaire en institution ou à domicile. Ils visent à soulager la douleur, à apaiser la souffrance psychologique, à sauvegarder la dignité de la personne malade et à soutenir son entourage » (article L. 1110-10 du Code de la santé publique). Le législateur en a fait ni plus ni moins qu’un droit : « Toute personne malade dont l’état le requiert a le droit d’accéder à des soins palliatifs et à un accompagnement » (article L. 1110-9 CSP).

En corollaire de ce droit, qui sait que la loi Léonetti a fait de la mise en place d’une médecine palliative de qualité une obligation pour les établissements de santé ? Ceux-ci, dans le cadre des contrats pluriannuels conclus avec les agences régionales de l’hospitalisation (ARH), devaient identifier les services dispensant des soins palliatifs et faire connaître pour chacun d’eux le nombre de soignants référents qu’il convenait de former (article L. 6114-2 CSP). La loi Léonetti demandait dans le nouvel article L. 6143-2-2 du CSP que le projet médical d’établissement comprenne un volet « activité palliative des services ».

Diffuser une culture palliative

Autre aspect très novateur de la loi du 22 avril 2005 : sortir les soins palliatifs de structures spécialisées tout en renforçant ces dernières. L’idée promue par la législation votée à l’unanimité par le Parlement était que tout patient, quelque soit son lieu d’hospitalisation, devait bénéficier d’un accès à ces soins. Il y a la volonté de les organiser en dehors des modes classiques d’hospitalisation si bien que la loi du 22 avril 2005 stipule, en modifiant le Code de l’action sociale et des familles, que les services sociaux ou médico-sociaux doivent prévoir cette activité (articles L. 313-12). C’est en fait à un effort sans précédent en faveur de la diffusion d’une culture palliative sur tout le territoire et au sein de tous les établissements de santé que consentait la loi relative à la fin de vie, en prévoyant un redéploiement ambitieux de l’organisation de cette spécialité. Il n’a manqué en définitive qu’une chose : l’impulsion politique pourtant promise lors de la campagne présidentielle.

Le député Jean Léonetti doit « faire des propositions pour remédier à la méconnaissance ou à la mauvaise application des textes et éventuellement à l’insuffisance de la législation », selon l’ordre de mission de François Fillon. Oublions la dernière expression qui n’a aucun sens : un corpus législatif inconnu des Français et particulièrement des soignants auquel il s’adresse en priorité ne peut être qualifié d’insuffisant. Une loi qui n’est que peu ou pas appliquée ne peut être jugée comme défaillante.

Pour autant, la nouvelle mission sur l’accompagnement de la fin de vie dont est chargé le député-maire d’Antibes doit tirer d’un mal plusieurs biens.

  • En premier lieu formuler des propositions concrètes pour sortir la France du marasme palliatif. L’intelligence pratique ne manque pas dans ce domaine, il faut la mettre à l’honneur et écouter enfin ceux qui ont donné leur vie professionnelle à cet idéal. Le rapport Hennezel doit faire l’objet d’une lecture minutieuse et attentive.
  • Ensuite rappeler sans cesse l’impératif de formation des professionnels de la santé aux contenus éthiques, déontologiques et juridiques de la loi. Pour avoir personnellement dispensé cet enseignement à des cadres de santé au sein d’un module de deux journées de sept heures, la satisfaction des soignants qui ne demandent qu’à approfondir leur réflexion sur les problématiques de fin de vie est inestimable. Ils deviennent rapidement des personnes ressources dans leurs services en entraînant leurs collègues à suivre leur démarche. La diffusion résolue et capillaire de cours spécifiques pendant les cursus universitaires et lors de sessions de formation continue, toutes catégories soignantes confondues, alliant l’aspect magistral à des staffs d’éthique, ne pourra que favoriser une culture médicale faisant échec aux revendications d’un autre âge du lobby pro-euthanasie. C’est ce que les Français attendent. Ils comptent sur le gouvernement pour que les moyens suivent. Jean Léonetti, unanimement apprécié par ses pairs pour ses qualités morales et humaines, se doit de le lui rappeler.


*Pierre-Olivier Arduin est responsable de la commission bioéthique du diocèse de Fréjus-Toulon.

 

 

 

(Source : http://www.libertepolitique.com/public/decryptage/article...)

 

29.02.2008

Carême...

Afin de poursuivre notre effort de Carême, voici un beau texte issu de nos frères orthodoxes, commentaire sur la prière de Saint Ephrem.

 

LA PRIÈRE DE SAINT EPHREM

Parmi toutes les hymnes et prières de Carême se trouve une courte prière que l’on peut appeler la prière du Carême. La tradition l’attribue à l’un des grands maîtres de la vie spirituelle, saint Éphrem le Syrien (+373). En voici le texte :

Seigneur et Maître de ma vie,
l’esprit d’oisiveté, de découragement,
de domination et de vaines paroles,
éloigne de moi.
L’esprit d’intégrité, d’humilité,
de patience et de charité,
accorde à ton serviteur.
Oui, Seigneur et Roi,
donne-moi de voir mes fautes
et de ne pas juger mon frère,
car tu béni aux siècles des siècles. Amen.

Cette prière est lue deux fois à la fin de chaque office du Carême, du lundi au vendredi (on ne la dit pas le samedi et le dimanche, car les offices de ces deux jours ne suivent pas l’ordonnance du Carême). On la dit une première fois en faisant une métanie (prosternation) après chaque demande. Puis on s’incline douze fois en disant : " Ô Dieu, purifie-moi, pécheur ! " Enfin on répète toute la prière avec une dernière prosternation à la fin.

Pourquoi cette courte et si simple prière occupe-t-elle une place aussi importante dans la prière liturgique du Carême ? C’est qu’elle énumère d’une façon très heureuse tous les éléments négatifs et positifs du repentir, et constitue en quelque sorte un aide-mémoire pour notre effort personnel de Carême. Cet effort vise d’abord à nous libérer de certaines maladies spirituelles fondamentales qui imprègnent notre vie et nous mettent pratiquement dans l’impossibilité de commencer même à nous tourner vers Dieu.

La maladie fondamentale est l’oisiveté, la paresse. Elle est cette étrange apathie, cette passivité de tout notre être, qui toujours nous tire plutôt vers le bas que vers le haut, et qui, constamment, nous persuade qu’aucun changement n’est possible, ni par conséquent désirable. C’est, en fait, un cynisme profondément ancré qui, à toute invitation spirituelle, répond : " À quoi bon ? " et qui fait ainsi de notre vie un désert spirituel effrayant. Cette paresse est la racine de tout péché, parce qu’elle empoisonne l’énergie spirituelle à sa source même.

La conséquence de la paresse, c’est le découragement. C’est l’état d’acédie, ou de dégoût, que tous les Pères spirituels regardent comme le plus grand danger pour l’âme. L’acédie est l’impossibilité pour l’homme de reconnaître quelque chose de bon ou de positif : tout est ramené au négativisme et au pessimisme. C’est vraiment un pouvoir démoniaque en nous, car le diable est fondamentalement un menteur. Il ment à l’homme au sujet de Dieu et du monde ; il remplit la vie d’obscurité et de négation. Le découragement est le suicide de l’âme, car lorsque l’homme en est possédé, il est absolument incapable de voir la lumière et de la désirer.

Aussi étrange que cela puisse paraître, c’est précisément la paresse et le découragement qui emplissent notre vie du désire de domination. En viciant entièrement notre attitude devant la vie, et en la rendant vide et dénuée de tout sens, ils nous obligent à chercher compensation dans une attitude radicalement fausse envers les autres. Si ma vie n’est pas orientée vers Dieu, ne vise pas les valeurs éternelles, inévitablement elle deviendra égoïste et centrée sur moi-même, ce qui veut dire que tous les autres êtres deviendront des moyens au service de ma propre satisfaction. Si Dieu n’est pas le Seigneur et Maître de ma vie, alors je deviens mon propre seigneur et maître, le centre absolu de mon univers, et je commence à tout évaluer en fonction de mes jugements. De cette façon, l’esprit de domination vicie à la base mes relations avec les autres , je cherche à me les soumettre. Il ne s’exprime pas nécessairement dans le besoin effectif de commander ou de dominer les autres. Il peut tout aussi bien tourner à l’indifférence, au mépris, au manque d’intérêt, de considération et de respect. C’est bien la paresse et le découragement, mais cette fois dans leur référence aux autres ; ce qui achève le suicide spirituel par un meurtre spirituel.

Et pour finir, les vaines paroles. De tous les êtres crées, seul l’homme a été doté du don de la parole. Tous les Pères y voient le " sceau " de l’image divine en l’homme, car Dieu lui-même s’est révélé comme Verbe (Jn 1,1). Mais du fait qu’il est le don suprême, le don de la parole est par là même le suprême danger. Du fait qu’il est l’expression même de l’homme, le moyen de s’accomplir lui-même, il est, pour cette raison, l’occasion de sa chute et de son autodestruction, de sa trahison et de son péché. La parole sauve et la parole tue ; la parole inspire et la empoisonne. La parole est instrument de vérité et la parole est moyen de mensonge diabolique. Ayant un extrême pouvoir positif, elle a, partant, un terrible pouvoir négatif. Véritablement, elle crée, positivement ou négativement. Déviée de son origine et de sa fins divines, la parole devient vaine. Elle prête main forte à la paresse, au découragement, à l’esprit de domination, et transforme la vie en enfer. Elle devient la puissance même du péché.

Voilà donc les quatre points négatifs visés par le repentir ; ce sont les obstacles qu’il faut éliminer ; mais seul Dieu peut le faire. D’où la première partie de la prière de Carême : ce cri du fond de notre impuissance humaine. Puis la prière passe aux buts positifs du repentir qui sont aussi au nombre de quatre.

Si l’on ne réduit pas la chasteté, comme on le fait souvent de façon erronée, à son acceptation sexuelle, la chasteté peut être considérée comme la contrepartie positive de la paresse. La traduction exacte et complète du terme grec sophrosyni et du russe tsélomoudryié devrait être  : " totale intégrité ". La paresse est avant tout dispersion, fractionnement de notre vision et de notre énergie, incapacité à voir le tout. Son contraire est alors précisément l’intégrité. Si par le terme de chasteté, nous désignons habituellement la vertu opposée à la dépravation sexuelle, c’est que le caractère brisé de notre existence n’est nulle part ailleurs plus manifeste que dans le désir sexuel, cette dissociation du corps d’avec la vie et le contrôle de l’esprit. Le Christ restaure en nous l’intégrité et il le fait en nous redonnant la vraie échelle des valeurs, en nous ramenant à Dieu.

Le premier fruit merveilleux de cette intégrité ou chasteté est l’humilité. Elle est par-dessus tout la victoire de la vérité en nous, l’élimination de tous les mensonges dans lesquels nous vivons habituellement. Seule l’humilité est capable de vérité, capable de voir et d’accepter les choses comme elles sont et donc de voir Dieu, sa majesté, sa bonté et son amour en tout. C’est pourquoi il nous est dit que Dieu fait grâce à l’humble et résiste au superbe (Pr 3,34 ; Jc 4,6 ; 1P 5,6).

La chasteté et l’humilité sont naturellement suivies de la patience. L’homme " naturel " ou " déchu " est impatient parce que, aveugle sur lui-même, il est prompt à juger et à condamner les autres. N’ayant qu’une vision fragmentaire, incomplète et faussée de toutes choses, il juge tout à partir de ses idées et de ses goûts. Indifférents à tous, sauf à lui-même, il veut que la vie réussisse ici-même et dès maintenant. La patience, d’ailleurs, est une vertu véritablement divine. Dieu est patient non pas parce qu’il est " indulgent ", mais parce qu’il voit la profondeur de tout ce qui existe, parce que la réalité interne des choses que, dans notre aveuglement, nous ne voyons pas, est à nu devant lui. Plus nous nous approchons de Dieu, plus nous devenons patients pour tous les êtres, qui est la qualité propre de Dieu.

Et enfin, la couronne et le fruit de toutes les vertus, de toute croissance et de tout effort, est la charité, cet amour qui ne peut être donné que par Dieu, ce don qui est le but de tout effort spirituel, de toute préparation et de toute ascèse.

Tout ceci se trouve résumé et rassemblé dans la demande qui conclut la prière de Carême et dans laquelle nous demandons " de voir mes fautes et de ne pas juger mon frère ". Car, finalement, il n’y a qu’un danger : celui de l’orgueil. L’orgueil est la source du mal et tout mal est orgueil. Pourtant, il ne me suffit pas de voir mes propres fautes, car même cette apparente vertu peut tourner en orgueil. Les écrits spirituels sont remplis d’avertissements contre les formes subtiles d’une pseudo-piété qui, en réalité, sous couvert d’humilité et d’auto-accusation, peut conduire à un orgueil vraiment diabolique. Mais quand nous " voyons nos fautes " et " ne jugeons pas nos frères ", quand, en d’autres termes, chasteté, humilité, patience et amour ne sont plus qu’une même chose en nous, alors et alors seulement, le dernier ennemi - l’orgueil - est détruit en nous.

Après chaque demande de la prière, on se prosterne. Ce geste n’est pas limité à la prière de saint Éphrem, mais constitue une des caractéristiques de toute la prière liturgique quadragésimale. Ici, cependant, sa signification apparaît au mieux. Dans le long et difficile effort de recouvrement spirituel, l’Église ne sépare pas l’âme du corps. L’homme tout entier, dans sa chute, s’est détourné de Dieu ; l’homme tout entier devra être restauré ; c’est tout l’homme qui doit revenir à Dieu. La catastrophe du péché réside précisément dans la victoire de la chair - l’animal, l’irrationnel, la passion en nous, - sur le spirituel et le divin. Mais le corps est glorieux, le corps est saint, si saint que Dieu lui-même s’est fait chair (Jn 1,14). Le salut et le repentir ne sont donc pas mépris ou négligence du corps, mais restauration de celui-ci dans sa vraie fonction en tant qu’expression de la vie de l’esprit, en tant que temple de l’âme humaine qui n’a pas de prix. L’ascétisme chrétien est une lutte, non pas contre le corps mais pour le corps. Pour cette raison, tout l’homme - corps, âme et esprit - se repent. Le corps participe à la prière de l’âme, de même que l’âme prie par et dans le corps. Les prosternations, signes psychosomatiques du repentir et de l’humilité, de l’adoration et de l’obéissance, sont donc le rite quadragésimal par excellence.

Extrait d’Alexandre Schmemann, Le Grand Carême :
Ascèse et Liturgie dans l’Église orthodoxe.
Éditions de l'Abbaye de Bellefontaine, 1977.
Reproduit avec l'autorisation des
Éditions de l'Abbaye de Bellefontaine.

 

(Source: http://www.pagesorthodoxes.net/)

 

31.12.2007

Deux millions?

Hier, dimanche 30 décembre 2007, dans les rues de Madrid, deux millions de personnes se sont réunies. Et normalement, vous n'en avez entendu parlez nulle part, ni dans les journaux télévisés, que ce soit ceux de la RTBF ou de RTL, ou encore ceux des chaînes françaises, ni dans la presse quotidienne, qu'il s'agisse d La Libre Belgique, de Le Soir ou même La Meuse. Idem pour les journaux français tels que Le Monde, Libé ou encore La Croix.

Pourtant, deux millions de personnes, cela représente un vingt-deuxième de la population espagnole, laquelle s'élève à 45 millions d'habitants. Pas tant que ça? Non, c'est vrai...mais c'est tout de même comme si 480.000 personnes défilaient dans les rues de Bruxelles... Pour rappel, nous étions 300.000 à défiler lors de la marche blanche...

"Mais pourquoi ont-ils défilé?" vous demandez-vous. Contre l'ETA? Pour soutenir le Pakistan? Non, rien de tout ça. Ils ont défilé pour la famille, tout simplement. Enfin, tout simplement, la famille entendue dans un sens chrétien. L'archevêché a lancé un appel suite aux nombreuses nouvelles lois prises par le gouvernement Zapatero allant contre le modèle de la famille traditionnelle, et le moins que l'on puisse dire, c'est que l'appel a été entendu.  

 L'autre question, qui ne devrait pas manquer de nous tarauder, c'est "pourquoi les médias n'en parlent pas?" Là-dessus, je vous laisse réfléchir, et vous souhaite d'ores et déjà un bon réveillon et une bonne année 2008.

08.12.2007

LA SEMENCE ET LE TERRAIN

« Le semeur, dit-il, sortit pour semer. Et pendant qu’il semait, des grains tombèrent le long du chemin, et les oiseaux du ciel  vinrent et les mangèrent. D’autres grains tombèrent sur un sol pierreux, où ils n’avaient pas beaucoup de terre, et il levèrent aussitôt parce que la terre était peu profonde. Mais le soleil s’étant levé, la plante, frappée de ses feux et n’ayant pas de racine, sécha. D’autres tombèrent parmi les épines, et les épines crurent et les étouffèrent. D’autres tombèrent dans la bonne terre, et ils produisirent du fruit, l’un cent, un autre soixante, et un autre trente. Que celui qui a des oreilles entende. » (Matthieu, XIII, 3-9)

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« Il m’est arrivé plusieurs fois, lorsque je dénonçais les méfaits issus d’une certaine forme de civilisation (affaiblissement biologique et moral des individus, perte du sens de l’effort et des disciplines sociales, dénatalité, etc.), de m’attirer la réplique suivante : ces maux ne sont pas intrinsèquement liés à la structure actuelle de la cité, ils procèdent seulement du déclin de la charité chrétienne ; remettons Dieu à sa place, rendons l’amour à nos frères et quelle que soit la forme de l’organisation sociale, l’humanité remontera la pente.

Ce surnaturalisme fait vraiment trop bon marché de la parabole évangélique de la semence et du terrain. Dieu seul nous sauvera, proclame-t-on. C’est vrai, mais on oublie que Dieu est partout et que ce don de Dieu qu’est la grâce a besoin, pour s’épanouir, de cette œuvre de Dieu qu’est la nature. (…)

Il est un monde – le monde du libéralisme ou de l’étatisme absolus, du travail anonyme et irresponsable, de l’isolement et de la promiscuité des individus, de l’essor effréné de la technique sans égard aux nécessités physiques et morales de l’être humain – qui est définitivement condamné. Dieu même ne le sauvera pas, car la grâce n’est pas faite pour étayer l’antinature et le surhumain ne s’adapte pas à l’inhumain comme le tuteur à la plante. Sans doute des individus privilégiés, des âmes héroïques (et restées saines à travers la déroute générale des mœurs) peuvent-elles se sauver et s’épanouir dans cette atmosphère viciée. Mais pour que le monde et la chrétienté continuent, il faut que, tôt ou tard, cette atmosphère disparaisse. Ainsi le christianisme a pu germer et grandir dans le monde romain décadent (si semblable, avec ses villes hypertrophiées, son capitalisme, son étatisme et sa dénatalité au monde actuel qui se défait), mais le christianisme, malgré son triomphe politique au IVe siècle, n’a pas empêché l’empire latin de s’écrouler. Il a fallu que l’humanité retrouvât, dans la vie terrible, mais saine et accrochée aux nécessités élémentaires, du haut Moyen Age, les vertus naturelles indispensables à son salut, et par voie de conséquence, à une nouvelle floraison du christianisme.

Car, il faut bien le répéter, la grâce se greffe sur la nature. Si le porte-greffe est sain, on n’a pas à s’en occuper. Mais s’il est malade, c’est à lui qu’il faut songer d’abord.

Cet état de choses explique et légitime dans la ligne même de l’apostolat chrétien l’existence de préoccupations biologiques, sociales et politiques. A ceux qui nous accuseraient de matérialisme nous répondrons que l’homme moderne a besoin de remèdes au moins autant que de sermons. (…)

Notre tâche est d’enseigner l’amour, certes. Mais elle est aussi de contribuer à aménager le monde de façon que l’amour puisse y germer.  Il faut rendre aux hommes des conditions normales d’existence, il faut leur rendre une âme humaine, afin de pouvoir greffer efficacement en eux une âme divine.  Si c’est là du matérialisme nous acceptons l’épithète comme une louange. Car nous savons bien qu’on peut mettre autant d’amour à préparer le terrain qu’à lancer la graine. Et nous savons aussi que, sans l’effort plus lent et plus rude du laboureur penché sur la terre, le geste aérien du semeur qui marche la tête haute serait inutile. »

THIBON (Gustave), Retour au réel, Bruxelles, éditions universitaire, 1946, pp.148-152.

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